Cinéma à la une
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Le Jeune Ahmed, de Jean-Pierre et Luc Dardenne

Le gamin au couteau

Le Jeune Ahmed, de Jean-Pierre et Luc DardenneLa Fille inconnue avait donné le ton. Pour parler de la question des sans-papiers, les cinéastes mettaient le focus sur une jeune médecin belge et sa culpabilité. Ils avaient changé de camp, et traitaient leur sujet d’un point de vue plus proche du leur, disons du côté de la bourgeoisie. Avec Le Jeune Ahmed, Jean-Pierre et Luc Dardenne ont beau coller au corps de ce jeune adolescent radicalisé, de tous les plans comme pouvait l’être Rosetta, ils restent comme extérieurs. Jamais ils ne tentent de comprendre leur personnage. Au début du film, le jeune Ahmed est déjà radicalisé. Le sujet n’est donc pas la radicalisation. On voit aussi la détresse de sa mère, à laquelle il semble indifférent. Le sujet n’est donc pas non plus la démission des parents. Envoyé dans un centre fermé, on voit le regard bienveillant de son éducateur, qui l’accompagne en respectant son obsession de l’heure de la prière quoi qu’il en coûte. Dans son travail à la ferme, on s’amuse des premiers émois qu’il suscite auprès de la jeune fille avec qui il passe ses journées. Tout cela se déroule sans accroc. Ah, le sujet n’est toujours pas l’impuissance des institutions à agir, comprendre, raisonner un jeune fanatisé. Le moment de bascule, pour le jeune Ahmed, dépeint en garçon de 13 ans, avec sa naïveté et son immaturité, c’est le refus de cette jeune fille de se convertir à l’islam pour pouvoir se marier. Sa demande provoque le rire du spectateur, preuve que les frères Dardenne n’ont pas su susciter l’empathie et que l’on observe ce gamin de loin, comme un être étrange qui suit des rituels de manière mécanique, sans esquisser une compréhension de sa motivation. (Lire la suite…)

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Chambre 212, de Christophe Honoré

La superbe

Chambre 212, de Christophe HonoréEn annonçant dans la sélection Un Certain Regard la présence inattendue de Christophe Honoré, Thierry Frémaux avait décrit le réalisateur-dramaturge-romancier en Sacha Guitry contemporain. Et il est vrai qu’on ne peut s’empêcher de penser à Quadrille dans ce marivaudage d’un nouveau genre. Maria (pétillante Chiara Mastroianni) quitte avec brio son amant et rejoint son mari (Benjamin Biolay, plus déprimé que jamais en bermuda-chaussettes). Mais après l’engueulade qui suit la découverte des textos du jeune homme éconduit, elle va passer la nuit dans l’hôtel qui fait face à leur appartement. Elle y observe l’être autrefois aimé et s’interroge sur leur avenir commun, sur les conseils plus ou moins avisés d’une version jeune de son époux, de la femme avec qui il aurait pu passer sa vie, de sa volonté – incarnée avec délice par un sosie d’Aznavour habillé en peignoir digne de DSK – et de la ribambelle d’amants qu’elle a eus au cours de ses 25 ans de mariage.

Assumant la dimension théâtrale du récit, la caméra de Christophe Honoré virevolte au-dessus de décors en studio, où les portes s’ouvrent et se ferment dans l’esprit de Maria, encombré d’un tourbillon de personnages, de souvenirs, de regrets, de questionnements. (Lire la suite…)

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Portrait de la jeune fille en feu, de Céline Sciamma

La beauté du geste

Portrait de la jeune fille en feu, de Céline SciammaFaire un film d’époque et sur la peinture est toujours casse-gueule. Un défi que Céline Sciamma remporte haut la main, tant son film n’est pas ampoulé, enfermé dans des carcans. Car s’en échapper, c’est tout le cinéma de la réalisatrice de Naissance des pieuvres, Tomboy et Bande de filles. C’est donc une nouvelle histoire d’émancipation qu’elle raconte. Celle d’Héloïse (Adèle Haenel), dont le portrait doit être fait pour sceller son mariage avec un homme qu’elle n’a jamais rencontré. Celle aussi de la peintre, Marianne (Noémie Merlant), encouragée par son modèle à pousser son art plus loin. Avec un sens du cadre impressionnant, une lumière envoûtante, Céline Sciamma s’approprie son thème de la peinture pour montrer l’artiste au travail. La recherche de la vérité intérieure de son sujet, la manière dont on intègre les conventions, puis s’en libère. Adèle Haenel, elle, s’offre sous un jour nouveau. Sa dureté frondeuse fait place à une douceur inattendue, dont la colère n’est pourtant pas absente. Composition complexe d’un personnage riche, à l’écoute de ses émotions, et en constante réflexion. (Lire la suite…)

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