Cinéma à la une
0

Faute d’amour, d’Andreï Zviaguintsev

Un selfie ou la vie

Faute d'amour, d'Andrei ZviaguintsevFace A. Genia et Boris divorcent. Depuis sa chambre, Alyosha les entend crier. Ils se disputent au sujet de la garde de leur enfant ; non pas pour le garder, mais justement pour ne pas s’encombrer de ce garçon de 12 ans que les hormones commencent à travailler. Le lendemain matin, Alyosha fugue ; les parents se lancent à sa recherche.

Face B. Du Retour à Leviathan, Andreï Zviaguintsev explore le monde dans lequel il vit. D’une sphère à l’autre, avec le recul nécessaire. Il scrute les travers intimes de nos contemporains – Le Bannissement – ou les scories politiques ataviques – Leviathan. Dans Faute d’amour, le cinéaste russe prend la mesure de son talent et mêle les deux. La force du discours n’a d’égale que la subtilité presque respectueuse de ces individus en perte de repères, qui troquent une existence en communion avec l’autre pour un égotisme générationnel. Le plus intime et le plus domestique des drames de la vie – le divorce des parents – est alors chez Andreï Zviaguintsev une simple manifestation de cette translation de valeurs.

Car en filigrane de ce Faute d’amour saisissant et cynique, c’est toute une attitude vis-à-vis du monde, toute une posture qu’expose le réalisateur. A force de mises en scène permanentes à la télévision dans les émissions de téléréalité et les shows politiques, sur les réseaux sociaux ou dans la religion (le film se déroule quelques mois avant le 21 décembre 2012, prétendue date de l’Apocalypse), nous avons tous oublié de nous intéresser à autre chose qu’à nous-mêmes. (Lire la suite…)

0

Le Redoutable, de Michel Hazanavicius

Vous reprendrez bien un peu de pastiche ?

Le Redoutable, Michel HazanaviciusAprès le mash-up du Grand Détournement, l’humoristique déclinaison du film d’espionnage dans ses deux OSS 117 et l’hommage au cinéma muet dans The Artist, Michel Hazanavicius nous cause encore cinéma dans Le Redoutable, réflexion audacieuse autour du septième art à travers l’une de ses plus grandes figures révolutionnaires, Jean-Luc Godard. Mais loin de la révérence obséquieuse au Dieu vivant de la Nouvelle Vague, Le Redoutable s’amuse davantage (parce que, oui, on peut bien rire de Dieu) à en esquinter tendrement l’auréole. Et Hazanavicius, avec la complicité d’un Louis Garrel dégarni et zozotant tout à fait à son aise, à en filmer le ressac, ce retour violent des (nouvelles) vagues vers le large, après qu’elles ont frappé avec impétuosité une terre…

On est en 1967. Godard est alors au sommet de sa gloire avec, déjà derrière lui, Le Mépris, Pierrot le fou, A bout de souffle. Mais voilà, entre-temps, la révolution culturelle est passée par là, emportant avec elle toutes les certitudes artistiques et politiques du cinéaste. Jusqu’à faire vaciller son intimité, son amour avec la jeune Anne Wiazemsky (troublante Stacy Martin), de 20 ans sa cadette. Elle devait pourtant être la muse de ses nouveaux combats cinématographiques, la brandissant en haut de l’affiche de La Chinoise. Mais le film est mal reçu à sa sortie. Un coup de massue pour Jean-Luc. Mai 68 sera le coup de grâce : « Jean-Luc Godard est mort ! », proclamera-t-il. (Lire la suite…)

0

Les Proies, de Sofia Coppola

Chemin de proies

Les Proies, de Sofia CoppolaEn 1971, c’était à Clint Eastwood que le rôle d’un caporal blessé échouait dans Les Proies, réalisé par Don Siegel. Le film, trop cynique pour l’époque, montrait Eastwood comme un salaud et non comme le héros américain qu’il devait être. Résultat : un échec commercial et critique. A rebours, Les Proies a pourtant constitué une réussite : d’abord parce qu’il a indirectement permis à Clint Eastwood de passer peu après à la réalisation avec le superbe Un frisson dans la nuit (Play Misty for Me en VO), dans lequel on retrouve également un homme tourmenté par une femme. Don Siegel y joue d’ailleurs un petit rôle. Ensuite, parce qu’il faut bien le dire : Les Proies de Don Siegel, première adaptation du roman de Thomas Cullinan, était sacrément bon.

En 2017, Sophia Coppola réadapte Les Proies. Avec sobriété et beaucoup d’élégance. Il s’agit moins d’un remake du film de Don Siegel que d’un hommage à un cinéaste souvent décrié malgré son héritage. Car L’Invasion des profanateurs de sépultures, film phare de la SF moderne et métaphorique, c’est lui ; L’Inspecteur Harry, modèle du polar poisseux avec Clint Eastwood, c’est lui ; le film-testament Le Dernier des géants avec John Wayne, c’est encore lui. Ce n’est pas un hasard si depuis quelques années, vingt-cinq ans après sa disparition, on s’intéresse de nouveau à Donald Siegel. (Lire la suite…)

Les derniers articles
  • Un selfie ou la vie - Face A. Genia et Boris divorcent. Depuis sa chambre, Alyosha les entend crier. Ils se disputent au sujet de la garde de leur enfant ; non pas pour le garder, mais justement pour...

    Faute d’amour, d’Andreï Zviaguintsev

    Un selfie ou la vie – Face A. Genia et Boris divorcent. Depuis sa chambre, Alyosha les entend crier. Ils se disputent au sujet de la garde de leur enfant ; non pas pour le garder, mais justement pour…

  • Après le mash-up du <em>Grand Détournement</em>, l’humoristique déclinaison du film d’espionnage dans ses deux <em>OSS 117</em> et l’hommage au cinéma muet dans <em>The Artist</em>, Michel...

    Le Redoutable, de Michel Hazanavicius

    Après le mash-up du Grand Détournement, l’humoristique déclinaison du film d’espionnage dans ses deux OSS 117 et l’hommage au cinéma muet dans The Artist, Michel…

  • En 1971, c’était à Clint Eastwood que le rôle d’un caporal blessé échouait dans <em>Les Proies</em>, réalisé par Don Siegel. Le film, trop cynique pour l’époque, montrait Eastwood comme un salaud et...

    Les Proies, de Sofia Coppola

    En 1971, c’était à Clint Eastwood que le rôle d’un caporal blessé échouait dans Les Proies, réalisé par Don Siegel. Le film, trop cynique pour l’époque, montrait Eastwood comme un salaud et…

  • En mai 2017, Sergei Loznitsa montait les 24 marches du palais des Festivals de Cannes pour nous y présenter, en compétition, sa <em>Femme douce</em>, troisième long-métrage de fiction. L’histoire...

    Rencontre avec Sergei Loznitsa

    En mai 2017, Sergei Loznitsa montait les 24 marches du palais des Festivals de Cannes pour nous y présenter, en compétition, sa Femme douce, troisième long-métrage de fiction. L’histoire…

  • Alejandra vit avec son mari Angel et leurs deux enfants dans une petite ville du Mexique. Le couple, en pleine crise, fait la rencontre de Veronica, jeune fille sans attache, qui leur fait...

    La Région sauvage, d’Amat Escalante

    Alejandra vit avec son mari Angel et leurs deux enfants dans une petite ville du Mexique. Le couple, en pleine crise, fait la rencontre de Veronica, jeune fille sans attache, qui leur fait…

  • Ce panier garni estival est si fantastique et si horrifique qu’il vous collera les miquettes jusqu’à l’automne prochain. Vous pourrez y apprécier deux merveilles de Jack Arnold, un coffret « Robots »...

    Le panier garni de l’été 2017

    Ce panier garni estival est si fantastique et si horrifique qu’il vous collera les miquettes jusqu’à l’automne prochain. Vous pourrez y apprécier deux merveilles de Jack Arnold, un coffret « Robots »…

  • Ameline Thomas est responsable des ventes pour Film Republic, agence de vente internationale basée à Londres, spécialisée dans les longs-métrages art-house et de langue étrangère. C’est à elle et...

    Au pays de Film Republic

    Ameline Thomas est responsable des ventes pour Film Republic, agence de vente internationale basée à Londres, spécialisée dans les longs-métrages art-house et de langue étrangère. C’est à elle et…

  • <em>« Long time no see ! »</em>, comme disent nos amis anglophones ! Mais nous voilà bien de retour, toujours aussi accros aux films un peu idiots, toujours aussi <em>in love</em> des pelloches à l'image moche mais...

    Les WTF de la semaine #13

    « Long time no see ! », comme disent nos amis anglophones ! Mais nous voilà bien de retour, toujours aussi accros aux films un peu idiots, toujours aussi in love des pelloches à l’image moche mais…

  • Un groupe d’ouvriers allemands part travailler sur un chantier en Bulgarie. Ils montent leur baraquement et hissent leur drapeau allemand en haut d’une colline à quelques galops d’un village perdu...

    Western, de Valeska Grisebach

    Un groupe d’ouvriers allemands part travailler sur un chantier en Bulgarie. Ils montent leur baraquement et hissent leur drapeau allemand en haut d’une colline à quelques galops d’un village perdu…