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	<title>Grand Écart &#187; censure</title>
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	<description>Étirements cinéphiles</description>
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		<title>Tehran Taboo, d’Ali Soozandeh</title>
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		<pubDate>Mon, 22 May 2017 10:44:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Julien Wagner</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Sea, sex and no fun Trois destins de femmes qui s’entrecroisent. Non, il ne s’agit pas du résumé du nouveau film de Desplechin ou de Téchiné. Ici, nous sommes au...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h3>Sea, sex and no fun</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2017/05/tehran-taboo-ali-soozandeh.jpg" alt="Tehran Taboo, d&#039;Ali Soozandeh" width="280" height="120" class="alignleft size-full wp-image-25690" />Trois destins de femmes qui s’entrecroisent. Non, il ne s’agit pas du résumé du nouveau film de Desplechin ou de Téchiné. Ici, nous sommes au Moyen-Orient. En Iran, plus précisément où ces trois femmes sont loin d’avoir des préoccupations métaphysiques. Le mari de Pari est en prison et refuse de divorcer. Alors, cette jeune mère de famille en vient à se prostituer devant son fils. Sara vit chez ses beaux-parents où elle leur sert de manante, est enceinte et aimerait travailler. Mais son mari refuse. Donya vient de perdre sa virginité dans les toilettes d’une boîte de nuit et doit reconstituer son hymen avant son mariage la semaine suivante. Mais son amant d’un soir, Elias, étudiant et musicien sans le sou, n’a pas les moyens de l’aider. </p>
<p>Pour rendre compte de cette trinité dramatique, Ali Soozandeh a utilisé la technique de la rotoscopie. C’est-à-dire qu’il a filmé ses comédiens sur un fond vert et les a ensuite transformés en personnages animés qui s’amalgament à des décors dessinés. Le résultat est bluffant. Surtout, il permet de montrer l’impossible dans un pays où la religion est un carcan trop lourd à porter, où il est interdit aux femmes de s’émanciper sans un homme, où un couple qui se tient par la main sans être marié peut être emmené en prison, où l’on ne peut avoir un prêt dans une banque si l’on est étudiant, où la virginité avant le mariage est obligatoire… Ici, le film commence par une fellation dans un taxi avec un petit garçon qui s’oblige à regarder ailleurs, pour ne pas voir ce que sa mère est en train de prodiguer. Là, des pendaisons publiques. Là encore, une scène de sexe dans une discothèque. Ou ici, un ayatollah qui échange ses services de juge moral contre une partie de jambes en l’air peu délicate. Dans <em>Tehran Taboo</em>, on baise, on jure, on se drogue et on craint à tout instant d’être arrêté par la police pour un destin funeste. Tout le monde agit en cachette, comme dans une section parallèle, loin du regard des autorités qui n’hésitent pas elles-mêmes à briser les tabous et user des pires exactions. <span id="more-25636"></span></p>
<p>Le film est pessimiste, sans espoir, sans échappatoire ou presque pour ses personnages. Teinté d’humour noir et d’un cynisme tellement assumé, <em>Tehran Taboo</em> nous rend admiratif de cette bravoure somptueuse d’Ali Soozandeh. Le réalisateur habite en Allemagne, lui permettant une telle liberté de ton. On a peine à imaginer la réaction des Iraniens devant un tel brûlot qui brise toutes les conventions. A coup sûr, le film n’y sera jamais projeté, ou alors sous le manteau. Raison de plus pour aller le voir en salles, comme un acte politique, pour que la création demeure sans contraintes. Sans tabou. Surtout venant de Téhéran.</p>
<p>&nbsp;<br />
Tehran Taboo <em>d’Ali Soozandeh, avec Elmira Rafizadeh, Zar Amir Ebrahimi, Arash Marandi, Bilal Yasar… Allemagne, Autriche, 2017. Présenté à la 56e Semaine de la critique.</em></p>
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		<title>Au-delà des montagnes, de Jia Zhang-ke</title>
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		<pubDate>Mon, 11 Jan 2016 21:52:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>JNB</dc:creator>
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		<category><![CDATA[La Compétition du 68e Festival de Cannes]]></category>
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				<content:encoded><![CDATA[<h3>Ombres chinoises</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2015/05/Mountains-may-depart.jpg" alt="Mountains may depart" title="Mountains may depart" width="250" height="152" class="alignleft size-full wp-image-20994" />1999. Dans la ville de Fenyang, Tao est courtisée par ses deux amis d’enfance, Zhang et Lianzi. Elle choisit Zhang, jeune arriviste détestable, qui lui donne un fils nommé Dollar. Désespéré, Lianzi quitte la ville.<br />
2014. Lianzi, mineur cancéreux, revient à Fenyang pour demander de l’aide à Tao, divorcée et seule, abandonnée par son mari et son enfant.<br />
2025. Dollar fait ses études en Australie et voudrait renouer avec ses racines.</p>
<p>En trois tableaux et deux générations, Jia Zhang-ke poursuit son introspection des mutations chinoises. Après l’énervé <em><a href="http://www.grand-ecart.fr/66e-festival-cannes-2013/films-selection-officielle-quinzaine/touch-of-sin-jia-zhangke/" title="A Touch of Sin, de Jia Zhang-ke">A Touch of Sin</a></em> en 2013, censuré en Chine où il reste encore aujourd’hui inédit, ce <em>Au-delà des montagnes</em> (« même les montagnes peuvent s’en aller ») est plus lyrique, plus sage… et davantage tourné vers le futur, quand <em>24 City</em> et <em>I Wish I Knew</em> interrogeaient le passé pour comprendre le présent. Le film embrasse 26 ans d’évolutions et de révolutions économiques et sociales, qui éclatent dans la dualité et les paradoxes d’une patrie gouvernée par l’argent. Autour du personnage de Tao (formidable Zhao Tao, qui partage la vie et la plupart des films de Jia Zhang-ke) s’affrontent la jeunesse qui saisit l’essor économique de la fin du XXe siècle et celle, oubliée, qui perpétue les traditions séculaires, quitte à finir sa vie d’un cancer des poumons à 40 ans. Tao est elle-même déchirée entre la possibilité d’une existence sociale et celle d’une vie heureuse et simple : en d’autres mots, gagner de l’argent et manger au restaurant ou cultiver son jardin et préparer soi-même ses raviolis chinois. <span id="more-20990"></span></p>
<p>Témoin du changement, Dollar, l’enfant nommé ainsi par un père qui ne jure que par l’argent et l’Occident, promesse d’une vie dorée. Dollar grandira dans le luxe, loin d’une mère au quotidien jugé archaïque, et appellera sa belle-mère « <em>mummy</em> ». Dans une dernière partie d’ « anticipation » – une sobre Australie de 2025, dont on retient l’érosion et Google Trad – Dollar a grandi, son père a vieilli. Les deux sont rongés par la mondialisation, le premier parce qu’il n’a pas d’identité (même pas un prénom valable), le second parce qu’il n’en a plus, presque incapable de communiquer avec son propre fils, anglophone. Dollar incarne cette perte de repères et l’éclatement de la famille correspondant. Dans ce <em>Au-delà des montagnes</em>, rien n’est pérenne : les gens et les désirs changent, la société délaisse les individus, l’amitié tient à peu de choses, les slogans scandés (l’hymne 90’s <em>Go West</em> des Pet Shop Boys qui ouvre et conclut le film) mènent à une impasse. Même les montagnes peuvent s’en aller. Seule constante, l’extraordinaire talent de Jia Zhang-ke pour raconter son pays.</p>
<p>&nbsp;<br />
Au-delà des montagnes<em> (Shang He Gu Ren) de Jia Zhang-ke, avec Zhao Tao. Chine, France, 2014. Sortie le 23 décembre 2015.</em></p>
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		<title>L&#8217;Inconnu du lac, de Alain Guiraudie</title>
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		<pubDate>Sun, 19 May 2013 07:00:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Bande à Part</dc:creator>
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		<description><![CDATA[A presque 50 ans et plusieurs films derrière lui (notamment <em>Pas de repos pour les braves</em> (2003) et <em>Le Roi de l'évasion</em> (2009) présentés à la Quinzaine de réalisateurs), Alain Guiraudie reconnaît...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2013/05/l-inconnu-du-lac-guiraudie1.jpg" alt="l-inconnu-du-lac-guiraudie" width="280" height="158" class="alignleft size-full wp-image-12847" />A presque 50 ans et plusieurs films derrière lui (notamment <em>Pas de repos pour les braves</em> (2003) et <em>Le Roi de l&#8217;évasion</em> (2009) présentés à la Quinzaine de réalisateurs), Alain Guiraudie reconnaît lui-même « passer aux choses sérieuses », considérant avoir suffisamment « tourné autour du pot » de l&#8217;une de ses obsessions narratives égrenées de film en film : qu&#8217;est-ce que l&#8217;amour entre hommes ? Pour la première fois en sélection officielle (au <a href="http://www.grand-ecart.fr/66e-festival-cannes-2013/films-selection-officielle-quinzaine/un-certain-regard/" title="La sélection Un Certain Regard du 66e Festival de Cannes">Certain Regard</a>), son dernier film <em>L&#8217;Inconnu du lac</em> aura été remarqué pour sa beauté formelle et son sujet si bien documenté, confirmant au passage l&#8217;adage qu&#8217;un cinéaste est d&#8217;autant plus captivant qu&#8217;il traite de choses qu&#8217;il connaît bien. Le film se concentre sur l&#8217;été de Franck (Pierre Deladonchamps) et Michel (Christophe Paou) qui se retrouvent quotidiennement autour d&#8217;un lieu de drague unique pour « pédés », un lac étincelant et sauvage dans la région aveyronnaise et originelle de Guiraudie. Le temps du film, le spectateur est ainsi convié à ne plus échapper à ces extérieurs naturels circonscrits, comme la scène d&#8217;un huis clos paradoxalement aéré, hautement symbolique (ici tout est nature, semble dire Guiraudie) où se baladent régulièrement des naturistes masculins en chasse pour des parties plus élaborées derrière, dans le sous-bois. <span id="more-12381"></span></p>
<p>Avec raffinement esthétique (et courage puisqu&#8217;il fait lui-même le figurant), Guiraudie expose ces mâles isolés sur la plage qui s&#8217;examinent en chiens de faïence avant d&#8217;éventuelles rencontres. Les grands, les petits, les gros, les maigres, les beaux et moches, « tout, tout, tout vous saurez tout&#8230; », un almanach souvent drôle, assez pathétique aussi, où sont logés à même enseigne ces hommes nus traqués par leurs désirs impérieux de sexe. </p>
<p>Et d&#8217;emblée Guiraudie suit Franck, telle fellation ici, telle éjaculation là, quitte à perdre l&#8217;agrément « tout public » du CNC au détour de plans porno : plus de trente ans après <em>L&#8217;Année des treize lunes</em> ou <em>Querelle</em> de Rainer Fassbinder, il s&#8217;agit d&#8217;aller de l&#8217;avant. Pas question de renâcler à filmer la réalité et les spécificités de cette micro-société. Les choses sérieuses ont lieu à l&#8217;écart dans les fourrés à même le gravier, ça fait mal, ça fait du bien, ça bande dur. Guiraudie multiplie et réitère tous les modèles possibles de l&#8217;enchevêtrement de ces corps d&#8217;hommes avant qu&#8217;ils ne se détachent et s&#8217;abandonnent, sans même s&#8217;être échangés leurs prénoms. Ici, point question d&#8217;amour, c&#8217;est la règle. Et pourtant&#8230; Guiraudie implique un dilemme amoureux de manière particulièrement judicieuse, donnant à son film les lettres de noblesse d&#8217;une sorte de « thriller existentiel » : Franck est réellement épris de Michel mais non seulement il a fait fi de toute morale (impossible à justifier sans déflorer le film) en s&#8217;abandonnant à lui, mais plus encore, Franck est témoin du véritable danger mortel qu&#8217;il encourt avec Michel&#8230; Ainsi de manière assez étonnante car peut-être à contrepied de ses intentions initiales, Guiraudie fait de Franck et Michel des personnages qui ne se démarquent pas de l&#8217;imagerie négative du « héros gay » communément admise au cinéma, des figures qui, malgré leurs apparentes décomplexions, sont toutes deux les principales victimes de leurs états. (Olivier Bombarda)</p>
<p>&nbsp;<br />
L&#8217;Inconnu du Lac <em>d&#8217;Alain Guiraudie avec Pierre Deladonchamps, Christophe Paou, Patrick D&#8217;Assumçao, Jérôme Chappatte, Mathieu Vervisch, Gilbert Traina&#8230; France, 2013. Prix de la Mise en scène de la sélection Un Certain Regard du 66e Festival de Cannes. Sortie le 12 juin 2013.</em></p>
<p><strong>&raquo; Retrouvez le <a href="https://itunes.apple.com/fr/app/bande-part-magazine-cinema/id600958861?mt=8&amp;ign-mpt=uo%3D2" target="_blank" rel="nofollow" class="broken_link">numéro 4 du magazine Bande à Part</a> pour tablettes et iPad</strong></p>
<p><strong>&raquo; Découvrez notre <a href="/categorie/66e-festival-cannes-2013/">dossier dédié au 66e Festival de Cannes</a></strong></p>
<p><center><script type="text/javascript" src="http://www.ultimedia.com/deliver/generic/js/mdtk/01200383/src/x03mms/zone/2/autoplay/no/"></script></center></p>
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		<title>A Touch of Sin, de Jia Zhang-ke</title>
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		<pubDate>Fri, 17 May 2013 17:00:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>JNB</dc:creator>
				<category><![CDATA[Films du 66e Festival de Cannes]]></category>
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		<description><![CDATA[Quatre destins, aujourd’hui, en Chine. Dahai est un mineur impuissant face à la corruption des dirigeants qui appauvrissent son village. Zhou San, un travailleur migrant qui garde...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2013/04/touch-of-sin-jiang-wu.jpg" alt="A Touch of Sin, de Jia Zhang-ke" title="A Touch of Sin, de Jia Zhang-ke" width="280" height="187" class="alignleft size-full wp-image-12700" />Quatre destins, aujourd’hui, en Chine. Dahai est un mineur impuissant face à la corruption des dirigeants qui appauvrissent son village. Zhou San, un travailleur migrant qui garde toujours, contre sa poitrine, une arme à feu chargée. Xiao Yu est maltraitée par les riches clients du sauna dans lequel elle travaille. Xiao Hui, lui, passe d’un emploi dégradant et dénué d’intérêt à un autre.</p>
<p>Entre ces quatre histoires tirées de faits divers, un point commun : l’insoutenable violence qui les relie. Depuis <em>24 City</em> (2008) et <em>I Wish I Knew</em> (2010), Jia Zhang-ke nous avait habitués à une approche documentaire et contemplative des mutations sociales de son pays. Si la violence y transparaissait, elle était cachée derrière la colère et le désespoir individuels, conséquence d’une brutalité économique et de mutations qui ont créé un véritable fossé entre deux Chines : celle rurale, archaïque, où l’éducation fait défaut et où la servitude tient lieu d’habitude. Et la Chine du « miracle économique », urbaine et moderne, où l’argent est roi.</p>
<p>A l’opposé de ses deux précédents films, Jia Zhang-ke traite de front cette violence dans <em>A Touch of Sin</em> – violence qui sourdait pourtant déjà dans <em>Still Life</em> (2006), où les apprentis caïds se rêvaient en Chow Yun-fat du <em>Syndicat du crime</em>. A travers ces quatre destins, le cinéaste dresse le portrait grandiose et sordide d’une Chine confrontée à ses paradoxes : le virage économique a-t-il rendu les gens plus libres, ou a-t-il simplement déplacé les conditions de la soumission, passant d’une servitude forcée à une autre, en apparence plus volontaire ? <span id="more-12247"></span></p>
<p>Ce n’est pas un hasard si Jia Zhang-ke choisit de nous présenter ses personnages l’un après l’autre, commençant dans la région de Shanxi par Dahai et Zhou San, représentants de provinces agricoles où sortir dans la rue avec une arme à feu est anodin, et continuant avec Xiao Yu et Xiao Hui, citadins qui connaissent le confort moderne et la technologie chinoise. Ce n’est pas non plus un hasard si <em>A Touch of Sin</em> se termine par un retour dans le Shanxi, comme si l’histoire se répétait inlassablement. L’histoire des laissés-pour-compte, de ceux qui n’auront vu du miracle économique que l’envers du décor, et qui, voix étouffées au milieu d’un milliard de compatriotes, sont à cours de solutions.</p>
<p>Sans jamais justifier la violence, Jia Zhang-ke interroge sa légitimité avec cynisme. Lorsque l’état de « conscience malheureuse » empêche toute réaction proportionnée, la violence n’est-elle pas parfois plus efficace et plus noble qu’un discours, à l’image de ces guerriers des <em>wu xia pian</em>, prêts à mourir pour une juste cause ? Quand plus rien ne fonctionne, la brutale démesure n’est-elle pas fondée ? A défaut de l’avaliser, <em>A Touch of Sin</em> étudie les mécanismes de la violence, et donne voix aux invisibles, autant victimes que bourreaux, dont les tragédies remplissent jour après jour les colonnes « faits divers » des journaux. </p>
<p>&nbsp;<br />
A Touch of Sin<em> (Tian Zhu Ding) de Jia Zhang-ke, avec Zhao Tao, Jiang Wu, Wang Baoqiang, Luo Lanshan… Chine, 2013. Prix du scénario du 66e Festival de Cannes.</em></p>
<p><strong>&raquo; Retrouvez tout notre <a href="/66e-festival-cannes-2013/">dossier dédié au 66e Festival de Cannes</a></strong></p>
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		<title>Désirs humains, de Fritz Lang</title>
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		<pubDate>Sat, 24 Mar 2012 09:54:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Stéphanie Amigues</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Enfin disponible en DVD, le chef-d'œuvre injustement oublié de Fritz Lang. Ce remake de <em>La Bête humaine</em> de Jean Renoir est un film implacable où les personnages sont les jouets d'un funeste destin...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2012/03/desirs-humains-ford-graham-crawford.jpg" alt="Glenn Ford, Gloria Grahame et Broderick Crawford dans Désirs humains" title="Glenn Ford, Gloria Grahame et Broderick Crawford dans Désirs humains" width="280" height="163" class="alignleft size-full wp-image-5640" /><strong>Enfin disponible en DVD, le chef-d&#8217;œuvre injustement oublié de Fritz Lang. Ce remake de <em>La Bête humaine</em> de Jean Renoir est un film noir, implacable où les personnages sont les jouets d&#8217;un funeste destin.</strong></p>
<p>Un couple. Le mari, vieillissant et malade de jalousie, tue l&#8217;amant supposé de sa jeune et jolie épouse. Celle-ci va devenir dès lors la maîtresse d&#8217;un troisième homme, témoin du crime, et lui demander de tuer son mari, pour lequel elle ne ressent plus que haine et dégoût… <em>&#8220;La caractéristique de tous mes films c&#8217;est le combat contre le destin. Ce n&#8217;est pas le destin qui est important, mais le combat.&#8221;</em> Voilà comment Fritz Lang parlait de ses œuvres. <em>Désirs humains</em> n&#8217;échappe pas à cette règle et, ironie du sort, jusque dans sa genèse. <span id="more-5639"></span></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2012/03/desirs-humains-lang-dvd.jpg" alt="Affiche de Désirs humains, de Fritz Lang" title="Affiche de Désirs humains, de Fritz Lang" width="199" height="280" class="alignright size-full wp-image-5663" />Première anicroche. Au sujet du lieu de tournage. Lang voulait le Canada. Ce sera la Californie où il devra recréer la lumière du Nord, celle de Chicago, où se déroule l&#8217;intrigue.<br />
Deuxième querelle autour du casting. L&#8217;épouse sensuelle et séduisante devait être jouée par Rita Hayworth. Ce sera finalement Gloria Grahame, actrice avec laquelle Lang s&#8217;était très mal entendu sur le tournage de <em>Règlement de comptes</em>. Quant à sa bête humaine, son monstre, il lui avait déjà donné un visage. Pour Lang, c&#8217;était forcément Peter Lorre, celui qui avait incarné dans <em>M le Maudit</em> ce pédophile tueur d&#8217;enfants dans l&#8217;Allemagne des années 1930. Mais Lorre refusa, traumatisé par le précédent tournage avec le réalisateur exigeant. Ce sera Glenn Ford et son physique plus ordinaire. Ca tombe plutôt bien car de monstre, la production n&#8217;en voulait pas.<br />
La lutte finale fut livrée contre Jerry Wald, producteur de la Columbia, qui admirait <em>La Bête humaine</em> de Renoir et voulait l&#8217;adapter pour le public américain. Pour Wald, et pour la censure, pas question d&#8217;un dégénéré aux pulsions criminelles, qui plus est d&#8217;origine sexuelle. Huit fois le scénario sera réécrit par Alfred Hayes. Exit donc la bête humaine incarnée avec force par Gabin. Le personnage de l&#8217;amant, joué par Glenn Ford, devient un second rôle et un héros très propre, sur qui ne pèse pas le poids de l&#8217;atavisme. Pas d&#8217;ancêtres alcooliques dont il expie la faute. C&#8217;est juste un homme normal, amoureux d&#8217;une femme mariée. Le motif de la bête, édulcoré, trouve alors seulement des échos dans la jalousie délirante du mari et dans les calculs froids et sexuels de l&#8217;épouse.<br />
Fruit du destin ou combat perdu d&#8217;avance, le film fut un échec. Peu de spectateurs dans les salles et une critique assassine, sûrement déjà comblée, à juste titre, par la version de Renoir. Il marqua aussi la fin du succès de Lang aux Etats-Unis. <em>Les Contrebandiers de Moonfleet</em> mis à part, ses derniers films produits outre-Atlantique ne connurent pas le succès escompté.</p>
<p><strong>Alors, pourquoi voir ou revoir aujourd&#8217;hui <em>Désirs humains</em> ?</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2012/03/desirs-humains-gloria-graham.jpg" alt="Glenn Ford et la belle Gloria Grahame dans Désirs humains, de Fritz Lang" title="Glenn Ford et la belle Gloria Grahame dans Désirs humains, de Fritz Lang" width="280" height="226" class="alignleft size-full wp-image-5645" />D&#8217;abord parce qu&#8217;il semble que c&#8217;est dans l&#8217;adversité que Lang se révèle. Et, magie ou talent, tout dans ce film semble à sa place, maîtrisé et sublimé par le réalisateur. De la plongée dans l&#8217;Amérique des années 1950 avec ses héros du quotidien en lutte avec les machines (les trains) et eux-mêmes. A la brutalité des rapports humains, particulièrement entre les hommes et les femmes dans une société corsetée et asphyxiée. Magnifique Broderick Crawford en mari vengeur, se laissant prendre dans les fils de la toile diabolique qu&#8217;il tisse pour enchaîner son épouse. Fascinante Gloria Grahame en femme à l&#8217;affût, victime, bourreau, sensuelle et sexuelle à rendre fous tous les hommes qui croisent son chemin. Figure féminine qui nous échappe &#8211; on ne sait jamais si elle ment ou dit la vérité &#8211; mais que l&#8217;on finit par trouver attachante.<br />
Tous ces personnages sont servis par une mise en scène sobre mais infaillible : impeccables jeux d&#8217;ombres et de lumières, plans à l&#8217;esthétique saisissante. Sans oublier l&#8217;effroyable scène du crime dans le train. Cette scène, qui n&#8217;est pas montrée chez Renoir, est magistrale chez Lang. De suspense, d&#8217;effroi et d&#8217;empathie pour les personnages, quand bien même sont-ils sans cœur. </p>
<p><em>Désirs humains</em> est un film noir, d&#8217;une beauté glaciale, qui nous emmène finalement loin du drame social à la Zola. Il n&#8217;est plus question de ce déterminisme incarné par Lantier. Mais chez Lang et ce, malgré les efforts de la production pour escamoter toute bestialité, les personnages du mari et de la femme livrent un combat tout aussi irrépressible et violent contre leurs pulsions.</p>
<p>&nbsp;<br />
Désirs humains <em>(Human Desire) de Fritz Lang, avec Glenn Ford, Gloria Grahame, Broderick Crawford&#8230; Etats-Unis, 1954. Sortie DVD le 29 février 2012.</em></p>
<p><center><iframe width="560" height="390" src="http://www.youtube.com/embed/2J9RA_svuQw?rel=0" frameborder="0" allowfullscreen></iframe></center></p>
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		<title>A l&#8217;ombre de la République interdit de projection</title>
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		<pubDate>Sun, 05 Feb 2012 15:41:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Grand Écart</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le film de Stéphane Mercurio, qui sortira en salles le 7 mars 2012, vient d'être frappé d'une interdiction de projection à Pau (Pyrénées-Atlantiques) après l’intervention de l’administration pénitentiaire...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2012/02/ombre-republique-mercurio.jpg" alt="A l&#039;ombre de la République, de Stéphane Mercurio" title="A l&#039;ombre de la République, de Stéphane Mercurio" width="182" height="280" class="alignleft size-full wp-image-5289" /><strong><em>A l’ombre de la République</em> de Stéphane Mercurio, qui sortira en salles le 7 mars 2012, vient d&#8217;être frappé d&#8217;une interdiction de projection à Pau (Pyrénées-Atlantiques) après l’intervention de l’administration pénitentiaire.</strong></p>
<p>On le sait, l&#8217;administration pénitentiaire obéit à des règles obscures, en marge de celles qui régissent la société &#8220;libre&#8221;. Un paradoxe qui accentue encore le mystère autour de l&#8217;institution, pour le plus grand soulagement de cette dernière. Il fut un temps où les films de prison consacraient des héros injustement incarcérés, prétexte à des scènes violentes et viriles ; un autre où les prisons de femmes constituaient un vice cinématographique franchement malsain ; et c&#8217;est surtout, le plus souvent, un endroit à éviter. Viols, meurtres, gardiens corrompus&#8230; Le cinéma nourrit les clichés sur la prison.  L&#8217;univers carcéral alimente tous les fantasmes, le cinéma s&#8217;en bâfre et fait la pire pub qui soit : la prison est tantôt une jungle séduisante, qui donne à l&#8217;apprenti gangster ses lettres de noblesse, tantôt un lieu d&#8217;où seuls les plus forts sortiront. Quelques films sortent du lot en montrant l&#8217;envers du décor : le webdocu <em>Prison Valley</em> avait fait parler de lui il y a quelques mois pour sa justesse, et <em>A l&#8217;ombre de la République</em>&#8230; est censuré. Quoi de pire pour l&#8217;administration pénitentiaire que de montrer la réalité ? Les hommes &#8220;broyés&#8221; dans des lieux inadaptés, la main-d’œuvre à bas prix dont profitent de grandes entreprises françaises, tout cela au profit de ce qu&#8217;on appelle la démocratie. <span id="more-5282"></span></p>
<p>En réponse à l&#8217;interdiction de projection qui a touché son film ce 31 janvier, la réalisatrice Stéphane Mercurio a rédigé un droit de réponse et revient sur le fossé entre son travail et la vision qu&#8217;en a &#8220;la centrale&#8221;.<br />
<strong>Convaincus de la nécessité d&#8217;un tel film et du dialogue qui l&#8217;accompagne, nous publions ce texte dans son intégralité :</strong></p>
<p>&#8220;Le 14 février prochain, mon film <em>A l’ombre de la République</em> devait être montré à plus d’une centaine de lycéens. J’ai appris, le 31 janvier 2012, que cette projection prévue de longue date dans le cadre d’un cycle sur la justice organisé avec le CDAD 64 (Conseil départemental d’accès au droit) vient d’être « déprogrammée » à la suite  d’une intervention de « la centrale » (sic) m’a-t-on indiqué, c’est-à-dire de la direction de l’administration pénitentiaire. La salle était pleine selon l’exploitant, le Mélies à Pau. Les lycéens avaient réservé leur place. Des responsables de la maison d’arrêt de Pau étaient prévus, satisfaits, semble-t-il, de pouvoir débattre avec des jeunes. Les responsables de la maison d’arrêt ont dû renoncer au débat et le CDAD de Pau, l’organisateur de cette manifestation, s’est vu déconseiller de programmer le film au motif que des problèmes juridiques planeraient autour du film. Déjà « la centrale » était intervenue directement auprès de Canal + pour tenter d’empêcher la diffusion du film en mars dernier. La chaîne avait résisté à la pression. Le film fut multidiffusé à compter du 23 mars 2011 et les jours suivants.<br />
Pour moi, la sortie en salles d’<em>A l’ombre de la République</em> doit être l’occasion de débattre de l’enfermement aujourd’hui en France, de son sens, de sa réalité. Il donne à voir ce que la société ne voit pas forcément. La rencontre avec les adolescents me semble fondamentale. Ils sont bercés par les stéréotypes véhiculés notamment par les téléfilms qui rendent souvent la prison soit romantique soit pleine d’aventures. Or la prison ne fabrique pas de héros ; elle broie les hommes.<br />
L’administration pénitentiaire combat le film au prétexte que certains prisonniers y apparaissent à visage découvert. Ce fut leur volonté. C’est aussi leur droit. Comment faire un film documentaire sans respecter l’autre, sa volonté ? C’est une question de déontologie fondamentale dans notre métier. Comment faire un film sur les droits fondamentaux avec le contrôle général des lieux de privations de libertés sans respecter le droit à l’image des prisonniers ? Restituer un visage, une parole à ces hommes et à ces femmes, c’est les ramener du côté des Hommes. Ne plus laisser penser que ce sont des fauves, des monstres. Evidemment tout devient alors plus complexe.<br />
Le Méliès à Pau cherche un autre film pour remplacer <em>A l’ombre de la République</em>. Ce ne sera pas celui de Catherine Réchard, <em>Le Déménagement</em>, lui aussi poursuivi par l’administration pénitentiaire sur le même motif de droit à l’image des détenus. Il n’a pas pu être diffusé sur France 3 et ce même 31 janvier, on apprend qu’il vient d’être déprogrammé à l’Assemblée nationale alors qu’une projection y était prévue…<br />
Trouver un film récent sur la prison réalisé avec liberté ne sera donc pas chose facile !<br />
<em>A l’ombre de la République</em> suit le travail du contrôle général des lieux de privations de liberté et avec lui pour la première fois, une caméra se rend dans les quartiers disciplinaires, les cours de promenades des prisons, dans le secret des chambres d’isolement des hôpitaux. Au fil des entretiens des contrôleurs se dresse un portrait des conditions de vie des hommes et des femmes privés de liberté dans la France d’aujourd’hui. Au-delà se révèle la face cachée de notre démocratie.</p>
<p>Il est aujourd’hui essentiel de permettre à des journalistes, des réalisateurs de travailler en toute liberté dans ces lieux. Il reste tant à dire. Tant à comprendre.&#8221;</p>
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		<title>Les Nouveaux Chiens de garde, de Gilles Balbastre et Yannick Kergoat</title>
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		<pubDate>Wed, 11 Jan 2012 09:18:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>JNB</dc:creator>
				<category><![CDATA[Films]]></category>
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		<category><![CDATA[littérature]]></category>
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		<description><![CDATA[Ce 11 janvier, l'adaptation des <em>Nouveaux Chiens de garde</em> remet les pendules à l'heure...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2012/01/elkabbach-aime-lagardere.jpg" alt="Jean-Pierre Elkabbach vante les mérites de son patron, Arnaud Lagardère, à la télé" title="Jean-Pierre Elkabbach vante les mérites de son patron, Arnaud Lagardère, à la télé" width="280" height="207" class="alignleft size-full wp-image-4935" />En 1932, le philosophe Paul Nizan publiait <em>Les Chiens de garde</em> pour dénoncer les agissements d’intellectuels qui, sous couvert de neutralité et d’un regard éclairé, s’imposaient en gardiens de l’ordre établi. Ils expliquaient comment agir, comment penser, et se faisaient ainsi le relais silencieux d’une propagande gouvernementale. <strong>Aujourd’hui, les chiens de garde, ce sont ces journalistes dont on lit et entend les avis un peu partout</strong>, avec une régularité digne d’une montre suisse et une objectivité digne de la plus grande mauvaise foi. Les médias, contre-pouvoirs en puissance, ont laissé aux grands groupes auxquels ils appartiennent le soin de tenir les rênes. Et les autres ont abandonné leur force et leur pugnacité à leurs avantages personnels et à leur carrière. C’est le constat que fait Serge Halimi dans <em>Les Nouveaux Chiens de garde</em> – le livre – publié en 1997 et revu en 2005. <strong>Il y dénonce les connivences entre journalistes et hommes politiques et l’arrivée d’une information-marchandise</strong> dont le but principal est souvent d’avaliser les décisions politiques, jamais de les invalider. <span id="more-4931"></span></p>
<p><em>Les Nouveaux Chiens de garde</em> – le film, réalisé par Gilles Balbastre et Yannick Kergoat, avec la participation de Serge Halimi – adapte ces thèmes et les rend encore plus incisifs en mettant en parallèle les dernières actualités et des images d’archives évocatrices. Car Balbastre, Kergoat et Halimi tirent à boulets rouges sur toutes les « stars » du journalisme et de l’économie : Arlette Chabot, Laurent Joffrin et son successeur Nicolas Demorand, l’éternel Alain Duhamel, Christine Ockrent, Alain Minc, Bernard-Henri Lévi, Michel Godet, Jean-Pierre Elkabbach… <strong>Tous ces journalistes/invités/intervenants dont l’avis semble systématiquement plus important que celui d’un inconnu, même si, année après année, leur incompétence et leur asservissement au profit (le leur, pas celui de la collectivité) n’est plus à démontrer.</strong> <em>Les Nouveaux Chiens de garde</em> encourage à ne plus croire sur parole les belles phrases du journal <em>Libération</em>, les fausses déclarations d’économistes, l’indépendance des individus dans un groupe de presse ou celle d’une chaîne appartenant à un grand groupe industriel. Exemples à l’appui, sans prendre la peine de flouter les visages ou de cacher les noms, les réalisateurs dénoncent tous ces journalistes qui se permettent des « à-côtés » ou des libertés pour ne pas porter préjudice aux membres des mêmes clubs qu’eux, ceux qui encensent leur patron devant des millions de spectateurs pour promouvoir leur carrière, ceux qui changent d&#8217;avis au gré des opportunités.</p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2012/01/joffrin-chabot.jpg" alt="Laurent Joffrin et Arlette Chabot, ou le pluralisme de la presse..." title="Laurent Joffrin et Arlette Chabot, ou le pluralisme de la presse..." width="280" height="157" class="alignright size-full wp-image-4936" />A la sortie du livre de Serge Halimi, beaucoup ont dénoncé ce qu’ils jugeaient simpliste et caricatural. Toutes les personnes visées se sont fendues de leur réponse, expliquant que la réalité était plus compliquée, qu’il ne s’agissait que de la moitié d’un tableau beaucoup plus large, qu’Halimi falsifiait l’information. Pourtant, l’immobilisme et la crise de notre presse aujourd’hui ne vont pas en faveur des détracteurs des <em>Nouveaux Chiens de garde</em>. <strong>En 2011, Reporters sans frontières place la France en 44e place (sur 178) au baromètre de la liberté de la presse.</strong> En cause ? <em>« Tensions entre la presse et les autorités de la République, pressions accrues sur les journalistes afin qu’ils révèlent leurs sources, réforme de l’audiovisuel public. »</em> <a href="#ref">(1)</a> C’est bien ce que dénonce <em>Les Nouveaux Chiens de garde</em>. Pour mieux contrôler l’information et la manière de la dispenser, le président de la République nomme aujourd’hui les patrons des médias publics : si les mêmes dirigeants clament leur indépendance, il est difficile de croire que leur carrière ne tient pas à leurs bonnes relations en haut lieu…  </p>
<p>Et si encore le charme n’opérait que sur les patrons de presse ; mais il semblerait que tout journaliste, en proie peut-être à la précarité qui touche de plus en plus ce métier, se passionne de moins en moins pour sa vocation et de plus en plus pour son intérêt, son heure de gloire, quitte à emprunter de dangereux raccourcis. Ainsi au <em>20 Heures</em> de TF1 (chaîne appartenant au groupe Bouygues), il n’est pas question de parler du défaut de construction de la centrale nucléaire de Flamanville, dont le chantier est dirigé par… Bouygues. Ou encore, ce journaliste demeuré, amateur de raccourcis horribles, <strong>qui écrit à propos de l’affaire d’Outreau que la pédophilie est monnaie courante dans le Nord</strong> : le genre de pensées ignobles qui amènent des supporters à écrire sur une banderole <em>« Pédophiles, chômeurs, consanguins : bienvenue chez les Ch&#8217;tis »</em> <a href="#ref">(2)</a>.</p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2012/01/affiche-nouveaux-chiens-garde.jpg" alt="Les Nouveaux Chiens de garde, de Gilles Balbastre et Yannick Kergoat" title="Les Nouveaux Chiens de garde, de Gilles Balbastre et Yannick Kergoat" width="210" height="280" class="alignleft size-full wp-image-4937" />Ainsi, le travail de chaque journaliste serait sensiblement influencé par son employeur dès qu’il a un poids certain dans la société ? Au point que ledit journaliste aurait tellement intégré le léchage de pompes qu’il serait dans l’incapacité de reconnaître avec objectivité le lobby médiatique des grands groupes ? Pour les employés de Bouygues, Lagardère ou Dassault, la réponse est évidemment négative, leur cerveau fonctionne à plein régime, hors de question de se laisser rattraper par les intérêts de certains&#8230; La preuve par l’exemple : <strong>que pourrait bien dire un journaliste du <em>Figaro</em> – groupe détenu par Dassault, organe propagandiste à la solde de Nicolas Sarkozy, également égratigné par Gilles Balbastre et Yannick Kergoat – à la vision de ce film ?</strong> Jugerait-il les tenants et les aboutissants, pèserait-il le pour et le contre, évaluerait-il les qualités et les défauts des <em>Nouveaux Chiens de garde</em> pour écrire une critique mesurée et érudite ? Ou bien serait-il rattrapé par un habitus (au sens de Bourdieu, bien sûr) l’obligeant à détester et conspuer ce qui remet en cause son intégrité et son patron ? Imaginons d’abord que ce journaliste ait bien vu le même film que moi – par pure hypothèse, imaginons qu’il ait été assis derrière moi lors de la projection presse -, et donnons-lui un nom : S. LeOuf. Imaginons donc qu’il existe, qu’il ait un blog culturel dans lequel il affiche vertement sa prétention à juger les autres (attitude figaresque s’il en est), et qu’il écrive (quelques lignes seulement, point trop n&#8217;en faut) sur <em>Les Nouveaux Chiens de garde</em>. Eh bien, contre toute attente et avec beaucoup d&#8217;intelligence (!), son titre et son sujet évoqueraient Bourdieu, le moquant pour ses « concepts marxisants » et « archaïques ». Parce que les millions de personnes dans le monde qui étudient avec attention Bourdieu se fourvoient allègrement et cèdent évidemment à « une grille de lecture simpliste ». Et – éclats de rire du LeOuf – Serge Halimi de perpétuer cette analyse vulgaire de la société entre dominants et dominés… CQFD : dans certains médias, réfléchir est un luxe, critiquer les élites une hérésie. </p>
<p>C’est probablement à cela qu’on reconnaît un bon film : ses détracteurs n’acceptent même pas le dialogue et s’enferment dans un obscurantisme moyenâgeux, refusant d’imaginer que la moindre critique peut être constructive et fondée. <strong>Alors que faire, une fois qu’on a pris conscience du fossé entre information et vérité ?</strong> Continuer à regarder/lire des auteurs indépendants et passionnés : ceux des <em>Nouveaux Chiens de garde</em> partagent avec Bourdieu plusieurs thèses ; avec Pierre Carles, le goût pour les collusions entre pouvoirs et médias, à voir notamment à travers l’épisode du « dîner du Siècle » dans <em><a href="/cinema/fin-concession-pierre-carles-tf1/">Fin de concession</a></em> ; enfin, <em>Acrimed</em>, <em>Le Monde diplomatique</em> et quelques autres, portent un regard singulier et éclairé sur notre actualité. Ne plus croire les invités permanents des émissions, jamais remis en question, et les groupes aux intérêts financiers omniprésents, c’est être libres, et enfin acteurs de notre société.</p>
<p><a name="ref"></a><br />
<em>(1) Dans son rapport mondial, Reporters sans frontières pointe la dégradation de la liberté de la presse en France depuis quelques années : http://fr.rsf.org/report-france,104.html.<br />
(2) Lors de la finale de la Coupe de la Ligue opposant le PSG à Lens le 29 mars 2008, une banderole indiquant « Pédophiles, chômeurs, consanguins : bienvenue chez les Ch&#8217;tis » avait été déroulée par des supporters du PSG. Merci à Alain de m’avoir remémoré cette formule (faire des spéciales cace-dédi, c’est tout le plaisir d’avoir un blog).</em></p>
<p>Les Nouveaux Chiens de garde<em>, de Gilles Balbastre et Yannick Kergoat, avec plein de journalistes dedans. France, 2011. Sortie le 11 janvier 2012.</em></p>
<p><center><iframe frameborder="0" width="560" height="315" src="http://www.dailymotion.com/embed/video/xmo4q8?logo=0&#038;hideInfos=1"></iframe></center></p>
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		<title>Portier de nuit, de Liliana Cavani</title>
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		<pubDate>Sat, 12 Nov 2011 16:25:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>JNB</dc:creator>
				<category><![CDATA[Films]]></category>
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		<description><![CDATA[Réalisé en 1973, <em>Portier de nuit</em> sort enfin en DVD en France. Censuré en Italie et un peu partout ailleurs à sa sortie, le film est pourtant bien plus qu’une production érotico-scandaleuse...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2011/11/portier-de-nuit-affiche.jpg" alt="Affiche de Portier de nuit, film de Liliana Cavani" title="Affiche de Portier de nuit, film de Liliana Cavani" width="199" height="280" class="alignleft size-full wp-image-4435" /> <strong>Presque quarante ans après sa réalisation, <em>Portier de nuit</em> de Liliana Cavani sort enfin en DVD et en version restaurée en France. Censuré en Italie et un peu partout ailleurs à l’époque de sa sortie en 1973, le film est pourtant bien plus qu’une production érotico-scandaleuse.</strong></p>
<p>A Vienne, en 1957, Max (Dirk Bogarde) est portier de nuit dans un hôtel. Il y croise un jour Lucia (Charlotte Rampling), en voyage avec son mari chef d’orchestre. A peine un regard, et leur passé commun resurgit : ancien officier SS, Max a entretenu avec Lucia une histoire d’amour trouble alors qu’elle était prisonnière dans un camp de concentration. Ils vont reprendre leur relation dans un monde qui préfère oublier les atrocités de la guerre.</p>
<p>Quelques années avant <em>Portier de nuit</em>, Liliana Cavani a réalisé un documentaire sur les femmes dans la résistance : plusieurs rescapées y racontent leur expérience des camps et les traumatismes qu’elles garderont à jamais, alors même que la société tente d’effacer ce mauvais souvenir de la mémoire collective. <span id="more-4433"></span> <a href="#nbp">(1)</a> La réalisatrice s’est ainsi inspirée de ces expériences pour écrire <em>Portier de nuit</em>. <strong>En 1973, le nazisme et les horreurs de la guerre sont toujours des sujets tabous ; on n’invoque pas encore le devoir de mémoire, peu de films traitent frontalement de ces questions.</strong> Les films de guerre s’intéressent à l’affrontement entre les nations, <em>Les Damnés</em> à la montée du nazisme. <em>Salo</em> n’est pas encore sorti, et Claude Lanzmann ne livrera son exceptionnel témoignage <em>Shoah</em> que dix ans plus tard.<br />
Dans ce contexte, <em>Portier de nuit</em> ne met aucun atout de son côté : Cavani s’attaque au nazisme et mêle à son récit un amour passionné et romantique comme la littérature en a connus : mis à part le mode SM du film, ses héros connaissent le même destin tragique que Tristan et Iseut ou Roméo et Juliette.</p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2011/11/portier-nuit-rampling-nazi.jpg" alt="Charlotte Rampling porte une casquette nazie dans Portier de nuit" title="Charlotte Rampling porte une casquette nazie dans Portier de nuit" width="280" height="194" class="alignright size-full wp-image-4436" />A quelques exceptions près, les critiques ont unanimement réagi en traînant le film dans la boue, voire en saluant la censure. Aux Etats-Unis, <em>Portier de nuit</em> a été classé X à sa sortie ; en Italie, il a été interdit <em>« pour obscénité »</em> et parce que <em>« réalisé par une femme, [Portier de nuit] montre une scène ignoble où l’on voit l’interprète féminine prendre l’initiative dans les rapports amoureux »</em>. Et même si cela paraît incroyable et obsolète, on ne peut pas dire que la <a href="http://www.grand-ecart.fr/recadrages/sleeping-beauty-leigh-interdiction-censure/">récente interdiction aux moins de 16 ans</a> du film <em>Sleeping Beauty</em> de Julia Leigh pour <em>« incitation à la prostitution »</em> vienne redorer le blason des censeurs du XXIe siècle. <a href="#nbp">(2)</a></p>
<p>Pourtant, si on laisse de côté la scandaleuse idylle sadomasochiste et les scènes chocs comme la chanson de Marlène Dietrich qu’interprète devant un parterre d’officiers SS Charlotte Rampling seins nus, une casquette nazie vissée sur la tête, le symbolisme et l’intelligence de <em>Portier de nuit</em> emplissent l’écran. Peu d’images sont réellement scabreuses : les flash-back dans les camps rappellent une horrible réalité mais ne martèlent pas inutilement l’horreur nazie. <strong>L’hôtel viennois dans lequel Max et Lucia revivent leur passion déviante constitue un microcosme qui abrite la violence des camps.</strong> On y retrouve la victime et son tortionnaire, mais aussi tous les anciens officiers qui se regroupent pour une parodie de procès visant à se laver les mains. Le portier de nuit et ex-SS Max est celui qui a rendu possible l’obscénité nazie et qui l’approuve encore en hébergeant ses anciens compagnons. Seul à être rongé par la culpabilité et à se cacher <em>&#8220;comme une taupe&#8221;</em> dans un hôtel sombre, il ne peut ni ne veut oublier, simplement parce que se mêle à ces années de guerre la singulière rencontre avec Lucia. Tous deux marqués à jamais par ces événements savent que vivre de nouveau avec les autres est impossible et décident de mourir ensemble, aussi incompris par les criminels de guerre que par leurs proches.</p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2011/11/rampling-bogarde-portier-nuit.jpg" alt="Dirk Bogarde et Charlotte Rampling dans Portier de nuit" title="Dirk Bogarde et Charlotte Rampling dans Portier de nuit" width="280" height="211" class="alignleft size-full wp-image-4437" /><em>Portier de nuit</em> a inauguré toute une vague répugnante de <em>nazixploitation</em>, de porno-nazi, notamment <em>Ilsa, la louve des SS</em>, film érotique sadomaso et fétichiste de très mauvais goût entre les prisonniers et les officiers d’un camp de concentration. Ce sont ces films-là, qui profitent de la brèche ouverte par Liliana Cavani sans en saisir la subtilité, qui sont à oublier immédiatement et définitivement, tandis que, quatre-vingts ans après la Seconde Guerre mondiale, la beauté dérangeante et la force de <em>Portier de nuit</em> restent intactes.<br />
<br />
&nbsp;<br />
<a href="#nbp" name="nbp" id="nbp"></a></p>
<p><em>(1) Le documentaire de Liliana Cavani </em>La Femme dans la résistance<em> (1963) figure sur la version restaurée du DVD.<br />
(2) A l&#8217;heure de la rédaction de cet article, la Commission de classification des films préconise une interdiction aux moins de 16 ans pour </em>Sleeping Beauty<em>, à sortir la semaine prochaine (16 novembre 2011) sur les écrans. ARP, le distributeur, a fait appel pour que cette décision soit revue.</em></p>
<p>&nbsp;<br />
Portier de nuit <em>de Liliana Cavani, avec Dirk Bogarde, Charlotte Rampling, Gabriele Ferzetti… 1973, Italie. Sortie DVD le 26 octobre 2011.</em></p>
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		<title>Sleeping Beauty interdit aux moins de 16 ans ?</title>
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		<pubDate>Tue, 08 Nov 2011 09:45:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mathieu Menossi</dc:creator>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2011]]></category>
		<category><![CDATA[Recadrages]]></category>
		<category><![CDATA[Australie]]></category>
		<category><![CDATA[censure]]></category>
		<category><![CDATA[polémique]]></category>
		<category><![CDATA[sexe]]></category>

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		<description><![CDATA[<em>Sleeping Beauty</em>, le film de Julia Leigh présenté en compétition à Cannes en 2011 et dont la sortie est prévue le 16 novembre, pourrait faire l'objet d'une interdiction pour les moins de 16 ans. Censure ?]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h4>De la déculturation cinématographique comme politique intérieure de la Commission de classification des films&#8230;</h4>
<p>&nbsp;<br />
<img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2011/11/sleeping-beauty-censure.jpg" alt="Sleeping Beauty censuré" title="Sleeping Beauty censuré" width="210" height="280" class="alignleft size-full wp-image-4485" /><em>Sleeping Beauty</em>, le film de l&#8217;Australienne Julia Leigh présenté en compétition dans le cadre du <a href="http://www.grand-ecart.fr/categorie/festival-cannes-2011/">Festival de Cannes 2011</a> et dont la sortie en France est prévue pour le 16 novembre prochain, pourrait faire l&#8217;objet d&#8217;une interdiction pour les moins de 16 ans. C&#8217;est en tout cas ce que préconiserait la Commission de classification des films. Alors, depuis trois jours, c&#8217;est le branle-bas de combat dans les services cinéma des rédactions web. Dans le contexte <em>Charlie Hebdo-Romeo Castellucci</em>, faut pas jouer avec la liberté d&#8217;expression. </p>
<p><em>Sleeping Beauty</em>, c&#8217;est l&#8217;histoire d&#8217;une jeune étudiante qui a besoin d&#8217;argent. Elle enchaîne les petits boulots. Suite à une petite annonce, elle intègre un étrange réseau de &#8220;beautés endormies&#8221; destinées à satisfaire les désirs et les plaisirs d&#8217;hommes âgés aux situations bien établies. Elle s&#8217;endort. Elle se réveille. Et c&#8217;est comme si rien ne s&#8217;était passé. <span id="more-4445"></span></p>
<p>La Commission de classification des films est chargée de visionner en amont tout film, français ou étranger, de court ou de long métrage, ainsi que toute bande-annonce, en vue d&#8217;une projection publique et d&#8217;émettre un avis auprès du ministre de la Culture sur une éventuelle restriction. Et &#8220;en raison de la peinture de personnages à la dérive dans des situations difficilement compréhensibles par un public jeune et susceptible de heurter ce dernier&#8221;, ladite Commission a donc recommandé pour <em>Sleeping Beauty</em> un &#8220;visa comportant interdiction de représentation aux moins de seize ans&#8221;. Selon elle, l&#8217;œuvre constituerait une &#8220;incitation à la prostitution&#8221; dans un climat &#8220;malsain et pervers&#8221;. Une plaisanterie !? Malheureusement non. Il est vrai que <em>Sleeping Beauty</em> déroule un univers singulier et certaines séquences pourraient paraître délicates, dérangeantes. Mais de là à parler de &#8220;choc&#8221; ! La prostitution y est abordée avec un sens critique évident. L&#8217;angle adopté est froid et distant. Julia Leigh accuse. L&#8217;acte sexuel est toujours implicite. Une façon pour la réalisatrice de mettre le spectateur à la place de son héroïne. Comme elle, on se réveille le lendemain, sans souvenirs. Et le film de nous interpeller davantage sur la condition de cette jeune fille, sur ce qui la pousse à prêter et sacrifier son corps pour gagner sa vie. On est loin de la bêtise et de la complaisance servies en permanence au cinéma comme à la télévision, et ce sans que cela ne motive la moindre réaction des autorités compétentes. Et on est bien sûr encore bien plus loin d&#8217;un <em>Caligula</em> (Tinto Brass, 1980) ou d&#8217;un <em>Romance</em> (Catherine Breillat, 1998) dans lesquels le caractère pornographique était évident. </p>
<p>La réalisatrice Julia Leigh se défend en rappelant que son film <em>&#8220;se réfère au conte du même nom, mais aussi aux œuvres de Yasunari Kawabata et Gabriel Garcia Marquez, qui ont tous deux reçus le prix Nobel de littérature, et qui ont abordé cette thématique des hommes âgés dormant avec des filles bien plus jeunes. Et même dans la Bible, le roi David cherche à passer la nuit aux côtés de jeunes vierges endormies.&#8221;</em></p>
<p>Quant à la distributrice Michèle Halberstadt (ARP Sélection), elle a aussitôt décidé de faire appel de cette décision, espérant que le ministre de la Culture saura se montrer clairvoyant ou demandera à la Commission de revoir son jugement. <em>&#8220;Le film est passé à Cannes à 19h30, ce qui prouve qu&#8217;il n&#8217;y avait aucune ambiguïté dans la tête des sélectionneurs, sinon ils l&#8217;auraient mis à 22h30&#8243;</em>, argue-t-elle. Bon, là, Michèle, pas sûr que vous ayez choisi la meilleure défense. Les projections du Festival de Cannes n&#8217;étant destinées qu&#8217;aux professionnels du cinéma, tous adultes avertis et consentants, les programmateurs n&#8217;ont pas à se soucier de la qualité de son auditoire. Le risque de traumatisme est évidemment peu probable. Une projection à 19h30 ne fait donc pas forcément de <em>Sleeping Beauty</em> un film &#8220;grand public&#8221;. Mettons ça sur le coup de la déception et de la crainte de voir le film &#8220;tué&#8221; avant même sa sortie. Mais là encore, force est de reconnaître que la Commission de classification des films n&#8217;est pas un distributeur et son rôle n&#8217;est pas de s&#8217;assurer du succès d&#8217;une œuvre. </p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2011/11/eyes-wide-shut.jpg" alt="Nicole Kidman dans Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick" title="Nicole Kidman dans Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick" width="259" height="270" class="alignright size-full wp-image-4450" />Pour autant, sa position (qui n&#8217;est, rappelons-le, que consultative, la décision finale revenant au ministre de la Culture) reste injustifiée et surtout totalement incohérente. Si <em>Sleeping Beauty</em> doit être interdit aux moins de 16 ans, pourquoi <em>Eyes Wide Shut</em> (1998) a-t-il été classifié &#8220;tous publics&#8221; ? L&#8217;érotisme y était pourtant bien plus explicite. C&#8217;était en 1998, me direz-vous. Les temps changent… mouais. Ok. Alors plus récemment, en 2009, <em>A l&#8217;aventure</em> de Jean-Claude Brisseau. Le réalisateur nous gratifiait d&#8217;une prétendue exploration mystique, prétexte affligeant à une mise en scène ennuyeuse et vulgaire. Se vautrant dans un érotisme à l&#8217;esthétique douteuse, le cinéaste y figurait des femmes soumises, offrant leur chair aux hommes et à leurs fantasmes. La sentence de la Commission fut sans appel : interdit aux moins de… 12 ans !! </p>
<p>Autre genre, autre violence : 2007, <em>Le Dernier Roi d&#8217;Ecosse</em> de Kevin Macdonald. Mais toujours la même question : le film comporte-t-il des images, des scènes susceptibles de choquer la sensibilité des plus jeunes ? Là encore, le film s&#8217;est vu estampillé d&#8217;une interdiction pour les seuls moins de 12 ans. On y voit pourtant clairement une femme démembrée avec ses jambes placées au niveau de ses bras et vice versa. On y voit un homme se faire pendre au bout de deux crochets plantés dans la poitrine. Non ? Toujours pas convaincu ? Ok, alors plus récemment encore. <em>The Murderer</em> du Sud-Coréen Na Hong-jin n&#8217;a lui aussi été interdit qu&#8217;aux moins de 12 ans &#8220;avec avertissement&#8221;. La violence y est permanente, brutale, exacerbée, frénétique. On y broie à mains nues, on y frappe à coups de batte, on y tranche à coups de machette. Et ce pendant plus de deux heures. Et tiens, on pourrait aussi évoquer <em>Piranha 3D</em> (2010) d&#8217;Alexandre Aja, également interdit aux moins de 12 ans. J&#8217;entends déjà les &#8220;Ah oui mais là c&#8217;est pas pareil&#8221;. Et je serai d&#8217;accord. On est dans le deuxième… troisième degré. On est dans le potache, les effusions de sang grand-guignolesques. Pourtant, un gamin de 13 ans un peu plus fragile que les autres ne pourrait-il pas se retrouver privé à vie de douces baignades estivales ? Ou alors, si on reconnaît que ce même gamin de 13 ans dispose du recul suffisant pour &#8220;identifier&#8221; cette violence, pourquoi douter de ses capacités à décrypter ou simplement s&#8217;interroger sur la prostitution telle qu&#8217;elle est abordée dans <em>Sleeping Beauty</em> ? A moins que le déluge d&#8217;hémoglobine ne soit devenu tellement trivial que notre société le juge moins embarrassant que la prostitution ? Triste constat.</br></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2011/11/richard-gere-julia-roberts-pretty-woman.jpg" alt="Richard Gere et Julia Roberts dans Pretty Woman" title="Richard Gere et Julia Roberts dans Pretty Woman" width="178" height="250" class="alignleft size-full wp-image-4456" />Finissons sur cette petite pique gentiment cynique lancée par la réalisatrice pour qui &#8220;le vrai film à interdire, c&#8217;était <em>Pretty Woman</em>&#8220;. Vous savez, l&#8217;histoire de cette jeune arpenteuse du bitume qui rencontre un homme d&#8217;affaires plein aux as, lui procure ses services, et finit par faire du shopping sur Rodeo Drive à Beverly Hills avant de l&#8217;épouser. Une belle morale bien détournée par les artifices de la comédie. Il n&#8217;en reste pas moins que <em>&#8220;(…) voir cette fille se prostituer, et gagner à la fin et le mec et l&#8217;argent, était bien plus incitatif à la prostitution !&#8221;</em>, ironise Julia Leigh. <em>&#8220;Dans Sleeping Beauty, l&#8217;héroïne hurle d&#8217;effroi en comprenant que, même s&#8217;il n&#8217;y a pas pénétration, offrir son corps endormi n&#8217;est pas anodin&#8230;&#8221;</em> Alors franchement, soyons sérieux ! Mesdames et messieurs de la Commission de classification des films, d&#8217;accord pour un moins de 12 ans &#8211; même Michèle Halberstadt est d&#8217;accord ! -, mais moins de 16 ans, tellement non !<br />
&nbsp;<br />
<center><iframe width="560" height="315" src="http://www.youtube.com/embed/fFsbkycY-ro?rel=0" frameborder="0" allowfullscreen></iframe></center></p>
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		<title>Le cinéma paradise de Yann Le Masson</title>
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		<pubDate>Tue, 31 May 2011 21:14:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>JNB</dc:creator>
				<category><![CDATA[Portraits]]></category>
		<category><![CDATA[censure]]></category>
		<category><![CDATA[documentaire]]></category>
		<category><![CDATA[femme]]></category>
		<category><![CDATA[fétiches]]></category>
		<category><![CDATA[Japon]]></category>

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		<description><![CDATA[Ecoutez un peu : contraint au service militaire, affecté alors en Algérie aux Paras, Yann Le Masson part faire la guerre. A son retour, traumatisé par ce qu’il a vécu, il devient paranoïaque et, prenant...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2011/05/yann-le-masson-benie-deswarte.jpg" alt="Yann Le Masson et Bénie Deswarte sur le tournage de Kashima Paradise" title="Yann Le Masson et Bénie Deswarte sur le tournage de Kashima Paradise" width="300" height="183" class="alignleft size-full wp-image-2248" /><br />
Ecoutez un peu : contraint au service militaire, affecté alors en Algérie aux Paras, Yann Le Masson part faire la guerre. A son retour, traumatisé par ce qu’il a vécu, il devient paranoïaque et, prenant conscience que de sa pénitence dépend sa guérison, s’engage aux côtés du FLN. Un bon pitch de film, non ?</p>
<p><strong>Sauf que rien de tout cela n’est fictif.</strong> Yann Le Masson, appelé en 1955, est vraiment affecté au 18e Régiment d’infanterie parachutiste de choc pendant trois ans : « J’ai dû la rage au cœur et impuissant combattre contre des hommes dont l’idéal était le mien. » Revenu en France, il découvre que la seule méthode pour se guérir du traumatisme militaire, c’est de se mettre au service de ceux qu’il a combattus. Caméraman le jour, transporteur d’armes et professeur de guérilla urbaine la nuit. Ce militarisme, Le Masson le transfigure en militantisme. En cinquante ans, il a fait (« fait », car Yann Le Masson rappelle qu’un film n’est pas l’œuvre du seul réalisateur, mais qu’il est le point d’orgue de la communion d’un collectif) plus de cinquante films, dont quelques chefs-d&#8217;oeuvre. <span id="more-2241"></span><br />
&nbsp;</p>
<h4>Cinéma parallèle</h4>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2011/05/j-ai-huit-ans.jpg" alt="J&#039;ai huit ans, de Yann Le Masson" title="J&#039;ai huit ans, de Yann Le Masson" width="300" height="190" class="alignright size-full wp-image-2249" />Le premier, Yann Le Masson organise le cinéma politique en France, alors parfaitement censuré – ou plutôt autocensuré, tant aucun réalisateur ne s’y risquait. Lorsqu’il réalise <em>J’ai huit ans</em> à son retour d’Algérie, le cinéaste se heurte à la censure, et pose la question de l’organisation d’un cinéma militant. Avec quelques personnes, il fonde le Groupe du cinéma parallèle. Extrait des statuts : « Assurer la production, la réalisation et la distribution de films de courts ou longs métrages dont la production ne pourrait être envisagée en raison des interdits politiques, économiques et juridiques du moment. » Dans le <em>Manifeste pour un cinéma parallèle</em> (juin 1962), il exhorte le public à prendre position : sans son soutien, impossible de faire vivre ce cinéma clandestin. <strong>Le public doit participer, en protestant, en organisant des projections dans des lieux privés qui échappent à la censure, en apportant une aide financière.</strong> Ainsi, <em>J’ai huit ans</em>, bouleversant court métrage sur la guerre d’Algérie, à la fois bien plus simple et complexe que tous les films sur la guerre, ouvre la porte d’un genre nouveau, le cinéma indiscipliné. Et, petit à petit, le sortira de l’anonymat.<br />
&nbsp;</p>
<h4>Cinéma paradise</h4>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2011/05/kashima-paradise-le-masson.jpg" alt="Kashima Paradise, de Yann Le Masson et Bénie Deswarte" title="Kashima Paradise, de Yann Le Masson et Bénie Deswarte" width="300" height="129" class="alignleft size-full wp-image-2250" />Mais la force du cinéma de Yann Le Masson, c’est de ne pas choisir uniquement le fond et de se désintéresser de la forme. Ainsi les plans de <em>Kashima Paradise</em>, <em>Heligonka</em> ou <em>Regarde elle a les yeux grand ouverts</em> sont souvent d’une beauté à couper le souffle. Un discours politique et une esthétique. Une prise de position nette, mais des contours flous. Et cette formule de Jean Carta, membre du Groupe pour un cinéma parallèle, évidente à mettre les larmes aux yeux tant on l’a cherchée chez d’autres : « Le rôle du cinéma parallèle n’est pas – son nom le dit assez – de remplacer le cinéma légal. Ils sont complémentaires. […] Nous admirons trop, quant à nous, le contenu de superproductions commerciales comme <em>West Side Story</em> ou <em>Spartacus</em> pour sous-estimer l’importance du circuit normal. Finalement, c’est peut-être cela l’avenir : <em>Spartacus</em> et <em>J’ai huit ans</em>, le géant et le pygmée, la liberté possible et la liberté arrachée. » Alléluia.</p>
<p>Ainsi, on pourra s’éterniser devant les images de <em>Kashima Paradise</em>, autant pour son contenu que pour la forme coup de poing qu’il prend. Ce film sur l’industrialisation hyperactive du Japon au début des années 1970 constitue un monument du documentaire. Yann Le Masson et Bénie Deswarte saisissent les inquiétudes d’une population agricole régie par des traditions et des devoirs (la « loi du giri ») face à l’industrialisation à outrance du gouvernement. Ils se font les porte-parole des paysans en relatant deux événements majeurs : l’expropriation de populations entières pour construire un immense complexe industriel nommé <em>Kashima Paradise</em>, et le combat mené six années durant par les paysans et étudiants contre la construction de l’aéroport international de Narita. <strong>Film rare : on est à mille lieues de ce que l’Occident apprend habituellement du Japon.</strong> Ici, pas de clichés sur les particularités japonaises (alors que même au plus fort des combats, on devine encore une « loi implicite » qui régit ceux-ci), l’impossibilité des Japonais à se conformer à la vie occidentale (qui n’a pas vu cet odieux reportage sur les touristes nippons qui flippent après quelques jours dans notre capitale ?) ou leurs perversions sexuelles fantasmées ou réelles. <strong>Le Masson prend sa caméra pour mieux voir, et pour mieux nous faire voir.</strong> Kashima, Narita, symboles des développements à tout prix. Avare de voix off dans ses autres films, il a laissé ici un autre grand homme de cinéma, Chris Marker, écrire le commentaire de <em>Kashima Paradise</em> ; ce texte magnifique et profond rend l’œuvre encore plus singulière et flamboyante. Presque poétiques, les mots dits lors des affrontements avec les policiers finissent de rendre ce cinéma parallèle aussi intime qu’universel.<br />
&nbsp;</p>
<h4>Cinéma idéal</h4>
<p><a href="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2011/05/yeux-grand-ouverts.jpg" rel="shadowbox[sbpost-2241];player=img;"><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2011/05/yeux-grand-ouverts.jpg" alt="Regarde elle a les yeux grand ouverts, de Yann Le Masson" title="Regarde elle a les yeux grand ouverts, de Yann Le Masson" width="300" height="214" class="alignright size-full wp-image-2251" /></a>Et si l’œuvre de Yann Le Masson constituait l’essence même du cinéma ? <strong>Un cinéma qui ne s’inscrit pas en faux contre le spectacle, mais au contraire qui fait le pont entre les publics.</strong> Adorer <em>West Side Story</em>, <em>Spartacus</em>, et rester sans voix le long des 77 minutes de <em>Regarde elle a les yeux grand ouverts</em>, éprouver la cécité en écoutant, ému, l’histoire de Patrick dans <em>Heligonka</em>, sentir la fureur sourdre en regardant les dessins d’enfants de <em>J’ai huit ans</em>. Avec une maîtrise absolue et une grande humilité, Yann Le Masson a su mieux que personne témoigner de l’histoire des peuples et faire éclater l’humanité dans ses sujets.</p>
<p>A un journaliste qui lui demandait pourquoi il filmait, il avait cette réponse : « Pour changer, devenir différent, et ainsi, aussi peu soit-il, changer le monde. »</p>
<p>&nbsp;<br />
<em><strong>A voir :</strong> Coffret 2 DVD </em>Kashima Paradise, le cinéma de Yann Le Masson<em>, aux éditions Montparnasse. Sortie le 3 mai 2011.<br />
Inclus : </em>J’ai huit ans<em>, coréalisé avec Olga Poliakof, 1961, 9’10.<br />
</em>Sucre amer<em>, 1963, 23’54.<br />
</em>Kashima Paradise<em>, coréalisé avec Bénie Deswarte, 1973, 106’26.<br />
</em>Regarde elle a les yeux grand ouverts<em>, 1980, 76’59.<br />
</em>Heligonka<em>, 1984, 26’38.</em><br />
&nbsp;</p>
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