Still the Water, de Naomi Kawase

 

L’âme de fond

Still the Water, de Naomi KawaseFutatsume no mado, c’est le titre original du nouveau film de Naomi Kawase. Littéralement « La deuxième fenêtre », en japonais. Celle ouverte sur l’invisible. Celle qui fait communiquer les vivants et les disparus, l’avenir et la mémoire, le passé et la tradition… C’est l’histoire de Kaito et Kyoko, deux adolescents vivant sur l’île d’Amami. Une terre où les habitants avancent en harmonie avec la nature et les dieux. C’est ici que les deux adolescents vont découvrir les cycles de la vie, de la mort et de l’amour.

Naomi Kawase dédie son film au souffle de la vie. Portée par le vent et la pluie, bercée par le soleil, sa caméra virevolte. Flotte. Quand passent les typhons, la mer se déchaîne et la réalisatrice japonaise saisit la puissance des gigantesques vagues. S’y enfonce juste avant qu’elles ne se fracassent et ne se reforment à l’infini. Comme chez Hokusai, la mer est vivante. C’est d’ailleurs ce qui effraie le jeune Kaito qui refuse de s’y baigner tandis que Kyoko, sourire enchanteur aux lèvres, y plonge toute habillée. Quand la mort rôde, Kawase suspend le temps pour contempler la lumière du soleil se faufiler entre les branches enlacées d’un arbre plusieurs fois centenaire. Et quand l’amour éclot, c’est dans un majestueux ballet aquatique.

Certains diront que Still the Water pèche par son excès de symbolisme, d’autres que Malick ou Apichatpong leur ont déjà fait le coup de l’infiniment petit et de l’infiniment grand. Tant pis. Son film, paradoxalement plus accessible et plus palpable qu’un Tree of Life ou Oncle Boonmee, résonne comme un hommage aux croyances panthéistes du peuple d’Amami, à l’histoire du Japon, à ses contradictions, à son humilité face aux éléments naturels.

Récit initiatique, ode poétique et métaphysique à la nature, variation terriblement juste et émouvante sur la filiation, conte philosophique sur la mort, Still the Water impose son rythme biologique, ses respirations, ses peurs, ses joies… Il déborde d’amour et ne cache rien de ses incertitudes. Où donc s’envolent les âmes de ceux que nous aimons quand ils quittent la terre ?

 
Still the Water de Naomi Kawase avec Nijirô Murakami, Jun Yoshinaga, Miyuki Matsuda… Japon, 2014. En compétition au 67e Festival de Cannes. Sortie en salle le 1er octobre 2014.