Cinéma à la une
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Le Redoutable, de Michel Hazanavicius

Vous reprendrez bien un peu de pastiche ?

Le Redoutable, Michel HazanaviciusAprès le mash-up du Grand Détournement, l’humoristique déclinaison du film d’espionnage dans ses deux OSS 117 et l’hommage au cinéma muet dans The Artist, Michel Hazanavicius nous cause encore cinéma dans Le Redoutable, réflexion audacieuse autour du septième art à travers l’une de ses plus grandes figures révolutionnaires, Jean-Luc Godard. Mais loin de la révérence obséquieuse au Dieu vivant de la Nouvelle Vague, Le Redoutable s’amuse davantage (parce que, oui, on peut bien rire de Dieu) à en esquinter tendrement l’auréole. Et Hazanavicius, avec la complicité d’un Louis Garrel dégarni et zozotant tout à fait à son aise, à en filmer le ressac, ce retour violent des (nouvelles) vagues vers le large, après qu’elles ont frappé avec impétuosité une terre…

On est en 1967. Godard est alors au sommet de sa gloire avec, déjà derrière lui, Le Mépris, Pierrot le fou, A bout de souffle. Mais voilà, entre-temps, la révolution culturelle est passée par là, emportant avec elle toutes les certitudes artistiques et politiques du cinéaste. Jusqu’à faire vaciller son intimité, son amour avec la jeune Anne Wiazemsky (troublante Stacy Martin), de 20 ans sa cadette. Elle devait pourtant être la muse de ses nouveaux combats cinématographiques, la brandissant en haut de l’affiche de La Chinoise. Mais le film est mal reçu à sa sortie. Un coup de massue pour Jean-Luc. Mai 68 sera le coup de grâce : « Jean-Luc Godard est mort ! », proclamera-t-il. (Lire la suite…)

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Les Proies, de Sofia Coppola

Chemin de proies

Les Proies, de Sofia CoppolaEn 1971, c’était à Clint Eastwood que le rôle d’un caporal blessé échouait dans Les Proies, réalisé par Don Siegel. Le film, trop cynique pour l’époque, montrait Eastwood comme un salaud et non comme le héros américain qu’il devait être. Résultat : un échec commercial et critique. A rebours, Les Proies a pourtant constitué une réussite : d’abord parce qu’il a indirectement permis à Clint Eastwood de passer peu après à la réalisation avec le superbe Un frisson dans la nuit (Play Misty for Me en VO), dans lequel on retrouve également un homme tourmenté par une femme. Don Siegel y joue d’ailleurs un petit rôle. Ensuite, parce qu’il faut bien le dire : Les Proies de Don Siegel, première adaptation du roman de Thomas Cullinan, était sacrément bon.

En 2017, Sophia Coppola réadapte Les Proies. Avec sobriété et beaucoup d’élégance. Il s’agit moins d’un remake du film de Don Siegel que d’un hommage à un cinéaste souvent décrié malgré son héritage. Car L’Invasion des profanateurs de sépultures, film phare de la SF moderne et métaphorique, c’est lui ; L’Inspecteur Harry, modèle du polar poisseux avec Clint Eastwood, c’est lui ; le film-testament Le Dernier des géants avec John Wayne, c’est encore lui. Ce n’est pas un hasard si depuis quelques années, vingt-cinq ans après sa disparition, on s’intéresse de nouveau à Donald Siegel. (Lire la suite…)

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Rencontre avec Sergei Loznitsa

Odyssée infernale

Une femme douce, de Sergei LoznitsaEn mai 2017, Sergei Loznitsa montait les 24 marches du palais des Festivals de Cannes pour nous y présenter, en compétition, sa Femme douce, troisième long-métrage de fiction. L’histoire éreintante mais fascinante d’une descente aux enfers au cœur d’une Russie post-soviétique gangrenée par la sottise, la misère, les violences et les humiliations. Une odyssée infernale réalisée avec vigueur et rigueur par un Loznitsa plus noir que jamais, magnifiquement mise en lumière par Oleg Mutu, chef op’ hors pair et compagnon de la première heure de Sergei, et survolée de la tête et des épaules par une fantastique Vasilina Makovtseva dans le rôle de la douce femme. Sortis sonnés de la projection cannoise, pas vraiment certains d’avoir tout saisi mais convaincus d’avoir assisté à quelque chose de puissant et nécessaire, nous avons pu enfin rencontrer le réalisateur, à la veille de sa sortie en salle, le 16 août.
 
 
Une femme douce est une coproduction européenne réalisée en Lettonie… Dans quelle mesure s’agit-il pourtant d’un film profondément russe ?

Ce type de coproduction européenne, c’est la seule façon pour moi de continuer à faire des films. Je ne pourrais pas les réaliser là-bas. En Russie, on vous dira bien évidemment que ce sont les Américains qui les financent. Mais Une femme douce s’adresse d’abord aux spectateurs russes. Simplement, parce qu’il s’agit également d’une œuvre artistique, les spectateurs internationaux peuvent aussi s’y intéresser.

Un peu effrayé mais fasciné, on ressort du film convaincu d’avoir peut-être manqué de « clés » pour tout comprendre… Qu’en dites-vous ?

Lorsque vous vous retrouvez face à un tableau du peintre néerlandais Jérôme Bosch, que vous le regardez avec attention, je suis absolument convaincu qu’il y a plein de choses que vous ne comprenez pas. Et il y a notamment cette représentation complexe du cosmos tel que l’on se l’imaginait à l’époque mais que l’artiste a par ailleurs imprégnée de principes d’alchimie. Une représentation qui, dans l’ensemble, nous passe très largement au-dessus de la tête. Cela n’empêche pas pour autant ces toiles d’interagir sur nous. Mais si nous voulions véritablement en saisir les moindres coups de pinceau, cela nécessiterait une étude particulière et approfondie de chaque parcelle de ses tableaux. Mais, rassurez-vous, à la différence des œuvres de Bosch, mes films sont bien plus simples ! (Lire la suite…)

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