Une séparation, de Asghar Farhadi

 

Affiche du film Une séparation, de Asghar FarhadiUn couple dans le bureau d’un conseiller juridique. La femme souhaite divorcer. Elle veut quitter l’Iran avec sa fille. Son mari ne veut pas laisser son père atteint d’alzheimer. “C’est un petit problème”, objecte-t-il, implacable. Elle argumente, donne de la voix. Elle tient tête. Elle nous convainc. Nous, mais pas le représentant de la loi qui lui demande si un enfant iranien a plus d’avenir à l’étranger que dans son pays. Toutes les questions du film sont là, dès cette scène d’ouverture : les complexes rapports homme-femme, la difficulté de la vie quotidienne, les conséquences d’un choix, quel qu’il soit, le prix du bonheur et de la liberté. 

On s’attend à voir le combat d’une femme luttant contre la société pour s’émanciper. Mais très vite, le film bascule. Après le départ officieux de son épouse, Nader, le mari abandonné, est contraint d’engager quelqu’un pour s’occuper de son père malade : ce sera Hodjat, une femme enceinte qui préfère cacher à son époux son nouveau travail. A côté du couple de classe moyenne, cultivé, un autre apparaît, démuni, traditionaliste. Et avec lui, une autre séparation, celle de deux univers aux modes de vie et aux pratiques religieuses éloignés. Hodjat représente la femme soumise à son mari, à son prédicateur qu’elle appelle en panique pour savoir si elle a le droit de laver le vieil homme. Un incident survient entre Nader et Hodjat qui va sceller cette séparation : elle laisse le père de Nader quelques heures sans surveillance, il la bouscule dans l’escalier, provoquant une fausse couche. Qui est coupable ? De quoi ? Qui est la victime ? Un long chemin commence dès lors pour faire éclater la vérité. Mais quelle vérité ?
En filmant ses personnages au plus près, au plus juste, en nous montrant leur conflit intérieur, le réalisateur ne les juge jamais. Au spectateur de se demander où est le vrai, trouvant au final des circonstances atténuantes à chacun dans cette course au mensonge, dans cette escalade procédurière redoutable. Porté par une interprétation remarquable (tous les acteurs féminins et masculins ont reçu l’Ours d’argent à Berlin), un film d’une étonnante justesse, loin des clichés, qui nous mène bien au-delà de la société iranienne mise en scène ici. Un film qui nous questionne sur les rapports humains, sur ce que nous sommes, ce qui nous conditionne, sur notre libre arbitre. ​

Une séparation (Jodaeiye Nader az Simin) de Asghar Farhadi, avec Leila Hatami, Peyman Moadi, Shahab Hosseini, Sareh Bayat. Iran, 2010. Sortie le 8 juin 2011. Ours d’or du Festival de Berlin 2011.

Mots-clés : , ,