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	<title>Grand Écart &#187; engagé</title>
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	<description>Étirements cinéphiles</description>
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		<title>Rencontre avec Crazy Pictures</title>
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		<pubDate>Mon, 08 Apr 2019 11:36:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>JNB</dc:creator>
				<category><![CDATA[Portraits]]></category>
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		<description><![CDATA[Ils sont cinq : Albin Pettersson, Rasmus Råsmark, Hannes Krantz, Victor Danell et Olle Tholén. A ces cinq-là s&#8217;ajoute Christoffer Nordenrot, acteur au long cours et coscénariste. A eux six,...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2019/04/The-Unthinkable-214x300.jpg" alt="The Unthinkable, Crazy Pictures" width="214" height="300" class="alignleft size-medium wp-image-26892" />Ils sont cinq : Albin Pettersson, Rasmus Råsmark, Hannes Krantz, Victor Danell et Olle Tholén. A ces cinq-là s&#8217;ajoute Christoffer Nordenrot, acteur au long cours et coscénariste. A eux six, ils composent le collectif suédois Crazy Pictures, rassemblement assez unique de jeunes talents du septième art à qui l&#8217;on doit en ce début d&#8217;année un premier long-métrage enthousiasmant, véritable succès en Suède et reparti du <a href="http://www.grand-ecart.fr/pense-bete/26e-festival-film-fantastique-gerardmer/" title="30/01-3/02 : 26e Festival du film fantastique de Gérardmer">26e Festival de Gérardmer</a> avec (entre autres) un Prix du jury bien mérité : <em><a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/the-unthinkable-crazy-pictures-christoffer-nordenrot/" title="The Unthinkable, de Crazy Pictures">The Unthinkable</a></em>. Rencontre avec trois des membres de <a href="http://crazypictures.se/" title="Crazy Pictures" target="_blank">Crazy Pictures</a>, Olle Tholén, Albin Pettersson et Christoffer Nordenrot.</p>
<p>&nbsp;<br />
<strong>Quel a été le point de départ de <em>The Unthinkable</em> ?</strong></p>
<p><em>Albin :</em> Le noyau du film, c’était la scène du début avec la guitare, qui a servi à créer cette famille dysfonctionnelle. Le père qui voulait faire quelque chose de bien mais qui se termine mal. C’est ce qui a permis de lancer l’histoire de la famille. Parallèlement, mais sans imaginer que ça ferait partie du même film, nous pensions à cette « alarme de guerre », testée quatre fois par an en Suède. Un jour, ça ne serait plus un test. Comment réagirions-nous, que ferions-nous, où irions-nous ? En Suède, cela fait plus de 300 ans qu’il n’y a pas eu de guerre. Et si la Suède était en guerre ? C’était une pensée excitante. </p>
<p><em>Christoffer :</em> Nous sommes habitués à voir ce genre de choses dans des films américains et à la télé. Mais nous n’avons pas ça en Suède. Nous nous sommes dit que c’était intéressant de faire un film à propos de ça. Quand on commence à enquêter sur ce sujet, à parler aux gens, on se rend compte qu’il y a eu beaucoup de choses palpitantes dans l’histoire de la Suède. Pendant la guerre froide, le gouvernement a fabriqué des bunkers pour accueillir tous les habitants. Donc il y a beaucoup de bunkers, qui n’ont en fait jamais été utilisés puisqu’il n’y a jamais eu de guerre. Mais c’était un cadre intéressant. Les bunkers existent toujours : que se passerait-il si l’alarme d&#8217;alerte se déclenche, et que cette fois-ci, c’est pour de vrai ? <span id="more-26891"></span></p>
<p><em>Albin :</em> C’était très important pour nous d’avoir tous ces éléments dans le même noyau : on suit les personnages, partout, tout le temps, et on voit l’attaque à travers leurs yeux. On s&#8217;attache à Anna.</p>
<p><strong><em>The Unthinkable</em> est tout à la fois un drame, une histoire d’amour, un film catastrophe, mais aussi un film politique ?</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2019/04/THE-UNTHINKABLE-photo-3-300x125.jpg" alt="THE UNTHINKABLE-effondrement pont" width="300" height="125" class="alignright size-medium wp-image-26902" /><em>Albin :</em> Nous n’avions pas prévu de faire un film politique, mais c’est inévitable quand on fait un film sur des attaques en Suède&#8230;</p>
<p><em>Christoffer :</em> Nous voulions créer un ennemi mystérieux. Le spectateur n’a aucune idée de ce qui est en train de se passer, et de qui est derrière ça. Nous n’avons pas dit grand-chose à propos de l’ennemi. Parfois, nous avons besoin d’en dire un peu plus aux spectateurs, comme à la fin par exemple. Bien sûr, nous parlons à certains moments d’attaques d’aliens, pour ne pas être trop politique. Nous voulions vraiment avoir un ancrage dans la réalité, de façon à rendre les choses le plus plausible possible. Nous avons discuté avec des militaires, des gens sur Internet, pour tenter de trouver la façon la plus réelle de décrire les événements, si cela devait arriver un jour.</p>
<p><strong>Aujourd&#8217;hui, quand on parle d&#8217;attaque militaire en Suède, on pense forcément à la Russie et à ses menaces régulières&#8230;</strong></p>
<p><em>Olle :</em> Bien sûr. Il y a un océan autour de la Suède, et la Russie a des sous-marins. Parfois, vous pouvez voir les sous-marins aux alentours de Stockholm : c’est quelque chose d’important en Suède. Je ne pense pas que les gens voient ça comme une menace, mais on en a toujours parlé en Suède. Certains nous ont critiqués, en disant que nous rendons les gens encore plus effrayés par la Russie. Qu’on donne à la Russie le mauvais rôle. Mais ce n’est pas la réalité.</p>
<p><em>Albin :</em> Dans <em>The Unthinkable</em>, la politique n’est qu’une petite partie qui sert à construire un tout. Nous ne voulons pas transmettre ce message ; la Russie n’est pas le « méchant » dans le film.</p>
<p><strong>Est-ce que ce scénario cauchemar est vraiment impensable ?</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2019/04/THE-UNTHINKABLE-photo-4-300x125.png" alt="THE UNTHINKABLE-masque à gaz" width="300" height="125" class="alignleft size-medium wp-image-26904" /><em>Olle :</em> C’est un peu éloigné de la réalité. Quand nous avons créé le scénario, il y a 8 ans, c’était une fiction totale, de l’imagination. Nous avons discuté avec des gens pour le rendre plausible. Mais au fil des années, la menace se rapprochait, l’insécurité aussi. Je pense que le film est plus d’actualité aujourd’hui.</p>
<p><em>Christoffer :</em> Oui, pas nécessairement avec la Russie, mais avec le monde entier. On vit dans une époque instable, les gens ont peur. Le gouvernement suédois a diffusé une brochure <em>[alertant les civils de la marche à suivre en cas d'attaque étrangère, ndlr]</em> un mois après que notre film est sorti. On aurait dit qu’elle sortait des années 1960.</p>
<p><em>Albin :</em> Ca s’est passé trois semaines avant notre première, ça nous a fait une belle campagne marketing&#8230; Certains ont pensé que nous étions à l’origine de cette brochure !</p>
<p><strong>Chaque pays a ses peurs : quelle est la peur de la Suède ?</strong></p>
<p><em>Christoffer :</em> Notre film est très axé sur les personnages, sur le fait de dire les choses avant qu’il ne soit trop tard. C’est ce qu’on a travaillé avec le personnage d’Alex, et c’est quelque chose de très suédois : garder nos émotions et ne pas en parler. C’est ce qui résonne à travers le film. Mais d’un autre côté, <em>The Unthinkable</em> n’a pas grand-chose de suédois. On n’a encore jamais vu de film comme ça en Suède.</p>
<p><em>Olle :</em> Pour parler d’une vraie menace, le terrorisme est la chose la plus probable qui pourrait arriver à Stockholm. Nous voulions en faire l’expérience dans le film.</p>
<p><em>Christoffer :</em> Depuis le début, c’est une fiction. Y compris la scène de la bande-annonce, avec le pont qui explose au centre de Stockholm. Nous l’avons écrite il y a plusieurs années, mais avec la peur des attaques terroristes, les gens ont été bien plus effrayés. <em>« C’est réel, ça peut arriver. »</em></p>
<p><strong>Dans la vie, vous êtes plutôt optimistes ?</strong></p>
<p><em>Albin :</em> Oui, clairement ! Mais beaucoup de gens en Suède sont pessimistes&#8230;</p>
<p><em>Christoffer :</em> Avec la situation politique actuelle en Suède, comme dans d’autres pays européens, un parti d’extrême droite est en train de monter. C’est le 3e parti, cela veut dire beaucoup de choses à propos des peurs des gens.</p>
<p><strong>Vous dites que d&#8217;une certaine manière, votre film n&#8217;est pas suédois, mais les thrillers scandinaves parlent généralement de crime sans occulter un contexte politique ou social, comme c&#8217;est le cas ici&#8230;</strong></p>
<p><em>Olle :</em> Oui, d’un côté, il est très suédois, mais de l’autre non : l’attaque, et le style hollywoodien.</p>
<p><em>Albin :</em> Cette combinaison le rend unique en Suède. On voit beaucoup de films américains, mais nous sommes tous des réalisateurs suédois. Nous ne voulions pas faire un film américain, donc c’est notre point de vue sur de genre de film.</p>
<p><strong>D&#8217;où vient l&#8217;idée de créer le collectif Crazy Pictures ?</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2019/04/THE-UNTHINKABLE-Crazy-Pictures-collective_photo-300x200.jpg" alt="Crazy Pictures collectif" width="300" height="200" class="alignright size-medium wp-image-26898" /><em>Albin :</em> Nous nous sommes tous rencontrés à l’école, quand nous avions 16 ans. On faisait déjà beaucoup de films, on s’amusait ensemble. A 17 ans, on a fait notre premier long-métrage. Ensuite, en terminant l’école, on a eu envie de continuer de travailler ensemble. Nous avions 19 ans quand nous avons lancé notre boîte de production. C’était il y a 11 ans. Depuis, nous avons fait beaucoup de courts-métrages sur YouTube, beaucoup de publicités pour vivre. Christoffer a joué le rôle principal dans plusieurs de nos films.</p>
<p><em>Christoffer :</em> Ça a été une chance de les rencontrer. Ils se connaissaient depuis longtemps. J’ai commencé en tant qu’acteur dans leurs films, puis je me suis mis à écrire. C’était une belle rencontre.</p>
<p><em>Olle :</em> On est un collectif de cinéastes, et on aime la manière dont on réalise des films ensemble. Au début, on pensait que c’était étrange, qu’il fallait quelqu’un qui soit directeur, l’autre producteur, etc. Mais on n’aime pas travailler comme ça. Nous sommes un collectif, nous avons tous des compétences différentes, et un seul et même but : faire les meilleurs films possibles.</p>
<p><strong>Sur le plateau, ça fonctionne comment ?</strong></p>
<p><em>Albin :</em> Pour vous donner un exemple, même si je ne suis pas directeur du plateau, je peux prendre le rôle de directeur. On a tous passé du temps autour d’une table, à parler du film, donc on sait tout sur le film. C’est plus facile de faire le film ensemble. Habituellement, il n’y a que deux personnes qui discutent de ça. Là, on est cinq. Comme ça, chacun peut remplacer l&#8217;autre si besoin.</p>
<p><strong>Vous avez des techniciens à vos côtés ?</strong></p>
<p><em>Olle :</em> Oui, on doit être 25 personnes sur le plateau. Nous sommes une équipe petite et jeune. L’âge moyen doit être de 27 ans. C’est une toute nouvelle génération.</p>
<p><strong>Être structuré de cette manière, c’est aussi une approche politique, quelque part ?</strong></p>
<p><em>Olle :</em> Oui. Nous avons toujours voulu mettre la marque Crazy Pictures en avant. Les gens ne sont pas habitués à voir un collectif réaliser un film, sans préciser qui fait quoi. C’est une bonne chose pour notre marque&#8230; Vous connaissez quelqu’un qui fait la même chose ?</p>
<p><strong>Les sœurs Wachowski peut-être ?</strong></p>
<p><em>Olle :</em> Oui, mais elles sont toutes deux réalisatrices.</p>
<p><strong>C’est donc unique en Suède ?</strong></p>
<p><em>Olle :</em> Oui, nous ne connaissons personne d’autre. Nous sommes une inspiration en quelque sorte. Des jeunes gens se revendiquent maintenant en tant que boîtes de production, et veulent faire comme nous.</p>
<p><strong>Est-ce que l’industrie cinématographique suédoise voit Crazy Pictures différemment, depuis le succès du film ?</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2019/04/THE-UNTHINKABLE-photo-6-300x125.png" alt="THE UNTHINKABLE-Alex" width="300" height="125" class="alignleft size-medium wp-image-26906" /><em>Albin :</em> Nous avons eu beaucoup de mal au niveau du financement du film. Nous avions 24 ans et nous faisions beaucoup de courts-métrages, nous avions le script de notre long-métrage mais aucun organisme de financement n&#8217;y croyait. Nous nous sommes donc rapprochés de notre communauté. Nous leur avons dit <em>« vous voulez voir le film ? »</em> et nous avons sorti le pilote. Nous avons récolté 30 000 euros les premières 24h, et nous avons terminé à 50 000 euros. Nous sommes ensuite retournés voir les industries cinématographiques en leur disant : <em>« Les gens croient en nous, pouvez-vous le faire également ? »</em> Nous avons eu les financements, et nous avons pu faire le film. Mais nous n’avons pas eu de subvention de l’Etat, même en s’y prenant à cinq reprises&#8230; Quand le film est sorti, plus de 100 000 Suédois sont allés le voir. Le film le plus vu l’année dernière culminait à 300 000 spectateurs. Donc le succès de <em>The Unthinkable</em>, pour un film indépendant, été fabuleux. Maintenant, il est vendu dans 90 pays. En janvier on a été nommés dans quatre catégories aux Guldbagge Awards : on a remporté le prix du « newcomer of the year ». C’est la preuve que nous sommes les bienvenus maintenant.</p>
<p>&nbsp;<br />
The Unthinkable <em>(Den blomstertid nu kommer) de Crazy Pictures, avec Christoffer Nordenrot, Jesper Barkselius, Lisa Henni, Pia Halvorsen… Suède, 2018. Prix du jury, Prix de la critique et Prix du jury jeunes au 26e Festival du film fantastique de Gérardmer. Sortie DVD le 3 avril 2019.</em></p>
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		<title>Le panier garni de l&#8217;automne 2017</title>
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		<pubDate>Sun, 29 Oct 2017 15:25:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Cédric Janet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Films]]></category>
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				<content:encoded><![CDATA[<p>Pour cette rentrée automnale 2017, nous décidons de mettre les petits plats dans les grands. Alors ne la jouons pas petit bras, inutile de mégotter, envoyons du lourd ! Dont acte. C’est juré, promis, craché, les nouveautés des Editions Montparnasse sollicitent les neurones autant qu’elles piquent la curiosité. Au programme de ces réjouissances pour le moins hétéroclite : le coffret des œuvres essentielles de Jean-Bat’ Poquelin, le Paris des cinéastes de la Nouvelle Vague, deux Wajda inédits qui risquent de vous secouer méchamment les tripes, un documentaire bien barré ou le bonheur de retrouver la fantaisie d’Arthur Joffé, un étonnant dessin animé brésilien présenté au Festival d’Annecy (le plus beau des festivaux !) et, pour terminer en beauté, du vagabondage philosophique qui ne vous fera ni mal aux pieds ni à la tête. </p>
<h3>Le coffret « Comédie française ». 5 pièces de Molière</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2017/10/michel-duchaussoy-avare-moliere.jpg" alt="Michel Duchaussoy dans L&#039;Avare" title="Michel Duchaussoy dans L&#039;Avare" width="220" height="150" class="alignleft size-full wp-image-26006" /><strong><em>L’Avare</em>. Mise en scène de Jean-Paul Roussillon avec Jacques Eyser dans le rôle d’Anselme, Jean-Paul Roussillon dans le rôle de La Flèche, Michel Aumont dans le rôle d’Harpagon&#8230;</strong></p>
<p>Michel Aumont, en Harpagon grisâtre et nerveux, balaie la scène comme si le percepteur était à ses trousses. Inapte au bonheur, le plus radin des antihéros brasse le vent, pétri de désirs mais résistant à toutes les tentations, surtout celles qui lui en coûteraient. Un sou est un sou. Aumont, c’est l’acteur qui a le verbe haut mais qui, en même temps, sait faire montre d’une extrême douceur. Ces sautes d’humeur nous terrassent ! La mise en scène de Jean-Paul Roussillon épurée à l’extrême n’a jamais été aussi juste, et riche. Du grand art ! <span id="more-25994"></span></p>
<p><strong><em>Tartuffe</em>. Mise en scène de Jacques Charon avec Jacques Charon dans le rôle d’Orgon, Robert Hirsh dans le rôle de Tartuffe, Michel Duchaussoy dans le rôle de Monsieur Loyal…</strong></p>
<p>Tout du long de ce tragique ballet de la comédie humaine où les faux culs élèvent leur hypocrisie au rang de qualité, notre cœur est soulevé jusqu’à la nausée. Attention, tant de bassesse et d’ignominie concentrées sur 2 heures nécessitent un solide traitement contre les aigreurs d’estomac. <em>Tartuffe</em> est peut-être l’œuvre la plus acide de son auteur, la pièce maîtresse, parce qu’elle met frontalement à nu les hommes, qu’elle ne cache rien et dévoile tout. La tartufferie, comme le dit si bien Honoré de Balzac, est le dernier degré des vices sous lequel on couvre ses débordements !<br />
Alors quand la bonhomie d’Orgon se pique sur les traits aquilins de Tartuffe, on jubile. La cruauté est totale, et magnifique. Tartuffe que nous sommes !</p>
<p><strong><em>Le Malade imaginaire</em>. Mise en scène de Jean-Laurent Cochet avec Jacques Charon dans le rôle d’Argan, Jacques Eyser dans le rôle de Diafoirus, Georges Descrières dans le rôle de Purgon&#8230;</strong></p>
<p>Professeur et pédagogue (les deux ne vont pas forcément de pair !), grand comédien, le metteur en scène Jean-Laurent Cochet est l’homme qui a rendu la parole à Gérard Depardieu. Rien que ça ! Alors forcément, son malade imaginaire a la langue bien pendue, voire chargée comme un âne du Poitou. Le résultat est d’une folle gaîté ! En Argan, Jacques Charon envoie du bois, comme disent les plus rebelles des abonnés du Français. Les reparties fusent à la vitesse de la lumière à tel point qu’il est préférable, même devant sa télé, de porter un masque pour se protéger des postillons. Signalons par la même occasion qu’il est très appréciable de profiter du théâtre filmé sans s’envoyer au préalable une boite d’Aspegic 500. </p>
<p><strong><em>Les Femmes savantes</em>. Mise en scène de Jean-Paul Roussillon avec François Chaumette dans le rôle d’Ariste, Dominique Constanza dans le rôle d’Henriette, Simon Eine dans le rôle de Clitandre&#8230;</strong></p>
<p>L’une des plus truculentes pièces de JB Poquelin nous révèle avec force et intensité que si le ridicule ne tue pas, il ne rend pas plus fort ni plus intelligent ! <em>Les Femmes savantes</em> rassemble une cohorte de glandus aussi bavards que pénibles. Les écouter se chicaner sur des broutilles est un enchantement pour les oreilles ! </p>
<p><strong><em>Le Misanthrope</em>. Mise en scène de Jean-Paul Carrère avec Georges Descrières dans le rôle d’Alceste, Bernard Dhéran dans le rôle d’Oronte&#8230;</strong></p>
<p><em>Le Misanthrope</em> célèbre la complexité humaine dans toute sa splendeur quand la haine et l’amour se mêlent de telle façon qu’on ne peut plus rien discerner. Sans doute l’œuvre de Molière la plus moderne. La misanthropie n’est pas une maladie imaginaire. </p>
<h3>Hommage à la Nouvelle Vague</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2017/10/affiche-paris-vu-par.jpg" alt="Paris vu par..." title="Paris vu par..." width="220" height="150" class="alignleft size-full wp-image-25998" /><em>Paris vu par&#8230;</em> réalisé par Jean Douchet, Jean Rouch, Jean-Daniel Pollet, Eric Rohmer, Jean-Luc Godard et Claude Chabrol.</p>
<p>1965. Jeune producteur et déjà chef d’orchestre, Barbet Schroeder dirige les cinéastes de la Nouvelle Vague pour une immersion dans un Paris en pleine mutation économique et sociale. Chaque quartier qui possède son ambiance devient le théâtre d’une tranche de vie parfois heureuse ou parfois malheureuse. Ma préférence va aux courts d’Eric Rohmer et de Claude Chabrol. Parce que les deux artistes se placent très adroitement à la lisière du fantastique et que l’on peut déjà y reconnaître leur petite musique et leur langage cinématographique. <em>Paris vu par&#8230;</em> reste un exercice de style réjouissant. </p>
<h3>Deux films d’Andrzej Wajda</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2017/10/docteur-korczak-wajda.jpg" alt="Docteur Korczak, d&#039;Andrzej Wajda" title="Docteur Korczak, d&#039;Andrzej Wajda" width="220" height="150" class="alignleft size-full wp-image-25999" /><strong><em>Korczak</em> avec Wojciech Pszoniak, Ewa Dalkowska, Teresa Budzisz-Krzyzanowska, Marzena Trybala, Piotr Kozlowski&#8230;</strong></p>
<p>Le docteur Korczak a passé ses trois dernières années en tant que médecin juif polonais de 1939 à 1942, dans le ghetto de Varsovie. Il décrit avec réalisme la vie qui y règne. Le scénario du film est directement inspiré de son <em>Journal du ghetto</em>.<br />
Je n’irai pas par quatre chemins pour déclarer à la face du monde que Korczak est un chef-d’œuvre. Pas seulement parce qu’il raconte une histoire vraie et tragique mais tout simplement parce qu’il sonne juste à chaque seconde. Je ne connaissais pas le film avant d’en faire la promotion mais j’en reste encore coi de bonheur. Eh oui, il y a du bon parfois à être aussi ignorant ! Pendant les deux heures que dure le film, nous apprenons à connaître un Juste et nous apprenons à lui dire adieu. A travers le docteur et ces orphelins, Andrzej Wajda raconte sans voyeurisme la résistance dans le ghetto. Avant Steven Spielberg et Roman Polanski, Wajda embrassait l’horreur totale et l’amour absolu.</p>
<p><strong><em>L’Anneau de crin</em> avec Rafal Królikowski, Adrianna Biedrzynska, Cezary Pazura, Jerzy Kamas, Miroslaw Baka&#8230;</strong></p>
<p>Automne 1944, l&#8217;insurrection de Varsovie s&#8217;achève. Après cent jours d&#8217;héroïsme, les soldats de l&#8217;Armée de l&#8217;Intérieur rendent les armes. Marcin, jeune lieutenant, est grièvement blessé. Il est porté par deux jeunes infirmières, Wiska et Jamina. Elles cherchent à se fondre dans la masse de civils qui s&#8217;apprêtent à quitter Varsovie après la capitulation. Les soldats ukrainiens arrivent et l&#8217;un deux s&#8217;éprend de Wiska et l&#8217;ordonne de le suivre&#8230;<br />
<em>L’Anneau de crin</em> est un bel objet cinématographique mais trop insaisissable pour être réellement apprécié à sa juste valeur. L’anneau en question symbolise la promesse du combat pour une société libre et démocratique. Evidemment, en temps de guerre, entre les belles paroles et la réalité du terrain, nous savons tous que les petits intérêts passent avant les grands idéaux. Marcin est un personnage complexe, à la fois résistant, hésitant et pleutre, à tel point que l’on ne sait plus trop si nous devons lui accorder notre confiance. <em>L’Anneau de crin</em> raconte les espoirs déçus et les promesses non tenues. Ce film désenchanté est l’exact opposé des héros sacrifiés de <em>L’Armée des ombres</em>. </p>
<h3>Et comme si ça ne suffisait pas&#8230;</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2017/10/feu-sacre-arthur-joffe.jpg" alt="Le Feu sacré, d&#039;Arthur Joffé" title="Le Feu sacré, d&#039;Arthur Joffé" width="220" height="150" class="alignleft size-full wp-image-26000" /><strong><em>Le Feu sacré</em> réalisé par Arthur Joffé avec Arthur Joffé, Dominique Pinon, Maurice Lamy&#8230;</strong></p>
<p>Un cinéaste pose des scénarios et cède à son désir de filmer à travers un vagabondage cinématographique. Filmer les gens qu&#8217;il aime, les lumières qu&#8217;il aime, ses voyages et ses amours, sont ses inspirations. On y trouve la drôlerie d&#8217;anonymes : une dispute de 2 chauffeurs de taxi new-yorkais à propose d&#8217;une église, une scène digne de Woody Allen. Le tout filmé merveilleusement à travers un sacre de la lumière.<br />
Dans <em>Le Feu sacré</em>, Arthur Joffé nous parle de sa vie de fils de cinéaste (son père Alex Joffé a tourné 6 films avec Bourvil entre 1960 et 1970 dont le merveilleux <em>Fortunat</em> que je vous recommande chaudement) et de sa propre vie de cinéaste entre folie absolue et vaines recherches de fond. Durant 1h30, ses amis, ses acteurs fétiches et sa famille le titillent sur ses défauts et ses qualités et son absence totale de concession, qui lui vaut encore aujourd’hui d’être considéré par la profession comme un drôle d’olibrius (on peut penser qu’il doit bien s’en tamponner le coquillard !). Bref, un gars à qui on ne confierait pas la réalisation du prochain <em>Star Wars</em>. Arthur Joffé est un poète, un auteur perché qui s’applique à offrir des œuvres singulières &#8211; <em>Harem, Alberto Express, Que la lumière soit !, Ne quittez pas !</em> &#8211; qui brassent les genres. <em>Le Feu sacré</em>, bourré d’humour et d’autodérision, nous présente un artiste généreux. Parfois, l’autofiction a du bon !</p>
<p><strong><em>Rio 2096</em> réalisé par Luiz Bolognesi</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2017/10/rio-2096-luiz-bolognesi.jpg" alt="Rio 2096, de Luiz Bolognesi" title="Rio 2096, de Luiz Bolognesi" width="220" height="150" class="alignleft size-full wp-image-26002" />Un immortel dévoile les événements historiques qui se sont déroulés au cours de l&#8217;histoire du Brésil : des guerres tribales précoloniales en passant par les révoltes paysannes du XIXe siècle, la résistance à la dictature militaire des années 1960 jusqu&#8217;au futur dystopique de 2096. Renaissant à chaque époque, ce héros lutte sans cesse aux côtés des plus faibles à la recherche d&#8217;un idéal et d&#8217;un amour perdu.<br />
<em>Rio 2096</em> prouve tout simplement que l’animé peut sans complexe brasser les genres, n’hésitant pas par la même occasion à prendre un certain nombre de risques formels (mélange de crayonné et de numérique) et scénaristiques. Si les allers-retours incessants dans le temps peuvent déranger les plus jeunes spectateurs davantage aguerris aux frises chronologiques made in Education nationale, on salue l’ambition de l’auteur à planter son décor principal dans un territoire dystopique jusque-là réservé aux œuvres pointues de la science-fiction classique. Les voyages temporels du héros nous servent à mieux appréhender la très grande du histoire du Brésil. On va, on vient, on comprend, on apprend. Au cours de ces immersions successives, on décèle un réel point de vue critique sur la gestion du pouvoir. <em>Rio 2096</em> est une œuvre politique et sociale engagée, aussi profonde qu’intelligente, militant pour les droits des plus démunis. Très conseillé. </p>
<p><strong><em>La Philo vagabonde</em> réalisé par Yohan Laffort avec Alain Guyard</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2017/10/philo-vagabonde-alain-guyard.jpg" alt="La Philo vagabonde" title="La Philo vagabonde" width="220" height="150" class="alignleft size-full wp-image-26001" />Mettre la philosophie dans tous ses états, hors les murs de l&#8217;université et du lycée, loin des intellectuels médiatisés. Plus que démocratiser la philosophie c&#8217;est chercher à la vulgariser, la ramener à sa dimension charnelle, dérangeante, remuante, faisant irruption là où on ne l&#8217;attend pas causant à tous, même aux plus humbles. Surtout à eux. Voilà le combat d&#8217;Alain Guyard lors de ses interventions en France et en Belgique dans des espaces marginalisés où la philosophie rencontrait un nouveau public.<br />
<em>La Philo vagabonde</em> est un récit documenté un peu plus sérieux que La Philo selon Philippe, la série préférée de <a href="http://www.grand-ecart.fr/auteur/mc/">MC</a> et <a href="http://www.grand-ecart.fr/auteur/jnb/">JNB</a>. Trêve de plaisanteries, l’heure est grave. Yohan Laffort et Alain Guyard se sont accoquinés pour rendre au monde un film utile. Utile parce qu’il donne l’envie de se plonger dans les bouquins, parce qu’il incite le spectateur à se bouger la rondelle pour penser autrement qu’un robot devant BFMTV, parce qu’il rend curieux tout simplement. <em>La Philo vagabonde</em> et nous transporte dans un ailleurs où l’on se sent tout d’un coup plus léger.<br />
Le DVD bénéficie d’un formidable livret de 88 pages transportable dans les dîners mondains.</p>
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		<title>Faute d’amour, d’Andreï Zviaguintsev</title>
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		<pubDate>Wed, 20 Sep 2017 08:14:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>JNB</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Un selfie ou la vie - Face A. Genia et Boris divorcent. Depuis sa chambre, Alyosha les entend crier. Ils se disputent au sujet de la garde de leur enfant ; non pas pour le garder, mais justement pour...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h3>Un selfie ou la vie</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2017/05/faute-amour-maryana-spivak-matvey-novikov-zvyaguintsev-s.jpg" alt="Faute d&#039;amour, d&#039;Andrei Zviaguintsev" title="Faute d&#039;amour, d&#039;Andrei Zviaguintsev" width="280" height="187" class="alignleft size-full wp-image-25083" />Face A. Genia et Boris divorcent. Depuis sa chambre, Alyosha les entend crier. Ils se disputent au sujet de la garde de leur enfant ; non pas pour le garder, mais justement pour ne pas s’encombrer de ce garçon de 12 ans que les hormones commencent à travailler. Le lendemain matin, Alyosha fugue ; les parents se lancent à sa recherche.</p>
<p>Face B. Du <em>Retour</em> à <em><a href="http://www.grand-ecart.fr/67e-festival-cinema-cannes/films-selection-officielle-2014/competition-palme-or-2014/leviathan-andrey-zviagintsev/" title="Léviathan, d’Andreï Zviaguintsev">Leviathan</a></em>, Andreï Zviaguintsev explore le monde dans lequel il vit. D’une sphère à l’autre, avec le recul nécessaire. Il scrute les travers intimes de nos contemporains – <em>Le Bannissement</em> – ou les scories politiques ataviques – <em>Leviathan</em>. Dans <em>Faute d’amour</em>, le cinéaste russe prend la mesure de son talent et mêle les deux. La force du discours n’a d’égale que la subtilité presque respectueuse de ces individus en perte de repères, qui troquent une existence en communion avec l’autre pour un égotisme générationnel. Le plus intime et le plus domestique des drames de la vie – le divorce des parents – est alors chez Andreï Zviaguintsev une simple manifestation de cette translation de valeurs. </p>
<p>Car en filigrane de ce <em>Faute d’amour</em> saisissant et cynique, c’est toute une attitude vis-à-vis du monde, toute une posture qu’expose le réalisateur. A force de mises en scène permanentes à la télévision dans les émissions de téléréalité et les shows politiques, sur les réseaux sociaux ou dans la religion (le film se déroule quelques mois avant le <a href="http://www.grand-ecart.fr/recadrages/apocalypse-cinema-fin-monde-21-decembre-2012/" title="Apocalypse et cinéma : vive la fin du monde !">21 décembre 2012</a>, prétendue date de l’Apocalypse), nous avons tous oublié de nous intéresser à autre chose qu’à nous-mêmes. <span id="more-25074"></span>Ou alors, quand nous le faisons, c’est en regardant le monde à travers l’étroitesse d’un écran. Finalement, Andreï Zviaguintsev pose une simple question : savons-nous encore nous intéresser aux autres ? Ou faut-il, comme Genia et Boris, perdre ce qu’on a de plus précieux pour en saisir l’importance ?</p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2017/05/faute-amour-andrei-zviaguintsev-affiche.jpg" alt="Faute d&#039;amour, d&#039;Andrei Zviaguintsev" title="Faute d&#039;amour, d&#039;Andrei Zviaguintsev" width="210" height="280" class="alignright size-full wp-image-25084" />Zviaguintsev explore les processus de ce narcissisme victorieux, qui interdit aux individus le recul nécessaire à un questionnement sérieux et une ouverture à l&#8217;autre. Lorsque Genia passe un moment romantique avec son amant, elle surfe sur son téléphone. Lorsqu’elle s’ennuie, elle regarde les photos de sa <em>timeline</em>. Au restaurant, ses voisines de table font un selfie, moues séductrices comprises, pour immortaliser le moment. Le personnage central de <em>Faute d’amour</em> ? C’est le smartphone, qui remplace les relations humaines par un ersatz de sentiments et d’amour. La technologie sans limite a-t-elle bridé notre empathie ? La peur et la haine &#8211; irréductibles à la seule Russie &#8211; sont-ils les conducteurs de cet enfermement psychologique qui nous fait préférer le confort à la vie ?</p>
<p>Avec intelligence, le réalisateur d’<em>Elena</em> évite l’écueil de tomber dans ce qu’il dénonce. Il raconte l’histoire d’Alyosha sans artifice, sans pathos, musique larmoyante ni effets tape-à-l’œil. <em>Faute d’amour</em> est un film beau et sobre, peut-être encore plus que ses précédentes œuvres. En grand cinéaste, Andrei Zvyaguintsev s’efface avec humilité et honnêteté pour ne pas interférer dans la plus importante des missions de l’artiste : ouvrir une fenêtre sur le monde pour mieux le comprendre &#8211; et, peut-être, le corriger.</p>
<p>&nbsp;<br />
Faute d’amour <em>(Nelyubov) d’Andrei Zvyaguintsev, avec Maryana Spivak, Alexey Rozin, Matvey Novikov… Russie, France, 2017. Prix du jury au 70e Festival de Cannes. Sortie le 20 septembre 2017.</em></p>
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		<title>Rencontre avec Sergei Loznitsa</title>
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		<pubDate>Wed, 16 Aug 2017 21:19:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mathieu Menossi</dc:creator>
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		<description><![CDATA[En mai 2017, Sergei Loznitsa montait les 24 marches du palais des Festivals de Cannes pour nous y présenter, en compétition, sa <em>Femme douce</em>, troisième long-métrage de fiction. L’histoire...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h3>Odyssée infernale</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2017/05/Unefemmedouce-affiche.jpg" alt="Une femme douce, de Sergei Loznitsa" title="Une femme douce, de Sergei Loznitsa" width="206" height="280" class="alignleft size-full wp-image-25580" />En mai 2017, Sergei Loznitsa montait les 24 marches du palais des Festivals de <a href="http://www.grand-ecart.fr/pense-bete/films-competition-70e-festival-cannes-selection-jury-almodovar-2017/" title="17/05-28/05 : 70e Festival de Cannes">Cannes</a> pour nous y présenter, en compétition, sa <em><a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/une-femme-douce-sergei-loznitsa-russie/">Femme douce</a></em>, troisième long-métrage de fiction. L’histoire éreintante mais fascinante d’une descente aux enfers au cœur d’une Russie post-soviétique gangrenée par la sottise, la misère, les violences et les humiliations. Une odyssée infernale réalisée avec vigueur et rigueur par un Loznitsa plus noir que jamais, magnifiquement mise en lumière par Oleg Mutu, chef op’ hors pair et compagnon de la première heure de Sergei, et survolée de la tête et des épaules par une fantastique Vasilina Makovtseva dans le rôle de la douce femme. Sortis sonnés de la projection cannoise, pas vraiment certains d’avoir tout saisi mais convaincus d’avoir assisté à quelque chose de puissant et nécessaire, nous avons pu enfin rencontrer le réalisateur, à la veille de sa sortie en salle, le 16 août.<br />
&nbsp;<br />
&nbsp;<br />
<strong><em>Une femme douce</em> est une coproduction européenne réalisée en Lettonie… Dans quelle mesure s’agit-il pourtant d’un film profondément russe ?</strong></p>
<p>Ce type de coproduction européenne, c’est la seule façon pour moi de continuer à faire des films. Je ne pourrais pas les réaliser là-bas. En Russie, on vous dira bien évidemment que ce sont les Américains qui les financent. Mais <em>Une femme douce</em> s’adresse d’abord aux spectateurs russes. Simplement, parce qu’il s’agit également d’une œuvre artistique, les spectateurs internationaux peuvent aussi s&#8217;y intéresser.  </p>
<p><strong>Un peu effrayé mais fasciné, on ressort du film convaincu d’avoir peut-être manqué de « clés » pour tout comprendre… Qu’en dites-vous ?</strong></p>
<p>Lorsque vous vous retrouvez face à un tableau du peintre néerlandais Jérôme Bosch, que vous le regardez avec attention, je suis absolument convaincu qu’il y a plein de choses que vous ne comprenez pas. Et il y a notamment cette représentation complexe du cosmos tel que l’on se l’imaginait à l’époque mais que l’artiste a par ailleurs imprégnée de principes d’alchimie. Une représentation qui, dans l’ensemble, nous passe très largement au-dessus de la tête. Cela n’empêche pas pour autant ces toiles d’interagir sur nous. Mais si nous voulions véritablement en saisir les moindres coups de pinceau, cela nécessiterait une étude particulière et approfondie de chaque parcelle de ses tableaux. Mais, rassurez-vous, à la différence des œuvres de Bosch, mes films sont bien plus simples !<span id="more-25937"></span></p>
<p><strong>Votre film a-t-il une date de sortie prévue en Russie ? Quel est le message que vous souhaitez faire passer aux Russes ?</strong></p>
<p>En ce qui concerne le message, il est dans le film. A chacun d’y lire ce qu’il veut. Tout ce que j’y décris, chaque circonstance, chaque situation est inspirée de la vie réelle. Néanmoins, on pourra toujours s’abriter derrière le fait qu’il s’agit d’un film de fiction, que tout y a été inventé… même si ce n’est pas le cas. Cela m’a permis d’y mettre de l’humour, d’y glisser des éléments entre les lignes. Des éléments que les Russes seront bien sûr plus à même de saisir que les autres spectateurs. Si l’on prend, par exemple, la grande scène finale, le contre-point onirique, elle relève de toute l’histoire de la Russie, depuis les Bolcheviks jusqu’aux remises de décorations, aujourd’hui, au Kremlin. On y entend des discours que les Russes connaissent absolument par cœur. Simplement, j’ai opté cette fois-ci pour un point de vue ironique, ce qui ne s’était encore jamais fait dans le cinéma russe. En ce qui concerne la date de sortie du film, je ne sais pas encore… J’espère qu&#8217;<em>Une femme douce</em> sortira et j’espère aussi qu’il y aura suffisamment d’intelligence et de sens de l’humour chez les Russes pour pouvoir l’apprécier. </p>
<p><strong>Cette <em>Femme douce</em>, impassible, quasi-muette, apparaît un peu comme un robot d’exploration terrestre. Elle semble être nos yeux et nos oreilles sur un territoire où il n’est pas ou plus possible de mettre les pieds… Quelles consignes aviez-vous donné à votre actrice Vasilina Makovtseva ?</strong></p>
<p>Il y a une grande tradition, pas seulement en Russie, chez les metteurs en scène de théâtre pour montrer quelque chose à travers les yeux du héros. Ce n’est pas moi qui l’ai inventé. Je ne fais que m’inscrire dans cette tradition-là. Dans mon film, il y a donc à la fois le point de vue de l’héroïne mais aussi cet espace que j’ai envie d’étudier et sur lequel je m’avance. Compte tenu de la situation dans laquelle se retrouve cette femme, elle ne peut pas être plus active qu’elle ne l’est à l’écran pour attirer notre attention. Néanmoins, je ne pense pas que l’on puisse la qualifier de « robot », ce n’est pas tout à fait ça. Et aussi bizarre que cela puisse paraître, je n’ai rien eu à expliquer à l’actrice parce que, encore une fois, cette situation dans laquelle elle se trouve est tellement reconnaissable et connue, tellement ordinaire que c’était tout à fait clair pour elle. Les seules consignes que je lui ai données, c’était où elle devait se placer, vers où elle devait regarder… Soit plus dure ici, moins là… Pas plus. On a tourné le film dans son déroulé, avec la fatigue qui s’accumulait au fur et à mesure que nous avancions dans le récit. Et je tenais à ce que cette fatigue-là soit ressentie à l’écran. Que l’on voie qu’elle n’a pas dormi pendant plusieurs nuits et la porter ainsi jusqu’à la scène finale. On voit des cernes apparaître sous ses yeux, une posture qui commence à tomber… Mais Hitchcock avait cette réponse lorsqu’on lui demandait comment il travaillait avec les acteurs : <em>« Moi je ne travaille pas avec les acteurs, je les paye. »</em> Et Aki Kaurismäki, à la même question, répond : <em>« Moi, la seule chose que je leur dis, c’est de parler moins fort. »</em>  </p>
<p><strong>Vous êtes autant un cinéaste de fictions que de documentaires. Dans quelle mesure votre approche de la fiction empreinte-t-elle au langage documentaire, et inversement ?</strong></p>
<p>Pour moi, il n’y a pas de différence entre les deux. Simplement, le niveau de complexité n’est pas le même. Comme je n’ai pas la possibilité de lever des fonds en permanence pour tourner des films de fiction, entre les deux, il y a des pauses, assez longues, pendant lesquelles je réalise des films documentaires. Mon niveau de responsabilité est évidemment moindre dans le cadre d’un film documentaire. Je peux faire un peu plus « n’importe quoi ». Je les tourne lorsque je suis totalement libre, je n’ai donc pas besoin de convaincre qui que ce soit de ce que je fais. Je peux à ce moment-là m’essayer à différentes formes de cinéma, à différents jeux de caméra. C’est l’occasion de tenter des choses nouvelles, de faire des essais. Le cinéma documentaire me sert en quelque sorte de chambre d’expérimentation. Mon approche des films de fiction est évidemment bien moins expérimentale… pour l’instant.</p>
<p><strong>Votre film est politique, bien sûr, mais il ne se dégage finalement aucun véritable responsable-coupable de la tyrannie absurde qui semble imprégner chaque strate de la Russie d’<em>Une femme douce</em>. Comme s’il n’y avait finalement aucun moyen de remonter jusqu’aux racines du mal…</strong></p>
<p>Lorsqu’une société prend une voie qu’elle n’aurait pas dû prendre pour virer brutalement au totalitarisme, on a curieusement très souvent cette impression qu’il y a forcément un tyran responsable. Que c’est la responsabilité de quelqu’un qui, à un moment donné, a choisi d’entraîner la société dans cette direction… C’est un problème qui est notamment soulevé dans le film <em>Jugement à Nuremberg</em> de Stanley Kramer [1961, ndlr], dans lequel la question générale posée est « Que faire lorsque c’est le peuple lui-même qui choisit cette voie ? » Il y a notamment ce personnage du juge allemand incarné par Burt Lancaster. Dans le box des accusés, il répond, avec  beaucoup de raison, <em>« J’ai servi mon peuple. C’est le peuple qui a choisi ces lois-là et ma responsabilité était de bien les faire respecter. »</em> Et ce problème n’est toujours pas résolu aujourd’hui. Selon moi, ce serait évidemment trop simpliste que de dire « c’est Hitler le coupable » ou « c’est Staline le coupable », et les autres ne seraient que des victimes innocentes. Non. Tout le monde est coupable. Tout le monde est responsable. Et c’est justement parce que cette responsabilité est collective que la société est ce qu’elle est aujourd’hui. A l’image de celle décrite dans <em>Une femme douce</em>. Violente, brutale, absurde. Et ce n’est pas propre à la Russie. Le problème est général. Si un peuple s’est un jour choisi un régime démocratique, cela ne signifie pas pour autant que demain il ne s’engagera pas dans la voie de la dictature et du totalitarisme. Il s’agit donc de se battre pour la démocratie tous les jours ! Il faut la soutenir quotidiennement.</p>
<p><strong>A l’issue de votre film, il n’y a pas d’échappatoire à l’horreur, destinée à se répéter inlassablement. Pensez-vous que la Russie ait atteint un point de non-retour ?</strong></p>
<p>On a une blague, une histoire que l’on se raconte depuis dix, quinze ans&#8230; On a tous pensé qu’en Russie, on avait déjà atteint le fond… jusqu’au jour où on a finalement entendu quelqu’un qui toquait sous nos pieds… Plus sérieusement, il y a une hyperbolisation à l’intérieur du film qui fait que tout y est évidemment concentré, bien plus que dans la réalité. Mais l’important, ça reste de continuer à « montrer » afin que les gens « voient », réfléchissent. Et quitte à réfléchir, tant qu’à faire, ce n’est pas pour baisser les bras. Après, tout dépend de chacun. Les gens ont-il suffisamment de force pour changer les choses ? Le futur nous le dira. Et je n’irai pas jusqu’à dire que c’est un problème typiquement russe. On a une toute petite planète, avec peu de place pour s’y mouvoir. C’est donc un problème qui nous concerne tous…</p>
<p>&nbsp;<br />
Une femme douce <em>(Кроткая) de Sergei Loznitsa, avec Vasilina Makovtseva, Marina Kleshcheva… France, Allemagne, Pays-Bas, Lituanie, 2017. En compétition au 70e Festival de Cannes. Sortie le 16 août 2017.</em></p>
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		<title>Une femme douce, de Sergei Loznitsa</title>
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		<pubDate>Fri, 26 May 2017 17:49:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mathieu Menossi</dc:creator>
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				<content:encoded><![CDATA[<h3>Voyage au bout (du bout) de l’enfer</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2017/05/Unefemmedouce-affiche.jpg" alt="Une femme douce, Sergei Loznitsa" width="206" height="280" class="alignleft size-full wp-image-25580" />Sergei Loznitsa n’en démord pas. La Russie post-soviétique s’enfonce, sombre, se noie dans une déliquescence morale que rien ne semble pouvoir freiner. Et tel un Ulysse passablement échauffé, le réalisateur biélorusse n’est pas encore prêt à s’en retourner plein d’usage et de raison, préférant enquiller les odyssées implacables à travers une Russie frelatée. De quoi presque faire passer le cinéma d’Andreï Zviaguintsev pour un doux sirop d’orgeat. C’est en 2010 que Loznitsa, après avoir fait ses armes à l’école du documentaire (son <em>Maidan</em> de 2014 prouve qu’il ne l’a pas quittée), s’essayait à un premier récit de fiction avec <em>My Joy</em>, riche et exigeant voyage spatio-temporel à bord d’un camion dans une Russie rongée par la violence et la corruption, la prostitution et le crime. Il reprenait le large trois ans plus tard pour son émouvant parcours <em><a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/dans-la-brume-sergei-loznitsa-guerre-tarkovski-klimov/" title="Dans la brume, de Sergei Loznitsa">Dans la brume</a></em>. Dans une réalisation toujours aussi écorchée, on y suivait, en 1942, dans une forêt de Biélorussie, le parcours toujours aussi chaotique de deux combattants de la Résistance soviétique chargés de retrouver et d’exécuter un homme sage et tranquille, accusé à tort de collaboration avec l’ennemi allemand. Et voilà aujourd’hui Loznitsa de nous revenir avec <em>Une femme douce</em>, nouvelle épopée dans les tréfonds d’une Russie kafkaïenne… </p>
<p>Un jour, une femme dont on ne sait et ne saura pas grand-chose (pas même son nom) reçoit le colis qu’elle a envoyé quelque temps plus tôt à son mari incarcéré. Inquiète et profondément désemparée, elle décide de se rendre dans la cité pénitentiaire. Débute alors pour elle une longue et douloureuse errance dans une région reculée de la Russie sibérienne, afin de livrer son colis et de s’assurer que son mari est bien là-bas, toujours en vie… Au programme de cette charmante excursion : sottise, misère, aliénation, violences et humiliations (chouette !). On aura rarement (jamais) vu un opus de Loznitsa aussi accablant et désespéré. La diatribe est terrifiante. A croire que pour le réalisateur, il y a le feu à tous les étages de la mère-patrie et qu’il n’y a plus rien à sauver.<span id="more-25573"></span> Ainsi, au fil de son périple, la <em>douce femme</em> ne cesse de se heurter à des sommets d’absurdité. De sentir, à chaque pas en avant qu’elle croit franchir, le sol se dérober inlassablement sous ses pieds. Et nous de la regarder, impuissants, s’enfoncer dans ce cauchemar éveillé, féroce et cruel. Un cauchemar dans lequel Sergei Loznitsa a convoqué une myriade de créatures toutes plus repoussantes les unes que les autres. Sorte d’ignoble cour des miracles où ont été rassemblés idiots et fous, démons et âmes mortes. Une débauche de folie hystérique qui contraste avec le regard absent et le visage impassible (ceux de Loznitsa ?) de cette femme atone, quasi aphone à laquelle la comédienne Vasilina Makovtseva parvient à insuffler une force tranquille tout à fait étonnante.</p>
<p><em>Une femme douce</em> est une partition hallucinée et hallucinante dans laquelle le chef Sergei Loznitsa donne la pleine mesure de sa rigueur intransigeante : le cadre, le hors-cadre, la photographie, les longs plans-séquences. Tout est au millimètre. Chaque plan est un tableau parfaitement agencé et coloré (chapeau bas au chef op Oleg Mutu !). Mais à vrai dire, cette partition-là, on en connaissait et en aimait déjà la musique… Mais il y a cette séquence irréelle, venue de nulle part, au deux tiers du film. Un ornement onirique, un contrepoint fellinien qui vient offrir au spectateur une échappatoire à l’horreur… avant de mieux y replonger. A l’infini (re-chouette !). Dans <em>Une femme douce</em>, Sergei Loznitsa ne fait définitivement pas de quartier, nous délivrant un brûlot politique et romanesque d’une rare cruauté. Une fresque horrifiante où l’absurde et la terreur semblent imprégner chacune des strates d’une société russe à la dérive. Remarquable !  </p>
<p>&nbsp;<br />
Une femme douce<em> (Кроткая) de Sergei Loznitsa, avec Vasilina Makovtseva, Marina Kleshcheva… France, Allemagne, Pays-Bas, Lituanie, 2017. En compétition au 70e Festival de Cannes. Sortie le 16 août 2017.</em></p>
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		<title>The Square, de Ruben Ostlund</title>
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		<pubDate>Wed, 24 May 2017 07:31:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>JNB</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Rapine carrée - Christian est conservateur d'un musée d'art contemporain suédois. Un jour, il se fait dérober son téléphone portable et son portefeuille. Cet événement somme toute assez banal va... ]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h3>Rapine carrée</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2017/05/the-square-ruben-ostlund-terry-notary-cannes.jpg" alt="The Square, de Ruben Ostlund" title="The Square, de Ruben Ostlund" width="280" height="151" class="alignleft size-full wp-image-25270" /><strong>Christian est conservateur d&#8217;un musée d&#8217;art contemporain suédois. Un jour, il se fait dérober son téléphone portable et son portefeuille. Cet événement somme toute assez banal va déclencher une série de conséquences qui vont modifier son existence bien tranquille. </strong></p>
<p>Le Square du titre, c&#8217;est le nom de la dernière exposition accueillie par Christian dans son musée. Il s&#8217;agit d&#8217;un « sanctuaire », un carré de confiance et de bienveillance dans lequel tous les individus ont les mêmes droits et les mêmes devoirs. C&#8217;est autour de ces deux éléments &#8211; le vol du téléphone et le montage de l&#8217;exposition &#8211; que Ruben Ostlund construit <em>The Square</em>, réflexion légère et drôle sur l&#8217;altruisme et la confiance en l&#8217;autre. Presque comme des sketchs, les séquences se succèdent avec autodérision, Ruben Ostlund trouvant dans l&#8217;art de nombreuses occasions de rire &#8211; et non de se moquer, différence de taille. Et les personnages, même habités des meilleures intentions, d&#8217;illustrer à merveille la difficulté de vivre en respectant ses valeurs &#8211; surtout lorsqu&#8217;on est, comme Christian, un homme de (petit) pouvoir et de culture et qu&#8217;on tient à garder sa position.</p>
<p><em>The Square</em> enfonce des fenêtres ouvertes ? Oui, et le réalisateur de <em><a href="http://www.grand-ecart.fr/67e-festival-cinema-cannes/films-selection-officielle-2014/un-certain-regard-2014/tourist-force-majeure-ruben-ostlund/" title="Snow Therapy, de Ruben Östlund">Force majeure</a></em> en est bien conscient ; <em>The Square</em> est un joli divertissement ludique qui réussit à ne pas devenir ce qu&#8217;il dénonce : un bel objet à admirer mais inutile, irréaliste et loin de tout pragmatisme. Avec intelligence, Ostlund préfère lancer un débat et laisser au spectateur le soir de l&#8217;approfondir et d&#8217;en discuter ensuite. Et tant mieux si les paradoxes affluent, à l&#8217;image de cette conférence de presse surréaliste pendant laquelle les médias reprochent à Christian sa campagne de communication inhumaine, alors que ces mêmes médias se nourrissent allégrement des scandales, polémiques et autres faits divers croquants. <span id="more-25267"></span></p>
<p>Au milieu du film, les deux filles de Christian sont invitées à l&#8217;entrée de l&#8217;exposition à choisir de faire confiance ou non aux autres. Facile, sur le papier, de choisir la confiance en l&#8217;autre. En pratique, le choix est plus difficile, et c&#8217;est le cheminement de <em>The Square</em>, plus profond qu&#8217;il y paraît, qui donne envie d&#8217;aimer l&#8217;autre et de croire en lui. De ce point de vue, Ruben Ostlund réussit ici son pari : donner envie au spectateur, une fois les lumières rallumées, de changer, de percevoir le monde différemment. C&#8217;est le propre d&#8217;une œuvre d&#8217;art.</p>
<p>&nbsp;<br />
The Square <em>de Ruben Ostlund, avec Claes Bang, Elisabeth Moss, Dominic West&#8230; Suède, 2017. En compétition au 70e Festival de Cannes.</em></p>
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		<title>120 battements par minute, de Robin Campillo</title>
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		<pubDate>Sun, 21 May 2017 19:46:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mélanie Carpentier</dc:creator>
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		<description><![CDATA[<em>« On est vivant ou on est mort »</em>, lance Sean, personnage principal s’il en est du nouveau film de Robin Campillo, <em>120 battements par minute</em>. Ligne directrice du long-métrage, la phrase claque comme...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h3>La fureur de vivre</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2017/05/120-battements-minute-robin-campillo-arnaud-valois-adele-haenel.jpg" alt="120 battements par minute, de Robin Campillo" title="120 battements par minute, de Robin Campillo" width="280" height="187" class="alignleft size-full wp-image-25148" /><em>« On est vivant ou on est mort »</em>, lance Sean, personnage principal s’il en est du nouveau film de Robin Campillo, <em>120 battements par minute</em>. Ligne directrice du long-métrage, la phrase claque comme cette œuvre précise, documentée, vivante et hautement romanesque. </p>
<p>Pendant 2 heures et 20 minutes (qui passent tellement vite), le réalisateur des <em>Revenants</em> et de <em>Eastern Boys</em> nous invite à partager la vie d’un groupe d’activistes d’Act Up. Assis à leurs côtés dans le petit amphithéâtre qui leur sert de QG pour leur RH (Réunion Hebdo), le spectateur semblable aux nouveaux venus dans ce groupe militant, se fait d’abord timide et observateur, avant de devenir partie prenante des débats, des actions, de cette lutte pour la vie et contre le silence qui entoure l’épidémie du sida.</p>
<p>Gays, lesbiennes, hémophiles, mères d’enfants malades, séronégatifs… On apprend à connaître ce collectif dans toutes ses individualités. On guette leurs réactions, on devine leurs doutes, on écoute leurs certitudes. <em>120 battements par minute</em> prend le temps de faire exister ses personnages. Tous ses personnages. Il fait le choix d’un didactisme incarné qui procède par touche. Jamais redondant, toujours palpitant, il mêle intime et politique, humour cinglant et tragique au naturel, romanesque et réalisme. <span id="more-25135"></span></p>
<p>Dans cette course contre la montre, notre cœur s’emballe. Souvent. Et les particules de poussière flottent dans l’air comme les confettis pendant la Gay Pride. La mort qui rôde. L’urgence de se sentir vivant. Tout s’imbrique dans une dramaturgie fascinante. Le portrait sans filtre d’un groupe qui découvre sa force en se heurtant à l’immobilité des dirigeants et au silence complice d’une société qui ne se sent pas encore vraiment concernée. L’histoire d’amour entre Arnaud, séronégatif, nouveau venu chez Act Up et Sean, séropositif, militant de la première heure… </p>
<p><em>« Des molécules pour qu’on s’encule »</em>, le slogan d’Act Up est cru, comme ce film sans artifices. Le corps, sujet central, est à la fois arme et cible. Catapulte balançant des litres de faux sang sur les murs immaculés d’un laboratoire pharmaceutique qui tarde à communiquer les résultats de nouveaux traitements, il se laisse tomber au sol pour résister pacifiquement aux forces de l’ordre. Il défile dans la rue, saute les portiques du métro, danse sur les dancefloors, fait l’amour dans des scènes extrêmement sensuelles. De la vie menacée par la mort naît une énergie débordante qui transporte toute la première partie du film. Puis les T4 diminuent, les espoirs s’amenuisent, Act Up patine, et la mort frappe. Evidemment. Et avec elle, la peine, la solitude. Le soulagement aussi. Et après ? Poursuivre le combat, continuer à vivre. Renaître de leurs cendres. </p>
<p>&nbsp;<br />
120 battements par minute <em>de Robin Campillo, avec Nahuel Perez Biscayart, Arnaud Valois, Adèle Haenel. France, 2017. En compétition au 70e festival de Cannes. Sortie le 23 août 2017.</em> </p>
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		<title>Rencontre avec Stéphane Brizé</title>
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		<pubDate>Wed, 17 May 2017 18:31:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mélanie Carpentier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2017]]></category>
		<category><![CDATA[Portraits]]></category>
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		<category><![CDATA[festival]]></category>
		<category><![CDATA[Michael Haneke]]></category>
		<category><![CDATA[Stéphane Brizé]]></category>

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		<description><![CDATA[« Le cinéma qui nous parle autrement. » C&#8217;est la baseline du festival Visions sociales qui, du 20 au 27 mai, en marge du 70e Festival de Cannes, accueillera sur...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2017/05/affiche-visions-sociales-2017.jpg" alt="Visions sociales 2017" width="187" height="280" class="alignleft size-full wp-image-25054" /><em>« Le cinéma qui nous parle autrement. »</em> C&#8217;est la baseline du festival Visions sociales qui, du 20 au 27 mai, en marge du <a href="http://www.grand-ecart.fr/pense-bete/films-competition-70e-festival-cannes-selection-jury-almodovar-2017/" title="17/05-28/05 : 70e Festival de Cannes">70e Festival de Cannes</a>, accueillera sur le domaine d’Agecroft à Mandelieu-la-Napoule festivaliers et professionnels autour d&#8217;un cinéma pensé comme <em>&#8220;une quête constante de curiosité, de réflexion, de questionnement sur le monde qui nous entoure&#8221;</em>. Pour cette 15e édition, c&#8217;est Stéphane Brizé qui jouera les parrains. L&#8217;occasion de parler politique et engagement. Rencontre. </p>
<p>&nbsp;<br />
<strong>Que signifie, pour le cinéaste que vous êtes, l’expression « avoir une vision sociale » ?</strong><br />
Je traduirais cela par un questionnement sur la manière dont un individu est impacté par son environnement et inversement. Une réflexion sur la place et le rôle de l&#8217;homme dans la vie de la cité. </p>
<p><strong>Pourquoi avoir accepté d’être le parrain de Visions sociales ? </strong><br />
D&#8217;abord un lien déjà ancien avec la CCAS, le CE d&#8217;EDF. En 1999, je venais à Cannes à la Quinzaine des réalisateurs avec mon premier film <em>Le Bleu des villes</em> et la CCAS m&#8217;avait remis un prix, le Soleil d&#8217;Or. Parrainer Visions sociales est d&#8217;abord un retour de politesse amical. Ensuite, le plaisir de collaborer avec un CE qui offre aux salariés de l&#8217;entreprise un peu plus que des tickets de piscine et des réductions pour aller en voyage. Car on l&#8217;oublie souvent, une des missions premières des CE est une mission d&#8217;éducation à la culture. Et puis enfin, le plaisir complètement égoïste de découvrir des films qui éclairent notre monde et donc notre route. Et on le sait bien, il y a moins d&#8217;accidents quand on roule avec les phares allumés. <span id="more-25046"></span></p>
<p><strong>Quel regard posez-vous sur la campagne présidentielle qui vient d’avoir lieu ? </strong><br />
D&#8217;abord le regard du citoyen atterré et effrayé par tant de brutalité. Ensuite le regard du réalisateur fasciné par tant de brutalité. Qui aurait pu imaginer ce qui s&#8217;est passé ? Ce qui m&#8217;intéresse le plus, pour être honnête, ce n&#8217;est pas tant le politique que celui qui met son bulletin dans l&#8217;urne. Et celui qui met aujourd&#8217;hui un bulletin « Le Pen » dans cette urne m&#8217;intéresse profondément. Le geste me fait peur mais la personne qui fait le geste me fascine. Sa colère, sa détresse, sa peur et son inquiétude me touchent. Le Front national a kidnappé la colère des plus modestes, des plus en souffrance en allant racler chez l&#8217;homme ce qu&#8217;il a de plus médiocre. On n&#8217;est pas grand chose face à la peur et le dénuement. On perd vite ses repères. Et quand quelqu&#8217;un débarque avec des solutions qui semblent si simples, comment résister ? Ça me fascine. Et mon sentiment sur les deux finalistes, c&#8217;est que chacun à sa manière produit de la violence. </p>
<p><strong>L’avènement d’un « jeune premier » à la tête de la France vous a-t-il surpris ? </strong><br />
<img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2017/05/stephane-brize-s.jpg" alt="Stéphane Brizé" width="280" height="186" class="alignright size-full wp-image-25053" />En termes de parcours personnel, c&#8217;est assez exceptionnel, il faut bien le reconnaître. Assez digne d&#8217;un grand personnage de fiction. S&#8217;il a été élu, c&#8217;est qu&#8217;il a su deviner quelque chose de la psyché collective. Et heureusement que sa femme était toujours à moins de trois mètres de lui pour qu&#8217;il sache où elle était car il a quand même eu une chance de cocu. Il fallait que Fillon gagne sa primaire puis qu&#8217;Hamon gagne la sienne avant que Fillon explose en vol puis qu&#8217;Hamon implose pour enfin se retrouver face à Le Pen au deuxième tour. Si ce n&#8217;est pas avoir une bonne étoile, ça ! Mais au delà de la chance, il a su se positionner habilement à un endroit de l&#8217;échiquier au moment où les partis en place depuis longtemps étaient à bout de souffle. L&#8217;image du nouveau président est parfaite, lisse, aimable et audacieuse, la réalité de sa politique qui veut imposer le modèle de la flexi-sécurité offrira évidemment bien plus de  « flexi » que de « sécurité ».</p>
<p><strong>Quelle est votre définition d’un réalisateur engagé ?</strong><br />
Pour moi l&#8217;engagement, c&#8217;est poser une question. Une question intime, une question sur le monde, une question sur l&#8217;intime en écho au monde&#8230; une question. </p>
<p><strong>Quels sont les réalisateurs que vous suivez ?</strong><br />
Ils sont tellement nombreux, comment faire une liste ? <a href="http://www.grand-ecart.fr/66e-festival-cannes-2013/films-selection-officielle-quinzaine/the-great-beauty-paolo-sorrentino/" title="La Grande Bellezza de Paolo Sorrentino" target="_blank">Sorrentino</a> pour sa puissance formelle à la limite parfois de la pose. Mais quand il est du bon côté de la crête, qu&#8217;est-ce que c&#8217;est beau et puissant. <a href="http://www.grand-ecart.fr/67e-festival-cinema-cannes/films-selection-officielle-2014/competition-palme-or-2014/leviathan-andrey-zviagintsev/" target="_blank">Andreï Zviaguintsev</a> pour la pertinence de sa réflexion sur la place d&#8217;un individu dans un système. Pour les mêmes raisons mais avec une esthétique très différente, <a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/au-dela-collines-cristian-mungiu/" target="_blank">Cristian Mungiu</a>. Que d&#8217;intelligence ! <a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/amour-michael-haneke/" target="_blank">Haneke</a> pour son regard tranchant et sans concession sur notre violence. Andrea Arnold pour sa capacité à faire naître du réel au cœur d&#8217;une esthétique puissante. Quelques noms qui me viennent à l&#8217;esprit à l&#8217;instant où je vous parle. Il y en a d&#8217;autres bien sûr.</p>
<p><strong>Quels sont les sujets politiques et sociétaux que vous aimeriez aborder dans vos prochains films ?</strong><br />
J&#8217;aimerais mettre ma caméra du côté des cadres des entreprises. Je suis persuadé qu&#8217;ils sont les prochains sur la liste des sacrifiés sur l&#8217;autel du profit. Ils ont bien servi à nettoyer en dessous d&#8217;eux, l&#8217;industrie &#8211; et son uberisation à marche forcée &#8211; n&#8217;aura bientôt plus besoin d&#8217;une bonne partie de ces hommes et de ces femmes. Et comme ils n&#8217;ont aucune culture de la lutte, ils se retrouveront dans un grand désarroi. </p>
<p><strong>Documentaire vs fiction ? </strong><br />
J&#8217;ai réalisé un documentaire il y a plus de dix ans, mais j&#8217;aime tellement l&#8217;endroit de la fiction que toute mon énergie au quotidien est mobilisée pour construire des histoires. Des histoires nourries du réel, qui empruntent même à la dramaturgie du documentaire mais que j&#8217;aime à construire complètement. J&#8217;aime l&#8217;endroit de frottement entre la fiction et le réel.</p>
<p><strong>Pourquoi <em>La Loi du marché</em> ? Y avait-il une sorte d&#8217;urgence sociale à faire ce film-là, à ce moment-là et de cette manière-là, proche du documentaire ?</strong><br />
<img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2017/05/la-loi-du-marche-lindon-stephane-brize.jpg" alt="La Loi du marché, de Stéphane Brizé" title="La Loi du marché, de Stéphane Brizé" width="280" height="148" class="alignleft size-full wp-image-25055" />C&#8217;est <a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/loi-du-marche-stephane-brize-cannes-2015/" target="_blank">un film</a> qui s&#8217;est invité dans ma vie alors que je terminais l&#8217;écriture d&#8217;<em>Une vie</em> et qu&#8217;il fallait quelques mois pour monter le financement de ce dernier. J&#8217;avais 16 mois devant moi. Le résumé du film existait sur une page dans un coin de mon ordinateur, c&#8217;est une discussion avec Vincent Lindon qui m&#8217;a fait le ressortir comme une évidence. La forme (mise en scène et choix des comédiens non professionnels) s&#8217;est immédiatement imposée. Tout cela correspondait à des choses qui, comme ce texte enfermé dans un recoin de la mémoire de mon ordinateur, était en moi. L&#8217;urgence du projet m&#8217;a permis d&#8217;aller à la rencontre de mon désir sans tergiverser. </p>
<p><strong>A quoi tient votre relation particulière et privilégiée avec Vincent Lindon ? </strong><br />
Vincent et moi venons de planètes sociales totalement opposées. Lui est un bourgeois, moi le fils d&#8217;un très modeste employé à la Poste. Mais nous nous sommes construits autour d&#8217;une même faille intime. Et donc, malgré des enfances dans des milieux si différents, nos colères, nos fragilités, nos émois, nos fragilités se révèlent être très semblables. Notre lien privilégié vient en partie de là, on s&#8217;est reconnus en l&#8217;autre. Aucun souvenir de ma première rencontre de spectateur avec lui. Mais je me souviens très bien que je le suivais d&#8217;un œil attentif en me disant : « Il vieillit bien. »</p>
<p><strong>« Né d&#8217;un père facteur et d&#8217;une mère au foyer, Stéphane Brizé vient d’un milieu où la culture se résume à une poignée de romans dans la bibliothèque familiale », lit-on sur votre bio Wikipédia. Un livre qui vous a marqué et a laissé une empreinte sur votre travail de cinéaste ? </strong><br />
Il faut souvent se méfier de Wikipédia mais pour le coup, ce que vous dites est vrai. Il y avait notamment la collection complète reliée de skaï rouge des romans de Marcel Pagnol. Ça tenait sur une petite étagère en haut d&#8217;un escalier de quelques marches. J&#8217;ai tout lu, j&#8217;ai tout aimé. Après, que cela ait laissé une empreinte sur mon travail, je ne saurais vous le dire. Mais bon, il aimait bien parler des gens modestes. J&#8217;arrêterais là la comparaison. </p>
<p><em>&raquo; Découvrez toute la programmation de <a href="http://www.ccas-visions-sociales.org/" title="Visions sociales" target="_blank">Visions sociales</a></em></p>
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		<title>Rencontre avec Tony Gatlif</title>
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		<pubDate>Fri, 20 May 2016 09:29:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mélanie Carpentier</dc:creator>
				<category><![CDATA[L'actu du 69e Festival de Cannes]]></category>
		<category><![CDATA[Portraits]]></category>
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		<category><![CDATA[festival]]></category>
		<category><![CDATA[interview]]></category>
		<category><![CDATA[politique]]></category>

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		<description><![CDATA[Le réalisateur Tony Gatlif est le parrain de la nouvelle édition de Visions sociales, le festival des films engagés de Cannes qui se tient jusqu’au 20 mai. Projections, débats et exposition au programme...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h3>Gage d’engagement</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2016/05/tony-gatlif.jpg" alt="Tony Gatlif" width="210" height="280" class="alignleft size-full wp-image-24048" />Le réalisateur Tony Gatlif est le parrain de la nouvelle édition de Visions sociales, le festival des films engagés de Cannes qui se tient jusqu’au 20 mai. Projections, débats et exposition sont au programme. Et nul autre que le réalisateur de <em>Gadjo Dilo</em> pour incarner un tel festival. Il nous explique pourquoi le cinéma engagé a plus d’importance que jamais.</p>
<p><strong>Pourquoi avoir accepté d’être le parrain de Visions sociales ?</strong></p>
<p>Je n’aime pas me mettre en avant quand je ne présente pas de films. Etre parrain, c’est un peu grandiloquent. C’est Anna Defendini, la responsable de la programmation de Visions sociales qui m’a demandé de le faire l’année dernière. Je n’étais pas pour au début, mais elle m’a dit que des gens comme Agnès Varda l’avaient fait auparavant. Elle m’a expliqué qu’il s’agissait de la projection de films engagés qui n’ont aucune chance d’aller dans d’autres festivals d’auteurs et qui parlent de notre société. J’ai alors accepté, car cela montre ce que le cinéma peut apporter dans la société par rapport à notre monde. C’est ma préoccupation principale lorsque je fais des films.</p>
<p><strong>Quelle est votre définition d’un réalisateur engagé ?</strong></p>
<p>C’est quelqu’un qui se sent possédé par une mission qui lui tient à cœur et qui en fait un film, sinon il en meurt. Il ne fait pas un film pour l’argent, ni pour la gloire, mais pour montrer une situation qui se dégrade. Le cinéma n’a jamais été aussi important qu’aujourd’hui. <span id="more-24043"></span></p>
<p><strong>Quels sont les derniers films engagés que vous avez vus et qui répondent à cette définition ?</strong></p>
<p>Ceux de Ken Loach. C’est le cinéaste engagé par définition, selon moi. C’est quelqu’un qui ne peut pas dormir s’il ne fait pas de film sur les gens qui sont maltraités en Angleterre. </p>
<p><strong>On dit que Geronimo est votre long-métrage le plus engagé…</strong></p>
<p>C’est toujours sur les Gitans, mais c’est effectivement mon film sur eux qui est le plus engagé. Un film moderne qui parle d’aujourd’hui. </p>
<p><strong>Allez-vous pousser le curseur encore plus loin pour votre prochain film ?</strong></p>
<p>Oui, sûrement, mais ce n’est pas moi qui le pousse, c’est la société. Quand je vois des gens qui tirent sur d’autres, c’est une injustice totale, tout comme c’est terrible ce qui se passe aux frontières de l’Arabie, avec des femmes enchaînées qui sont vendues notamment à des Européens. C’est pire que tout, on a touché le fond. Sans oublier toutes ces personnes qui se réfugient dans des bois, qu’on voit sur les routes, ce sont presque des zombies… Et ils sont des millions ! C’est comme si on assistait à un péplum de Cecil B. DeMille comme <em>Les Dix commandements</em>, mais aujourd’hui, il n’y a personne qui peut ouvrir les mers comme Moïse juste avec la foi. La foi n’ouvre pas les mers, sinon elle aurait ouvert la Méditerranée. Au contraire, elle engloutit ceux qui l’empruntent pour se sauver. Il y a tellement de choses à raconter. Mon prochain film, ce sera un constat sur le monde qui ne m’a jamais autant horrifié. On vit dans une guerre sociale…</p>
<p><strong>En tant que réalisateur, comment percevez-vous l’actualité, notamment ce qui se passe en France ?</strong></p>
<p>Je me sens très préoccupé. Quand j’ai commencé à faire du cinéma, c’était après Mai 68 et les histoires au cinéma n’étaient pas les mêmes que maintenant. Je préférerais avoir 25 ans et être cinéaste aujourd’hui, car il y a tellement d’histoires importantes et de sujets à raconter autres que des histoires d’amour, comme les banques, la société, l’argent. Tout est problème, nous sommes dans une cocotte-minute qui menace d’exploser… L’important, c’est de montrer ce qui se passe en prenant une caméra. C’est ce que je dis aux jeunes, car on est encore trop peu à faire du cinéma engagé, autre que le divertissement qui domine. L’argent n’est pas mon but, surtout que l’argent que rapportent les films n’est pas pour le peuple. C’est le cinéma d’échange qui est génial.</p>
<p><strong>Vous parlez d’une certaine jeunesse, comment la percevez-vous ?</strong></p>
<p>La jeunesse qui peut se battre, qui cherche une nouvelle raison de vivre, qui veut changer le monde et comprendre comment il marche, n’est pas en France. Elle est à l’étranger. Aller à la rencontre de l’autre est tellement plus facile à notre époque ! J’ai beaucoup voyagé et je parle à ces jeunes dans différents pays. Ils communiquent facilement entre eux et se rendent compte de ce qui se passe. Ils s’aperçoivent que c’est la même chose ce qu’on vit en France ou au Mexique.</p>
<p><strong>Qu’attendez-vous de ce festival engagé ?</strong></p>
<p>Qu’il parle aux autres, à des gens qui vont échanger des idées au sortir du film, qu’ils se sentent un peu plus intelligents et heureux, grâce à des sujets intéressants qui racontent quelque chose, qui donnent envie d’être utile, surtout avec ce monde dans lequel nous vivons.  </p>
<p><strong>N’est-ce pas paradoxal que ce type de cinéma se retrouve au Festival de Cannes qui met aussi en avant une certaine superficialité ?</strong></p>
<p>Je pense que ça va avec, car le cinéma de la Croisette est un cinéma qui a les mêmes fonctions que le cinéma de Visions sociales ou d’autres festivals qui projettent des films engagés. Les films de Cannes sont sélectionnés par des gens qui ont encore l’âme cinématographique, de la culture. Thierry Frémaux connaît très bien le cinéma international d’auteur, il gère le musée du Cinéma de Lyon et projeter des films de Ken Loach, c’est quelque part aussi faire partie d’une vision sociale. Un film social, ce n’est pas pour moi une recette, filmer la pauvreté, jouer avec l’émotion, prendre un sujet larmoyant&#8230; Un réalisateur engagé n’est pas avide d’argent ou de célébrité, il partage la parole avec tout le monde. </p>
<p><strong>Avez-vous vu les films projetés à Visions sociales ?</strong></p>
<p>Pas tous encore. On a beaucoup parlé de <em>Merci patron !</em>, c’est très bien qu’il existe, ainsi que <em>Comme des lions</em> qui est vraiment bien. Il y a aussi <em>La Sociale</em>. Et j’ai vu des courts-métrages de réalisateurs très jeunes, issus de banlieue, qui sont vraiment très beaux. C’est un cinéma délicieux.</p>
<p>&nbsp;<br />
<em>Festival Visions sociales, du 14 au 20 mai 2016, 06210 Mandelieu-la-Napoule<br />
<a href="http://www.ccas-visions-sociales.org/" target="_blank" rel="nofollow">www.ccas-visions-sociales.org</a></em></p>
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		<title>The Last Face, de Sean Penn</title>
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		<pubDate>Wed, 18 May 2016 21:19:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mélanie Carpentier</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Les films de la Compétition officielle]]></category>
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				<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2016/05/The-Last-Face_photo.jpg" alt="The Last Face, de Sean Penn" width="280" height="186" class="alignleft size-full wp-image-23516" /><strong>Qui ?</strong><br />
Sean Penn n’est jamais où on l’attend. Le beau gosse des années 1980, sorte de nouveau James Dean, a peu à peu mué en acteur-réalisateur engagé. <em>La Dernière Marche</em>, <em>Harvey Milk</em>, <em>Into the Wild</em>, campagne contre l’intervention américaine en Irak en 2003, humanitaire en Haïti ou en Louisiane, reporter gonzo menant à l’arrestation du narco-trafiquant El Chapo… Aucun sujet ne lui échappe, tout le concerne. A Cannes aussi, il a tenu tous les rôles. Prix d’interprétation masculine pour <em>She’s so Lovely</em>, président du jury (remettant la Palme d’or à <em>Entre les murs</em>) et réalisateur en compétition, avec <em>The Pledge</em>. Cette connaissance des arcanes cannoises le mènera-t-il au plus haut ?</p>
<p><strong>Quoi ?</strong><br />
Dans <em>The Last Face</em>, Sean Penn met en scène celle qui n’était pas encore son ex, Charlize Theron, tombant sous le charme de Javier Bardem, au sein d’une ONG plongée dans une guerre civile au Liberia. Au casting décidément international, on retrouve également Adèle Exarchopoulos et Jean Reno. Outre la thérapie conjugale un peu hasardeuse, on attend du réalisateur qu’il tire le meilleur de sa propre expérience avec les ONG et les zones de conflit. On se doute qu’il dénoncera avec violence les horreurs de la guerre, on espère sans trop de grandiloquence et de naïveté. De tout ça, on peut craindre le pire comme le meilleur. Sean Penn, jamais où on l’attend.</p>
<p><strong>Résultat des courses</strong><br />
Un film sur <em>« un amour impossible… entre un homme… et une femme »</em> (sic). Les premières images font peur, et le reste n’est guère mieux. Côté cinématographie (regroupons-y la mise en scène, la direction et le jeu d’acteurs, le scénario, le montage, les dialogues, les décors, la musique), c’est zéro. Oui, ça peut paraître cruel, mais il faut bien le remarquer : la réalisation de <em>The Last Face</em> est si mauvaise qu’il doit bien y avoir une place pour elle quelque part dans le <em>Guinness Book</em>. Sean Penn s’inspire à la fois de Terrence Malick (mais même le plus mauvais des Malick est mieux réalisé que <em>The Last Face</em>) et d’une pub pour une ONG. Trop occupé par son nombril, le cinéaste américain (à qui l&#8217;on doit pourtant <em>The Indian Runner</em> et <em>Into The Wild</em>) a oublié de rendre l’histoire crédible, de diriger correctement les comédiens (question rhétorique : Jean Reno est-il comédien ?), de proposer une véritable réflexion sur un tel sujet.</p>
<p>Bien sûr, peut-on vraiment dire d’un mauvais film qu’il est mauvais sans paraître insensible, dès lors qu’il est plein de bons sentiments ? Sean Penn veut provoquer chez le spectateur une prise de conscience en lui montrant les atrocités de la guerre (lacérations, viols, amputations, enfants-soldats… tout y passe). L’intention est louable, mais cachée sous une telle couche de narcissisme (Wren, l’alter ego fantasmé de Sean ?) et de lourdeur (à côté, <em>Urgences</em> est d’une subtilité rare) qu’elle manque son but. <em>The Last Face</em> nous apprend principalement que les méchants sont vraiment méchants, mais ne nous renseigne pas tellement sur ce qui a rendu possibles ces conflits. A part quelques mots sur le rôle des Etats-Unis et de l’Europe au milieu du film (une vingtaine de secondes, en arrondissant généreusement) et un joli discours final sur la notion de « réfugié » &#8211; malgré, ici aussi, beaucoup de narcissisme. Si « l’espoir d’un monde meilleur » que Sean Penn entrevoit n’a que <em>The Last Face</em> comme défenseur, la planète a du souci à se faire. Espérons au moins que les millions engloutis dans ce projet soient en partie reversés à une fondation humanitaire.<br />
<em>(<a href="http://www.grand-ecart.fr/auteur/jnb/" target="_blank">JNB</a>)</em></p>
<p>&nbsp;<br />
The Last Face<em> de Sean Penn, avec Charlize Theron, Javier Bardem, Adèle Exarchopoulos, Jean Reno… Etats-Unis, 2016. En compétition au 69e Festival de Cannes.</em></p>
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