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	<title>Grand Écart &#187; femme</title>
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	<description>Étirements cinéphiles</description>
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		<title>Portrait de la jeune fille en feu, de Céline Sciamma</title>
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		<pubDate>Tue, 21 May 2019 13:47:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maid Marion</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La beauté du geste Faire un film d’époque et sur la peinture est toujours casse-gueule. Un défi que Céline Sciamma remporte haut la main, tant son film n’est pas ampoulé,...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h3>La beauté du geste</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2019/05/Sciamma.jpg" alt="Portrait de la jeune fille en feu, de Céline Sciamma" width="209" height="280" class="alignleft size-full wp-image-27103" />Faire un film d’époque et sur la peinture est toujours casse-gueule. Un défi que Céline Sciamma remporte haut la main, tant son film n’est pas ampoulé, enfermé dans des carcans. Car s’en échapper, c’est tout le cinéma de la réalisatrice de <em>Naissance des pieuvres</em>, <em><a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/tomboy-celine-sciamma/" title="Tomboy, de Céline Sciamma">Tomboy</a></em> et <em><a title="Bande de filles, de Céline Sciamma" href="http://www.grand-ecart.fr/67e-festival-cinema-cannes/films-selection-officielle-2014/46e-quinzaine-des-realisateurs-2014/bande-filles-celine-sciamma/" target="_blank">Bande de filles</a></em>. C’est donc une nouvelle histoire d’émancipation qu’elle raconte. Celle d’Héloïse (Adèle Haenel), dont le portrait doit être fait pour sceller son mariage avec un homme qu’elle n’a jamais rencontré. Celle aussi de la peintre, Marianne (Noémie Merlant), encouragée par son modèle à pousser son art plus loin. Avec un sens du cadre impressionnant, une lumière envoûtante, Céline Sciamma s’approprie son thème de la peinture pour montrer l’artiste au travail. La recherche de la vérité intérieure de son sujet, la manière dont on intègre les conventions, puis s’en libère. Adèle Haenel, elle, s’offre sous un jour nouveau. Sa dureté frondeuse fait place à une douceur inattendue, dont la colère n’est pourtant pas absente. Composition complexe d’un personnage riche, à l’écoute de ses émotions, et en constante réflexion. <span id="more-27099"></span></p>
<p><em>Portrait de la jeune fille en feu</em> est un film sur le regard, avant tout. Celui de la peintre qui observe discrètement son modèle, devient celui de la cinéaste regardant ses actrices, avec désir et complicité. Celui que l’on reçoit et que l’on donne en retour. Observer et se sentir observé, dans une relation de séduction mutuelle. Un trouble incandescent, qui donne son titre au film, dans une séquence d’une beauté rare, où les coeurs s’enflamment autant que les robes. L’évolution, enfin, de ce regard au cours d’échanges intellectuels, de partages de vision sur la peinture, la littérature, la musique. Les deux jeunes femmes débattent ainsi, avec la servante de la maison, Sophie (Luana Bajrami), du choix d’Orphée de se retourner pour un dernier regard, encore, à Eurydice. Est-il seulement idiot et impatient ? Fait-il le choix du poète : celui de garder le souvenir d’Eurydice ? Ou est-ce elle, Eurydice, qui le lui demande ? L’objet du désir en est aussi l’acteur, dit la cinéaste à chaque plan. Céline Sciamma explore la naissance d’un amour, mais aussi le souvenir qu’il laisse, comme une trace éternelle. « Ne regrette pas, souviens-toi », dit l’une à l’autre. Un dernier plan, sublime, voit ces émotions passer sur le visage de la jeune fille devenue femme : la tristesse des regrets qui se mue en sourire du souvenir.<br />
&nbsp;<br />
Portrait de la jeune fille en feu<em> de Céline Sciamma, avec Adèle Haenel, Noémie Merlant, Luana Bajrami, Valeria Golino. France, 2019. Prix du scénario du 72e Festival de Cannes. Sortie le 18 septembre 2019.</em></p>
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		<title>Les Filles du soleil, d’Eva Husson</title>
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		<pubDate>Tue, 15 May 2018 21:48:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maid Marion</dc:creator>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2018]]></category>
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		<description><![CDATA[Le chant des partisanes - Etrangement, <em>Les Filles du soleil</em> - qui célèbre le courage des combattantes kurdes - ouvre et se conclut sur le personnage de Mathilde (Emmanuelle Bercot), reporter...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h3>Le chant des partisanes</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2018/05/les-filles-du-soleil-golshifteh-farahani-eva-husson-cannes.jpg" alt="Les Filles du soleil, de Eva Husson" width="280" height="141" class="alignleft size-full wp-image-26373" />Etrangement, <em>Les Filles du soleil</em> &#8211; qui célèbre le courage des combattantes kurdes &#8211; ouvre et se conclut sur le personnage de Mathilde (Emmanuelle Bercot), reporter française et blessée de guerre. Une place prépondérante qui traduit le regard occidental, un peu ethno-centré, de la réalisatrice française Eva Husson. Un regard de femme aussi, sur des femmes, qui célèbre la vie &#8211; comme les paroles de la chanson de combat des soldates, écrite par la réalisatrice, à la gloire des femmes, de la vie et de la liberté. <em>Les Filles du soleil</em> pose plusieurs questions : peut-on filmer la guerre avec tant de beauté graphique ? L’histoire de ces femmes, et l’émotion qu’elle suscite, devait-elle s’accompagner de facilités de scénario (flashbacks, timing de certains événements, retrouvailles opportunes) et d’une musique grandiloquente ? Pour la première, après avoir vu tant de films de guerre oscillant du gris au kaki, on se laisse à dire oui. Les paysages (bien qu’ils soient géorgiens et non kurdes), la lumière donnent du souffle au film. A la seconde, on est plutôt tenté de répondre par la négative, tant ils finissent par agacer et amoindrir la portée du sujet. <em>Les Filles du soleil</em> en devient inutilement démonstratif, sans compter que l’attention portée à la féminité des personnages gomme leur dimension idéologique : en dehors du fait qu’elles s’appellent <em>« camarade »</em>, aucune référence n’est ainsi faite au marxisme des combattants kurdes. <span id="more-26368"></span>Les hommes, quant à eux, pleutres au combat, implacables dans la torture, ne sont pas à l’honneur. Reste le regard déterminé de Golshifteh Farahani, qui emporte tout. Le titre du film est au pluriel, mais c’est sur elle seule que repose la force du film. <em>« Nous sommes toutes des héroïnes »</em>, dit-elle dans une conclusion un peu bravache. Peut-être. Elle, assurément, en est une.</p>
<p>&nbsp;<br />
Les Filles du soleil<em> d’Eva Husson, avec Golshifteh Farahani, Emmanuelle Bercot, Zübeyde Bulut&#8230; France, 2018. En compétition du 71e Festival de Cannes.</em></p>
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		<title>Rencontre avec Pascal Laugier</title>
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		<pubDate>Tue, 13 Mar 2018 21:33:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Julien Wagner</dc:creator>
				<category><![CDATA[Portraits]]></category>
		<category><![CDATA[Canada]]></category>
		<category><![CDATA[femme]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
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		<category><![CDATA[horreur]]></category>

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		<description><![CDATA[Le réalisateur du film culte Martyrs est de retour aux sources avec Ghostland, production franco-canadienne qui a reçu trois prix à Gérardmer lors de la dernière édition du festival. Nous...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2018/03/pascal-laugier-ghostland.jpg" alt="Pascal Laugier" width="280" height="208" class="alignleft size-full wp-image-26155" /><strong>Le réalisateur du film culte <em>Martyrs</em> est de retour aux sources avec <em><a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/mylene-farmer-ghostland-pascal-laugier/" title="Ghostland, de Pascal Laugier">Ghostland</a></em>, production franco-canadienne qui a reçu trois prix à <a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/le-palmares-du-25e-festival-de-gerardmer/" title="Le palmarès du 25e Festival de Gérardmer">Gérardmer</a> lors de la dernière édition du festival. Nous avions alors rencontré Pascal Laugier juste après la toute première présentation du film au public. « Un putain de réalisateur », selon Mylène Farmer. Attention, cet entretien contient des spoilers…</strong></p>
<p>&nbsp;<br />
<strong>Quelle réaction à chaud après cette toute première présentation du film au public ?</strong></p>
<p>Une délivrance ! Comme si j’avais enfin accouché de cet enfant que j’ai porté… La gestation a tout de même duré deux ans ! Après, je ne sais pas comment la salle a vraiment réagi, elle est si grande. Les gens qui sont venus me voir sont ceux qui ont aimé le film. J’ai le soulagement du devoir accompli, c’était une belle projection, avec une écoute attentive du public, très silencieuse.</p>
<p><strong>Dans vos films, les femmes sont souvent en proie à la violence, pourquoi ce choix ?</strong></p>
<p>Et pourquoi pas des femmes ? Ce sont des personnages à travers lesquels je m’identifie facilement, qui ont des points d’entrée émotionnels qui sont esthétiques pour moi. Sur <em>Ghostland</em>, le projet entier part du personnage de Beth sur lequel je me projette profondément et parce que le film est le portrait de sa vocation. De ses souffrances, elle va tirer son œuvre, ce qui pourrait être une définition même de l’horreur en tant que genre : de nos angoisses profondes, tâchons d’en faire une œuvre. C’est ce que Beth va s’appliquer à faire. <span id="more-26148"></span></p>
<p><strong>Donc pour vous, dans toute création, il faut de la souffrance ?</strong></p>
<p>Bien évidemment, mais pas uniquement pour la création. Toute vie est souffrance. Et difficile quand on fait de l’horreur de parler d’autre chose que de ça. L’horreur pour moi, c’est ce qu’il y a de pire dans la condition humaine et on l’organise pour en faire quelque chose. C’est comme si je faisais un western, ce serait inenvisageable de ne pas y retrouver un cow-boy, un chapeau, un cheval… J’adore partir des archétypes, c’est ce que je fais dans tous mes films. Après, j’essaie de les tordre, de les réorganiser pour en faire quelque chose de personnel et si c’est réussi, de les revitaliser. Il y a une dimension ludique aussi quand j’écris, car je suis un fan de films d’horreur. J’essaie alors d’aller dans des territoires qui me paraissent inédits ou qui n’auraient pas été faits ou montré comme ceci auparavant.</p>
<p><strong>« Les intruders », ces films où des intrus rentrent dans une maison pour tuer ceux qui s’y trouvent, est un genre en soi. Certains de ces films vous ont inspiré pour <em>Ghostland</em> ?</strong></p>
<p>Sur ce film-là, je n’ai pas pensé à d’autres longs-métrages. C’est vraiment venu de mon rapport au personnage principal. Ca m’a touché d’imaginer cette jeune fille de 14 ans qui s’inscrit dans une verticalité par l’admiration qu’elle voue à ses maîtres, ici Lovecraft. C’était intéressant de se placer au niveau d’une personne qui vit dans les fantômes de ses idoles et qui va se construire comme ça dans la vie. Après, j’aime tellement ce genre de films qu’en écrivant, j’ai peut-être eu des inspirations inconscientes. On malaxe toujours des choses qui existent avant nous et qui existeront après nous.</p>
<p><strong>Le film s’ouvre sur Lovecraft. Est-ce parce que c’est l’écrivain de l’indicible ?</strong></p>
<p>En l’occurrence non, le film n’est pas du tout lovecraftien. Ce n’est pas un film fantastique. Lovecraft, pour moi, c’est un point d’entrée pour aller vers le personnage principal. Mais ça aurait pu être Stephen King. Ca aurait été un contresens que de faire un film lovecraftien, dans la mesure où ce que va raconter Beth dans ses futurs romans, ne seront pas du tout inspirés de Lovecraft comme l’étaient ses récits de quand elle avait 14 ans et qu’elle lit dans la voiture au début du film. A la fin, on imagine qu’elle s’accomplit tellement en tant qu’écrivain, qu’elle s’éloigne de Lovecraft. L’univers de Beth est avant tout fait de tout ce qu’elle a vécu dans cette maison.</p>
<p><strong>Autre référence dans le film, à travers les maquillages des deux jeunes filles et la cruauté qui se dégage, <em>Qu’est-il arrivé à Baby Jane ?</em>…</strong></p>
<p>Je ne l’ai vu que pendant le rush, pas sur le coup. Il y a en effet un croisement, comme si Robert Aldrich et Tobe Hooper avaient fait l’amour&#8230; Ce qui me convient très bien. J’avais de temps en temps le fantôme de Hooper qui s’invitait sur le plateau. Quand je doutais de ce que je faisais, je pensais à lui, au côté furieusement macabre et iconoclaste de son cinéma. J’avais envie d’aller vers là, le côté freak show du cinéma qui n’était pas si prononcé au début du projet. Mais mon chef décorateur est allé vers quelque chose de tellement baroque et expressionniste, que je ne pouvais qu’aller dans cette direction. Quand j’ai compris que le réel dans le film était ce qu’il y avait de plus fou et cauchemardesque, j’y suis allé complètement.</p>
<p><strong>La maison est un immense cabinet de curiosités, on imagine que pour la trouver, ce fut tout un casting…</strong></p>
<p>Oui, on a mis beaucoup de temps pour la dénicher ! Il fallait une maison isolée et typiquement américaine. Et quand on l’a trouvée, on a tout réarrangé à l’intérieur. On a changé le papier peint, on l’a remplie d’objets, on a cassé des murs, on a inventé le troisième niveau qui n’existait pas originellement et qu’on a installé dans une grange en face de la maison, comme un mini-studio. J’aime bien cette idée que la maison a un niveau en trop, qui renvoie au fait que c’est l’étage des pulsions, de l’ogre, là où tout se passe. Le sous-sol aussi a été recréé dans la grange.</p>
<p><strong>Le casting est étonnant, tant les deux jeunes filles ressemblent à leurs pendants adultes…</strong></p>
<p>Ce fut un travail fort de coiffure et de maquillage, car dans la vie, elles ne se ressemblent pas. Elles se sont aussi beaucoup vues les unes les autres pour déterminer ce que leur personnage ferait ou non une fois adulte, quelles habitudes elles auraient, etc. Mylène Farmer était aussi très présente, notamment hors plateau, pour créer une complicité maternelle avec elles. Quand elles sont arrivées sur le tournage, elles étaient très à l’aise pour travailler ensemble. Ca a amené sur le plateau une grande harmonie, une douceur, car le tournage était très difficile, très rude, tant au niveau de l’histoire que des conditions climatiques. Parfois, quand je n’allais pas bien, je voyais les gamines et Mylène se marrer dans un coin du décor et je repartais au combat.</p>
<p><strong>Le personnage de Pauline, la mère, apporte une douceur dans la furie. Comment la percevez-vous ?</strong></p>
<p>C’est un ange gardien. C’est le personnage qui doit mourir pour permettre à ses enfants et Beth avant tout, de s’accomplir et pour que les deux sœurs puissent se réconcilier. Qu’elles basculent dans l’autre âge, qu’elles deviennent autre chose. Il y a une balance entre les grâces et les défauts des deux sœurs, entre fantasmes et réalité, elles se complètent l’une l’autre pour devenir une force de survie face à l’horreur. Je ne voulais pas faire de Vera juste un personnage uniquement matérialiste comme elle l’est au début, car c’est elle qui apporte la rédemption à sa sœur.</p>
<p><strong>Vous étiez un fan du film <em>Giorgino</em>, le premier long de Mylène Farmer et plus de vingt ans plus tard, elle tourne dans votre film. Ce rôle était écrit pour elle ?</strong></p>
<p>Non, à la base, c’était pour une comédienne américaine que je n’arrivais pas à trouver. Quand Mylène m’a appelé pour réaliser le clip de la chanson <em>City of Love</em>, j’étais très surpris qu’elle connaisse mes films. Travailler avec elle sur le clip était tellement bien, on s’est si bien entendus, que je me suis débrouillé pour réécrire le personnage de la mère et en faire une Française exilée aux Etats-Unis avec un ex-mari américain. Quand je lui ai donné le scénario, elle m’a répondu deux heures après qu’elle le faisait. C’était formidable de continuer à travailler ensemble sur des territoires qui nous plaisent tous les deux. Il y a un cousinage depuis le début entre ce qu’elle fait et ce que je fais. Une rencontre évidente.</p>
<p><strong>On reste dans son univers gothique, même si on la voit aussi différemment de ce pour quoi on la connaissait…</strong></p>
<p>Oui, elle a imposé en France cet univers dans le paysage pop mainstream de manière incroyable. On a des imageries et références en commun, c’était très naturel de travailler ensemble.</p>
<p><strong>Vous pourriez envisager une nouvelle collaboration avec elle ?</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2018/02/ghostland-pascal-laugier-mylene-farmer-affiche.jpg" alt="Ghostland, de Pascal Laugier" width="206" height="280" class="alignleft size-full wp-image-26075" />Oui, bien sûr ! Ce qui est bien, c’est que tout se soit déroulé sans plan. Vous savez, ça fait 20 ans qu’elle refuse des rôles pour le cinéma et la télé, car rien ne lui plaisait vraiment. Tout le monde dans le métier s’est demandé comment j’avais fait pour l’avoir.</p>
<p><strong>Vous pensez déjà à la suite ?</strong></p>
<p>Non, pas encore, je vais me remettre dans la position où je vais fantasmer sur autre chose. J’ai l’impression qu’avec ce film, je clos quelque chose chez moi, les quatre films précédents. Je suis arrivé au bout de toutes les questions qui me tarabustent de film en film. Il faut que je passe à autre chose, <em>Ghostland</em> est un point d’orgue pour moi sur les questions de la subjectivité, de la transcendance par la souffrance… Je m’en suis rendu compte une fois le film terminé. C’est un cousin germain lumineux de <em>Martyrs</em>, qui va du côté de la vie. Pour moi, Beth va devenir écrivain. C’est sûr et certain !</p>
<p>&nbsp;<br />
Ghostland <em>de Pascal Laugier, avec Crystal Reed, Anastasia Phillips, Emilia Jones, Mylène Farmer. France, Canada, 2017. Grand Prix du 25e Festival du film fantastique de Gérardmer. Sortie le 14 mars 2018.</em></p>
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		<title>Les Bonnes Manières, de Juliana Rojas et Marco Dutra</title>
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		<pubDate>Sun, 04 Feb 2018 14:48:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alessandro Rizzo</dc:creator>
				<category><![CDATA[Films]]></category>
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		<category><![CDATA[Brésil]]></category>
		<category><![CDATA[fantastique]]></category>
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				<content:encoded><![CDATA[<h3>La mère et la bête</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2018/02/les-bonnes-manieres-rojas-dutra-affiche.jpg" alt="Les Bonnes manières, de Juliana Rojas et Marco Dutra" width="208" height="280" class="alignleft size-full wp-image-26107" />Clara, infirmière farouche d’un quartier pauvre de Sao Paulo, se fait engager comme aide à domicile et nounou pour l’enfant qu’attend la jeune et riche Ana. Après un round d’observation marqué par leur différence de classe sociale, les deux femmes aux cœurs solitaires vont se rapprocher jusqu’au partage de leur intimité. Mais, plus sa grossesse avance plus Ana révèle un comportement de plus en plus étrange et inquiétant les nuits de pleine lune. </p>
<p>Film fantastique à plus d’un titre, <em>Les Bonnes Manières</em> réalisé par un talentueux duo mixte brésilien est assurément une des (très) bonnes nouvelles de la sélection 2018 du Festival de Gérardmer. Voilà un film totalement libre assumant sans complexe et avec finesse de muter au fil des minutes de chronique sociale à romance intimiste puis de drame familial à fable d’épouvante. La grande force du tandem aux commandes étant d’avoir réussi à s’affranchir totalement des codes de tous ces genres pour s’insinuer avec une infinie délicatesse dans le quotidien de deux amoureuses solitaires s’illuminant mutuellement avant d’entrer dans celui d’une mère folle d’amour pour un enfant vraiment pas comme les autres. Adeptes d’une certaine économie verbale, ils font le choix judicieux de faire confiance à la musique et de laisser parler le regard incroyablement doux et fiévreux à la fois de leur excellente actrice principale – Isabel Zuaa dans le rôle de Clara – pour raconter cette histoire sombre chargée en sentiments les plus purs. <span id="more-26106"></span></p>
<p>Avec sa structure bipolaire parfaitement séparée par un événement charnière &#8211; qu’on évitera de spoiler &#8211; le film percute par sa façon toute particulière de faire jaillir une poésie naturaliste singulière à partir de petits riens de la vie, comme un geste tendre, une berceuse poignante jouée par une voisine mélomane, un cours télévisé de zumba ou une séance d’épilation familiale. Fable vibrante, parfois dérangeante – notamment quand la maternité devient une abomination &#8211; mais jamais grinçante sur les différences sociales, sexuelles ou originelles, <em>Les Bonnes Manières</em> avance par petites touches impressionnistes depuis le constat socialement lucide sur la société brésilienne qui ouvre le film jusqu’à l’ode à l’amour maternel qui le clôt. L’amour d’une mère par défaut prête à se faire dévorer pour que vive le petit monstre qu’elle a choisi d’aimer et d’élever. Ou bien, comme le suggère le dernier plan du film, ces deux êtres hors normes s’unissent pour faire face à un monde qui ne veut pas d’eux. « Toi et moi contre le monde entier. Et rien ne pourra nous arriver… », l’image est belle comme cette fable fantastique brésilienne.</p>
<p>&nbsp;<br />
Les bonnes manières <em> (As Boas Maneiras) de Juliana Rojas et Marco Dutra, avec Isabel Zuaa, Marjorie Estiano, Miguel Lobo&#8230; Brésil, 2017. Présenté en compétition au Festival international du film fantastique de Gérardmer 2018. Sortie le 21 mars 2018.</em></p>
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		<title>Revenge, de Coralie Fargeat</title>
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		<pubDate>Sat, 03 Feb 2018 20:19:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Julien Wagner</dc:creator>
				<category><![CDATA[Films]]></category>
		<category><![CDATA[femme]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
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		<description><![CDATA[Barbie tue Rick - Richard, que nous rebaptiserons Caliente (au sang aussi chaud que son pantalon quand il en porte) emmène dans une villa Air B'nB en plein milieu du désert marocain, sa nouvelle...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h3>Barbie tue Rick</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2018/02/revenge-coralie-fargeat-affiche.jpg" alt="Revenge, de Coralie Fargeat" width="216" height="280" class="alignleft size-full wp-image-26083" />Richard, que nous rebaptiserons Caliente (au sang aussi chaud que son pantalon quand il en porte) emmène dans une villa Air B&#8217;nB en plein milieu du désert marocain, sa nouvelle conquête du moment, Jennifer, alias Shakira pour ses racines décolorées et son légendaire déhanché. Ils passent leur temps à batifoler, nager dans la piscine et faire du rien. Jusqu&#8217;à l&#8217;arrivée de Michael Hanouna (tant Vincent Colombe qui l&#8217;incarne est un croisement entre Michael Youn et Cyril Hanouna) et de Gras Double (au physique appelé à mourir en premier dans d&#8217;atroces souffrances), ses amis et associés, qui contemplent Shakira et ses mini-bikinis, l&#8217;écume au bord des lèvres. Evidemment, tout ceci ne peut que mal tourner. Caliente absent pour la matinée, Michael Hanouna et Gras Double entreprennent de s&#8217;amuser un peu avec Shakira devenue subitement plus farouche. Et peu encline à partager ses miasmes avec les amis de son amant. Qu&#8217;importe, un viol plus tard, Shakira ne désire plus qu&#8217;une seule chose : rentrer chez elle au plus tôt. Caliente, à la sensibilité proche du cactus, ne l&#8217;entend pas de cette oreille et la laisse pour morte en plein désert. Mais l&#8217;est-elle vraiment ?</p>
<p>Si <em>Revenge</em> avait été réalisé par un homme, on aurait parlé de sexisme. Mais comme c&#8217;est le premier long-métrage d&#8217;une femme, on dira plutôt que c&#8217;est de féminisme qu&#8217;il s&#8217;agit. Car les plans placés au niveau de la croupe qui chaloupe de Shakira et sa propension à ne jamais porter de vêtements trop longs, pourraient porter à confusion. D&#8217;autant que la belle a tout de la bête aux premiers abords. Et qu&#8217;il suffit que ses cheveux se ternissent par la poussière et le sang, pour qu&#8217;elle se mette à réfléchir à vitesse grand V et se transformer en MacGyver. <span id="more-26077"></span>Mais voilà, c&#8217;est Coralie Fargeat, dont c&#8217;est le premier film, après des courts-métrages remarqués. Et elle n&#8217;hésite pas à dénuder Caliente et à en faire le même objet de fantasme, fesses en gros plan comprises. En revanche, à la différence de ses consoeurs qui se sont déjà risquées au film de genre plutôt gore, telles que Marina De Van ou Julia Ducourneau, ici, point de finesse : tout repose essentiellement sur le deuxième (voire troisième) degré. Pour mieux dénoncer ? Non, car ce qui aurait pu être un premier long nerveux et revendicateur, ne devient qu&#8217;une énième série B, vite consommée, vite oubliée. Les méchants sont très très méchants, jouent comme des acteurs de téléfilms produits par AB Production et les dialogues sont aussi effrayants que les scènes sont trash (un pieu enfoncé dans le corps de Shakira, symbole phallique bien appuyé au demeurant, une cautérisation à <strong><em>base</em></strong> de bière, des viscères enveloppées dans du film alimentaire ou un tesson de verre enfoncé profondément dans un pied). Le film est peuplé d&#8217;invraisemblances grand-guignolesques supposées volontaires, mais qui desservent le propos : une femme-objet qui préfère s&#8217;animer et s&#8217;affranchir de son image, qui se libère de la beauté plastique qui l&#8217;emprisonne. L&#8217;absence totale d&#8217;émotion, de compassion, de profondeur, font que peu à peu, on se désintéresse du sort de Shakira qui s&#8217;ensanglante et sanglote. On ne s&#8217;étonne même plus de la voir courir aussi rapidement qu&#8217;une voiture, une carabine à la main, en soutien-gorge et petite culotte. On est loin, très loin, d&#8217;un <em>Kill Bill</em> à la française. <em>Revenge</em> aurait pu être un tigre qui se révolte et ravage le cirque qui l&#8217;a emprisonné. Et il avait tous les ingrédients pour ce faire. Mais ce n&#8217;est qu&#8217;un chaton déçu de ne pas avoir eu assez de croquettes&#8230; Sans rancune, Shakira !</p>
<p>&nbsp;<br />
Revenge<em> de Coralie Fargeat, avec Matilda Lutz, Kevin Janssens, Vincent Colombe et Guillaume Bouchède. France, 2017. Présenté en compétition officielle du Festival du film fantastique de Gérardmer 2018. Sortie le 7 février 2018.</em></p>
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		<title>Les Proies, de Sofia Coppola</title>
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		<pubDate>Tue, 22 Aug 2017 22:01:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>JNB</dc:creator>
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				<content:encoded><![CDATA[<h3>Chemin de proies</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2017/05/proies-beguiled-sofia-coppola-colin-farrell-elle-fanning.jpg" alt="Les Proies, de Sofia Coppola" title="Les Proies, de Sofia Coppola" width="280" height="140" class="alignleft size-full wp-image-25432" />En 1971, c’était à Clint Eastwood que le rôle d’un caporal blessé échouait dans <em>Les Proies</em>, réalisé par Don Siegel. Le film, trop cynique pour l’époque, montrait Eastwood comme un salaud et non comme le héros américain qu’il devait être. Résultat : un échec commercial et critique. A rebours, <em>Les Proies</em> a pourtant constitué une réussite : d’abord parce qu’il a indirectement permis à Clint Eastwood de passer peu après à la réalisation avec le superbe <em>Un frisson dans la nuit</em> (<em>Play Misty for Me</em> en VO), dans lequel on retrouve également un homme tourmenté par une femme. Don Siegel y joue d’ailleurs un petit rôle. Ensuite, parce qu’il faut bien le dire : <em>Les Proies</em> de Don Siegel, première adaptation du roman de Thomas Cullinan, était sacrément bon.</p>
<p>En 2017, Sophia Coppola réadapte <em>Les Proies</em>. Avec sobriété et beaucoup d’élégance. Il s’agit moins d’un remake du film de Don Siegel que d’un hommage à un cinéaste souvent décrié malgré son héritage. Car <em>L’Invasion des profanateurs de sépultures</em>, film phare de la SF moderne et métaphorique, c’est lui ; <em>L’Inspecteur Harry</em>, modèle du polar poisseux avec Clint Eastwood, c’est lui ; le film-testament <em>Le Dernier des géants</em> avec John Wayne, c’est encore lui. Ce n’est pas un hasard si depuis quelques années, vingt-cinq ans après sa disparition, on s’intéresse de nouveau à Donald Siegel. <span id="more-25429"></span></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2017/05/proies-beguiled-sofia-coppola-nicole-kidman-dunst.jpg" alt="Les Proies, de Sofia Coppola" title="Les Proies, de Sofia Coppola" width="280" height="158" class="alignright size-full wp-image-25430" />Dans <em>Les Proies</em>, un caporal nordiste blessé à la jambe trouve refuge dans un pensionnat de jeunes filles sudiste. En pleine guerre de Sécession, elles sont encore quelques-unes à continuer de suivre les cours et enseignements donnés par la professeur Edwina (Kirsten Dunst) et la directrice de l’école, Martha (Nicole Kidman). L’homme est vu d’un mauvais œil, mais la charité chrétienne oblige à lui porter secours plutôt qu’à le livrer en pâture à l’armée sudiste. Et puis, dans ce petit univers fermé et exclusivement féminin, l’arrivée d’un mâle fort et cultivé suscite beaucoup d’intérêt. Le caporal McBurney sait jouer de ses charmes : entre la pensionnaire délurée (Elle Fanning), la professeur désespérée et la directrice d’école troublée par ce corps robuste, le militaire devine très vite que s’il ne veut retourner ni au front ni à l’échafaud, le pensionnat et son jardin sont pour lui un paradis inespéré à défendre coûte que coûte. Pour y rester, il va falloir séduire et faire des promesses. La cinéaste propose d’ailleurs une lecture plus ambiguë que celle de son prédécesseur, les proies n’étant pas toujours celles qu’on croit. Moins fantaisiste que de coutume, Sofia Coppola saisit l’atmosphère incandescente du moment. Comme un western, <em>Les Proies</em> offre aux regards et aux non-dits plus de poids qu’aux rares actions : l’arrivée du Yankee, sa dépendance grandissante, l’inéluctable dénouement en sont les trois moments d’intensité dramatique. <em>Les Proies</em> avance avec lenteur, offre au spectateur un duel saisissant et effroyable entre une Nicole Kidman protectrice et un Colin Farrell calculateur. Autour de ces deux acteurs parfaits, une Kirsten Dunst mélancolique et une Elle Fanning à la nubilité impatiente, admirablement dirigés par Sofia Coppola qu’on n’attendait pas dans un récit aux contours classiques. Le résultat réhabilite le cinéma de Don Siegel et redonne à celui de Sofia Coppola l’aura qu’il mérite. Des <em>Proies</em> de choix.</p>
<p>&nbsp;<br />
Les Proies <em>(The Beguiled) de Sofia Coppola, avec Colin Farrell, Nicole Kidman, Kirsten Dunst, Elle Fanning… Etats-Unis, 2017. En compétition au 70e Festival de Cannes.</em></p>
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		<title>Le label EROÏN à Cannes</title>
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		<pubDate>Sun, 21 May 2017 12:50:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>JNB</dc:creator>
				<category><![CDATA[L'actu du 70e Festival de Cannes]]></category>
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		<description><![CDATA[Depuis 2012, l&#8217;association EROÏN accompagne les réalisatrices sur la production, la distribution et la promotion de leurs films. Une démarche salvatrice dans un pays qui compte seulement 22 % de...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2017/05/andrey-clinet-presidente-label-eroin.jpg" alt="Audrey Clinet, présidente du label EROIN" title="Audrey Clinet, présidente du label EROIN" width="216" height="280" class="alignleft size-full wp-image-25164" />Depuis 2012, l&#8217;association EROÏN accompagne les réalisatrices sur la production, la distribution et la promotion de leurs films. Une démarche salvatrice dans un pays qui compte seulement 22 % de films réalisés par des femmes &#8211; contre&#8230; 4 % à Hollywood. Rencontre avec Audrey Clinet, porteuse de ce label unique en son genre qui fête ses 5 ans et sa troisième année au <a href="http://www.grand-ecart.fr/pense-bete/films-competition-70e-festival-cannes-selection-jury-almodovar-2017/" title="17/05-28/05 : 70e Festival de Cannes">Festival de Cannes</a>.</p>
<p><strong>Comment est né le label EROÏN ?</strong></p>
<p>Le label est un projet qui n’a eu de cesse d&#8217;évoluer depuis 2012. Au départ c’était seulement une envie personnelle de participer au Jour le Plus Court avec un court-métrage que j’avais écrit : <em>Parallèle</em>. Je me suis rendue à une réunion d’informations à l’initiative de l’association Collectif Prod et l’organisation du Jour le Plus Court, où l’on m’a poussée à organiser ma propre projection de courts-métrages. C’est donc le 21 décembre 2012 qu’a officiellement commencé cette aventure. J’avais envie d’apporter une sélection de films de qualité et différents les uns des autres, en mettant en avant le travail des femmes, sujet qui m’a toujours touché. A l’époque je ne rencontrais que trop peu de réalisatrices en projections ou festivals. Je savais qu’elles existaient mais je ne les voyais pas. Et quand je me suis lancée dans la création d’une programmation de films, j’ai tout de suite eu envie de mettre en avant le travail, l’art, de ces battantes.</p>
<p><strong>Qu’est-ce qui en fait sa particularité ?</strong></p>
<p>Tout ! C’est concrètement un projet ovni, une nature particulière que beaucoup d’institutions m’ont reprochée d’ailleurs. Il m’a fallu le temps de trouver mon identité et de l’assumer. Aujourd’hui c’est un projet que je porte avec fierté car il est unique et « fait maison ». Il y a encore quelques mois une directrice de festival s’est permise de me dire qu’un « label de films » n’existait pas. Et non, pas encore !&#8230; puisque c’est un concept que j’ai totalement inventé. Comme un label de musique qui accompagne des talents dans la production, la distribution et la promotion, EROÏN est un label qui joue le rôle de prod, de distrib, d’agent, d’attachée de presse… exclusivement pour les réalisatrices. D’ailleurs c’est la première société audiovisuelle entièrement dédiée aux réalisatrices.</p>
<p><strong>A votre avis, pourquoi y a-t-il moins de réalisatrices que de réalisateurs ?</strong></p>
<p>Bonne question. A mon sens il n’y a pas moins de réalisatrices que de réalisateurs &#8211; du moins sur le court-métrage -, mais on en parle moins. Car les écoles l’affirment : c’est 50/50 dans les promos. Donc que se passe-t-il à la sortie ? Comme dans tout métier à responsabilités, est-ce plus compliqué pour une femme d’accéder à ce poste ? Tout ce que je sais, c’est que les réalisatrices de mon label m’expliquent qu’elles ont plus de mal à accéder à des postes de techniciennes : réalisatrices de pub, de clips, en TV… Elles ont l’impression que leurs compétences techniques sont moins prises au sérieux que si c’étaient celles d’un homme. Est-ce pour cela qu’à la longue les femmes abandonnent leur carrière ? En tout cas ce qui est sûr, c’est que sur le marché du long on se retrouve avec un ratio différent de celles des formations : 22 %. Et puis, les budgets de films sont toujours moindres pour une réalisatrice que pour un réalisateur… <span id="more-25154"></span></p>
<p><strong>Et qu’est-ce qui explique les différences de chiffres entre les pays, notamment le nombre de réalisatrices françaises VS les réalisatrices à Hollywood ?</strong></p>
<p>Sûrement parce que ce n’est pas la même façon de produire, donc ce ne sont pas les mêmes personnes qui produisent… En France, on produit des films avec l’Etat, qui politiquement, ces dernières années, s’est positionné sur le sujet. Aux US on produit avec des fonds privés. Je vous laisse deviner qui signe le chèque…</p>
<p><strong>Il y a aussi moins de techniciennes que de techniciens de cinéma…</strong></p>
<p>Là encore je pense qu’elles ont malheureusement encore plus de mal à se positionner car on part du principe – et à défaut – qu’une femme ne peut pas faire un métier qui semble être « fait pour un homme ». Je me souviens avoir parlé avec un réalisateur qui me disait avoir croisé une femme machino « qui n’avait pas besoin d’hommes pour porter son matos ». Pourquoi en aurait-elle besoin ? Est-ce qu’on demande à un machino de l’aider ? Il y a encore malheureusement dans nos métiers beaucoup de préjugés sexistes.</p>
<p><strong>Dans les films, les femmes sont souvent les faire-valoir d’hommes… Le test de Bechdel notamment le quantifie par l&#8217;absurde. Comment ça s’explique ?</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2017/05/label-eroin-festival-cannes-s.jpg" alt="Le Label EROIN à Cannes" title="Le Label EROIN à Cannes" width="280" height="187" class="alignright size-full wp-image-25168" />Sincèrement, je n’ai pas de réponse à cette question. On est tellement conditionné de nos jours, qu’il est vrai que je ne me suis jamais fait cette réflexion en regardant un film. Est-ce qu’un <em>James Bond</em>, un <em>Star Wars</em> ou un <em>Retour vers le futur</em> aurait été moins ou plus impactant si le premier rôle avait été une femme ? Je ne sais pas. Après comment ça s’explique, c’est toujours la même réponse. Ce ne sont pas les femmes qui financent… Nous vivons dans un monde d’hommes et le cinéma reflète notre monde, mais a contrario le cinéma peut aussi influencer ce monde. A nous donc de l’influencer… Une des phrases de mon professeur qui m’avait marquée lors de ma formation au Cours Simon : <em>« Vous entrez dans un monde d’hommes, mesdames, il va falloir savoir jouer de vos atouts. »</em></p>
<p><strong>Pensez-vous qu’il y ait une « vision » féminine du cinéma ?</strong></p>
<p>Je n’ai pas envie de parler de vision féminine ou masculine. J’ai envie de parler d’êtres qui s’expriment, en fonction de leur expérience, leurs envies, leurs représentations personnelles. Je me souviens avoir écrit un court-métrage et un des mes lecteurs me disait que c’était une vision très machiste de la femme. Venant de moi ça m’a beaucoup fait rire… Je ne veux pas enfermer la réalisatrice dans une « vision » féminine du cinéma. Ce serait une erreur car ça n’arrangerait pas le problème. Les femmes ne sont pas là pour relater uniquement des histoires de femmes. Les hommes savent aussi bien parler des femmes. Et inversement. Après, certains sujets très féminins peuvent être mieux maîtrisés par des femmes, sûrement.</p>
<p><strong>Qu&#8217;ont en commun les « héroïnes » du label EROÏN ?</strong></p>
<p>D’être des femmes de talent ! Les héroïnes sont des réalisatrices qui ont en commun le talent, et uniquement ça. Pour le reste, j’aime varier les styles, les univers, les personnalités. Pour moi, comme je le disais précédemment, c’est très important de montrer un cinéma très large. Justement la meilleure façon de défendre les réalisatrices dans le cinéma, c&#8217;est de montrer qu’elles réalisent les mêmes films que les hommes ! Bien sûr, dans le lot, il y aura des sujets de femmes. Mais encore une fois, ce n’est pas ce que j’ai envie de défendre.</p>
<p><strong>Que pensez-vous du fait que très peu de femmes réalisatrices se retrouvent en compétition à Cannes ?</strong></p>
<p>Thierry Frémaux l’a annoncé : il y a 12 réalisatrices en <a href="http://www.grand-ecart.fr/pense-bete/films-competition-70e-festival-cannes-selection-jury-almodovar-2017/" title="17/05-28/05 : 70e Festival de Cannes">Sélection officielle</a> cette année ! J’ai eu l’opportunité d’assister à un panel avec Thierry Frémaux, lors de la 1re année des Women in Motion à Cannes, à l’initiative de Kering, le dernier partenaire en date du Festival de Cannes. Il avait un discours très clair et cohérent : il fait en fonction de ce que le marché lui offre. Effectivement, il ne va pas sélectionner des films de réalisatrices s’il n&#8217;y en a pas et encore moins s’ils ne sont pas bons. Ce serait d’ailleurs une catastrophe. Rappelez-vous, 22 % de films de réalisatrices en France, et 4 % à Hollywood. Donc finalement, avec 12 films en sélection sur 45 on arrive à un meilleur quota que le marché : 26,6 %. Mais il y a des festivals qui font beaucoup plus d’efforts, comme Tribeca par exemple, d’où je reviens, où la sélection était quasi à 50/50 et où d’ailleurs ce sont les réalisatrices qui ont été les plus récompensées – prix du Meilleur court étudiant, Meilleur court d’animation, Meilleur film étranger et Meilleur film américain !</p>
<p><strong>Il y a quand même Julia Ducournau qui fait l’affiche de la Semaine de la critique cette année !</strong></p>
<p>Je trouve ça génial ! Je n’ai pas encore pu voir <em><a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/grave-julia-ducournau/" title="Grave, de Julia Ducournau">Grave</a></em>, mais j’ai vu les critiques unanimes pendant des mois, et il a un beau parcours en festivals. Ce qui me plaît chez elle c’est qu’elle a l’air d’avoir apporté un souffle nouveau dans le cinéma de genre en France, ça fait bouger les choses et en plus c’est une femme qui n’a pas peur d’assumer des idées féministes. Ce qui manque aujourd’hui cruellement dans le cinéma français… J’ai beaucoup d’espoir en la nouvelle génération de réalisatrices.</p>
<p><strong>Comment se traduit la présence d’EROÏN à Cannes cette année ?</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2017/05/pas-reve-baise-sabrina-amara-eroin.jpg" alt="Pas de rêve pas de baise, de Sabrina Amara" width="191" height="280" class="alignleft size-full wp-image-25160" />On voit les choses en grand ! Cette année sera notre 3e édition au Festival de Cannes et les 5 ans du label. Et comme c&#8217;est aussi les 70 ans du Festival de Cannes, il fallait bien qu’on tape fort, c’était d’ailleurs ma seule motivation à remettre le couvert à Cannes. Ce dimanche 21 mai, après la conférence de presse dans les jardins de L&#8217;A.M.E. et la présentation du projet aux côtés de mes partenaires France 3, FullDawa Films et Next Film Distribution, il y aura une soirée officielle sur le Yacht Technikart, avec projection des films sur le bateau. Et tout ça n’aurait jamais eu lieu sans l’aide précieuse des sociétés Les Post Prodeurs, ZeAgency Carolyne Abla et la Conciergerie FDQ, trois structures qui me suivent dans ce pari fou !</p>
<p><strong>Un mot sur les films de la sélection EROÏN projetés ce soir à Cannes ?</strong></p>
<p>Eh bien, ce sont les films de la 5e édition, sélection présentée au public parisien lors du gala annuel en février dernier. Ce sont 7 films très différents : <em>Pa Fuera</em> de Vica Zagraba filmé en 4/3, <em>Un, deux, trois</em>, de la benjamine de la sélection Lou Cheruy-Zidi, <em>L’Insecte</em>, thriller psychologique d’Elsa Blayau, <em>L’esprit du loup</em>, film historique de Katia Scarton-Kim, <em>Pas de cadeau</em>, un film aux couleurs de la Picardie de Marie Vernalde, le film franco-marocain de Violaine Bellet <em>Hyménée</em> et la comédie pétillante <em>Pas de rêve pas de baise</em>, de Sabrina Amara. Bref, de quoi faire plaisir à tout le monde !</p>
<p><em><strong>&raquo; En savoir plus sur le <a href="http://eroin.fr/" target="_blank" class="broken_link">label EROÏN</a></strong></em></p>
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		<title>Divines, de Houda Benyamina</title>
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		<pubDate>Sun, 22 May 2016 10:46:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Julien Wagner</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Les films de la 48e Quinzaine des réalisateurs]]></category>
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				<content:encoded><![CDATA[<h3>Argent content</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2016/05/Divines1.jpg" alt="Divines, de Houda Benyamina" width="206" height="280" class="alignleft size-full wp-image-24127" />Encore un film sur les banlieues ? Oui, mais pas que. Et surtout, pas n’importe lequel. Pour son premier long-métrage, Houda Benyamina ne verse pas dans la facilité, loin de là. A travers l’histoire de Dounia et Maïmouna, fleurs de bitume d’une cité brûlante du 93, la réalisatrice fait non seulement un constat de ces existences qui se consument dans la violence, la drogue et le crime, mais aussi des envies de bonheur qu’elles ne font que caresser. Les deux jeunes filles préfèrent sécher les cours de leur BEP pour servir Rebecca, caïd qui fait régner l’ordre et le chaos entre les tours grisâtres. Elles dérobent de l’essence, dealent du shit, s’imaginent recouvertes de billets après le casse de leur siècle. En parallèle, il y a Djigui, agent de sécurité d’un hypermarché qui, lui, vit ses rêves de danseur contemporain, et que Dounia observe du coin de l’œil, le cœur en ébullition. Entre ces deux réalités, des êtres qui se débattent avec eux-mêmes, qui se cognent à la réalité, qui lancent des pavés aux policiers, qui traînent en survêtement en bas de leurs immeubles. L’amour peut-il encore poindre ? Quel avenir attend tous ces jeunes gens écorchés vifs ? <span id="more-24117"></span></p>
<p>Pour répondre à ces questions et à bien d’autres thèmes encore (le féminisme, l’amitié, la religion, le sens de l’honneur), Houda Benyamina ne cherche pas à styliser et esthétiser sa cité comme l’a fait Céline Sciamma dans <em><a href="http://www.grand-ecart.fr/67e-festival-cinema-cannes/films-selection-officielle-2014/46e-quinzaine-des-realisateurs-2014/bande-filles-celine-sciamma/" title="Bande de filles, de Céline Sciamma" target="_blank">Bande de filles</a></em> &#8211; dont on pourrait rapprocher ce <em>Divines</em>. Ici, on ne fait pas du joli, on fait du cinéma. En découlent des scènes d’une intensité brute (la confrontation entre Dounia et sa professeure, la relation ambiguë, entre crainte et admiration, entre Dounia et Rebecca) et d’une beauté inouïe (une scène de « air-Ferrari » inoubliable, les chorégraphies où s’ébat Djigui avec force et majesté, la passion dévorante qui lie le danseur à Dounia…). Du cinéma léché entre hyperréalisme et onirisme. Un peu ce que n’a pas réussi à faire le pourtant palmé Audiard avec son <em><a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/dheepan-lhomme-qui-naimait-pas-la-guerre-de-jacques-audiard/" title="Dheepan, de Jacques Audiard">Dheepan</a></em>, qui se terminait en jeu vidéo ultra-violent. Surtout, <em>Divines</em> donne la part belle aux femmes et renverse tous les codes : c’est une fille, Rebecca, qui gouverne la cité avec armes et fracas. C’est un garçon, Djigui, qui devient objet de convoitise, qui se dénude pour séduire, qui passe par le corps pour exprimer ses émotions. </p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2016/05/Divines2.jpg" alt="Divines, de Houda Benyamina" width="280" height="164" class="alignright size-full wp-image-24140" />Certes, Houda Benyamina n’évite pas certains clichés ou quelques incohérences. Tout comme elle n’élude pas une certaine réalité que l’on se cache (les bidonvilles qui jonchent l’Ile-de-France, la chance qui n’est jamais donnée aux laissés-pour-compte). Et entre deux thèmes tout juste effleurés (les ravages de l’alcool, l’homosexualité à travers un personnage maghrébin travesti), point une histoire d’amour. Timide, incandescente. Tout à la fois. Un amour entre une perle de béton et un artiste encore en carton. Dounia devra se confronter à l’heure des choix : suivre Djigui ou se damner pour le dieu Euro. Djigui incarne le danger, l’inconnu &#8211; car personne n’a su toucher Dounia comme lui &#8211; drapé dans son mystère et une ambition qui transpire par tous les pores de sa peau, qu’il lui offre bien volontiers. Mais le dieu Euro présente quant à lui un tout autre visage : celui de tous les possibles, quitte à se perdre. Et à tout perdre. Plusieurs fois, les billets de banque ressemblent à des épées de Damoclès. Ils deviennent raison de vivre, obsession, un chant des sirènes qui fera s’échouer le moindre navire. On est terrifié par cette scène où Dounia, visage ensanglanté mais sourire aux lèvres, brasse des liasses entières de billets de 200 euros. A l’heure des clips où des Rihanna dénudées sont prêtes à tout pour de l’argent (<em>&#8220;Bitch better have my money&#8221;</em>, qu’elle disait) et qui servent de modèles à des jeunes désœuvrés, le constat est édifiant. Entre les rires, les situations parfois absurdes ou rocambolesques, le drame, latent, doucereux, n’est jamais loin. Jusqu’à un final qui prend aux tripes. Emouvant, déroutant. Qui fera parler de lui à coup sûr.</p>
<p>Malgré quelques défauts inhérents aux premières œuvres, <em>Divines</em> est proche du divin. Surtout parce que le film est servi par quatre comédiens tombés du ciel. Isca Kalvanda en Rebecca à la fois animale, dangereuse, vénéneuse et apeurée par l’avenir et ses choix ; Deborah Lukumuena, alias Maïmouna, qui se sacrifie, en oublie sa foi pour suivre jusqu’au bout du monde (même s’il ne dépasse pas le périphérique) une Dounia prête à tout pour s’en sortir ; Kevin Mischel, à la beauté troublante, objet d’un désir qui ne peut pas s’assouvir ; et surtout, Oulaya Amamra, Dounia incandescente, charismatique, fascinante dont il ne s’agira certainement pas du dernier film. Quatre anges déchus qui viennent illuminer une œuvre qui n’offre aucune rédemption, aucune solution. Mais une œuvre aussi belle que brutale.</p>
<p>&nbsp;<br />
Divines<em> de Houda Benyamina, avec Oulaya Amamra, Deborah Lukumuena, Kevin Mischel et Jisca Kalvanda. France, Qatar, 2016. Mention spéciale de la SACD à la Quinzaine des Réalisateurs 2016. Caméra d&#8217;or du 69e Festival de Cannes.</em></p>
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		<title>Elle, de Paul Verhoeven</title>
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		<pubDate>Sun, 22 May 2016 08:05:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>JNB</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Hupperisation - Une femme forte et froide, bourgeoise violentée, un poil déséquilibrée : le type de rôle dans lequel on imagine très bien Isabelle Huppert. Verhoeven aussi.]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h3>Hupperisation</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2016/05/elle-paul-verhoeven-affiche.jpg" alt="Elle, de Paul Verhoeven" width="206" height="280" class="alignleft size-full wp-image-24231" /><strong>Qui ?</strong><br />
Paul Verhoeven, c’est une écrasante charge politique (<em>Starship Troopers</em>, <em>Black Book</em>), de l’érotisme fulgurant et controversée (<em>Spetters</em>, <em>Basic Instinct</em>, <em>Turkish Délices</em>), de la science-fiction visionnaire (<em>Total Recall</em>, <em>Robocop</em>). Souvent, tout ça à la fois. Et ce qu’on attend moins de ce cinéaste violent, outrancier et décomplexé, c’est le paradoxe d’un homme qui respecte la foi et les croyances et publie <em>Jésus de Nazareth</em> en 2010, fruit de trente années de recherches du « Jésus historique ». Sans se départir de son engagement, puisqu’il y suggère notamment que les miracles n’existent pas et que le Sauveur aurait des penchants homosexuels.</p>
<p><strong>Quoi ?</strong><br />
En mal de réalisation depuis qu’il a décidé de faire de son <em>Jésus de Nazareth</em> un livre au lieu d’un film, et que l’expérience de <em>Tricked</em> (un scénario participatif) s’est avérée plus enrichissante que véritablement qualitative, c’est en lisant <em>Oh…</em> du Français Philippe Djian que le Néerlandais a trouvé la matière à un nouveau long-métrage. <em>Elle</em>, adaptation libre de notre Djian national, avec au casting Isabelle Huppert dans le premier rôle, Laurent Laffite, Charles Berling, Anne Consigny, Virginie Efira, Vimala Pons. Un casting de rêve pour l’histoire de Michèle, présidente d’une florissante société de jeux vidéo, violée un jour par un inconnu, qui se met en tête de retrouver son agresseur. <span id="more-24229"></span></p>
<p><strong>Résultat des courses</strong><br />
Une femme forte et froide, bourgeoise violentée, un poil déséquilibrée : le type de rôle dans lequel on imagine très bien Isabelle Huppert. Verhoeven aussi, qui lui offre ce portrait de femme pragmatique à la résilience sans failles. Michèle/Huppert surmonte les épreuves, envers et contre tout. Et pourtant, jamais de pathos ni de mélo. Paul Verhoeven désamorce la violence grâce à la sobriété des interprétations, à l’humour grinçant omniprésent, à une mise en scène structurée comme une peinture de Mondrian : chaque chose est à sa place pour former un tout plus vrai que nature. Ni totalement thriller, ni totalement comédie, ni totalement subversion, <em>Elle</em> est un savant mélange de malaise et de loufoque, sorte d’improbable rencontre entre Michael Haneke et Judd Apatow. Depuis 24 ans que Paul Verhoeven n’était pas revenu présenter un film sur la Croisette (la dernière fois, c’était <em>Basic Instinct</em> en 1992), on l’avait un peu oublié, à tort. Le retour du Hollandais Violent au <a href="http://www.grand-ecart.fr/pense-bete/69e-festival-international-film-cannes-2016/" title="11/05-22/05 : 69e Festival de Cannes">69e Festival de Cannes</a> s’accompagne d’un « Oh… » troublé et fasciné.</p>
<p>&nbsp;<br />
Elle <em>de Paul Verhoeven, avec Isabelle Huppert, Laurent Laffite, Charles Berling, Anne Consigny, Virginie Efira, Vimala Pons&#8230; France, Allemagne, 2015. En compétition au 69e Festival de Cannes. Sortie le 25 mai 2016. </em></p>
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		<title>The Neon Demon, de Nicolas Winding Refn</title>
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		<pubDate>Sat, 21 May 2016 17:58:21 +0000</pubDate>
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				<content:encoded><![CDATA[<h3>La plastique c’est fantastique</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2016/05/neon-demon-nicolas-winding-refn-elle-fanning.jpg" alt="The Neon Demon, de Nicolas Winding Refn" width="210" height="280" class="alignleft size-full wp-image-24182" />Après une balade en prison ultraviolente (<em>Bronson</em>), une épopée viking métaphysique (<em>Le Guerrier silencieux</em>), un thriller mécanique éthéré (<em><a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/drive-nicolas-winding-refn/">Drive</a></em>) et un film de vengeance étourdissant (<em><a href="http://www.grand-ecart.fr/66e-festival-cannes-2013/films-selection-officielle-quinzaine/only-god-forgives-de-nicolas-winding-refn/" title="Only God Forgives de Nicolas Winding Refn">Only God Forgives</a></em>), il restait encore au Danois Nicolas Winding Refn à pénétrer l’univers magnifique et futile de la mode. Inspiré, de son propre aveu, par la beauté qu’il côtoie tous les jours (auprès de sa femme, de ses deux filles et des actrices et mannequins rencontrés sur les tournages de films et publicités), NWR a ainsi mis en branle <em>The Neon Demon</em>. Une plongée ultra-esthétisée dans le Los Angeles des top-modèles, où la concurrence fait rage. On y croise Jesse (Elle Fanning), fraîchement débarquée à L.A. pour devenir mannequin. Belle et naïve, elle va rapidement comprendre, au contact des autres beautés croisées, que si l’homme est un loup pour l’homme, l’apprentie mannequin est pour les autres un véritable requin. Au gré de séquences assourdissantes à l’époustouflante symétrie graphique (mentions à la directrice photo Natasha Braier et au compositeur Cliff Martinez), Jesse va adopter les codes de la mode et repousser tous ceux qui lui tendent la main. Et le film sombre ainsi dans l’horreur morbide, scènes choc à l’appui qui tranchent avec la beauté plastique et ingénue des mannequins. Mais étrangement, alors que les précédents films de NWR s’assemblaient pour former une œuvre filmée impeccable, <em>The Neon Demon</em> semble victime de son objet et se cantonner à la superficialité. Derrière la technique – impressionnante –, pas d’enjeu, pas de complexité, pas de vision singulière d’un monde pourtant fait de fantasmes. <em>The Neon Demon</em> est plus proche du <em>Cremaster</em> de Matthew Barney ou du <em><a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/lost-river-ryan-gosling-christina-hendricks/" title="Lost River, de Ryan Gosling">Lost River</a></em> de l’élève Ryan Gosling que de la magnificence de <em>Drive</em>. Un film en plastique ? <span id="more-24181"></span></p>
<p>&nbsp;<br />
The Neon Demon <em>de Nicolas Winding Refn, avec Elle Fanning, Karl Glusman, Jena Malone, Desmond Harrington, Christina Hendricks, Keanu Reeves… Danemark, Etats-Unis, France, 2016. En compétition au 69e Festival de Cannes. Sortie le 8 juin 2016.</em></p>
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