Folie vintage 3 !

 

Du coté de chez Elephant Films, on voit gros et l’on se trompe rarement. Rire. Hulk, Magnum saisons 2 et 3, cinq films de Cecil B. DeMille, la saga Barbara Hutton, voilà de quoi vous occuper pendant l’automne en attendant les premiers frimas.

Leçon d’Amérique

HulkL’événement « merci pour ce magnifique cadeau » de ce dernier trimestre de l’année 2018 est sans aucun doute l’édition intégrale restaurée « haute définition » de L’Incroyable Hulk, la série originale avec le génial Bill Bixby (disparu précocement d’un cancer à l’âge de 59 ans alors qu’il s’apprêtait à tourner un nouveau téléfilm consacré au géant vert). Mais pourquoi donc L’Incroyable Hulk version « années 1970 » mérite t-elle d’être soutenue par Grand Écart ? Rappelez-vous les raisons pour lesquelles le docteur David Banner battait la campagne américaine d’épisode en épisode ? Systématiquement quand la colère l’envahissait, il s’évanouissait, verdissait, prenait 100 kg, craquait sa chemise et son futal puis pétait tout autour de lui pour qu’à son réveil ne subsiste, outre son slip et ses chaussettes, qu’un souvenir fugace et douloureux de sa transformation. Fichue malédiction, on est d’accord ? Mais ce n’est pas que ça. Restons sérieux et voyons plus loin que le bout de notre nez. En effet, cette magnifique série montrait, comme peu de séries l’ont proposé auparavant, le visage de l’Amérique profonde dans toute sa splendeur et dans toute sa misère. David Banner devint aux yeux des spectateurs moins le pestiféré de service que le témoin privilégié, et ce pendant 82 épisodes, d’une nation en plein boom et en pleine déliquescence. Nous pouvions au gré des pérégrinations de son antihéros découvrir les États ouvriers où les rednecks consommaient déjà leur rupture avec les territoires des grandes villes de la côte Est et de la côte Ouest. Chaque épisode donnait une image précise de la vie dans ces zones rurales isolées et villes moyennes abandonnées, prises dans l’étau des mutations économiques et sociales. Comme si nous pouvions comprendre le sort funeste réservé aux classes modestes et moyennes condamnées à se sortir d’une autre malédiction appelée, la paupérisation.
Le Banner en patte d’eph’, lui, prenait le temps de s’arrêter chez les petites gens pour les comprendre, avant de rejeter sur ce monde pourri et dégueulasse toute sa colère. Vert de rage.
L’Incroyable Hulk est une série historique indispensable à qui veut comprendre l’évolution de la société occidentale depuis ces quarante dernières années.
Disponible en méga coffret collector intégral blu-ray chez Elephant Films

Magnum, la suite

Magnum PIImpossible de passer sous silence la suite de Magnum P.I, ma série préférée de tous les temps. Pour ces saisons 2 et 3 disponibles dans les bacs, les scénaristes n’ont pas chômé, je vous prie de me croire ! Petit rappel pour les néophytes : si dans la saison 1, notre moustachu préféré avait maille à partir avec les Hawaïens de souche, eux-mêmes harcelés par la mafia locale et les vilains Blancs, les 45 épisodes suivants se réorientent de manière plutôt franche autour du conflit américano-japonais durant la Seconde Guerre mondiale et des traumatismes psychologiques subits par les soldats des deux camps durant la guerre du Vietnam. Entre ces sujets plutôt graves, nous voyons tour à tour nos héros faillir pour notre plus grand plaisir. La saison 2 et la saison 3 contiennent leur lot d’épisodes anxiogènes, notamment un épisode exceptionnel où pour la première fois à la télévision nous voyons le héros chéri commettre un acte irréparable.
Petite anecdote pour les fans hardcore. La très belle villa de Robin Masters que l’on voit sous toutes les coutures et récemment rachetée par un homme politique du cru a été entièrement détruite tant elle était bouffée par le salpêtre. Vous ne la verrez plus. Il ne reste qu’un monceau de gravas. Elle qui fut érigée en 1932. Rest In Peace Pahonu (La maison est encore visible sur Google Maps).
Saison 2 et saison 3 de Magnum P.I disponibles en coffret blu-ray chez Elephant Films

Barbara Hutton, destin d’une milliardaire

Barbara Hutton, destin d'une milliardaireCette courte série diffusée en 1987 peut s’inscrire dans la veine des sagas familiales dites « Les grandes familles américaines maudites ». Barbara Hutton a réellement existé, vous le saviez ? C’est même elle qui a laissé pour la postérité l’expression de « Pauvre petite fille riche » ! Son destin hors normes défraya la chronique durant près de 50 ans, noircissant un nombre incalculable de torchons que l’on se plaît à lire honteusement au cabinet.
Revenons à Barbara. Après la mort de sa mère et de son grand-père, son père l’abandonna pour la laisser à sa nourrice. Ambiance… Barbara Hutton, petite-fille millionnaire, devint l’une des femmes les plus riches du monde à la mort de son père. Ambiance… Elle fut tout à la fois ; une mondaine que le milieu respectait, que le milieu condamnait et que le milieu moquait régulièrement pour ses frasques et sa naïveté confondante. En effet, Barbara Hutton se fit beurrer la raie par un impressionnant nombre d’indélicats mythos et mégalos, qui n’en voulaient soit dit en passant qu’à ses fesses et son pognon ! Je préfère être direct car le temps, c’est de l’argent ! La malheureuse fut mariée 7 fois et fut malheureuse tout autant de fois. Les historiens, genre Stéphane Bern, la présentent aujourd’hui comme une femme à poigne et influençable. Une personnalité complexe !
Barbara Hutton, destin d’une milliardaire raconte avec justesse et respect le destin de la « Poor Little Rich Girl ». Farah Fawcett, à tomber de beauté, bouffe l’écran par son interprétation. Je n’exagère pas pour dire que les 240 minutes que dure ce téléfilm luxueux sont absolument passionnantes. Certes, si l’on se trouve parfois face à un biopic un poil hagiographique – mais qui ne cache rien des graves troubles de la personnalité de son héroïne -, nous sommes loin des téléfilms rasoirs que le service public tente de nous faire subir. Cette saga familiale qui dresse le portrait d’une reine de la nuit aussi indécente que généreuse mérite le détour, au même titre que la série Succession ou les œuvres sur J. Paul Getty sorties tout récemment.
Disponible en coffret DVD chez Elephant Films

Cycle Cecil B. DeMille

Cléopâtre, de Cecil B. DeMilleCecil B. DeMille rentre dans l’histoire du septième art comme le cinéaste de l’impossible, le cinéaste de la démesure, un cinéaste biblique. L’homme, qui commence sa carrière dans les années 1910, s’applique à faire évoluer son cinéma au rythme des innovations et au rythme de ses humeurs. Le son, la couleur, les formats, toutes ces révolutions techniques devaient d’abord le convaincre avant d’être validées par ses soins. Cecil B. DeMille n’était pas homme à se laisser mener par le bout du nez.
Le Signe de la croix raconte la déchéance morale de l’Empire romain sous Néron. Le film, aussi intéressant soit-il, donne l’impression d’être emprunté par le jeu ampoulé des comédiens et plombé par l’interprétation de Claudette Colbert qui à chaque scène semble sortir de chez le coiffeur. L’intrigue tient la route, et c’est le principal.
La Loi de Lynch est un drame méconnu du Maître que vous devez absolument redécouvrir. La fameuse loi de Lynch fait référence à la justice expéditive, le lynchage et qu’il faut à tout prix éviter au risque de vendre son âme au diable. Voilà l’histoire de trois étudiants durant la Grande Dépression qui décident de rendre la justice en hommage à un ami cher abattu par un membre de la pègre. Le film se présente comme une tragédie puis évolue en chronique sociale à travers l’amitié des trois personnages principaux qui se contraignent à réaliser les meilleurs choix, c’est-à-dire les plus difficiles. On peut y déceler les indices de ce qu’on appellera plus tard, un feel good movie (toute mesure gardée !).
Dans son Cléopâtre, Cecil B.DeMille va à l’essentiel sur les amours fougueux de la reine d’Égypte contrairement à l’interminable pensum de Joseph L. Mankiewicz avec Elisabeth Taylor. D’ailleurs, Claudette Colbert (qui incarne Cléo) défraya la chronique avec ses poses trop lascives et ses dessous trop affriolants. Elle défraya la chronique en son temps car aujourd’hui, elle est beaucoup moins sexy. Le film causa des troubles au sein même du comité de censure. Scandale !
Les Tuniques écarlates est un épouvantable western avec Gary Cooper. C’est long, ennuyeux et bourré d’horribles transparences. Un supplice.
Les Naufrageurs des mers du sud et Les Conquérants d’un nouveau monde sont deux chefs-d’œuvre du cinéma, ni plus ni moins. Une aventure humaine et un western politique où distributions, interprétations, mises en scène, scénarios, décors, photos, lumières, tout est absolument splendide. Deux films « somme » qu’il faut voir et revoir pour saisir les nombreuses thématiques qui s’entrelacent. Du grand art !

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