Cinéma à la une
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Les sélections du 71e Festival de Cannes

Cours, camarade, le vieux monde est derrière toi

Cannes 2018Depuis que Thierry Frémaux a annoncé sa sélection le 12 avril, la petite planète cinématographique s’interroge sur les absents et les nouvelles orientations que semble prendre le Festival. Boycott des films Netflix – dont le logo avait été hué l’an dernier en compétition -, les selfies bannis (ils l’avaient déjà été) et – comme tous les ans – l’insistance du sélectionneur contre la discrimination positive pour améliorer la représentativité des femmes réalisatrices ont fourni le gros des sujets abordés lors de la conférence de presse, donnant l’impression d’un Thierry Frémaux luttant contre l’image d’un Festival de Cannes dépassé par son époque.

Et si c’était l’inverse ? Si Thierry Frémaux avait voulu balayer toutes les certitudes bien établies – ou profité des occasions pour le faire ? Pas de Paolo Sorrentino, pas de Naomi Kawase, pas d’Olivier Assayas. On en perd ses repères. C’est aussi ce qui rend cette édition aussi excitante. Thierry Frémaux a parlé d’un « fort renouvellement générationnel ». C’est effectivement l’impression que tout cela donne, un changement de génération. Cannes a donné leur renommée à Quentin Tarantino, Ruben Ostlund, Bruno Dumont ou Apichatpong Weerasethakul. Il y a donc forcément dans ce cru 2018, du moins on l’espère, quelques incontournables de demain. Cannes redevient le lieu de la découverte. Ce qu’attend le festivalier, ce qui le rend, à en croire le délégué général et d’autres, si exigeant et intransigeant, c’est qu’il vient à Cannes pour être surpris, déboussolé, emporté par l’inattendu. Dès que ça ronronne, on se plaint. Voilà que dès que tout bouge, on se plaint aussi. De tous ces noms quasi inconnus qui parsèment la Sélection officielle, beaucoup sont prometteurs. Une recherche sur les tenants et aboutissants des films qui nous attendent ont fini de nous convaincre de l’attrait de cette 71e édition, qui comme un pied de nez, 50 ans après avoir été interrompu par Mai 68, semble se relancer pour une nouvelle jeunesse.

On y trouvera pêle-mêle un premier film égyptien auprès d’un lépreux entouré d’acteurs non professionnels (Yomeddine, d’A. B. Shawky), un genre de Vertigo japonais (Asako, de Ryusuke Hamaguchi), des combattantes kurdes (Les Filles du soleil, d’Eva Husson) comme les débuts de la révolte syrienne (Mon tissu préféré, de Gaya Jiji), le premier film kenyan à fouler la Croisette (Rafiki, de Wanuri Kahiu). Comme pour répondre au « tremblement de terre » né de l’affaire Weinstein et aux temps qui changent, on trouvera aussi des femmes qui luttent et des histoires d’amour se foutant pas mal des genres, hétéros, gays et lesbiennes – pour une fois, la Queer Palm ne semble pas jouée d’avance, réjouissons-nous. Parmi les films ajoutés en compétition figure également Un couteau dans le coeur, le film de Yann Gonzalez, un thriller qui met en scène Vanessa Paradis en productrice de porno gay. Un genre de Bingo post-Weinstein.

L'Homme qui tua Don QuichotteEt qu’on se rassure, il y a aussi des noms bien connus : Asghar Farhadi en ouverture avec Everybody Knows, Stéphane Brizé qui retrouve la lutte sociale et Vincent Lindon (En guerre), Matteo Garrone et l’un des crimes les plus crades de l’Italie (Dogman, une histoire de vengeance et de torture), Jean-Luc Godard et l’un de ses « essais cinématographiques » (Le Livre d’image), Jia Zhang-ke explorant une nouvelle fois les mutations de la Chine à travers une histoire d’amour au long cours (Ash is the Purest White) ou la cellule familiale revisitée par Kore-eda Hirokazu (Shoplifters). En dernière minute, le Festival a finalement annoncé la participation de Nuri Bilge Ceylan, dont l’absence avait ému tant de commentateurs, avec Le Poirier sauvage – qui s’annonce assez proche de sa Palme d’or Winter Sleep, avec le portrait d’un écrivain en Anatolie. D’autres sont des revenants : Spike Lee, absent de la compétition depuis 27 ans (BlackKklansman), Christophe Honoré dont la dernière tentative remonte à 2007 avec Les Chansons d’amour (Plaire, aimer et courir vite), Lee Chang-dong pour son premier film en huit ans (Burning). Et surtout, notre chouchou personnel devant l’éternel : Terry Gilliam qui, enfin, réussit à montrer son Homme qui tua Don Quichotte. Mais celui qui, assurément, fera le plus de bruit, l’ex-persona non grata – repêché in extremis par Pierre Lescure -, Lars von Trier et son The House That Jack Built, qui adopte le point de vue d’un serial killer. Pas sûr que cela calme la Croisette. Certains autres ne sont que l’expression d’une carrière cannoise bien tracée, une entrée en compétition après des entrées remarquées dans les sélections parallèles : David Robert Mitchell, qui présente Under the Silver Lake après The Myth of the American Sleepover et It Follows à la Semaine de la critique ; Nadine Labaki pour Capharnaüm après Caramel à la Quinzaine et Et maintenant on va où ? à Un Certain Regard. Il y a enfin le geste politique du Festival, qui invite très officiellement et très solennellement en compétition deux réalisateurs assignés à résidence, Jafar Panahi (Three Faces) – qui avait déjà été membre symbolique et absent du jury en 2010 – et Kirill Serebrennikov (Leto), et offre l’ouverture du Certain Regard à Sergei Loznitsa pour Donbass, suite logique de la présentation de Maïdan en séance spéciale. Bref, malgré tout, le Festival assure ses fondamentaux : comme l’aurait dit Gilles Jacob, dont les introductions manquent à la conférence de presse annuelle, un état du monde et du cinéma.

Quinzaine des réalisateurs : les adieux d’Edouard Waintrop

Quinzaine 2018Du côté de la Quinzaine des réalisateurs, c’est avec d’infinis regrets que l’on se prépare à la dernière édition chapeautée par Edouard Waintrop, qui avait su redonner un coup de jeune à cette défricheuse de talents. Laquelle célèbre ses 50 printemps, née des conséquences de Mai 68. Notons d’ailleurs que les films sont projetés dans ce que les vieux festivaliers appellent « l’ancien Palais », c’est-à-dire dans la salle même où Godard a prononcé la phrase définitive
« Je vous parle solidarité avec les étudiants et les ouvriers, et vous me parlez travelling et gros plans ! Vous êtes des cons ! » Mais, outre une exposition au Suquet des artistes – dans l’ancienne morgue, a précisé Edouard Waintrop, « rien que ça, ça vaut le détour » – bien peu de célébrations sont annoncées. Tournons plutôt le regard vers l’avenir, semble être le message.

Comme à son habitude, le délégué général a dévoilé une sélection faite de quelques coups dont il a le secret : Gaspar Noé (Climax) et Guillaume Nicloux (Les Confins du monde, un genre d’Apocalypse Now, mais avec moins de moyens, d’après le sélectionneur en chef), autrefois vus en Sélection officielle, feront les honneurs de la Quinzaine. Pour le reste, on retrouve les marottes d’Edouard Waintrop : un panaché de comédies (Troppa grazia, de Gianni Zanasi, en clôture), de films de genre (Mandy, de Panos Cosmatos, remarqué à Sundance), d’animation (Mirai, de Mamoru Hosoda), de cinéma social (Amin, de Philippe Faucon) et un fort tropisme espagnol et sud-américain (pas moins de six films), dont le film d’ouverture est le reflet : après L’Etreinte du serpent en 2015, Ciro Guerra revient à la Quinzaine, cette fois en coréalisation avec Cristina Gallego, pour présenter Les Oiseaux de passage. On se réjouit d’avance de découvrir le nouveau film de Pierre Salvadori, l’auteur des Apprentis, dont l’absence en sélection ne pouvait être qu’une anomalie : En liberté !, avec Adèle Haenel et Pio Marmaï. Vu les litres de larmes versées au cours des sept dernières années, il aurait aussi été anormal qu’Edouard Waintrop ne nous en promette pas quelques-unes pour son chant du cygne cannois. Ce sera le cas avec Samouni Road, un documentaire de Stefano Savona, qui a planté sa caméra à Gaza. On nous annonce un film fort, au dispositif très original et novateur. La « bonne surprise », selon le délégué général, sera le film de Romain Gavras, attendu après Notre jour viendra : Le monde est à toi (on sent comme une continuité), avec notamment Vincent Cassel et Isabelle Adjani.

Semaine de la critique : les femmes au pouvoir

SC 2018A la Semaine de la critique, on allie aussi les découvertes de jeunes cinéastes avec le glamour des acteurs alignés en sélection. On commence par du lourd avec le premier film de réalisateur de Paul Dano, découvert en ado tourmenté mais déterminé dans Little Miss Sunshine il y a plus de dix ans. Derrière la caméra, il met en scène Carey Mulligan et Jake Gyllenhaal, parents dont les liens se desserrent sous les yeux de leur fils de 14 ans. Côté casting quatre étoiles, on lorgnera aussi vers le film de Guillaume Senez, A nos batailles, avec Romain Duris en père syndicaliste déboussolé, Laure Calamy (Ava) et Laetitia Dosch (Jeune femme), qui ont agité la Croisette l’an dernier. En clôture, Alex Lutz – Catherine, de Catherine et Liliane – présentera son deuxième film sans oublier son goût des perruques, puisqu’il y incarnera un chanteur digne de participer à Stars 80, objet d’un documentaire réalisé par un jeune homme qui pourrait être son fils caché. Entre les deux, la compétition se distingue par une bonne présence des pays de l’Est, avec des cinéastes serbe, polonais et hongrois, et surtout par sa domination féminine, une fois n’est pas coutume. Il sera donc question de mères, qui jonglent entre famille et travail (One Day, de Zsofia Szilagyi), qui ont oublié comment faire pour cause d’amnésie (Fuga, d’Agnieszka Smoczynska), de femmes qui partent en guerre (Woman at War, de Benedikt Erlingsson) ou qui la subissent (Chris the Swiss, d’Anja Kofmel), de prostitution – féminine (Shéhérazade, de Jean-Bernard Marlin) et masculine (Sauvage, de Camille Vidal-Naquet), c’est la parité – mais aussi, qu’on se rassure, d’amour avec une comédie romantique indienne, Sir, de Rohena Gera.

Enfin, cette présentation ne serait pas complète sans un mot de l’ACID, qui s’engage à accompagner des films sans distributeurs, leur donne de la visibilité pendant Cannes, et les suit jusqu’à leur sortie en salle – si tout se passe bien. L’an dernier figurait notamment Pour le réconfort, de Vincent Macaigne. On y trouve en particulier beaucoup de premiers films (10 films sur 12), et des histoires de la jeunesse : des jeunes qui apprennent à devenir adultes (L’Amour debout, de Michaël Dacheux), en transition vers l’ailleurs (Seule à mon mariage, de Marta Bergman) ou vers eux-mêmes (Il se passe quelque chose, d’Anne Alix), en révolution (Un violent désir de bonheur, de Clément Schneider), ou en pleine découverte de leur potentiel (Dans la terrible jungle, de Caroline Capelle et Ombline Ley).

 

La sélection officielle

En compétition
Everybody Knows, d’Asghar Farhadi – Film d’ouverture
En guerre, de Stéphane Brizé
Dogman, de Matteo Garrone
Le Livre d’image, de Jean-Luc Godard
Asako, de Ryusuke Hamaguchi
Plaire, aimer et courir vite, de Christophe Honoré
Les Filles du soleil, d’Eva Husson
Ash is the Purest White, de Jia Zhang-ke
Shoplifters, de Kore-eda Hirokazu
Capharnaüm, de Nadine Labaki
Burning, de Lee Chang-dong
BlacKkKlansman, de Spike Lee
Under the Silver Lake, de David Robert Mitchell
Three Faces, de Jafar Panahi
Zimna Wojna, de Pawel Pawlikowski
Heureux comme Lazzaro, d’Alice Rohrwacher
Yomeddine, d’A. B. Shawky
Leto, de Kirill Serebrennikov
Un couteau dans le coeur, de Yann Gonzalez
Ayka, de Sergei Dvortsevoy
Le Poirier sauvage, de Nuri Bilge Ceylan

Un Certain Regard
Donbass, de Sergei Loznitsa – Film d’ouverture
Border, d’Ali Abbasi
Sofia, de Meyem Benm’Barek
Les Chatouilles, d’Andréa Bescond et Eric Metayer
Long Day’s Journey into Night, de Bi Gan
Manto, de Nandita Das
Girl, de Lukas Dhont
Gueule d’ange, de Vanessa Filho
Euforia, de Valeria Golino
Mon tissu préféré, de Gaya Jiji
Rafiki, de Wanuri Kahiu
Les Moissonneurs, d’Etienne Kallos
In my Room, d’Ulrich Köhler
El Angel, de Luis Ortega
The Gentle Indifference of the World, d’Adikhan Yerzhanov
A genoux les gars, d’Antoine Desrosières
Meurs, monstre, meurs, d’Alejandro Fadel
Les Morts et les autres, de Joao Salaviza et Renée Nader Messora

Hors compétition
Solo: A Star Wars Story, de Ron Howard
Le Grand Bain, de Gilles Lellouche
The House That Jack Built, de Lars von Trier

Séances de minuit
Arctic, de Joe Penna
Gongjak, de Yoon Jong-bing
Whitney, de Kevin Macdonald
Fahrenheit 451, de Ramin Bahrani

Séances spéciales
10 Years in Thailand, d’Aditya Assarat, Wisit Sasanatieng, Chulayarnon Sriphol et Apichatpong Weerasethakul
The State against Mandela and the Others, de Nicolas Champeaux et Gilles Porte
Le Grand Cirque mystique, de Carlo Diegues
La Traversée, de Romain Goupil
Libre, de Michel Toesca
Les Ames mortes, de Wang Bing
Le Pape François – Un homme de parole, de Wim Wenders
Another Day of Life, de Raul De La Fuente et Damian Nenow

Film de clôture
L’Homme qui tua Don Quichotte, de Terry Gilliam

Quinzaine des réalisateurs
Les Oiseaux de passage, de Ciro Guerra et Cristina Gallego – Film d’ouverture
Amin, de Philippe Faucon
Carmen y Lola, d’Arantxa Echevarria
Climax, de Gaspar Noé
Comprame un revolver, de Julio Hernandez Cordon
Les Confins du monde, de Guillaume Nicloux
El Motoarrebatador, d’Agustin Toscano
En liberté !, de Pierre Salvadori
Joueurs, de Marie Monge
Leave No Trace, de Debra Granik
Los Silencios, de Beatriz Seigner
The Pluto Moment, de Ming Zhang
Mandy, de Panos Cosmatos
Mirai ma petite soeur, de Mamoru Hosoda
Le monde est à toi, de Romain Gavras
Petra, de Jaime Rosales
Samouni Road, de Stefano Savona
Teret, d’Ognjen Glavonic
Mon cher enfant, de Mohamed Ben Attia
Troppa grazia, de Gianni Zanasi – Film de clôture

Semaine de la critique – Compétition
Chris the Swiss, d’Anja Kofmel
Diamantino, de Gabriel Abrantes et Daniel Schmidt
One Day, de Zsofia Szilagyi
Fuga, d’Agnieszka Smoczynska
Woman at War, de Benedikt Erlingsson
Sauvage, de Camille Vidal-Naquet
Sir, de Rohena Gera

Semaine de la critique – Séances spéciales
Wildlife, de Paul Dano – Film d’ouverture
Nos batailles, de Guillaume Senez
Shéhérazade, de Jean-Bernard Marlin
Guy, d’Alex Lutz – Film de clôture

ACID
L’Amour debout, de Michaël Dacheux
Bad Bad Winter, d’Olga Korotko
Cassandro the Exotico !, de Marie Losier
Dans la terrible jungle, de Caroline Capelle et Ombline Ley
Il se passe quelque chose, d’Anne Alix
Seule à mon mariage, de Marta Bergman
Thunder Road, de Jim Cummings
Un violent désir de bonheur, de Clément Schneider
Nous, les coyotes, de Hanna Ladoul et Marco La Via

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Rencontre avec Pascal Laugier

Pascal LaugierLe réalisateur du film culte Martyrs est de retour aux sources avec Ghostland, production franco-canadienne qui a reçu trois prix à Gérardmer lors de la dernière édition du festival. Nous avions alors rencontré Pascal Laugier juste après la toute première présentation du film au public. « Un putain de réalisateur », selon Mylène Farmer. Attention, cet entretien contient des spoilers…

 
Quelle réaction à chaud après cette toute première présentation du film au public ?

Une délivrance ! Comme si j’avais enfin accouché de cet enfant que j’ai porté… La gestation a tout de même duré deux ans ! Après, je ne sais pas comment la salle a vraiment réagi, elle est si grande. Les gens qui sont venus me voir sont ceux qui ont aimé le film. J’ai le soulagement du devoir accompli, c’était une belle projection, avec une écoute attentive du public, très silencieuse.

Dans vos films, les femmes sont souvent en proie à la violence, pourquoi ce choix ?

Et pourquoi pas des femmes ? Ce sont des personnages à travers lesquels je m’identifie facilement, qui ont des points d’entrée émotionnels qui sont esthétiques pour moi. Sur Ghostland, le projet entier part du personnage de Beth sur lequel je me projette profondément et parce que le film est le portrait de sa vocation. De ses souffrances, elle va tirer son œuvre, ce qui pourrait être une définition même de l’horreur en tant que genre : de nos angoisses profondes, tâchons d’en faire une œuvre. C’est ce que Beth va s’appliquer à faire. (Lire la suite…)

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L’éclectisme d’Artus 2018

Le Carnaval des âmesAprès une trop longue absence, Artus Films revient aux affaires avec une nouvelle sélection de raretés et de films oubliés. Une sélection 2018 que nous pourrions qualifier… d’éclectique. Et l’éclectisme, c’est bon pour la santé ! Au menu, vous pourrez déguster un conte fantastique, un film 100 % noir, un classique de l’épouvante, une comédie policière, un thriller et, cerise sur le gâteau, un bijou de la science-fiction post-apocalyptique en mode Nouvelle Vague. Allez hop, c’est le moment de dépenser vos étrennes ! Y’a pas que Star Wars dans la vie.

 
L’Etrange Mr Slade réalisé par Hugo Fregonese est la cinquième adaptation du roman écrit par Marie Belloc Lowndes, The Lodger, lui-même énième variation de l’affaire « Jack l’éventreur ». Si les cinéphiles et les fans du ripper préfèrent, et de loin, la version d’Hitchcock tournée en 1927 (le film pose les fondamentaux du Maître), Hugo Fregonese s’en tire avec les honneurs. Il faut dire que le cinéaste argentin a signé des westerns restés dans l’histoire, comme l’immense Quand les tambours s’arrêteront, œuvre somme acclamée pour son rythme syncopé et sa succession de climax hallucinants. Bref, le gars n’est pas un tâcheron ! Dans L’Etrange Mr Slade, Fregonese et son équipe prennent le parti de jouer la sécurité en assurant une ambiance étrange et pénétrante au cœur du vieux Londres. Toutefois, l’originalité du projet réside dans le traitement plus psychologique que sensationnaliste du fameux Monsieur Slade (incarné par un Jack Palance des grands jours) où l’on découvre avec surprise que les motivations d’un tueur en série ne sont pas forcément celles auxquelles on pense. Il n’y a pas ici la volonté à bouleverser le genre mais de nous offrir un thriller vintage bien flippant ! (Lire la suite…)

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