Cinéma à la une
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La Saga des Conti, de Jérôme Palteau

Fume ! C’est du doc !

La Saga des Conti : au coeur d'une révolte ouvrièreMars 2008. La direction allemande de l’usine de pneumatiques Continental annonce la fermeture du site de Clairoix (département de l’Oise), condamnant 1120 salariés à poursuivre leur carrière professionnelle à Pôle Emploi.

La Saga des Conti retrace huit mois de lutte acharnée. Les combattants apprennent leur première leçon : « celui qui se bat n’est pas sûr de gagner, mais celui qui ne se bat pas a déjà perdu. » Dont acte.
Cette chronique ouvrière s’articule sur la force et l’énergie du porte-parole Xavier Mathieu, ses collègues des chaînes de montage, mais également sur Roland Szpirko, syndicaliste retraité et stratège aguerri aux rapports de force avec le patronat qui accompagnera « les Conti » jusqu’à leur dernier battement de cœur.
Le documentaire alterne les périodes de combat in situ et en Allemagne avec les « presque virés mais pas encore tout à fait » et les témoignages récents des ex-salariés. Un constat s’impose ; rien ne peut empêcher une délocalisation, rien ne peut empêcher de laisser sur le carreau des milliers de salariés, rien ne peut enrayer la dégradation du tissu industriel français. On a le sentiment qu’il est trop tard. C’est aujourd’hui en Roumanie sur les machines de Clairoix que des crève-la-faim roulent pour le groupe Continental.

Quand les salariés apprennent la fermeture de l’usine, le site picard réalise des bénéfices. Dans le milieu des affaires, ce genre de tactique s’appelle « un effet d’aubaine ». Les actionnaires se régalent et les travailleurs pleurent. S’ensuit, et c’est inévitable, une série de combinaisons juridiques, coups de force, diplomatie et relations publiques, une guerre d’usure où le premier qui craque perd sa culotte et les petits grouillots de la base leurs maigres indemnités. (Lire la suite…)

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Budori, l’étrange voyage, de Gisaburo Sujii

Budori, de Gisaburo SujiiSuite à une succession d’étranges phénomènes naturels, Budori le chat doit quitter sa forêt pour retrouver Neri, sa petite sœur mystérieusement disparue.

Les animés se suivent et ne se ressemblent pas mais pourtant il arrive qu’il rentrent en résonance. Les enfants de L’Ile de Giovanni rêvent d’un monde idéal, quand prisonniers des camps soviétiques ils murmurent les mots de Train de nuit dans la Voie lactée du poète maudit japonais Kenji Miyazawa. Budori, l’étrange voyage est l’adaptation d’un conte du même auteur, célébré par les enfants du Soleil Levant à partir du milieu du XXe siècle car, c’est bien connu, les poètes gagnent à être reconnus une fois qu’ils sont six pieds sous terre.

Budori habite une chaumière au cœur de la forêt où avec ses parents et sa petite sœur Neri il travaille la terre et se nourrit de ce que Mère Nature met à leur disposition. Budori s’initie aux usages des saisons en compagnie de son papa. L’apprentissage du temps aiguise les sensibilités.
Quand une terrible famine accable sa région, Budori se retrouve seul et abandonné et n’a pas d’autre choix que quitter sa forêt chérie. Commence une longue expérimentation parfois douloureuse des rouages sociétaux à travers l’expérience du travail collectif et des actions individuelles. (Lire la suite…)

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Enemy, de Denis Villeneuve

Enemy, de Denis VilleneuveUn professeur d’histoire à la vie assez monotone découvre qu’il a un double en la personne d’un acteur de seconds rôles. Sa tentative de le rencontrer va chambouler son existence.

Moins d’un an après l’efficace thriller Prisoners, Denis Villeneuve revient sur les écrans avec un projet pourtant réalisé avant son film avec Hugh Jackman. Plus personnel, plus mystérieux, Enemy est un « petit film » (peu d’acteurs, de décors, histoire resserrée) dans sa facture mais très puissant en matière de mise en scène.

Construit autour d’une symbolique très précise et monté avec grande précision, le film pourrait presque servir de leçon de mise en scène. Pas un plan qui ne soit réfléchi, une lumière sophistiquée et oppressante, un climat délétère et pourtant très sensuel – le film de Villeneuve est une grande réussite, thriller bizarre et érotique qui va en dérouter plus d’un. Effectivement, il est probable qu’en sortant de la salle la plupart se demande « What the fuck ? » Et pas seulement à cause du plan final, d’ores et déjà au panthéon des meilleures fins de films de 2014. Enemy semble quelque peu opaque, incompréhensible, on pensera peut-être à Lynch… Mais Villeneuve ne suit pas la logique du rêve, son film, dans sa folie, est plus rationnel. En fait, tout est dans les cinq premiers plans. (Lire la suite…)

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