Cinéma à la une
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Rencontre avec Sergei Loznitsa

Odyssée infernale

Une femme douce, de Sergei LoznitsaEn mai 2017, Sergei Loznitsa montait les 24 marches du palais des Festivals de Cannes pour nous y présenter, en compétition, sa Femme douce, troisième long-métrage de fiction. L’histoire éreintante mais fascinante d’une descente aux enfers au cœur d’une Russie post-soviétique gangrenée par la sottise, la misère, les violences et les humiliations. Une odyssée infernale réalisée avec vigueur et rigueur par un Loznitsa plus noir que jamais, magnifiquement mise en lumière par Oleg Mutu, chef op’ hors pair et compagnon de la première heure de Sergei, et survolée de la tête et des épaules par une fantastique Vasilina Makovtseva dans le rôle de la douce femme. Sortis sonnés de la projection cannoise, pas vraiment certains d’avoir tout saisi mais convaincus d’avoir assisté à quelque chose de puissant et nécessaire, nous avons pu enfin rencontrer le réalisateur, à la veille de sa sortie en salle, le 16 août.
 
 
Une femme douce est une coproduction européenne réalisée en Lettonie… Dans quelle mesure s’agit-il pourtant d’un film profondément russe ?

Ce type de coproduction européenne, c’est la seule façon pour moi de continuer à faire des films. Je ne pourrais pas les réaliser là-bas. En Russie, on vous dira bien évidemment que ce sont les Américains qui les financent. Mais Une femme douce s’adresse d’abord aux spectateurs russes. Simplement, parce qu’il s’agit également d’une œuvre artistique, les spectateurs internationaux peuvent aussi s’y intéresser.

Un peu effrayé mais fasciné, on ressort du film convaincu d’avoir peut-être manqué de « clés » pour tout comprendre… Qu’en dites-vous ?

Lorsque vous vous retrouvez face à un tableau du peintre néerlandais Jérôme Bosch, que vous le regardez avec attention, je suis absolument convaincu qu’il y a plein de choses que vous ne comprenez pas. Et il y a notamment cette représentation complexe du cosmos tel que l’on se l’imaginait à l’époque mais que l’artiste a par ailleurs imprégnée de principes d’alchimie. Une représentation qui, dans l’ensemble, nous passe très largement au-dessus de la tête. Cela n’empêche pas pour autant ces toiles d’interagir sur nous. Mais si nous voulions véritablement en saisir les moindres coups de pinceau, cela nécessiterait une étude particulière et approfondie de chaque parcelle de ses tableaux. Mais, rassurez-vous, à la différence des œuvres de Bosch, mes films sont bien plus simples ! (Lire la suite…)

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La Région sauvage, d’Amat Escalante

affiche-film-la-region-sauvage-escalanteAlejandra vit avec son mari Angel et leurs deux enfants dans une petite ville du Mexique. Le couple, en pleine crise, fait la rencontre de Veronica, jeune fille sans attache, qui leur fait découvrir une cabane au milieu des bois. Là, vivent deux chercheurs et la mystérieuse créature qu’ils étudient et dont le pouvoir, source de plaisir et de destruction, est irrésistible…

Le cinéma d’Amat Escalante ne prend pas de pincettes avec ses spectateurs. Un tantinet engagé, le réalisateur n’hésite pas à montrer (à dénoncer ?) les pires aspects de son pays, et s’il faut choquer par la violence de ses scènes, soit. Des fins pas toujours très heureuses, mais sans doutes plus proches de la réalité que de simples et prévisibles happy end. La Région sauvage est son quatrième long-métrage, après Heli, récompensé au Festival de Cannes 2013 pour sa mise en scène. Pour la première fois, Escalante ajoute à sa critique sociale une touche de fantastique. D’autres diront de science-fiction ! (Lire la suite…)

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Le panier garni de l’été 2017

Ce panier garni estival est si fantastique et si horrifique qu’il vous collera les miquettes jusqu’à l’automne prochain. Vous pourrez y apprécier deux merveilles de Jack Arnold, un coffret « Robots » des plus étonnants, un bébé vampire aux jolies quenottes, la première série télé française, trois films du grand maître du Bis Seijun Suzuki et Paul Newman en bûcheron, en pilote automobile et en capitaine de hockey. Rien que ça !

Jack Arnold, géant de la peur

L'Homme qui rétrécit, de Jack ArnoldJack Arnold est un cinéaste touche-à-tout mais un touche-à-tout de talent, reconnu pour avoir livré dans les années 1950 deux grands classiques du cinéma fantastique, L’Etrange Créature du lac noir et L’Homme qui rétrécit d’après le roman de Richard Matheson. Le milieu loue encore aujourd’hui son savoir-faire et sa débrouillardise pour créer des effets spéciaux hallucinants avec en poche deux francs six sous. Mais la patte Jack Arnold, ce n’est pas que des trouvailles techniques, c’est un style. Un style réaliste, sans effets de manche, sans grosse ficelle, qui donne à ses films fantastiques un goût du quotidien des plus trompeurs où le spectateur se laisse facilement berner avant de se rendre compte qu’il navigue à vue dans d’étranges mondes. Jean-Pierre Dionnet explique très justement dans les bonus que cette absence d’artifice le démarque des autres réalisateurs plus enclins à faire dans le tape-à-l’œil. Quoi de mieux que profiter de Tarantula ! et L’Homme qui rétrécit pour comprendre ce qu’est un Grand Faiseur. (Lire la suite…)

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