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	<title>Grand Écart &#187; drame</title>
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		<title>Le Jeune Ahmed, de Jean-Pierre et Luc Dardenne</title>
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		<pubDate>Thu, 23 May 2019 07:42:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maid Marion</dc:creator>
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				<content:encoded><![CDATA[<h3>Le gamin au couteau</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2019/05/Dardenne.png" alt="Le Jeune Ahmed, de Jean-Pierre et Luc Dardenne" width="206" height="280" class="alignleft size-full wp-image-27130" /><em><a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/la-fille-inconnue-jean-pierre-luc-dardenne/" title="La Fille inconnue, de Jean-Pierre et Luc Dardenne">La Fille inconnue</a></em> avait donné le ton. Pour parler de la question des sans-papiers, les cinéastes mettaient le focus sur une jeune médecin belge et sa culpabilité. Ils avaient changé de camp, et traitaient leur sujet d’un point de vue plus proche du leur, disons du côté de la bourgeoisie. Avec <em>Le Jeune Ahmed</em>, Jean-Pierre et Luc Dardenne ont beau coller au corps de ce jeune adolescent radicalisé, de tous les plans comme pouvait l’être <em>Rosetta</em>, ils restent comme extérieurs. Jamais ils ne tentent de comprendre leur personnage. Au début du film, le jeune Ahmed est déjà radicalisé. Le sujet n’est donc pas la radicalisation. On voit aussi la détresse de sa mère, à laquelle il semble indifférent. Le sujet n’est donc pas non plus la démission des parents. Envoyé dans un centre fermé, on voit le regard bienveillant de son éducateur, qui l’accompagne en respectant son obsession de l’heure de la prière quoi qu’il en coûte. Dans son travail à la ferme, on s’amuse des premiers émois qu’il suscite auprès de la jeune fille avec qui il passe ses journées. Tout cela se déroule sans accroc. Ah, le sujet n’est toujours pas l’impuissance des institutions à agir, comprendre, raisonner un jeune fanatisé. Le moment de bascule, pour le jeune Ahmed, dépeint en garçon de 13 ans, avec sa naïveté et son immaturité, c’est le refus de cette jeune fille de se convertir à l’islam pour pouvoir se marier. Sa demande provoque le rire du spectateur, preuve que les frères Dardenne n’ont pas su susciter l’empathie et que l’on observe ce gamin de loin, comme un être étrange qui suit des rituels de manière mécanique, sans esquisser une compréhension de sa motivation. <span id="more-27129"></span>Et alors qu’il passe tout le film à montrer qu’il a changé, tout en fomentant une nouvelle agression, la rédemption arrive au tout dernier plan du film. Un retournement aussi soudain qu’incompréhensible, tant on n’est pas avec cet ado, mais simplement derrière lui. En conférence de presse, les frères Dardenne, questionnés sur cette fin inattendue, ont d’ailleurs répondu qu’ils s’étaient longuement interrogés et n’avaient pas trouvé autre chose. Il ressort effectivement cette forte impression : les frères Dardenne ont fait un film mais ne savaient pas quoi dire.<br />
&nbsp;<br />
Le Jeune Ahmed<em> de Jean-Pierre et Luc Dardenne, avec  Idir Ben Addi, Victoria Bluck, Olivier Bonnaud, Myriem Akheddiou&#8230; Belgique, 2019. Prix de la mise en scène du 72e Festival de Cannes. Sortie le 22 mai 2019.</em></p>
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		<title>Les Misérables, de Ladj Ly</title>
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		<pubDate>Sat, 18 May 2019 12:11:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maid Marion</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le premier jour d’un condé Avant même que Ladj Ly ne foule les marches de Cannes, on ne se référait qu’à La Haine pour parler des Misérables. Les deux films...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h3>Le premier jour d’un condé</h3>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-27033" alt="Les Miserables, de Ladj Ly" src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2019/05/Les-Mis.jpg" width="210" height="280" />Avant même que Ladj Ly ne foule les marches de Cannes, on ne se référait qu’à <em>La Haine</em> pour parler des <em>Misérables</em>. Les deux films sont pourtant très différents, même s’ils résonnent l’un avec l’autre. Mais que l’on n’ait d’autre références qu’un film qui date de 1995 en dit déjà assez long sur la manière dont on traite les banlieues dans le cinéma français. Ladj Ly, issu du collectif Kourtrajmé, est un militant sur ce sujet. Né à Montfermeil, il y vit toujours, y travaille, y a créé une école de cinéma gratuite. On sent dans ce premier long de fiction, prolongation du travail entamé dans ses courts-métrages et documentaires, sa volonté de présenter une vision complexe, entière, nuancée des questions qu’il soulève.</p>
<p><em>Les Misérables</em> relate la première journée d’un flic de la BAC (brigade anti-criminalité) avec sa nouvelle équipe, dans un nouvel environnement. C’est-à-dire Chris et Gwada, « bacqueux » roublards, circulant toute la journée dans la cité, mélangeant étrangement police cow-boy et police de proximité. Dans ce grand tour de présentation des protagonistes &#8211; des frères musulmans au « Maire », qui régente le quartier &#8211; Ladj Ly multiplie les ruptures de ton, montrant les contradictions de ces flics comme les tensions, toujours au bord de l’explosion. <span id="more-27032"></span><em>Les Misérables</em> est un film politique mais pas militant dans le sens où il expose différents points de vue, questionne son propre jugement, propose des personnages à plusieurs facettes. En confrontant les idéaux d’un débutant aux petits arrangements de l’expérience de terrain, sans occulter les dérives qu’engendre le sentiment de toute-puissance, mais sans occulter non plus la fatigue et le débordement. En montrant surtout comment la violence se construit, de toutes parts. Le point de rupture vers la bavure comme vers la vengeance, ce trop-plein d’humiliations qui fait basculer.</p>
<p>Si <em>Les Misérables</em> s’inscrit dans la continuité de <em>La Haine</em>, c’est dans son final suspendu et sa conclusion en forme de morale, ici tirée de Victor Hugo après avoir montré une nouvelle forme de barricade, tenue par un Gavroche contemporain : <em>« Il n’y a ni mauvaises herbes, ni mauvais hommes. Il n’y a que de mauvais cultivateurs. »</em> On ne peut que voir les balises du temps : 1862, 1995, 2019. Et constater le peu d’évolution.</p>
<p>Les Misérables<em> de Ladj Ly, avec Damien Bonnard, Alexis Manenti, Djebril Zonga, Issa Perica, Al-Hassan Ly, Steve Tientcheu&#8230; France, 2019. Prix du jury ex-aequo du 72e Festival de Cannes.</em></p>
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		<title>Burning, de Lee Chang-dong</title>
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		<pubDate>Fri, 18 May 2018 18:40:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maid Marion</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Secret Sunset - Un triangle amoureux, une scène de grâce au soleil couchant, des personnages énigmatiques, des rivalités autant amoureuses que sociales, un chat qui n’existe peut-être pas...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h3>Secret Sunset</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2018/05/BURNING.jpg" alt="Burning" title="Burning" width="280" height="187" class="alignleft size-full wp-image-26459" />Un triangle amoureux, une scène de grâce au soleil couchant, des personnages énigmatiques, des rivalités autant amoureuses que sociales, un chat qui n’existe peut-être pas (ou faut-il oublier qu’il n’y a pas de chat ?), des serres à l’abandon dans la campagne proche de la frontière entre Corée du Sud et du Nord, où se fait entendre la propagande par haut-parleurs&#8230; Les pistes d’entrée pour parler de <em>Burning</em> ne manquent pas, et pourtant toutes seraient réductrices tant le sixième film de Lee Chang-dong (troisième en compétition) ne s’apprécie que dans sa longueur (et sa langueur). Car oui, il dure 2h30, et on n’est guère ébloui par la première heure. Pourtant, à partir de la moitié du film, tout ce que l’on a vu jusque-là s’éclaire d’un jour nouveau &#8211; moitié du film justement marquée par une longue séquence majestueuse au coucher du soleil. Jongsu, jeune coursier aux ambitions d’écrivain, rencontre par hasard son amie d’enfance Haemi, et en tombe amoureux. Mais lorsque celle-ci rentre de voyage, elle ramène Ben dans ses bagages, jeune arrogant qui vit à Gangnam (là où on a du style). Rivalité classique entre amants, qui se double d’une rivalité sociale tant Ben se montre accueillant et bienveillant, mais ne cache jamais ce petit sourire narquois trahissant plutôt sa condescendance. C’est ensuite que cela se corse, mais il est difficile de ne pas trop en dire. Jongsu se mue alors en véritable personnage hitchcockien, persuadé &#8211; à tort ou à raison &#8211; qu’on lui ment, qu’il est manipulé. <span id="more-26458"></span>Troublé par ce que lui a raconté Ben sur les serres à l’abandon près de chez lui, par ce qu’est devenue Haemi, Jongsu court, planque, observe. La force de Lee Chang-dong et de ses acteurs, dont Steven Yeun (Glenn, de <em>The Walking Dead</em>), parfait d’ambiguïté, est de rester dans le mystère et le trouble, n’accréditant jamais l’une ou l’autre des théories, n’en éliminant aucune. On ne sait ce qui relève de la naïveté de Jongsu, personnage plutôt passif, de la paranoïa ou de la clairvoyance, peu importe, on suit une obsession et une sorte de fascination &#8211; comme celle que peut provoquer un incendie. Ou un film.</p>
<p>&nbsp;<br />
Burning<em> (Hangeul) de Lee Chang-dong, avec Yoo Ah-in, Steven Yeun et Jun Jong-seo. Corée du Sud, 2018. En compétition du 71e Festival de Cannes.</em></p>
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		<title>Plaire aimer et courir vite, de Christophe Honoré</title>
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		<pubDate>Fri, 18 May 2018 17:13:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Julien Wagner</dc:creator>
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		<description><![CDATA[12 battements par heure - Jacques est écrivain. Il a la trentaine qui galope vers la quarantaine, vit dans le 13<sup>e</sup> arrondissement, est homosexuel, a un enfant, le sida et les poches percées...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h3>12 battements par heure</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2018/05/plaire-aimer-courire-vite-christophe-honore.jpg" alt="Plaire, aimer et courir vite, de Christophe Honoré" width="210" height="280" class="alignleft size-full wp-image-26477" />Jacques est écrivain. Il a la trentaine qui galope vers la quarantaine, vit dans le 13<sup>e</sup> arrondissement, est homosexuel, a un enfant, le sida et les poches percées. Son meilleur ami est son voisin du dessous, Mathieu, journaliste, homosexuel, la cinquantaine, une moustache, la solitude en bandoulière et les poches pleines, ce qui lui permet d’acheter quelques garçons aux muscles saillants. Quant à Arthur, il a 22 ans, est Breton, l’avenir devant lui et une sexualité libérée (il est avec une fille, même s’il préfère les étreintes masculines). Avec Christophe Honoré, on ne prend pas les mêmes (cette fois, son casting est entièrement renouvelé), mais on recommence. On recommence les Bretons qui sentent la crêpe au citron, les Parisiens lettrés qui donnent des leçons, mais ne retiennent pas celles que la vie leur donne, les amours au masculin légères et insouciantes, mais qui pèsent si lourd, pourtant. On est entre deux portes, entre deux ex, entre deux mauvaises nouvelles. On dit des phrases à l’emporte-pièce, poétiques, littéraires, magnifiques, magnifiées, incongrues (le film devrait se lire autant qu&#8217;il se voit). On met de la musique d’ambiance qui devient bande-son intemporelle. On dit merde à la vie, merde à la mort, mais il faudra bien succomber tout de même.</p>
<p>On est en pleine épidémie de sida, dans les années 1990, avant que les traitements thérapeutiques ne fassent leur apparition. On est pourtant dans l’antithèse d’un <em><a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/120-battements-par-minute-robin-campillo/" title="120 battements par minute, de Robin Campillo" target="_blank">120 battements par minute</a></em>, car ici, on s’intéresse aux âmes plutôt qu’aux corps. Et si ces derniers sont suppliciés, ce n’est que pour des scènes d’amour tendre (deux anciens amants qui partagent un même bain pour parler de leur histoire déchue avec tendresse). Et quand ils sont montrés en pleine action, dénudés et fragiles, c’est pour ensuite parler livres en écoutant de la musique classique. Dans le rôle de Louis Garrel, <a href="http://www.grand-ecart.fr/portraits/interview-pierre-deladonchamps-inconnu-lac-giraudie/" title="Rencontre avec Pierre Deladonchamps" target="_blank">Pierre Deladonchamps</a> rejoue à l’homosexuel avec le naturalisme qui le caractérise. On a l’impression de le connaître, qu’il est un voisin qui nous a emprunté du sel un jour, gauche et sûr de lui en même temps, fort et effacé dans la même seconde, froid et bouillonnant simultanément. Il est épaulé d’un toujours impeccable Denis Podalydès (de la Comédie-Française, n’oublions pas ses titres de noblesse), moustachu déprimé de ne partager ses nuits qu’avec sa solitude. <span id="more-26472"></span>Il est le témoin de la douloureuse communauté gay qui ostracise ceux qui ont dépassé les 40 ans et n’ont pas le physique de Tom Cruise, à moins d’avoir le porte-monnaie bien garni. Il observe en soupirant la jeunesse qui s’amuse et se perd, il est le garant de ceux qui s’en vont mourir dans l’ombre, ignorés de tous. Et dans le rôle de l’ingénu breton, l’inattendu Vincent Lacoste. Une révélation. De film en film, il métamorphose sa prestance arrogante, son timbre de freluquet qui a un temps d’avance sur les autres et la vie. Ici, il est l&#8217;objet de désir et de tourments, il est l’appât et l’hameçon, le porteur d’espoir et celui dont on doit se prémunir. Dans <em>Les Chansons d’amour</em>, Louis Garrel disait à Grégoire Leprince-Ringuet qu’il vaut mieux l’aimer moins, mais longtemps. Ici, c’est tout l’inverse : Jacques intime Arthur de l’aimer vite et rapidement. Car son temps est compté. Pourtant, celui du film s’étire. L’urgence du titre est une feinte. On finit par s’ennuyer et aimer cet ennui. C’est la magie Honoré : s’énerver d’être là, face à ses films qui racontent sans cesse la même histoire et incapable pourtant de ne pas regarder la suite, encore et toujours. Ne serait-ce que pour Vincent Lacoste, nouveau crocodile du septième art.</p>
<p>&nbsp;<br />
Plaire, aimer et courir vite <em>de Christophe Honré, avec Pierre Deladonchamps, Denis Podalydès, Vincent Lacoste, Clément Métayer, Adèle Wismes, Thomas Gonzalès&#8230; France, 2018. En compétition du 71e Festival de Cannes. En salles le 10 mai 2018.</em></p>
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		<title>En guerre, de Stéphane Brizé</title>
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		<pubDate>Thu, 17 May 2018 20:28:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maid Marion</dc:creator>
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		<description><![CDATA[La réalité du marché - Après le Thierry de <em>La Loi du marché</em></a>, voici Laurent, syndicaliste CGT d’une usine de sous-traitance automobile dont la fermeture est annoncée. Parce qu'elle...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h3>La réalité du marché</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2018/05/EnGuerre1.jpg" alt="En guerre" width="210" height="280" class="alignleft size-full wp-image-26420" />Après le Thierry de <a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/loi-du-marche-stephane-brize-cannes-2015/" title="La Loi du marché, de Stéphane Brizé" target="_blank"><em>La Loi du marché</em></a>, voici Laurent, syndicaliste CGT d’une usine de sous-traitance automobile dont la fermeture est annoncée. Parce qu’elle n’est plus compétitive, explique la direction. En fait, elle l’est. Elle est même rentable. Mais pas assez : dans les 3 % au lieu des 7 à 8 % attendus par le groupe allemand, maison-mère de l’entreprise. Une différence entre compétitivité et rentabilité au cœur du dialogue de sourds entre représentants du personnel et de la direction. Les salariés ont signé un accord de compétitivité deux ans plus tôt, devant assurer l’emploi pendant au moins 5 ans, contrepartie d’augmentation du temps de travail à salaire égal et de suppression de primes. Mais deux ans plus tard, comme la loi l’y autorise, le groupe considère que le compte n’y est pas et met fin à l’accord. La valeur de la parole donnée, les objectifs divergents (emploi contre dividendes, pour résumer) sont au centre des discussions animées entre syndicalistes et patrons. Et nous sommes là, témoins invités de ces réunions qui se tiennent à huis clos. Caméra embarquée et mouvante au cœur du manque de dialogue et du conflit social. Stéphane Brizé capte les regards, les silences, les tentatives de prises de parole, les agacements. Musique, noir. Occupation d’usine. Téléphone vissé à l’oreille, Laurent veut qu’on écoute les salariés, veut changer d’interlocuteur pour sortir de l’impasse. Visage parmi d’autres, silhouette au milieu de la foule. Cris, fumée, déversement de palettes. Musique, noir. Le dispositif tourne aussi en rond que les discussions &#8211; ce qui finit par lasser tout le monde. Peut-être était-ce la volonté de Stéphane Brizé, de filmer en boucle pour montrer l’impossibilité d’en sortir, malgré les réunions qui s’enchaînent avec toujours de nouveaux venus censés apaiser le conflit, faire ressentir la fatigue d’une grève qui s’éternise. Mais cela finit par amoindrir un propos qui était suffisamment fort par lui-même. Fort sur la violence d’une parole qui répète <em>« Je vous entends, mais&#8230; »</em> et engendre une autre violence, beaucoup plus physique celle-ci. Fort sur le cynisme d’un patron allemand, qui a beau adorer la France pour ses vacances en Camargue, joue à plein des trous de souris permis par la législation pour pouvoir délocaliser la conscience tranquille. Sur l’incapacité des pouvoirs publics, réduits à faire de la figuration dans une langue qui dit tout mais surtout rien. Le film étant construit comme une ritournelle, chaque couplet apporte un éclairage différent à mesure que le conflit stagne. <span id="more-26414"></span>Des syndicats d’abord unis, puis qui s’engueulent franchement entre réformistes pragmatiques et jusqu’au-boutistes. Au regard de l’autre, les uns sont jaunes, les autres sont rouges. Pourtant, Stéphane Brizé s’attache à respecter chacun, les laissant développer leurs arguments, laissant voir leurs exaspérations, gardant toujours la justesse comme fil rouge. Et au milieu de tout ça, Vincent Lindon. Comme Eric Cantona, Vincent Lindon n’est pas un homme. C’est Vincent Lindon. Il a beau être parfois en retrait, noyé dans la masse, son engagement est total. On ne voit que lui, et le réalisateur ne regarde que lui. Son écoute, ses silences, mais aussi ses emportements, ses doutes, l’émotion qu’il tente de dissimuler quand tout se retourne contre lui dans une scène où son jeu pourtant discret explose. Une chronique désenchantée, collective mais qui se réduit finalement au destin d’un seul. Là où Ken Loach ne voit de salut que dans le collectif, Stéphane Brizé, lui, en saisit surtout la menace et la violence.</p>
<p>&nbsp;<br />
En guerre<em> de Stéphane Brizé, avec Vincent Lindon, Mélanie Rover, Olivier Lemaire, Bruno Bourthol&#8230; France, 2018. En compétition du 71e Festival de Cannes. Sortie le 16 mai 2018.</em></p>
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		<title>Les Filles du soleil, d’Eva Husson</title>
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		<pubDate>Tue, 15 May 2018 21:48:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maid Marion</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le chant des partisanes - Etrangement, <em>Les Filles du soleil</em> - qui célèbre le courage des combattantes kurdes - ouvre et se conclut sur le personnage de Mathilde (Emmanuelle Bercot), reporter...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h3>Le chant des partisanes</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2018/05/les-filles-du-soleil-golshifteh-farahani-eva-husson-cannes.jpg" alt="Les Filles du soleil, de Eva Husson" width="280" height="141" class="alignleft size-full wp-image-26373" />Etrangement, <em>Les Filles du soleil</em> &#8211; qui célèbre le courage des combattantes kurdes &#8211; ouvre et se conclut sur le personnage de Mathilde (Emmanuelle Bercot), reporter française et blessée de guerre. Une place prépondérante qui traduit le regard occidental, un peu ethno-centré, de la réalisatrice française Eva Husson. Un regard de femme aussi, sur des femmes, qui célèbre la vie &#8211; comme les paroles de la chanson de combat des soldates, écrite par la réalisatrice, à la gloire des femmes, de la vie et de la liberté. <em>Les Filles du soleil</em> pose plusieurs questions : peut-on filmer la guerre avec tant de beauté graphique ? L’histoire de ces femmes, et l’émotion qu’elle suscite, devait-elle s’accompagner de facilités de scénario (flashbacks, timing de certains événements, retrouvailles opportunes) et d’une musique grandiloquente ? Pour la première, après avoir vu tant de films de guerre oscillant du gris au kaki, on se laisse à dire oui. Les paysages (bien qu’ils soient géorgiens et non kurdes), la lumière donnent du souffle au film. A la seconde, on est plutôt tenté de répondre par la négative, tant ils finissent par agacer et amoindrir la portée du sujet. <em>Les Filles du soleil</em> en devient inutilement démonstratif, sans compter que l’attention portée à la féminité des personnages gomme leur dimension idéologique : en dehors du fait qu’elles s’appellent <em>« camarade »</em>, aucune référence n’est ainsi faite au marxisme des combattants kurdes. <span id="more-26368"></span>Les hommes, quant à eux, pleutres au combat, implacables dans la torture, ne sont pas à l’honneur. Reste le regard déterminé de Golshifteh Farahani, qui emporte tout. Le titre du film est au pluriel, mais c’est sur elle seule que repose la force du film. <em>« Nous sommes toutes des héroïnes »</em>, dit-elle dans une conclusion un peu bravache. Peut-être. Elle, assurément, en est une.</p>
<p>&nbsp;<br />
Les Filles du soleil<em> d’Eva Husson, avec Golshifteh Farahani, Emmanuelle Bercot, Zübeyde Bulut&#8230; France, 2018. En compétition du 71e Festival de Cannes.</em></p>
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		<title>Le panier garni de l&#8217;automne 2017</title>
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		<pubDate>Sun, 29 Oct 2017 15:25:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Cédric Janet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Films]]></category>
		<category><![CDATA[Brésil]]></category>
		<category><![CDATA[chef-d'oeuvre]]></category>
		<category><![CDATA[documentaire]]></category>
		<category><![CDATA[drame]]></category>
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		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[philosophie]]></category>
		<category><![CDATA[théâtre]]></category>

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		<description><![CDATA[Pour cette rentrée automnale 2017, nous décidons de mettre les petits plats dans les grands. Alors ne la jouons pas petit bras, inutile de mégotter, envoyons du lourd ! Dont acte....]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Pour cette rentrée automnale 2017, nous décidons de mettre les petits plats dans les grands. Alors ne la jouons pas petit bras, inutile de mégotter, envoyons du lourd ! Dont acte. C’est juré, promis, craché, les nouveautés des Editions Montparnasse sollicitent les neurones autant qu’elles piquent la curiosité. Au programme de ces réjouissances pour le moins hétéroclite : le coffret des œuvres essentielles de Jean-Bat’ Poquelin, le Paris des cinéastes de la Nouvelle Vague, deux Wajda inédits qui risquent de vous secouer méchamment les tripes, un documentaire bien barré ou le bonheur de retrouver la fantaisie d’Arthur Joffé, un étonnant dessin animé brésilien présenté au Festival d’Annecy (le plus beau des festivaux !) et, pour terminer en beauté, du vagabondage philosophique qui ne vous fera ni mal aux pieds ni à la tête. </p>
<h3>Le coffret « Comédie française ». 5 pièces de Molière</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2017/10/michel-duchaussoy-avare-moliere.jpg" alt="Michel Duchaussoy dans L&#039;Avare" title="Michel Duchaussoy dans L&#039;Avare" width="220" height="150" class="alignleft size-full wp-image-26006" /><strong><em>L’Avare</em>. Mise en scène de Jean-Paul Roussillon avec Jacques Eyser dans le rôle d’Anselme, Jean-Paul Roussillon dans le rôle de La Flèche, Michel Aumont dans le rôle d’Harpagon&#8230;</strong></p>
<p>Michel Aumont, en Harpagon grisâtre et nerveux, balaie la scène comme si le percepteur était à ses trousses. Inapte au bonheur, le plus radin des antihéros brasse le vent, pétri de désirs mais résistant à toutes les tentations, surtout celles qui lui en coûteraient. Un sou est un sou. Aumont, c’est l’acteur qui a le verbe haut mais qui, en même temps, sait faire montre d’une extrême douceur. Ces sautes d’humeur nous terrassent ! La mise en scène de Jean-Paul Roussillon épurée à l’extrême n’a jamais été aussi juste, et riche. Du grand art ! <span id="more-25994"></span></p>
<p><strong><em>Tartuffe</em>. Mise en scène de Jacques Charon avec Jacques Charon dans le rôle d’Orgon, Robert Hirsh dans le rôle de Tartuffe, Michel Duchaussoy dans le rôle de Monsieur Loyal…</strong></p>
<p>Tout du long de ce tragique ballet de la comédie humaine où les faux culs élèvent leur hypocrisie au rang de qualité, notre cœur est soulevé jusqu’à la nausée. Attention, tant de bassesse et d’ignominie concentrées sur 2 heures nécessitent un solide traitement contre les aigreurs d’estomac. <em>Tartuffe</em> est peut-être l’œuvre la plus acide de son auteur, la pièce maîtresse, parce qu’elle met frontalement à nu les hommes, qu’elle ne cache rien et dévoile tout. La tartufferie, comme le dit si bien Honoré de Balzac, est le dernier degré des vices sous lequel on couvre ses débordements !<br />
Alors quand la bonhomie d’Orgon se pique sur les traits aquilins de Tartuffe, on jubile. La cruauté est totale, et magnifique. Tartuffe que nous sommes !</p>
<p><strong><em>Le Malade imaginaire</em>. Mise en scène de Jean-Laurent Cochet avec Jacques Charon dans le rôle d’Argan, Jacques Eyser dans le rôle de Diafoirus, Georges Descrières dans le rôle de Purgon&#8230;</strong></p>
<p>Professeur et pédagogue (les deux ne vont pas forcément de pair !), grand comédien, le metteur en scène Jean-Laurent Cochet est l’homme qui a rendu la parole à Gérard Depardieu. Rien que ça ! Alors forcément, son malade imaginaire a la langue bien pendue, voire chargée comme un âne du Poitou. Le résultat est d’une folle gaîté ! En Argan, Jacques Charon envoie du bois, comme disent les plus rebelles des abonnés du Français. Les reparties fusent à la vitesse de la lumière à tel point qu’il est préférable, même devant sa télé, de porter un masque pour se protéger des postillons. Signalons par la même occasion qu’il est très appréciable de profiter du théâtre filmé sans s’envoyer au préalable une boite d’Aspegic 500. </p>
<p><strong><em>Les Femmes savantes</em>. Mise en scène de Jean-Paul Roussillon avec François Chaumette dans le rôle d’Ariste, Dominique Constanza dans le rôle d’Henriette, Simon Eine dans le rôle de Clitandre&#8230;</strong></p>
<p>L’une des plus truculentes pièces de JB Poquelin nous révèle avec force et intensité que si le ridicule ne tue pas, il ne rend pas plus fort ni plus intelligent ! <em>Les Femmes savantes</em> rassemble une cohorte de glandus aussi bavards que pénibles. Les écouter se chicaner sur des broutilles est un enchantement pour les oreilles ! </p>
<p><strong><em>Le Misanthrope</em>. Mise en scène de Jean-Paul Carrère avec Georges Descrières dans le rôle d’Alceste, Bernard Dhéran dans le rôle d’Oronte&#8230;</strong></p>
<p><em>Le Misanthrope</em> célèbre la complexité humaine dans toute sa splendeur quand la haine et l’amour se mêlent de telle façon qu’on ne peut plus rien discerner. Sans doute l’œuvre de Molière la plus moderne. La misanthropie n’est pas une maladie imaginaire. </p>
<h3>Hommage à la Nouvelle Vague</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2017/10/affiche-paris-vu-par.jpg" alt="Paris vu par..." title="Paris vu par..." width="220" height="150" class="alignleft size-full wp-image-25998" /><em>Paris vu par&#8230;</em> réalisé par Jean Douchet, Jean Rouch, Jean-Daniel Pollet, Eric Rohmer, Jean-Luc Godard et Claude Chabrol.</p>
<p>1965. Jeune producteur et déjà chef d’orchestre, Barbet Schroeder dirige les cinéastes de la Nouvelle Vague pour une immersion dans un Paris en pleine mutation économique et sociale. Chaque quartier qui possède son ambiance devient le théâtre d’une tranche de vie parfois heureuse ou parfois malheureuse. Ma préférence va aux courts d’Eric Rohmer et de Claude Chabrol. Parce que les deux artistes se placent très adroitement à la lisière du fantastique et que l’on peut déjà y reconnaître leur petite musique et leur langage cinématographique. <em>Paris vu par&#8230;</em> reste un exercice de style réjouissant. </p>
<h3>Deux films d’Andrzej Wajda</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2017/10/docteur-korczak-wajda.jpg" alt="Docteur Korczak, d&#039;Andrzej Wajda" title="Docteur Korczak, d&#039;Andrzej Wajda" width="220" height="150" class="alignleft size-full wp-image-25999" /><strong><em>Korczak</em> avec Wojciech Pszoniak, Ewa Dalkowska, Teresa Budzisz-Krzyzanowska, Marzena Trybala, Piotr Kozlowski&#8230;</strong></p>
<p>Le docteur Korczak a passé ses trois dernières années en tant que médecin juif polonais de 1939 à 1942, dans le ghetto de Varsovie. Il décrit avec réalisme la vie qui y règne. Le scénario du film est directement inspiré de son <em>Journal du ghetto</em>.<br />
Je n’irai pas par quatre chemins pour déclarer à la face du monde que Korczak est un chef-d’œuvre. Pas seulement parce qu’il raconte une histoire vraie et tragique mais tout simplement parce qu’il sonne juste à chaque seconde. Je ne connaissais pas le film avant d’en faire la promotion mais j’en reste encore coi de bonheur. Eh oui, il y a du bon parfois à être aussi ignorant ! Pendant les deux heures que dure le film, nous apprenons à connaître un Juste et nous apprenons à lui dire adieu. A travers le docteur et ces orphelins, Andrzej Wajda raconte sans voyeurisme la résistance dans le ghetto. Avant Steven Spielberg et Roman Polanski, Wajda embrassait l’horreur totale et l’amour absolu.</p>
<p><strong><em>L’Anneau de crin</em> avec Rafal Królikowski, Adrianna Biedrzynska, Cezary Pazura, Jerzy Kamas, Miroslaw Baka&#8230;</strong></p>
<p>Automne 1944, l&#8217;insurrection de Varsovie s&#8217;achève. Après cent jours d&#8217;héroïsme, les soldats de l&#8217;Armée de l&#8217;Intérieur rendent les armes. Marcin, jeune lieutenant, est grièvement blessé. Il est porté par deux jeunes infirmières, Wiska et Jamina. Elles cherchent à se fondre dans la masse de civils qui s&#8217;apprêtent à quitter Varsovie après la capitulation. Les soldats ukrainiens arrivent et l&#8217;un deux s&#8217;éprend de Wiska et l&#8217;ordonne de le suivre&#8230;<br />
<em>L’Anneau de crin</em> est un bel objet cinématographique mais trop insaisissable pour être réellement apprécié à sa juste valeur. L’anneau en question symbolise la promesse du combat pour une société libre et démocratique. Evidemment, en temps de guerre, entre les belles paroles et la réalité du terrain, nous savons tous que les petits intérêts passent avant les grands idéaux. Marcin est un personnage complexe, à la fois résistant, hésitant et pleutre, à tel point que l’on ne sait plus trop si nous devons lui accorder notre confiance. <em>L’Anneau de crin</em> raconte les espoirs déçus et les promesses non tenues. Ce film désenchanté est l’exact opposé des héros sacrifiés de <em>L’Armée des ombres</em>. </p>
<h3>Et comme si ça ne suffisait pas&#8230;</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2017/10/feu-sacre-arthur-joffe.jpg" alt="Le Feu sacré, d&#039;Arthur Joffé" title="Le Feu sacré, d&#039;Arthur Joffé" width="220" height="150" class="alignleft size-full wp-image-26000" /><strong><em>Le Feu sacré</em> réalisé par Arthur Joffé avec Arthur Joffé, Dominique Pinon, Maurice Lamy&#8230;</strong></p>
<p>Un cinéaste pose des scénarios et cède à son désir de filmer à travers un vagabondage cinématographique. Filmer les gens qu&#8217;il aime, les lumières qu&#8217;il aime, ses voyages et ses amours, sont ses inspirations. On y trouve la drôlerie d&#8217;anonymes : une dispute de 2 chauffeurs de taxi new-yorkais à propose d&#8217;une église, une scène digne de Woody Allen. Le tout filmé merveilleusement à travers un sacre de la lumière.<br />
Dans <em>Le Feu sacré</em>, Arthur Joffé nous parle de sa vie de fils de cinéaste (son père Alex Joffé a tourné 6 films avec Bourvil entre 1960 et 1970 dont le merveilleux <em>Fortunat</em> que je vous recommande chaudement) et de sa propre vie de cinéaste entre folie absolue et vaines recherches de fond. Durant 1h30, ses amis, ses acteurs fétiches et sa famille le titillent sur ses défauts et ses qualités et son absence totale de concession, qui lui vaut encore aujourd’hui d’être considéré par la profession comme un drôle d’olibrius (on peut penser qu’il doit bien s’en tamponner le coquillard !). Bref, un gars à qui on ne confierait pas la réalisation du prochain <em>Star Wars</em>. Arthur Joffé est un poète, un auteur perché qui s’applique à offrir des œuvres singulières &#8211; <em>Harem, Alberto Express, Que la lumière soit !, Ne quittez pas !</em> &#8211; qui brassent les genres. <em>Le Feu sacré</em>, bourré d’humour et d’autodérision, nous présente un artiste généreux. Parfois, l’autofiction a du bon !</p>
<p><strong><em>Rio 2096</em> réalisé par Luiz Bolognesi</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2017/10/rio-2096-luiz-bolognesi.jpg" alt="Rio 2096, de Luiz Bolognesi" title="Rio 2096, de Luiz Bolognesi" width="220" height="150" class="alignleft size-full wp-image-26002" />Un immortel dévoile les événements historiques qui se sont déroulés au cours de l&#8217;histoire du Brésil : des guerres tribales précoloniales en passant par les révoltes paysannes du XIXe siècle, la résistance à la dictature militaire des années 1960 jusqu&#8217;au futur dystopique de 2096. Renaissant à chaque époque, ce héros lutte sans cesse aux côtés des plus faibles à la recherche d&#8217;un idéal et d&#8217;un amour perdu.<br />
<em>Rio 2096</em> prouve tout simplement que l’animé peut sans complexe brasser les genres, n’hésitant pas par la même occasion à prendre un certain nombre de risques formels (mélange de crayonné et de numérique) et scénaristiques. Si les allers-retours incessants dans le temps peuvent déranger les plus jeunes spectateurs davantage aguerris aux frises chronologiques made in Education nationale, on salue l’ambition de l’auteur à planter son décor principal dans un territoire dystopique jusque-là réservé aux œuvres pointues de la science-fiction classique. Les voyages temporels du héros nous servent à mieux appréhender la très grande du histoire du Brésil. On va, on vient, on comprend, on apprend. Au cours de ces immersions successives, on décèle un réel point de vue critique sur la gestion du pouvoir. <em>Rio 2096</em> est une œuvre politique et sociale engagée, aussi profonde qu’intelligente, militant pour les droits des plus démunis. Très conseillé. </p>
<p><strong><em>La Philo vagabonde</em> réalisé par Yohan Laffort avec Alain Guyard</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2017/10/philo-vagabonde-alain-guyard.jpg" alt="La Philo vagabonde" title="La Philo vagabonde" width="220" height="150" class="alignleft size-full wp-image-26001" />Mettre la philosophie dans tous ses états, hors les murs de l&#8217;université et du lycée, loin des intellectuels médiatisés. Plus que démocratiser la philosophie c&#8217;est chercher à la vulgariser, la ramener à sa dimension charnelle, dérangeante, remuante, faisant irruption là où on ne l&#8217;attend pas causant à tous, même aux plus humbles. Surtout à eux. Voilà le combat d&#8217;Alain Guyard lors de ses interventions en France et en Belgique dans des espaces marginalisés où la philosophie rencontrait un nouveau public.<br />
<em>La Philo vagabonde</em> est un récit documenté un peu plus sérieux que La Philo selon Philippe, la série préférée de <a href="http://www.grand-ecart.fr/auteur/mc/">MC</a> et <a href="http://www.grand-ecart.fr/auteur/jnb/">JNB</a>. Trêve de plaisanteries, l’heure est grave. Yohan Laffort et Alain Guyard se sont accoquinés pour rendre au monde un film utile. Utile parce qu’il donne l’envie de se plonger dans les bouquins, parce qu’il incite le spectateur à se bouger la rondelle pour penser autrement qu’un robot devant BFMTV, parce qu’il rend curieux tout simplement. <em>La Philo vagabonde</em> et nous transporte dans un ailleurs où l’on se sent tout d’un coup plus léger.<br />
Le DVD bénéficie d’un formidable livret de 88 pages transportable dans les dîners mondains.</p>
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		<title>La Belle et la Meute, de Kaouther Ben Hania</title>
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		<pubDate>Fri, 20 Oct 2017 16:10:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Julien Wagner</dc:creator>
				<category><![CDATA[Films]]></category>
		<category><![CDATA[Les films de la section Un Certain Regard]]></category>
		<category><![CDATA[drame]]></category>
		<category><![CDATA[Tunisie]]></category>
		<category><![CDATA[viol]]></category>

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		<description><![CDATA[Mariam est comme toutes les jeunes filles de son âge. Elle aime aller en discothèque, s’amuser, prendre des selfies, s’habiller un peu sexy et pourquoi pas, aller prendre l’air avec ce beau ténébreux...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h3>La plus belle n’ira plus danser</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2017/10/la-belle-et-la-meute-affiche.jpg" alt="La Belle et la Meute, de Kaouther Ben Hania" title="La Belle et la Meute, de Kaouther Ben Hania" width="206" height="280" class="alignleft size-full wp-image-25988" />Mariam est comme toutes les jeunes filles de son âge. Elle aime aller en discothèque, s’amuser, prendre des selfies, s’habiller un peu sexy et pourquoi pas, aller prendre l’air avec ce beau ténébreux qui la dévisage tant. Mais après ces premières minutes idylliques, l’enfer se glisse sous ses pas. Une ellipse la présente en train de courir dans la rue, en larmes, poursuivie par le ténébreux en question qui la prend dans ses bras pour la calmer. La belle vient de se faire violer collectivement par une meute de policiers. Elle décide de porter plainte et de réclamer justice, coûte que coûte, mais elle ira de situation kafkaïenne en absurdité désespérante. Car, on a oublié de le préciser, mais ce détail a toute son importance, Mariam vit en Tunisie. Et malgré le Printemps arabe, les jeunes filles restent des victimes dont on tait la souffrance, la corruption est toujours prégnante, la police n’est qu’une parodie d’elle-même à la solde des politiques et toute affaire de mœurs est forcément de la faute des femmes.</p>
<p>Car c’est de la faute de Mariam si elle est sortie dans la rue, si elle a embrassé un preux chevalier, un outrage pur et dur. C’est encore de sa faute, si habillée d’une robe courte et maquillée à l’européenne, sans voile, elle a aguiché sans le savoir, sans le vouloir, une horde de policiers dénués d’âme qui la filment tout en la fustigeant. C’est encore de sa faute si aucune clinique privée ne veut la prendre en charge, s’il faut un dépôt de plainte au commissariat pour pouvoir être auscultée, si personne ne peut et ne veut l’aider. Et son seul roc, ce garçon inconnu qui la suit malgré tout et tente de la soutenir, est victime à son tour. Coupable d’avoir fait partie des émeutiers, d’être anti-système. <span id="more-25984"></span></p>
<p><em>La Belle et la Meute</em> et ses neuf chapitres comme un conte horrifique, a fait partie des films qui ont fait sensation lors du dernier <a href="http://www.grand-ecart.fr/pense-bete/films-competition-70e-festival-cannes-selection-jury-almodovar-2017/" title="17/05-28/05 : 70e Festival de Cannes">Festival de Cannes</a>, dans la catégorie Un Certain Regard. Il ne cesse, depuis, de remporter des trophées à l’international. Mais son mérite n’est pas là. Il provient du fait qu’il soit réalisé par une femme, Kaouther Ben Hania (<em>Zaineb n’aime pas la neige</em>), qui entend bien dénoncer l’opprobre jeté dans son pays, malgré ce que l’on aurait pu prendre pour une avancée historique. Pour les femmes, rien n’a changé ou presque. Sa Mariam cherchant justice se revendique en Marianne guidant le peuple. Elle est brillamment interprétée par Mariam Al Ferjani, aux yeux de biche traquée, qui est de tous les plans, qui protège du mieux qu’elle peut le semblant de dignité qui lui reste, qui troque le sourire contre une détermination sans faille. Elle est de tous les plans, tous les avilissements. Elle est magnifique. Tout comme le film, images bleutées, sensation de malaise étouffante, caméra virevoltante lors de plans-séquences impressionnants, avec option indignation en prime. Un film témoignage et coup de poing qui risque de faire parler de lui pendant longtemps, trop longtemps&#8230; </p>
<p>&nbsp;<br />
La Belle et la Meute <em>de Kaouther Ben Hania, avec Mariam Al Ferjani, Ghanem Zrelli, Noomane Hamda, Mohamed Akkari et Chedly Arfaoui. Tunisie, 2016. Sortie le 18 octobre 2017. </em></p>
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		<title>Rencontre avec Sergei Loznitsa</title>
		<link>https://www.grand-ecart.fr/portraits/rencontre-interview-sergei-loznitsa-femme-douce-cinema-russie/</link>
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		<pubDate>Wed, 16 Aug 2017 21:19:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mathieu Menossi</dc:creator>
				<category><![CDATA[Les films de la Compétition officielle]]></category>
		<category><![CDATA[Portraits]]></category>
		<category><![CDATA[Croisette]]></category>
		<category><![CDATA[drame]]></category>
		<category><![CDATA[engagé]]></category>
		<category><![CDATA[politique]]></category>
		<category><![CDATA[Russie]]></category>
		<category><![CDATA[Sergei Loznitsa]]></category>
		<category><![CDATA[Ukraine]]></category>

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		<description><![CDATA[En mai 2017, Sergei Loznitsa montait les 24 marches du palais des Festivals de Cannes pour nous y présenter, en compétition, sa <em>Femme douce</em>, troisième long-métrage de fiction. L’histoire...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h3>Odyssée infernale</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2017/05/Unefemmedouce-affiche.jpg" alt="Une femme douce, de Sergei Loznitsa" title="Une femme douce, de Sergei Loznitsa" width="206" height="280" class="alignleft size-full wp-image-25580" />En mai 2017, Sergei Loznitsa montait les 24 marches du palais des Festivals de <a href="http://www.grand-ecart.fr/pense-bete/films-competition-70e-festival-cannes-selection-jury-almodovar-2017/" title="17/05-28/05 : 70e Festival de Cannes">Cannes</a> pour nous y présenter, en compétition, sa <em><a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/une-femme-douce-sergei-loznitsa-russie/">Femme douce</a></em>, troisième long-métrage de fiction. L’histoire éreintante mais fascinante d’une descente aux enfers au cœur d’une Russie post-soviétique gangrenée par la sottise, la misère, les violences et les humiliations. Une odyssée infernale réalisée avec vigueur et rigueur par un Loznitsa plus noir que jamais, magnifiquement mise en lumière par Oleg Mutu, chef op’ hors pair et compagnon de la première heure de Sergei, et survolée de la tête et des épaules par une fantastique Vasilina Makovtseva dans le rôle de la douce femme. Sortis sonnés de la projection cannoise, pas vraiment certains d’avoir tout saisi mais convaincus d’avoir assisté à quelque chose de puissant et nécessaire, nous avons pu enfin rencontrer le réalisateur, à la veille de sa sortie en salle, le 16 août.<br />
&nbsp;<br />
&nbsp;<br />
<strong><em>Une femme douce</em> est une coproduction européenne réalisée en Lettonie… Dans quelle mesure s’agit-il pourtant d’un film profondément russe ?</strong></p>
<p>Ce type de coproduction européenne, c’est la seule façon pour moi de continuer à faire des films. Je ne pourrais pas les réaliser là-bas. En Russie, on vous dira bien évidemment que ce sont les Américains qui les financent. Mais <em>Une femme douce</em> s’adresse d’abord aux spectateurs russes. Simplement, parce qu’il s’agit également d’une œuvre artistique, les spectateurs internationaux peuvent aussi s&#8217;y intéresser.  </p>
<p><strong>Un peu effrayé mais fasciné, on ressort du film convaincu d’avoir peut-être manqué de « clés » pour tout comprendre… Qu’en dites-vous ?</strong></p>
<p>Lorsque vous vous retrouvez face à un tableau du peintre néerlandais Jérôme Bosch, que vous le regardez avec attention, je suis absolument convaincu qu’il y a plein de choses que vous ne comprenez pas. Et il y a notamment cette représentation complexe du cosmos tel que l’on se l’imaginait à l’époque mais que l’artiste a par ailleurs imprégnée de principes d’alchimie. Une représentation qui, dans l’ensemble, nous passe très largement au-dessus de la tête. Cela n’empêche pas pour autant ces toiles d’interagir sur nous. Mais si nous voulions véritablement en saisir les moindres coups de pinceau, cela nécessiterait une étude particulière et approfondie de chaque parcelle de ses tableaux. Mais, rassurez-vous, à la différence des œuvres de Bosch, mes films sont bien plus simples !<span id="more-25937"></span></p>
<p><strong>Votre film a-t-il une date de sortie prévue en Russie ? Quel est le message que vous souhaitez faire passer aux Russes ?</strong></p>
<p>En ce qui concerne le message, il est dans le film. A chacun d’y lire ce qu’il veut. Tout ce que j’y décris, chaque circonstance, chaque situation est inspirée de la vie réelle. Néanmoins, on pourra toujours s’abriter derrière le fait qu’il s’agit d’un film de fiction, que tout y a été inventé… même si ce n’est pas le cas. Cela m’a permis d’y mettre de l’humour, d’y glisser des éléments entre les lignes. Des éléments que les Russes seront bien sûr plus à même de saisir que les autres spectateurs. Si l’on prend, par exemple, la grande scène finale, le contre-point onirique, elle relève de toute l’histoire de la Russie, depuis les Bolcheviks jusqu’aux remises de décorations, aujourd’hui, au Kremlin. On y entend des discours que les Russes connaissent absolument par cœur. Simplement, j’ai opté cette fois-ci pour un point de vue ironique, ce qui ne s’était encore jamais fait dans le cinéma russe. En ce qui concerne la date de sortie du film, je ne sais pas encore… J’espère qu&#8217;<em>Une femme douce</em> sortira et j’espère aussi qu’il y aura suffisamment d’intelligence et de sens de l’humour chez les Russes pour pouvoir l’apprécier. </p>
<p><strong>Cette <em>Femme douce</em>, impassible, quasi-muette, apparaît un peu comme un robot d’exploration terrestre. Elle semble être nos yeux et nos oreilles sur un territoire où il n’est pas ou plus possible de mettre les pieds… Quelles consignes aviez-vous donné à votre actrice Vasilina Makovtseva ?</strong></p>
<p>Il y a une grande tradition, pas seulement en Russie, chez les metteurs en scène de théâtre pour montrer quelque chose à travers les yeux du héros. Ce n’est pas moi qui l’ai inventé. Je ne fais que m’inscrire dans cette tradition-là. Dans mon film, il y a donc à la fois le point de vue de l’héroïne mais aussi cet espace que j’ai envie d’étudier et sur lequel je m’avance. Compte tenu de la situation dans laquelle se retrouve cette femme, elle ne peut pas être plus active qu’elle ne l’est à l’écran pour attirer notre attention. Néanmoins, je ne pense pas que l’on puisse la qualifier de « robot », ce n’est pas tout à fait ça. Et aussi bizarre que cela puisse paraître, je n’ai rien eu à expliquer à l’actrice parce que, encore une fois, cette situation dans laquelle elle se trouve est tellement reconnaissable et connue, tellement ordinaire que c’était tout à fait clair pour elle. Les seules consignes que je lui ai données, c’était où elle devait se placer, vers où elle devait regarder… Soit plus dure ici, moins là… Pas plus. On a tourné le film dans son déroulé, avec la fatigue qui s’accumulait au fur et à mesure que nous avancions dans le récit. Et je tenais à ce que cette fatigue-là soit ressentie à l’écran. Que l’on voie qu’elle n’a pas dormi pendant plusieurs nuits et la porter ainsi jusqu’à la scène finale. On voit des cernes apparaître sous ses yeux, une posture qui commence à tomber… Mais Hitchcock avait cette réponse lorsqu’on lui demandait comment il travaillait avec les acteurs : <em>« Moi je ne travaille pas avec les acteurs, je les paye. »</em> Et Aki Kaurismäki, à la même question, répond : <em>« Moi, la seule chose que je leur dis, c’est de parler moins fort. »</em>  </p>
<p><strong>Vous êtes autant un cinéaste de fictions que de documentaires. Dans quelle mesure votre approche de la fiction empreinte-t-elle au langage documentaire, et inversement ?</strong></p>
<p>Pour moi, il n’y a pas de différence entre les deux. Simplement, le niveau de complexité n’est pas le même. Comme je n’ai pas la possibilité de lever des fonds en permanence pour tourner des films de fiction, entre les deux, il y a des pauses, assez longues, pendant lesquelles je réalise des films documentaires. Mon niveau de responsabilité est évidemment moindre dans le cadre d’un film documentaire. Je peux faire un peu plus « n’importe quoi ». Je les tourne lorsque je suis totalement libre, je n’ai donc pas besoin de convaincre qui que ce soit de ce que je fais. Je peux à ce moment-là m’essayer à différentes formes de cinéma, à différents jeux de caméra. C’est l’occasion de tenter des choses nouvelles, de faire des essais. Le cinéma documentaire me sert en quelque sorte de chambre d’expérimentation. Mon approche des films de fiction est évidemment bien moins expérimentale… pour l’instant.</p>
<p><strong>Votre film est politique, bien sûr, mais il ne se dégage finalement aucun véritable responsable-coupable de la tyrannie absurde qui semble imprégner chaque strate de la Russie d’<em>Une femme douce</em>. Comme s’il n’y avait finalement aucun moyen de remonter jusqu’aux racines du mal…</strong></p>
<p>Lorsqu’une société prend une voie qu’elle n’aurait pas dû prendre pour virer brutalement au totalitarisme, on a curieusement très souvent cette impression qu’il y a forcément un tyran responsable. Que c’est la responsabilité de quelqu’un qui, à un moment donné, a choisi d’entraîner la société dans cette direction… C’est un problème qui est notamment soulevé dans le film <em>Jugement à Nuremberg</em> de Stanley Kramer [1961, ndlr], dans lequel la question générale posée est « Que faire lorsque c’est le peuple lui-même qui choisit cette voie ? » Il y a notamment ce personnage du juge allemand incarné par Burt Lancaster. Dans le box des accusés, il répond, avec  beaucoup de raison, <em>« J’ai servi mon peuple. C’est le peuple qui a choisi ces lois-là et ma responsabilité était de bien les faire respecter. »</em> Et ce problème n’est toujours pas résolu aujourd’hui. Selon moi, ce serait évidemment trop simpliste que de dire « c’est Hitler le coupable » ou « c’est Staline le coupable », et les autres ne seraient que des victimes innocentes. Non. Tout le monde est coupable. Tout le monde est responsable. Et c’est justement parce que cette responsabilité est collective que la société est ce qu’elle est aujourd’hui. A l’image de celle décrite dans <em>Une femme douce</em>. Violente, brutale, absurde. Et ce n’est pas propre à la Russie. Le problème est général. Si un peuple s’est un jour choisi un régime démocratique, cela ne signifie pas pour autant que demain il ne s’engagera pas dans la voie de la dictature et du totalitarisme. Il s’agit donc de se battre pour la démocratie tous les jours ! Il faut la soutenir quotidiennement.</p>
<p><strong>A l’issue de votre film, il n’y a pas d’échappatoire à l’horreur, destinée à se répéter inlassablement. Pensez-vous que la Russie ait atteint un point de non-retour ?</strong></p>
<p>On a une blague, une histoire que l’on se raconte depuis dix, quinze ans&#8230; On a tous pensé qu’en Russie, on avait déjà atteint le fond… jusqu’au jour où on a finalement entendu quelqu’un qui toquait sous nos pieds… Plus sérieusement, il y a une hyperbolisation à l’intérieur du film qui fait que tout y est évidemment concentré, bien plus que dans la réalité. Mais l’important, ça reste de continuer à « montrer » afin que les gens « voient », réfléchissent. Et quitte à réfléchir, tant qu’à faire, ce n’est pas pour baisser les bras. Après, tout dépend de chacun. Les gens ont-il suffisamment de force pour changer les choses ? Le futur nous le dira. Et je n’irai pas jusqu’à dire que c’est un problème typiquement russe. On a une toute petite planète, avec peu de place pour s’y mouvoir. C’est donc un problème qui nous concerne tous…</p>
<p>&nbsp;<br />
Une femme douce <em>(Кроткая) de Sergei Loznitsa, avec Vasilina Makovtseva, Marina Kleshcheva… France, Allemagne, Pays-Bas, Lituanie, 2017. En compétition au 70e Festival de Cannes. Sortie le 16 août 2017.</em></p>
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		<title>La Région sauvage, d&#8217;Amat Escalante</title>
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		<pubDate>Wed, 19 Jul 2017 21:00:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Sarah Briffa</dc:creator>
				<category><![CDATA[Films]]></category>
		<category><![CDATA[drame]]></category>
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		<description><![CDATA[Alejandra vit avec son mari Angel et leurs deux enfants dans une petite ville du Mexique. Le couple, en pleine crise, fait la rencontre de Veronica, jeune fille sans attache, qui leur fait...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2017/07/affiche-film-la-region-sauvage-escalante.jpg" alt="affiche-film-la-region-sauvage-escalante" title="affiche-film-la-region-sauvage-escalante" width="188" height="250" class="alignleft size-full wp-image-25892" /><strong>Alejandra vit avec son mari Angel et leurs deux enfants dans une petite ville du Mexique. Le couple, en pleine crise, fait la rencontre de Veronica, jeune fille sans attache, qui leur fait découvrir une cabane au milieu des bois. Là, vivent deux chercheurs et la mystérieuse créature qu’ils étudient et dont le pouvoir, source de plaisir et de destruction, est irrésistible…</strong></p>
<p>Le cinéma d’Amat Escalante ne prend pas de pincettes avec ses spectateurs. Un tantinet engagé, le réalisateur n’hésite pas à montrer (à dénoncer ?) les pires aspects de son pays, et s’il faut choquer par la violence de ses scènes, soit. Des fins pas toujours très heureuses, mais sans doutes plus proches de la réalité que de simples et prévisibles <em>happy end</em>. <em>La Région sauvage</em> est son quatrième long-métrage, après <em><a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/heli-amat-escalante/" title="Heli de Amat Escalante">Heli</a></em>, récompensé au <a href="http://www.grand-ecart.fr/66e-festival-cannes-2013/films-selection-officielle-quinzaine/palmares-palme-or-prix-recompense-bejo-kechiche-seydoux-adele-exarchopoulos/" title="Le palmarès du 66e Festival de Cannes">Festival de Cannes 2013</a> pour sa mise en scène. Pour la première fois, Escalante ajoute à sa critique sociale une touche de fantastique. D&#8217;autres diront de science-fiction ! <span id="more-25886"></span></p>
<h3>Des héros malheureux</h3>
<p>Les scènes ont été tournées dans le Guanajuato, l’Etat du Mexique dans lequel le réalisateur a grandi. Un Etat très conservateur, très catholique, homophobe même. C’est une belle brochette de personnages tous plus malheureux les uns que les autres que nous sert le scénario de <em>La Région sauvage</em>. La jeune Alejandra, mère de deux petits garçons, est mariée à un homme qu’elle n’ose pas quitter, Angel. Ce dernier n’a d&#8217;ailleurs rien d’un ange. Macho, brutal, il couche en secret avec le frère de sa femme, Fabian, qui de son côté rêve de vivre une relation normale. Encore faudrait-il qu’il ait le courage de mettre fin à cette liaison. Dans une situation qui ne peut déjà que mal tourner, Veronica perturbe le quotidien du couple par le biais de Fabian, avec qui elle se lie d’amitié. Elle introduira volontairement la Créature dans leurs vies, les persuadant qu&#8217;ils trouveront réconfort dans la cabane au fond des bois. Pas si sûr. Au fond, veut-elle sincèrement les aider, ou simplement partager son fardeau ? Malgré elle, la douce Veronica apporte violence et mort. </p>
<h3>Rencontre</h3>
<p>Au beau milieu d’une nature silencieuse, à la fois attirante et dangereuse, se trouve la cabane, véritable métaphore de l’inconscient, et d&#8217;une pulsion sexuelle primitive. Il est dommage que l’apparence de la Créature soit si vite montrée. Dès la seconde scène du film se retire du corps de Veronica un&#8230; tentacule. Oui oui, un tentacule. Il faudra attendre plus longtemps pour en voir plus, mais l’être extraterrestre apparu soudainement dans une forêt mexicaine, puis recueilli par un couple de scientifiques sera bien montré à l’écran dans son intégralité. En revanche le mystère de ses origines perdure : il se serait écrasé en même temps qu&#8217;un bout de roche venu de l’espace, et semble se nourrir de plaisir. Un petit parallèle se fait volontiers avec <em><a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/scarlett-johansson-under-the-skin-jonathan-glazer/" title="Under the Skin, de Jonathan Glazer">Under the Skin</a></em>, où un alien débarque en ville sous les traits de Scarlett Johansson, pour séduire et faire disparaître des hommes, sans jamais en connaître la raison. Le rôle que prend la Créature dans les existences de Veronica, d&#8217;Alejandra et de Fabian n&#8217;est qu&#8217;une source de réconfort et d’apaisement passager, illusoire. Car elle blesse, et tue. </p>
<p>Après de multiples péripéties, nous nous demandons si Alejandra ne ressort pas gagnante, en un sens, du bazar déclenché par Veronica et son monstre. Femme libre elle deviendra. Plus sûre d’elle, plus forte aussi. Mais inutile d’en dire plus. S’il faut retenir quelque chose de <em>La Région sauvage</em>, ce sera son rythme lent et ses images contemplatives, qui viennent poser son ambiance mystique. Ce qui, admettons-le, fait tout son charme.</p>
<p>&nbsp;<br />
La Région sauvage<em> (La región salvaje) d’Amat Escalante, avec Ruth Jazmin Ramos, Simone Bucio, Jesùs Meza… Mexique, 2017. Lion d&#8217;argent à la 73e Mostra de Venise. Sortie le 19 juillet 2017.</em></p>
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