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	<title>Grand Écart &#187; Cambodge</title>
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	<description>Étirements cinéphiles</description>
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		<title>Rencontre avec Davy Chou</title>
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		<pubDate>Wed, 18 May 2016 19:00:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Julien Wagner</dc:creator>
				<category><![CDATA[L'actu du 69e Festival de Cannes]]></category>
		<category><![CDATA[Les films de la 55e Semaine de la critique]]></category>
		<category><![CDATA[Portraits]]></category>
		<category><![CDATA[Cambodge]]></category>
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		<category><![CDATA[interview]]></category>

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		<description><![CDATA[Présenté à la Semaine de la Critique 2016, <em>Diamond Island</em>, le premier long du jeune réalisateur franco-cambodgien Davy Chou, a fait sensation. En racontant...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h3>Un film diamant brut</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2016/05/davy-chou-diamond-island-1.jpg" alt="Davy Chou" width="210" height="280" class="alignleft size-full wp-image-23878" />Présenté à la Semaine de la Critique 2016, <em>Diamond Island</em>, le premier long du jeune réalisateur franco-cambodgien Davy Chou, a fait sensation. En racontant une jeunesse qui se brûle les ailes sur le chantier d’un futur hôtel luxueux, Davy Chou a signé un film aussi fort qu’esthétique, prémices d’une carrière prometteuse. On l’a rencontré tant que c’est encore possible…</p>
<p><strong>Comment passe-t-on d’un documentaire à un long-métrage de fiction ?</strong></p>
<p>Ca s’est fait sans y penser. Je n’ai jamais eu vocation à faire du documentaire, car mes influences naturelles vont plus du côté de la fiction. Ce qui me faisait un peu peur par contre, c’était la direction d’acteurs, car je n’en avais jamais vraiment fait. Je ne savais pas si je parviendrais à diriger des comédiens. Surtout qu’il y avait pas mal d’émotions à jouer. Je me demandais aussi si j’arriverais à trouver ces acteurs au Cambodge et à les amener à leur potentiel. </p>
<p><strong>Et finalement, comment s’est-elle déroulée, cette direction d’acteurs ?</strong></p>
<p>Ca a été beaucoup de travail. C’était absolument passionnant et j’ai adoré ça. C’était d’abord un grand plaisir de les dénicher, un prétexte pour pouvoir parler à des jeunes Cambodgiens d’une vingtaine d’années, ce que je n’avais jamais vraiment fait. Puis, pour la préparation des acteurs, on a fait les choses progressivement, en inventant nos propres techniques. Au début, je les voyais une fois par semaine, pour des choses très basiques : comment se tenir debout, se regarder, respirer… On a ensuite commencé à faire des jeux ensemble, à se parler et petit à petit, on a travaillé les émotions avec des scènes qui ne faisaient pas forcément partie du film. <span id="more-23876"></span>On a ciselé les personnages avec des improvisations et je les ai vus devenir des acteurs, qui se prennent au jeu et se lâchent. J’étais ému et fier quand est arrivé le premier jour de tournage pour chacun d’entre eux et de voir combien ils étaient prêts. Ce travail de préparation qui avait duré trois mois n’avait pas été vain.</p>
<p><strong>Aucun d’entre eux n’avait fait de cinéma auparavant ?</strong></p>
<p>Aucun, sauf Samnang Nut qui joue Virak, le chef de la bande et qui est clown et a déjà joué au théâtre. Mais tous ont été formidables. Comme je les filmais pendant la phase de préparation, le plus dur pour eux était d’appréhender la caméra et d’oublier tout le dispositif de tournage. </p>
<p><strong>Etait-ce une évidence pour vous que ce film devait se passer au Cambodge ?</strong></p>
<p>Je voulais prolonger la jeunesse que j’avais vue pendant mon documentaire, <em>Le Sommeil d’or</em>. Je voulais montrer le Cambodge d’aujourd’hui et dans ce lieu précis qui cristallise toute la relation ambiguë et parfois cruelle, entre la jeunesse et l’attraction de la modernisation. </p>
<p><strong>Que vouliez-vous vraiment raconter avec <em>Diamond Island</em> ?</strong></p>
<p>Il y a deux choses principales. Tout d’abord, un regard que j’ai souvent observé en allant au Cambodge et qui m’a tellement interpellé que j’ai voulu en faire un film pour essayer de comprendre d’où il  venait, ce qu’il racontait et ce qui le lançait. C’est le regard que les jeunes jettent sur leur environnement en transformation, quel qu’il soit et où on lit de l’émerveillement. C’est la « Spielberg’s face », à savoir ce moment de sidération qui l’emporte, avec la faculté constante de trouver de l’émerveillement. Les jeunes sont comme ça là-bas, fascinés par des objets qui chez nous ne provoqueraient pas grand-chose. J’ai donc voulu creuser cette idée : qu’est-ce qui fait qu’un jeune de 18 ans, qui vient de la campagne et qui découvre <em>Diamond Island</em> avec sa démesure kitsh et factice, porte sur lui un tel regard d’attraction et d’innocence. La seconde chose, c’est de faire un récit qui montre comment l’ambition peut devenir un démon, quel est le prix à payer pour l’accomplissement de ses rêves, ce qu’on laisse sur le bas-côté de la route, les sacrifices qu’on doit opérer. Je vois ça aussi comme une métaphore du capitalisme. La volonté d’expansion n’est jamais satisfaite et détruit des choses sur son passage. C’est un peu le parcours du personnage de Bora. </p>
<p><strong>Il choisit d’ailleurs d’aller vers la lumière, quitte à s’y brûler&#8230;</strong></p>
<p>Absolument. C’est à la fois pour lui un choix et non-choix, puisqu’il ne fait que suivre son frère idéalisé, Solei, qui lui a tant manqué. Quand il le retrouve, il y a une sorte de souffrance qui se réveille et qu’il espère guérir à son contact. Il le suit, car ce frère le tire également vers ce rêve que lui-même tente de se forger. Bora le fait peut-être contre son gré, car il n’exprime pas son propre désir. Pour Sobon Nuon, qui interprète Bora, il pense au contraire que Bora a fait un bon choix et il est heureux du parcours de son personnage. Il y a vraiment une absence de recul de cette jeunesse face à cette espèce de mystification capitaliste qui les entoure et les attire et c’est ce que je voulais montrer. </p>
<p><strong>Pourquoi Solei concentre-t-il autant de non-dits le concernant ?</strong></p>
<p>Le personnage de Solei joue de son mystère, de son aura, prenant toujours la tangente et ayant des avis très affirmés sur les choses. Mais on sent dans son regard qu’il y a quelque chose de détruit, une innocence déjà perdue. Je l’ai mis en scène comme s’il était vu de son petit frère et ces non-dits sont peut-être les raisons pour lesquelles Bora est tant fasciné par lui.</p>
<p><strong>Il y a une scène assez terrible entre Bora et une jeune fille qui ne parviennent à communiquer que quand il sort un iPhone 6 de sa poche. Ca reflète un peu l’idée d’une jeunesse désenchantée&#8230;</strong></p>
<p>Pour moi, c’est la fin du film qui l’est. <em>Diamond Island</em>, c’est le récit d’une jeunesse enchantée par des objets ou des concepts qui le provoquent, comme cet iPhone 6 qui donne l’impression qu’il s’agit d’un trésor. Un enchantement très étrange, presque sur-poétique que ce geste de sortir un téléphone de sa poche&#8230;</p>
<p><strong>Il y a une vision un peu désabusée de l’amour également, qui semble être juste un passe-temps avec un manque de communication flagrant entre les garçons et les filles…</strong></p>
<p>Je pense qu’il faut faire la différence entre la drague entre ces jeunes et le choix final de Bora. Pour les scènes de drague, ça m’amusait de travailler la distance entre les garçons et les filles, les jeux, les groupes de mecs qui parlent de filles et qui sont incapables de les aborder… On montre ainsi une part de l’adolescence cambodgienne quant à leurs rapports à l’amour, au sexe où comment mettre la main sur le ventre d’une fille devient un enjeu majeur. Ces moments-là ont l’air dérisoires, mais ils ont une importance capitale pour eux. Par contre, sans révéler la fin du film, il est vrai que le personnage de Bora fait un choix plutôt triste concernant sa vie amoureuse…</p>
<p><strong>Le décor de <em>Diamond Island</em> est étonnant…</strong></p>
<p>Il est toujours en construction. A la fin, quand on le voit terminé, ce sont des effets spéciaux.</p>
<p><strong>Ca n’a pas été compliqué de tourner dans un tel lieu ?</strong></p>
<p>C’était ma grande crainte. Si je ne pouvais pas y tourner, il n’y avait pas de film. Il a fallu rencontrer les dirigeants, leur montrer mes travaux précédents, leur expliquer mon projet. Ils ont accepté finalement très facilement et ont soutenu le film. J’ai donc eu un vrai terrain de jeu pendant deux mois pour y tourner ce que je souhaitais, sans difficulté. Sinon, j’aurais peut-être déplacé le film sur un des grands autres projets architecturaux qu’il y a à Phnom Penh, mais je trouve que Diamond Island a sa propre poésie, son charme singulier et c’est un lieu que les jeunes se sont appropriés parce qu’il est central.</p>
<p><strong>Combien de temps avez-vous mis à faire ce film ?</strong></p>
<p>J’ai écrit la première ligne en janvier 2014, le scénario s’est fini en décembre 2014, j’ai commencé le casting en janvier 2015 et on a tourné entre décembre et fin janvier 2016. Le film est donc tout frais. Ca me paraît hallucinant de me retrouver ainsi à Cannes quatre mois après le tournage. Je rêvais que c’était possible, même si une voix intérieure me disait que non. </p>
<p><strong>Vos jeunes comédiens l’ont-ils vu ?</strong></p>
<p>Oui, le jour de la première, pour les trois personnages principaux (Bora, Solei et Aza). J’étais assis à côté d’eux et j’ai passé beaucoup de temps à observer leurs visages pendant la projection. Ils souriaient, étaient surpris ou se cachaient les yeux. Une belle récompense pour moi : être avec eux qui n’avaient jamais pensé qu’un jour, ils seraient acteurs. Ils ont fourni un superbe travail et m’ont rendu une confiance formidable. Partager ce moment en leur compagnie, c’est ce qui m’émeut le plus. </p>
<p><strong>On a l’impression que le projet s’est fait dans la facilité&#8230;</strong></p>
<p>C’était pourtant tout sauf facile ! Surtout de le finir à temps ! Et c’est déjà ardu de faire un film tout court, avec un budget réduit, même si on a fini par avoir des partenaires, l’apport du CNC et d’Arte. Ca a été un combat de longue haleine. Ca fait deux ans et demi que je ne me suis pas reposé. C’est une grande chance que de pouvoir réaliser un film et il faut être à la hauteur.</p>
<p><strong>Il y a une esthétique très forte sur <em>Diamond Island</em>. Quelles ont été vos références ?</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2016/05/diamond-island-davy-chou-affiche.jpg" alt="Diamond Island, de Davy Chou" width="212" height="280" class="alignright size-full wp-image-23880" />Avec mon chef-opérateur, on a regardé le travail de Benoît Debie, le chef-opérateur de Gaspar Noé et du film de Ryan Gosling <em><a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/lost-river-ryan-gosling-christina-hendricks/" title="Lost River, de Ryan Gosling">Lost River</a></em>. Il a une utilisation des lumières et des néons très novatrice, même si elle est maintenant très copiée dans le milieu du clip. On retrouve un peu ça aussi dans les films de Nicolas Winding Refn. On a aussi regardé du côté des cinéastes qui ont vraiment tenté d’explorer l’image numérique. Les caméras maintenant sont tellement bien, que ça devient parfois un peu décevant de singer la pellicule en se disant que cet âge d’or existe encore. Je trouvais ça intéressant, par souci de modernité, d’utiliser les outils d’aujourd’hui et le film s’y prêtait vraiment. Mon autre inspiration, c’est aussi <em>Miami Vice</em> de Michael Mann qui est pour moi un des meilleurs films des années 2000, ainsi que le travail des Wachowski sur <em>Speed Racer</em>. On a aussi ouvert la porte du jeu vidéo, du clip karaoké, du manga. Il y a aussi une scène de drone qui suit les personnages en scooter et qui est pour moi une inspiration de vue aérienne de jeu vidéo. Le film essaie de rester au niveau des personnages, mais sur cette scène, ça permet de prendre de l’envol et de montrer qu’il y a quelque chose de surplombant qui les entoure. </p>
<p><strong>Quels sont vos projets ?</strong></p>
<p>J’ai pas mal d’idées pour un prochain film, mais je vais prendre du temps pour laisser décanter et je vais donc me reposer un peu ! Enfin !</p>
<p>&nbsp;<br />
Diamond Island <em>de Davy Chou, avec Sobon Noun, Cheanik Nov, Madeza Chhem&#8230; Cambodge, 2015. Prix SACD de la Semaine de la critique 2016.</em></p>
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		<title>Rencontre avec Rithy Panh</title>
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		<pubDate>Sat, 25 May 2013 14:30:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mélanie Carpentier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Portraits]]></category>
		<category><![CDATA[Rencontres & Portraits du 66e Festival de Cannes]]></category>
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		<description><![CDATA[Rescapé des camps de travail des Khmers rouges dans lesquels il perdit une grande partie de sa famille, Rithy Panh débarque en France en 1980. Pendant quelques années, il tente de laisser derrière lui...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2013/04/rithy-panh-image-manquante.jpg" title="Rithy Panh" alt="Rithy Panh" width="280" height="315" class="alignleft size-full wp-image-13026" />Rescapé des camps de travail des Khmers rouges dans lesquels il perdit une grande partie de sa famille, Rithy Panh débarque en France en 1980. Pendant quelques années, il tente de laisser derrière lui le cauchemar qu’il a traversé, mais en 1986, son diplôme de l’IDHEC (Institut des hautes études cinématographiques, ancêtre de la Fémis) en poche, il débute un travail qui ne cessera d’évoquer le Cambodge et ses plaies. Présenté en sélection <a href="http://www.grand-ecart.fr/66e-festival-cannes-2013/films-selection-officielle-quinzaine/un-certain-regard/">Un Certain Regard</a> au 66e Festival de Cannes, <em><a href="http://www.grand-ecart.fr/66e-festival-cannes-2013/films-selection-officielle-quinzaine/limage-manquante-rithy-panh/">L’Image manquante</a></em> s’inscrit dans l’œuvre du réalisateur franco-cambodgien comme une partition intime. A la quête d’une image qui montrerait les crimes commis par les Khmers rouges, le voilà qui sculpte des figurines en glaise pour retrouver ses proches disparus et raconter ses souvenirs. </p>
<p>&nbsp;<br />
&nbsp;<br />
<strong>Le mot « reconstitution » est-il adapté pour ce film ?</strong></p>
<p>Non, mon film est beaucoup plus vivant que ça. C’est la terre, l’eau, le vent, la volonté. C’est ce qui fait l’homme, ce qui le constitue. Je suis un paysan. J’ai les pieds sur terre. Je suis très naïf. Je n’expose pas de grandes théories. D’ailleurs à chaque fois qu’on s’enfonce dans la théorie, on se casse la gueule. On sombre dans le voyeurisme, on bascule dans le pathos. <span id="more-13046"></span></p>
<p><strong>Quelle est l’image manquante ?</strong> </p>
<p>C’est l’interrogation de tout le film. Quelle est la quête ? S’agit-il d’une image qui montrerait des Khmers rouges en train d’exécuter quelqu’un ? Est-ce que ce sont mes parents que j’aurais aimé voir vieillir. Que se serait-il passé si mes neveux n’étaient pas morts, s’ils s’étaient mariés. Tout ça, c’est l’image qui manque. L’objectif de <em>L’Image manquante</em> est moins important que la démarche de création de l’image manquante. </p>
<p><strong>Que racontent vos figurines ?</strong> </p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2013/04/image-manquante-rithy-panh-cambodge.jpg" title="L&#039;Image manquante de Rithy Panh" alt="L&#039;Image manquante de Rithy Panh" width="280" height="158" class="alignright size-full wp-image-13029" />Il y a deux formes d’images qui se mêlent dans mon film : l’image de propagande que l’on peut décortiquer, et puis l’image que je crée. Celle que je projette. Ces deux images se contredisent continuellement. Mes figurines ne bougent pas, on n’est pas dans un dessin animé 3D. Elles sont statiques. C’est nous qui bougeons, créons l’ambiance&#8230; A l’inverse, dans l’image de propagande il n’y a pas d’ambiance et il n’y a pas de son. Les gens ne se parlent pas. Mes figurines parlent à travers leur disposition, et grâce à la voix off, elles sont beaucoup plus vivantes et expressives que les personnes qu’on voit dans les images d’archives. Les gens que je montre dans les images d’archives sont des robots. C’est un peuple de poussière, de grains de sable. A cet instant, l’être humain ne compte plus, l’identité n’existe plus. C’est la masse. C’est la planification qui prime. </p>
<p><strong>Le geste de « sculpter » était important pour vous… </strong></p>
<p>Je voulais que l’on voie le geste de fabrication des figurines ainsi que celui qui permet qu’on les place ou qu’on les retire. Techniquement, je pouvais les faire venir et disparaître sans que l’on ne voie rien, mais je tenais à ce mouvement. Quand vous regardez une tête de Bouddha, pour vous c’est une sculpture… Pour moi c’est une âme. Quand vous allez au musée Guimet, vous allez voir l’art, mais toutes ces statues ont une âme. L’âme et l’art ne doivent pas se séparer. L’art est puissant s’il est honnête, qu’il a une morale humaniste. Si l’art est généreux, libre, novateur, alors il a une âme.</p>
<p><strong>C’est un peu la définition de votre film&#8230;</strong></p>
<p>C’est vous qui pouvez le dire.</p>
<p><strong>C’est un film de cinéma, sur le cinéma, sur ce que l’on peut exprimer à travers le cinéma ?</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2013/05/rithy-panh-image-manquante.jpg" alt="L&#039;Image manquante de Rithy Panh" title="L&#039;Image manquante de Rithy Panh" width="280" height="166" class="alignleft size-full wp-image-13051" />Le film démarre sur des plans de bobines détériorées, la preuve du temps qui passe, de la destruction de l’image. L’image qui n’existe peut-être plus, et en même temps quatre plans plus tard les figurines sont là, la volonté est là. Le poète, dans le sens grec du terme (le créateur), est là. Un être humain n&#8217;est vraiment humain que s’il est créateur, pas au sens de Dieu qui crée le monde, mais créateur d’imaginaire et d’expression. C’est ça qui fait que l’on est humain et c’est dans cela que le cinéma peut trouver sa force.<br />
La 3D c’est génial, ça vole dans tous les coins, mais c’est de l’<em>entertainment</em>. Cela n’a pas d’âme. Mes petits personnages ne sont pas en 3D. Ils sont glaise, il ont une âme, ils ne bougent pas, mais concentrent toutes les émotions. </p>
<p><strong>Comment s’est construit <em>L&#8217;Image manquante</em> ? </strong></p>
<p>En faisant mon film je ne savais pas que j’arriverais à ce résultat. Je ne sais jamais ce que je veux faire, tous les éléments esthétiques, moraux, techniques, rentrent dans la tête et prennent de la place. Pendant presque un an, je suis allé de village en village, j’ai rencontré des gens, j’enregistrais leurs propos, je les ai filmés, et finalement je me suis dit « bon, on peut faire un bon film mais ce sera encore le même, donc on ne le fait pas ». Alors on est partis sur autre chose. Je n’ai pas envie qu’on me dise que j’exploite un filon, ce n’est pas toujours et encore les Khmers rouges, chacun de mes films propose une forme différente. C’est mon histoire, mais racontée différemment. Woody Allen est un juif new-yorkais. Il ne raconte que ça dans ses films. J’aime beaucoup ce qu’il fait et je ne vais pas aller le voir en lui disant « arrête de me raconter ça ». A chaque fois, un film de Woody Allen, c’est une nouvelle façon de filmer, une nouvelle mise en scène, c’est une situation différente, comme lorsqu’il fait sortir de l’écran des mecs dans <em>La Rose pourpre du Caire</em>. Toutes ces inventions font que c’est un mec qui n’a pas trouvé un filon qu’il exploiterait tranquillement. On revient à l’idée que l’art donne une âme. </p>
<p><strong>Pourrait-on dire qu’il y a une pointe d’autodérision dans ce film ?</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2013/05/panh-rithy-image-manquante.jpg" alt="Rithy Panh L&#039;image manquante" title="Rithy Panh L&#039;image manquante" width="280" height="158" class="alignright size-full wp-image-13054" />Peut-être que ma famille est en train de regarder mon travail et se dit que je suis devenu un professionnel du blabla. Ce film est beaucoup plus personnel que les autres et en même temps, il pose des questions et me met très en danger. Même la forme est dangereuse. Quelqu’un qui voit un petit personnage peut se demander si j’ai fait un dessin animé sur le génocide et les Khmers rouges. Je crois qu’il faut faire preuve d’autodérision, car c’est être humble. C’est un avertissement à mon intention : si l’art apporte toujours une nouveauté, un regard, s&#8217;il aide à comprendre, il faut continuer parce que c’est nécessaire. Il ne faut pas le faire juste pour le faire. Il ne faut pas être un malin faiseur. Dans ce cas-là il vaut mieux ne rien faire. Chaque œuvre doit apporter quelque chose. Cet apport cinématographique prouve que vous êtes beaucoup plus fort que toute forme de totalitarisme, toute forme de destruction qu’on a voulu vous imposer. Il faut être cinéaste avant d’être cinéaste du génocide. Le jour où vous n’êtes que cinéaste du génocide, il faut arrêter. Il faut être barman ou restaurateur.</p>
<p><strong>Et après <em>L’Image manquante</em> ? </strong></p>
<p>Ma quête continue à travers des activités comme les ateliers Varan ou le Centre de recherche Bophana. Tout ça c’est un seul et même film. Le jour où vous apprendrez que je fais une comédie musicale c’est que j’irai beaucoup mieux dans ma tête, mais j’aurais quand même fait trente ans d’une œuvre qui parle du génocide au Cambodge.</p>
<p>L’Image manquante <em>de Rithy Panh. Cambodge, France, 2013. Présenté en sélection Un Certain Regard au 66e Festival de Cannes.</em></p>
<p><strong>&raquo; Retrouvez tout notre <a href="/66e-festival-cannes-2013/">dossier dédié au 66e Festival de Cannes</a></strong></p>
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		<title>L&#8217;Image manquante, de Rithy Panh</title>
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		<pubDate>Tue, 21 May 2013 11:49:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mélanie Carpentier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Films du 66e Festival de Cannes]]></category>
		<category><![CDATA[Cambodge]]></category>
		<category><![CDATA[critiques Cannes]]></category>
		<category><![CDATA[documentaire]]></category>
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		<description><![CDATA[Le 17 avril 1975, quand les Khmers rouges prennent le pouvoir, Rithy Panh a 11 ans. Pendant plusieurs années, lui, ses proches et des milliers de Cambodgiens vont endurer la faim, la souffrance et la...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2013/04/image-manquante-rithy-panh-cambodge.jpg" alt="L&#039;Image manquante de Rithy Panh" width="280" height="158" class="alignleft size-full wp-image-13029" /><strong>Le 17 avril 1975, quand les Khmers rouges prennent le pouvoir, Rithy Panh a 11 ans. Pendant plusieurs années, lui, ses proches et des milliers de Cambodgiens vont endurer la faim, la souffrance et la peur dans les camps. Voici venu le temps de Pol Pot et du Kampuchéa démocratique. </strong></p>
<p>Long poème en prose porté par une voix off à la fois douce et ironique, <em>L’Image manquante</em> interroge ce passé. Alors que le cinéaste franco-cambodgien se lance dans la quête d’une image qui montrerait le crime de masse commis par les Khmers rouges, le voilà qui remplit le vide, les vides avec des figurines de glaise. </p>
<p>Faites de terre et d’eau, placées dans des décors stylisés, elles sont ses amis disparus, sa famille perdue, ses parents regrettés. Elles sont les images manquantes. Les statuettes sont fixes et c’est la caméra qui tourne autour d’elles. C’est la voix off qui les anime. <span id="more-12385"></span>Pourtant, face aux images d’archives que réunit Rithy Panh, elles apparaissent plus vivantes que ces hommes affamés, désincarnés, déshumanisés qui défilent. Ainsi raconte-t-il l’humanité niée. Ainsi redonne-t-il leur identité aux disparus, leur redonne-t-il couleurs et voix. Et l’évidence éclate : on peut faire disparaître une image, mais pas un souvenir.</p>
<p>Si dans <em>S21, la machine de mort Khmère rouge</em>, dans <em>Duch, le Maître des forges de l&#8217;enfer</em> ou dans tous ses films le réalisateur n’a jamais cessé de questionner l’histoire de son pays d’origine, <em>L&#8217;Image manquante</em> est sans doute sa création la plus personnelle et la plus puissante. Rithy Panh y règle ses comptes avec les fantômes du passé. Sa figurine, allongée sur un divan sous un portrait de Freud, convoque amis et famille comme autant de témoins de sa démarche de cinéaste. Cathartique et nécessaire. </p>
<p><strong>&raquo; Lire aussi <a href="http://www.grand-ecart.fr/portraits/interview-rithy-panh-cambodge-genocide-khmers-rouges-image-manquante/" title="Rencontre avec Rithy Panh">l&#8217;interview de Rithy Panh</a> à propos de <em>L&#8217;Image manquante</em></strong></p>
<p>&nbsp;<br />
L&#8217;Image manquante <em>de Rithy Panh. Cambodge, France, 2013. Prix Un Certain Regard du 66e Festival de Cannes.</em></p>
<p><strong>&raquo; Retrouvez tout notre <a href="/66e-festival-cannes-2013/">dossier dédié au 66e Festival de Cannes</a></strong></p>
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