Cinéma à la une
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Magnum : retour à Hawaï !

Après les chefs-d’œuvre cannois, revenons à des considérations plus terre à terre ; la télé, les années 1980, une paire de moustaches, Higgins, Zeus, Apollon…

Magnum P.I. saison 4

MagnumLa saison 4 des aventures de notre détective moustachu chéri et préféré est sans doute l’une des meilleures car l’une des plus profondes. Après une soixantaine d’histoires, où les arcs narratifs de chacun des personnages semblent enfin parfaitement posés, place aux épisodes qui font la part belle à l’introspection et aux remises en question. Pour rappel, les trois premières saisons insistaient davantage sur l’histoire d’Hawaï au sortir de la Seconde Guerre mondiale (entre croissance du tourisme de masse et croissance des conflits migratoires) et sur les traumas psychologiques vécus par Magnum, Rick et T.C. durant la guerre du Vietnam. A ce propos, le créateur et scénariste de la série, Donald Bellisario, déclare dans une récente interview disponible dans les bonus que Magnum P.I. valait plus qu’un soupçon de coolitude et qu’envisager à l’époque une étude critique de l’Amérique à fric des années Carter et Reagan n’était pas du luxe ! Bellisario, nabab parmi les nababs et aujourd’hui 83 ans au compteur, a toujours possédé ce sens de la formule et des réalités qui lui garantissent encore fortune et succès. Bref, cette quatrième saison se distingue par des scénarios qui ciblent davantage les histoires personnelles et familiales de Rick, Higgins, T.C. et Magnum.
L’épisode 1, Record battu, se présente comme le plus emblématique de ce nouveau virage où confronté à une mort imminente, le héros se met à nu : parti faire du surf en solitaire, Magnum est pris dans un courant qui l’entraîne au large. A bout de forces, il se remémore quelques instants de son enfance… L’épisode 6, Lettre à la duchesse nous régale pour son flot de sarcasmes : Higgins, ravi d’accueillir lady Wilkerson à la propriété, lui propose de l’aider à vendre ses bijoux. Il tombe rapidement amoureux de la belle mais, hélas, elle n’a d’yeux que pour Magnum. Quelques jours plus tard, lady Wilkerson est enlevée… L’épisode 8, La Dette, nous présente toute la puissance de caractère de T.C., perso plutôt modéré d’ordinaire : au volant de la Ferrari de Robin, T.C. renverse un vétéran du Vietnam membre de la compagnie Delta 41, Léon Blatt. Boxeur déchu, celui-ci se produit désormais dans des tournées minables. T.C. décide de l’aider… L’épisode 11, Le Prince de Jororo, le plus émouvant, étonne par son absence de concessions et sa fin dramatique : Magnum assure la sécurité de Danny Lin, enfant de huit ans héritier du royaume du Jororo, venu à Hawaï avec son équipe de base-ball. On tente de l’assassiner…
Si on sort un peu lessivés de ces 21 épisodes, le ton mélancolique apporte un indéniable supplément d’âme aux événements qui s’y déroulent.

Magnum P.I. saison 5

MagnumEt (re)voilà qu’à l’instar de la sous-préfète arrive la cinquième saison… Une saison bien plus fun et surprenante que la précédente mais pas moins enthousiasmante ! Les deux premiers épisodes, Prémonitions, resteront à jamais gravés au panthéon de l’histoire télévisuelle car ils nous gratifient de l’auguste présence de Sharon Stone, une Sharon Stone dans un double rôle de… sœurs jumelles ! Oui, vous avez bien lu, soeurs jumelles. Sharon Stone, pas encore Catherine Tramell mais vénéneuse à souhait, dégage un tel magnétisme qu’elle bouffe véritablement l’écran, éclipsant tous les autres protagonistes. Seul Higgins et ses formes généreuses rivalisent de beauté. Et puis déboule cet épisode 3, Réapparition, épisode pivot totalement surréaliste, où Magnum décide que son ancien ami Mac, disparu quelques années plus tôt dans une explosion, vivra désormais dans les traits de son sosie ! L’effet escompté fonctionne à merveille car à ce moment précis nous nous rendons compte du nouveau traumatisme vécu par le détective en nous rendant complices de ses hallucinations. Sous les couches de déconnade et de second degré se dessine tout simplement l’impossibilité de faire son deuil. Une idée géniale du producteur et scénariste Donald Bellisario. S’ensuit une palanquée d’épisodes où la rivalité entre Higgins et Magnum poussée à son paroxysme délivre des échanges d’une folle drôlerie ! Ahaha voilà ce que provoque la folle drôlerie sur nos zygomatiques. Jusqu’aux épisodes 15 et 16, Tous pour un, qui rompent l’ambiance hawaïenne pour nous emmener au Cambodge dans une périlleuse mission de sauvetage.
Mac et Carole, deux proches de Magnum, jouent un rôle prépondérant dans l’intensité humoristique et la dramatisation de cette cinquième saison, encore meilleure que la précédente. Voilà qui promet pour la sixième !

 
Magnum (Magnum P.I.) de Glen A. Larson et Donald P. Bellisario, avec Tom Selleck, John Hillerman, Larry Manetti, Roger E. Mosley… Etats-Unis, 1980-1988.

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72e Festival de Cannes : séance de rattrapage

Mektoub my love : Intermezzo, d'Abdellatif KechicheVoilà, le 72e Festival de Cannes est terminé, et il faut dire que ce fut une grande édition, même si le choc incontestable qui met tout le monde d’accord n’a pas vraiment eu lieu. La Palme d’or est certes unanime au sein du jury d’Alejandro Gonzalez Inarritu, et plébiscitée par la presse française et internationale, mais, auprès des festivaliers sondés ces derniers jours, chacun avait un favori différent, tant la qualité de la sélection offrait tous les pronostics possibles. Si choc il y a eu, c’est celui provoqué par Abdellatif Kechiche avec Mektoub My Love : Intermezzo. Une longue séquence d’ouverture sur la plage, aux discussions banales, puis 3h (TROIS HEURES) enfermés dans une boîte de nuit avec cette bande de jeunes Sétois, au son d’une mauvaise techno suffisamment insipide pour pouvoir éviter les faux-raccords, suppose-t-on. Des fesses qui twerkent, en gros plan, en contre-plongée – on croirait voir un Terrence Malick qui se serait reclus dans une boîte de nuit un peu vide un soir de semaine. Et… c’est tout. Plus qu’un choc, un malaise général. Et des interrogations. Sur le traitement réservé aux comédiennes et sur sa place en compétition, quand le Festival se targue d’une conversion sinon féministe, au moins plus égalitaire.

It Must be Heaven, d'Elia SuleimanPas de claque, donc, à part sur les fesses rougies d’Ophélie Bau – qui a toute notre compassion. Mais chacun des films vus, s’ils pouvaient être inaboutis, confus, trop longs, ou quelque reproche ou regret possible, recelait de vrais moments de cinéma et avait sa place en compétition. Le temps nous a manqué pour en parler, tentons de nous rattraper. It Must Be Heaven, d’Elia Suleiman, vu le même jour que le film de Kechiche, fut une bouffée d’air, justement présente au palmarès. Entre Tati et Buster Keaton (pour le chapeau), il balade son regard amusé et ironique de la Palestine à New York en passant par Paris. Film à sketchs, certains anecdotiques, d’autres plus frontalement politiques, It Must Be Heaven souligne les bizarreries typiques de la France ou de l’Amérique, et regarde cet Occident toiser ce curieux cinéaste palestinien. Un producteur parisien qui adorerait travailler sur son film, si seulement il n’était pas drôle et s’il était militant pro-Palestiniens. (Lire la suite…)

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Once Upon a Time… in Hollywood, de Quentin Tarantino

Le pouls de la fiction

Once Upon a Time... in Hollywood, de Quentin TarantinoQu’il était attendu le nouveau Tarantino. L’événement incontestable de cette édition du Festival, qui a vu certains faire plus de 4h de queue (en cumulé) pour pouvoir assister à l’une des projections. Deux jours durant, Tarantino a insisté pour que ceux qui ont vu le film en dévoilent le moins possible à ceux qui le verront. De quoi faire monter l’impatience d’un cran. La déception, aussi, une fois qu’on a enfin pu entrer dans une salle. C’est le risque et la contrainte du festivalier, condamné à l’immédiateté, de l’emballement comme du jugement. Il faudra certainement revoir ce Once Upon a Time… in Hollywood pour l’apprécier à sa juste valeur.

Car pendant 2h de film, on se demande bien ce qu’il ne fallait pas dévoiler, tant l’action est minimale. Le dernier-né de Tarantino est bien plus une chronique qu’un récit. Celle du quotidien d’un acteur sur la pente descendante – génial Leonardo DiCaprio – et de sa doublure cascade – la renaissance de Brad Pitt. De Los Angeles en 1969 et ses hippies, d’Hollywood à l’aube d’un changement d’ère, entre la fin de l’âge d’or et l’avènement du Nouvel Hollywood. Leonardo DiCaprio, donc, est Rick Dalton, acteur connu pour une série télé terminée depuis 8 ans, et qui ne trouve plus sa place dans l’industrie. Portrait touchant d’un acteur en plein doute, lui qui a connu la gloire dans sa jeunesse et s’interroge sur un avenir peut-être bouché à la quarantaine. Le choix de Leonardo DiCaprio, star à 20 ans et que l’on n’a plus vu depuis 4 ans, malgré son Oscar si longtemps attendu pour The Revenant, rend le personnage d’autant plus poignant. A ses côtés, Brad Pitt, dont on avait oublié au fil du temps et des chroniques people qu’il est un grand acteur. Lui assume être un cascadeur vieillissant – même s’il peut encore mettre une raclée à Bruce Lee – et se contente de devenir progressivement un chauffeur, un assistant, un compagnon. C’est aussi, peut-être pour la première fois pour Tarantino, le film d’une amitié sincère et profonde entre deux de ses personnages. (Lire la suite…)

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