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	<title>Grand Écart &#187; religion</title>
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	<description>Étirements cinéphiles</description>
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		<title>Rencontre avec Keith Thomas</title>
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		<pubDate>Wed, 29 Jul 2020 07:57:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>JNB</dc:creator>
				<category><![CDATA[Portraits]]></category>
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				<content:encoded><![CDATA[<h2>Unorthodox</h2>
<p><strong>Ce 29 juillet 2020, quelques semaines après la date initialement prévue par son distributeur Wild Side, sort au cinéma <em>The Vigil</em>. Un premier film horrifique novateur, ambitieux, sincère&#8230; et surtout réellement terrifiant par moments. Bref, une oeuvre qui mérite qu&#8217;on s&#8217;y attarde. Rencontre en terres vosgiennes avec son scénariste-réalisateur Keith Thomas. </strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2020/07/the-vigil-keith-thomas.jpg" alt="The Vigil, de Keith Thomas" width="210" height="280" class="alignleft size-full wp-image-27615" />Quand on aime le film de genre, en particulier d’horreur, on se retrouve vite à fouiller les méandres des boutiques spécialisées et des forums du Net en quête DU film, celui qui ne ressemblera pas aux dix regardés le mois précédent, celui qui n’utilisera pas les mêmes ressorts pour susciter effroi et intérêt. On a beau aimer nos classiques et le regain horrifique de ces dernières années, voir des <em>Exorciste</em>-like ou des <em>Insidious</em>-like a tout bout de champ a aussi ses limites. Aussi, sans savoir grand-chose du film, assister en plein <a href="http://www.grand-ecart.fr/pense-bete/27e-festival-film-fantastique-gerardmer-horreur-2020/" title="29/01-02/02 : 27e Festival du film fantastique de Gérardmer">Festival de Gérardmer</a> à la projection de <em>The Vigil</em> avait quelque chose de merveilleux. Le premier film de Keith Thomas &#8211; certes non exempt de défauts &#8211; emporte l’adhésion par son originalité et sa maîtrise formelle.<br />
C’est l’histoire de Yakov, jeune adulte qui quitte sa communauté juive orthodoxe new-yorkaise pour se jeter dans le grand bain du monde (celui avec des téléphones portables, de la musique, de la liberté mais aussi de la brutalité et de la solitude) et revient le temps d’une nuit pour une veillée funèbre particulièrement funeste : corps mort sous un drap au milieu du salon, maison aussi mal éclairée que la grotte de Lascaux, vieille veuve sénile, parquet qui craque. Autant d’éléments du patrimoine horrifique qui trouvent ici un enchaînement logique et innovant. <span id="more-27422"></span><br />
Mais, aussi tendu de bout en bout qu’il soit, <em>The Vigil</em> doit surtout énormément à l’écriture du scénario (signé également du réalisateur). Au cinéma, le diable et autres démons sont étroitement liés à la chrétienté et à l’image qu’elle véhicule. Rares sont les films à montrer un autre type de combat face aux forces infernales. En plaçant son récit au sein d’une communauté juive, avec ses propres superstitions, ses propres peurs et ses propres exorcismes, <em>The Vigil</em> surprend autant qu’il terrifie.<br />
Autant de bonnes raisons de rencontrer Keith Thomas au sortir de cette projection du Festival de Gérardmer 2020 – festival pré-COVID on vous le rappelle, et aussi pré-<em>Unorthodox</em>, l’excellente mini-série de Maria Schrader disponible sur Netflix.</p>
<p>&nbsp;<br />
<strong><em>The Vigil</em> est un film d’horreur, mais c’est aussi un film sur une communauté… C’est votre histoire ?</strong></p>
<p>Une partie de ma famille éloignée est hassidique. Ma mère est juive, je suis donc juif, mais mon père ne l’est pas. J’ai grandi dans un milieu assez laïque, hors de la vie religieuse. Ma mère s’est rapprochée plus tard de la religion. C’est à ce moment-là que j’ai moi-même commencé à explorer la religion et à me documenter. J’ai toujours été fasciné par la théologie – l’étude des textes religieux –, et je savais que le jour où je me déciderai à réaliser mon premier film d’horreur, j’aurai besoin de parler de quelque chose de personnel, quelque chose que je connaissais, des choses à la fois culturelles et spécifiques. J’ai réalisé qu’il y avait très peu de films d’horreur sur les juifs, et absolument aucun sur cette communauté orthodoxe. Cette communauté ayant beaucoup plus de croyances superstitieuses que la majorité des communautés juives, je me suis dit que ce serait intéressant d’y situer mon film, et de m’intéresser à ces superstitions.</p>
<p><strong>Au début du film, Yakov a quitté la communauté et parle de ses peurs dans ce « nouveau monde ». La religion éloigne-t-elle de la société ?</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2020/02/the-vigil-keith-thomas-dave-davis.jpg" alt="Dave Davis dans The Vigil" title="Dave Davis dans The Vigil" width="280" height="175" class="alignright size-full wp-image-27426" />Dans le cas de ces personnes, oui, c’est évident. Et dans cette scène d’ouverture, toutes les personnes à la table autour de Dave Davis, cet exceptionnel acteur principal qui interprète Yakov, ont vraiment fait partie puis quitté cette communauté. Dans la vraie vie comme dans <em>The Vigil</em>, c’est un genre de groupe de soutien pour ces personnes. La communauté juive orthodoxe, un peu comme la communauté amish, s’est retirée de la société et a ses propres règles, ses propres lois. Ses membres vivent dans la plus grande ville américaine, mais restent pourtant en dehors. C’est étrange, mais c’est comme ça. Et c’est intéressant : les gens qui l’ont quittée et que j’ai rencontrés, étaient excités d’être dehors parce qu’ils avaient accès à plein de choses qu’ils n’avaient pas dans la communauté, comme la technologie, les films, la musique, toutes sortes de nourriture, la possibilité d’explorer la ville… Et en même temps, la communauté leur manquait. La camaraderie leur manquait, le soutien, parce que pour eux, se retrouver dans un monde laïque est très froid, très solitaire. Personne ne vous aidera à payer votre loyer si vous avez du mal, personne ne vous aidera à vous relever si vous tombez… Dans la communauté, personne n’a faim, tout le monde a une maison, on se sent en sécurité. Mais ces gens se sont également sentis trop isolés. Certains sont gays, certains sont des artistes, veulent créer des choses, ce qui n’est pas acceptable là-bas. Ils sont donc partis pour trouver leur propre chemin.</p>
<p><strong>Yakov est dans ce moment où il l’a quittée, mais il n’a pas encore trouvé sa voie…</strong></p>
<p>J’ai pensé que ce serait un intervalle intéressant pour faire vivre le personnage, déchiré entre les deux mondes. C’est toujours intéressant d’avoir quelqu’un qui quitte quelque chose, et qui revient avec un peu de recul. Yakov traverse une crise. Il a un pied dans chaque monde, et doit aussi s’occuper de ses propres problèmes : le traumatisme qu’il a vécu, les raisons qui l’ont poussé à partir : il avait besoin de voir un docteur, de prendre une médicamentation&#8230; Je pensais que le forcer à affronter ce qui cause sa crise donnerait quelque chose d’intéressant. C’était mon point de départ. Je devais commencer avec ce personnage dans cette situation difficile ; c’est un cliché, mais il devait essentiellement affronter ses propres démons, c’est le sujet de <em>The Vigil</em>.</p>
<p><strong>Comment on affronte ses démons, son chagrin ? </strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2020/02/the-vigil-dave-davis-shomer-hassidique.jpg" alt="Dave Davis dans The Vigil" title="Dave Davis dans The Vigil" width="280" height="116" class="alignleft size-full wp-image-27427" />Pour moi, la réponse est clairement de passer à travers, d’avancer. The Vigil parle de traumatisme et de la peur qui peut nous habiter. Affronter ses démons, c’est une aventure intérieure. Il n’y a pas de poignard pour le tuer. Le seul moyen est d’affronter ses démons, de prendre ses problèmes à bras le corps.</p>
<p><strong><em>The Vigil</em> réussit à faire peur, sans pour autant utiliser à outrance les jump scares et autres effets horrifiques actuellement à la mode. Comment avez-vous imaginé les moments de peur ?</strong></p>
<p>Je voulais utiliser tous les moyens possibles pour créer la peur. Y compris le jump scare, la musique assourdissante… Mais j’avais effectivement envie d’essayer autre chose, pour donner à voir à l’écran une autre peur. Pour moi, la réussite de l’effet de peur réside dans sa construction. C’est la tension qui la précède qui va produire la peur. J’ai donc essayé de faire traîner la tension longtemps, pour mettre le public mal à l’aise, avant de déclencher l’effet horrifique. Il fallait que le spectateur ait le temps de se mettre à la place du personnage.</p>
<p><strong><em>The Vigil</em> est votre premier film. Comment passe-t-on de la recherche médicale à la réalisation ?</strong></p>
<p>L’envie de raconter des histoires et de réaliser a toujours été là. Déjà à l’école, je publiais des nouvelles, des chroniques ciné, des poèmes. Puis mon travail avec des patients à écouter leur vie, à leur expliquer les protocoles de recherche, a encore stimulé mon imagination. Mes rencontres m’ont beaucoup inspiré pour mes histoires, et enfin pour ce premier film, que je rêvais de réaliser depuis des années.</p>
<p><strong>A votre avis, qu’est-ce qui fait d’un film, un bon film ?</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2020/02/keith-thomas-portrait-c-OlivierVigerie.jpg" alt="Keith Thomas, réalisateur de The Vigil" width="187" height="280" class="alignright size-full wp-image-27424" />Mmmh… Quand j’ai écrit le scénario, on a passé beaucoup de temps en préproduction avec mon directeur photo. J’ai eu beaucoup de chance d’avoir un bon directeur photo. On a passé beaucoup de temps à imaginer comment on allait tourner les plans, ce qu’allait donner la photo. Mais c’est vraiment le troisième jour de tournage que j’ai réalisé ce que j’étais en train de faire. Parce que je ai écrit <em>The Vigil</em>, j’ai casté les acteurs, j’ai choisi l’équipe, j’ai tout calculé, mais sur le plateau, j’avais beau parler à tout le monde et crier « Action ! », je n’avais pas encore compris ce que fait vraiment un réalisateur. Et donc, ce troisième jour, on installait la cuisine, quand mon directeur artistique m’a amené des cuillères et m’a demandé : <em>« Celle-ci ou celle-là ? »</em> Elles allaient être dans des tiroirs qu’on n’allait jamais ouvrir. Et pourtant j’ai su immédiatement : <em>« Celle-là ! »</em><br />
Je crois que ce que fait le réalisateur, c’est de maintenir la vision du film. C’est avoir le film dans sa tête et être capable de le restituer sur le plateau aussi clairement que possible, pour que dès qu’une question est posée, on puisse répondre immédiatement. Parce que c’est ça, un plateau de tournage : tout le monde posant en permanence des questions. Où est la caméra ? Quelle lentille on utilise ? Où va cette lumière ? Comment je joue cette scène ? Qu’est-ce que je dois porter ? Personne ne connaît la réponse… Tu portes ça. La lumière va là. La caméra ici. On utilise une lentille 15 mm. Tu vas jouer comme ça… Tu dois avoir toutes ces choses en tête et être capable de les reproduire sur le plateau. Je pense – en tout cas dans mon cas – que faire un film sans savoir tout ça a une grande chance de ne pas fonctionner. Parce qu’il n’y a pas de capitaine à bord du navire. Ca ne veut pas dire qu’on doit être un commandant, hurler sur tout le monde et être un connard, ça veut juste dire qu’il faut avoir confiance dans ce qu’on fait, savoir où on va et maintenir le cap.</p>
<p>&nbsp;<br />
The Vigil <em>de Keith Thomas, avec Dave Davis, Menashe Lustig, Lynn Cohen… Etats-Unis, 2019. Sortie le 29 juillet.</em></p>
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		<title>Rencontre avec Rose Glass</title>
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		<pubDate>Tue, 04 Feb 2020 16:08:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mathieu Menossi</dc:creator>
				<category><![CDATA[Portraits]]></category>
		<category><![CDATA[Angleterre]]></category>
		<category><![CDATA[fantastique]]></category>
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		<category><![CDATA[interview]]></category>
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		<description><![CDATA[À tout juste 30 ans, la jeune réalisatrice anglaise Rose Glass a littéralement atomisé la compétition du 27e Festival international du film fantastique de Gérardmer. Un sacre largement mérité pour elle et...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h2>Allons voir si la rose qui ce matin avait déclose&#8230;</h2>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2020/02/rose-glass-saint-maud-gerardmer-2020-c-mathieu-menossi.jpg" alt="Rose Glass" width="280" height="187" class="alignleft size-full wp-image-27492" />À tout juste 30 ans, la jeune réalisatrice anglaise Rose Glass a littéralement atomisé la compétition du <a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/palmares-27e-festival-film-fantastique-gerardmer-2020/" title="Le palmarès du 27e Festival de Gérardmer">27e Festival international du film fantastique de Gérardmer</a>. Un sacre largement mérité pour elle et son premier long-métrage, <em>Saint Maud</em>. L’histoire de Maud – divine Morfydd Clark –, jeune et (très) pieuse infirmière à domicile envoyée auprès d’une chorégraphe gravement malade pour lui prodiguer ses derniers soins. Mais plus qu’au serment d’Hippocrate, c’est aux sermons de Dieu que Maud semble vouée, préférant consacrer son énergie à sauver l’âme de sa patiente plutôt qu’à soulager son corps&#8230; Plébiscité à quatre reprises (Grand Prix du jury, prix de la Critique, du Jury Jeunes et de la Meilleure musique originale), le film restera pour nous cette lumière éblouissante, aussi inattendue qu’inespérée, venue sortir de l’obscurité une compétition bien décevante. Certes, on sortira également du lot l’audacieux <em>Vivarium</em> de Lorcan Finnegan et l’original <em>Vigil</em> de Keith Thomas, mais il n’y avait sinon pas photo face à cette première réalisation d’une insolente maîtrise. Une Rose s’est donc bien éclose cette année à Gérardmer&#8230;</p>
<p>&nbsp;<br />
<strong>Pourquoi avez-vous choisi le cinéma de genre pour votre premier film ?</strong></p>
<p>Pour être honnête, au tout début, je n’étais pas partie dans l’idée de faire un film fantastique ou un film d’horreur. L’histoire a finalement et naturellement évolué dans cette voie. J’ai toujours su que je voulais faire des films intenses, plutôt surréalistes, étranges. Ce n’est donc pas étonnant si j’ai fini par me diriger vers une forme de cinéma plutôt extrême, comme celle du cinéma de genre. <span id="more-27481"></span></p>
<p><strong>Quel est votre rapport à la religion ? Quelle cheminement, personnel ou intellectuel, vous a mené à aborder ces questions de croyance et de foi ?</strong></p>
<p>J’ai grandi dans une famille chrétienne, non pratiquante. On allait de temps en temps à l&#8217;église. J&#8217;ai été baptisée, scolarisée dans une école catholique, avec des nonnes pour professeurs. Des femmes très cool ! Donc oui, la religion a toujours été autour de moi dans ma jeunesse. Et lorsque vous êtes enfant et que quelque chose fait ainsi partie de votre vie, vous ne vous posez pas de questions. Cela fait partie de votre quotidien. Adolescente, la religion ne m’intéressait pas vraiment. Cela m’ennuyait plutôt de devoir aller à l’église, je ne croyais pas en Dieu et je regardais tout cela d’un œil plutôt cynique. Mais en grandissant, j’ai pris un peu plus de distance avec la religion et j’ai commencé à m’intéresser non pas à la religion en tant qu’organisation mais à la foi. Qu’est-ce que cela signifie « avoir la foi » ? Pourquoi certaines personnes croient et d’autres non ? Dans quelle mesure la foi peut-elle influer psychologiquement la vie de quelqu’un ? </p>
<p><strong>Justement, pourquoi Maud a-t-elle la foi, d&#8217;où lui vient une telle ferveur ?</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2020/02/saint-maud-rose-glass-grand-prix-gerardmer-2020.jpg" alt="Saint Maud, de Rose Glass" width="280" height="158" class="alignright size-full wp-image-27472" />Plutôt que quelqu’un qui aurait grandi dans la foi, j&#8217;étais intéressée par l&#8217;idée qu&#8217;une personne la trouve en cours de route. Maud s&#8217;y accroche parce qu&#8217;elle lui permet de s&#8217;élever. Sa ferveur religieuse repose sur une conception inhabituelle du christianisme. Elle s’est inventée de nombreuses règles qui l’aident dans sa vie quotidienne. C’est une façon de prendre soin d’elle, comme une thérapie. Sans être moi-même croyante, je pense que l&#8217;idée de vouloir faire partie de quelque chose de plus grand pour donner un sens à sa vie et trouver sa place dans le monde, c&#8217;est un besoin vital assez universel. Dans mon film, Maud se croit choisie par Dieu, qu&#8217;Il lui a confié une mission importante. Je voulais capter la réalité de sa vie, sa tristesse, sa solitude&#8230; Toutes ces raisons qui la poussent à s’accrocher à cette identité de quasi sainte. Sa foi est une réaction évidente à quelque chose qui dysfonctionnait dans son existence. Et je pense que cela l’a vraiment aidée. Simplement, en l&#8217;absence d’une véritable vie sociale, cela finit par prendre des proportions bien trop importantes. Elle va trop loin et cela devient dangereux.</p>
<p><strong>Il y a tellement de films sur la possession, mais sur la possession par l&#8217;Esprit Saint, c’est plus inhabituel&#8230;</strong></p>
<p>Vraiment ? Je ne sais pas. Mais je ne parlerais pas ici de « possession ». Certes, j’imagine qu’une personne pieuse, croyant fermement en Dieu, peut se sentir comme habitée, connectée à une sorte d&#8217;esprit sain. Dans le film, j’emmène Maud très loin dans sa foi. C’est en ce sens qu’elle peut éventuellement paraître possédée. Mais, s’ils sont poussés à l’extrême chez elle, ces moments de ravissement extatique religieux qui la traversent sont, selon moi, ressentis de façon plus contrôlée par de nombreux croyants. Encore une fois, cet état d’extase atteint par Maud répond à un désir très humain. On essaie tous de transcender nos corps, de transcender notre réalité ennuyeuse. Je crois que la vie est compliquée, désordonnée, chaotique et inexplicable. Et que c&#8217;est finalement profondément humain de vouloir trouver quelque chose qui nous élève, qui rend les choses plus claires. Simplement, cela prend des proportions incontrôlables chez Maud.</p>
<p><strong>Maud, c’est la rencontre entre Jeanne d’Arc et Travis Bickle (<em>Taxi Driver</em>), deux de vos inspirations. Mais vous en citez beaucoup d’autres, notamment Ingmar Bergman&#8230; </strong></p>
<p>Oui, un film en particulier, <em>Á travers le miroir</em>. L’histoire d’une jeune femme qui, sortant d&#8217;un hôpital psychiatrique, revient dans sa famille pour la première fois. Simplement, elle reste rongée par sa schizophrénie, sujette à des crises de délire psychotique. Là encore, tout dépend de la manière dont on regarde les choses. Personnellement, je qualifie ses crises de psychotiques, mais pour d’autres il pourra s’agir d’une véritable connexion divine. Avec <em>Saint Maud</em>, j&#8217;ai voulu faire un film qui fonctionne de la même manière, que l’on peut interpréter à sa guise. Peut-être que le cas de Maud relève de la psychiatrie, résultat de ses expériences de vie passées, ou peut-être entretient-elle réellement une relation avec l’Esprit Saint. </p>
<p><strong>Il n&#8217;y a encore pas si longtemps, parler à Dieu était un signe de divinité. Aujourd&#8217;hui, vous passez pour un dingue&#8230;</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2020/01/saint-maud-rose-glass-gerardmer.jpg" alt="Saint Maud, de Rose Glass" width="280" height="128" class="alignleft size-full wp-image-27414" />Absolument. Il y a notamment cette théorie soutenue par certains psychologues disant que Jeanne d&#8217;Arc souffrait d&#8217;une forme d’épilepsie due à des problèmes au niveau du lobe temporal. Et l’un des symptômes serait justement ce qu&#8217;ils appellent des crises extatiques. Jeanne d’Arc en aurait souffert, tout comme Dostoïevski. Des crises qui s’accompagnaient de sentiments de « révélations », d’ « élévation ». C’est ce que vit Maud. Des crises qu’elle interprète comme autant de manifestations divines. Mais si la science et la psychologie viennent aujourd’hui se substituer de plus en plus aux explications religieuses, mystiques ou spirituelles, je ne pense pas que cela change pour autant le ressenti des personnes qui vivent ces « expériences ». Science, psychologie et religion se rencontrent ici à une intersection très intéressante, je trouve.</p>
<p><strong>Vous expliquez que beaucoup d&#8217;histoires de la Bible permettent de comprendre l&#8217;humanité, sans doute de trouver sa place. Mais avec Maud, cela ne marche pas. Est-ce à dire que, dans un esprit faible, les histoires religieuses peuvent devenir une source de désordre mental ?</strong></p>
<p>Alors, je ne parlerais pas d’« esprit faible ». Ce serait trop désobligeant. Je ne pense pas me tromper en disant que la plupart des chrétiens n’appréhendent pas les textes de la Bible littéralement mais les interprètent comme autant d’allégories, de paraboles et de mythes. Prendre ces récits au pied de la lettre me paraît dangereux, selon moi. Mais je ne dirais pas que c’est une faiblesse non plus. On appréhende tous la réalité de façon subjective et l’une des forces du cinéma est de nous permettre de plonger dans la subjectivité d’une autre personne. D’explorer son monde, de vivre ses expériences de manière viscérale. Une façon de sortir un peu de nos strictes bulles de réflexion personnelles. Et le cinéma permet de se glisser dans les esprits les plus étranges, les plus extrêmes. C’est très excitant et on pourrait être surpris de s’y reconnaître, jusqu’à avoir de l’empathie pour ces esprits « extrêmes »&#8230;</p>
<p>&nbsp;<br />
Saint Maud<em> de Rose Glass, avec Morfydd Clark, Jennifer Ehle, Lily Knight&#8230; Royaume-Uni, 2019. Grand Prix du jury du 27e Festival international du film fantastique de Gérardmer. Sortie en salle le 25 novembre 2020.</em></p>
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		<title>Gérardmer 2020 : quatre nanars et un (grand) film</title>
		<link>http://www.grand-ecart.fr/cinema/27e-festival-film-gerardmer-snatchers-sea-fever-1br-saint-maud/</link>
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		<pubDate>Fri, 31 Jan 2020 22:05:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alessandro Rizzo</dc:creator>
				<category><![CDATA[Films]]></category>
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		<description><![CDATA[Après deux jours de la compétition gérômoise du 27e Festival du film fantastique de Gérardmer, un constat s’impose : à Gérardmer, le dérèglement n’est pas seulement climatique – c’est possible, la...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2020/01/saint-maud-rose-glass-gerardmer.jpg" alt="Saint Maud, de Rose Glass" width="280" height="128" class="alignleft size-full wp-image-27414" />Après deux jours de la compétition gérômoise du <a href="http://www.grand-ecart.fr/pense-bete/27e-festival-film-fantastique-gerardmer-horreur-2020/" title="29/01-02/02 : 27e Festival du film fantastique de Gérardmer">27e Festival du film fantastique de Gérardmer</a>, un constat s’impose : à Gérardmer, le dérèglement n’est pas seulement climatique &#8211; c’est possible, la mousson dans les Vosges ? &#8211; il est également cinématographique. À mi-parcours, soit après cinq films dont quatre purges aussi ineptes qu’une raclette surgelée ou une tartiflette au Caprice des dieux, le bilan penche dangereusement dans le rouge. À moins que toute cette médiocrité ne soit qu’une machination pour laisser le champ libre à la stupéfiante épiphanie britannique que cette pluvieuse matinée de vendredi nous a réservée. Une lumière venue d’une jeune et frêle Anglaise au talent aussi insolemment mature qu’une référence à laquelle on se sent bien incapable de la rapprocher. Mais ça, c’est une autre histoire que d’autres sauront brillamment raconter…</p>
<h2><em>Snatchers</em>&#8230; Teen movie tiédasse</h2>
<p>Tout commence donc, et avant d’aller rêver à des jours meilleurs, dans la potacherie yankee lors d’un traditionnel mercredi soir d’ouverture des festivités. <em>Snatchers</em> &#8211; pour rappeler que le corps humain, en l&#8217;occurrence celui des femmes, est une matrice scénaristiquement idéale à profaner &#8211; est un pastiche de teen movie horrifique tiédasse qui transgresse du bout des lèvres et sans trop se mouiller le kiki dans la sauce piquante (paraît-il que c’est une pratique à la mode chez certains mâles sans neurones utilisateurs de l’appli TikTok). <span id="more-27406"></span>À partir d’un pitch pourtant subversif et prometteur sur la grossesse spontanée et monstrueuse d’une ado en mal de sexe, le binôme de réalisateurs “in charge” a réussi l’exploit de torcher un nanar qui ressemble furieusement à un de ces bonbons hyper-acides qui se finissent en chewing-gum fadasse. Rattrapés sciemment ou pas par une morale bien sage et jamais bonne pour le business, le duo aurait été bien inspiré de jeter un œil avant de se lancer à une pépite hilarante et transgressive comme <em><a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/cradiole-cooties-jonathan-milott-cary-murnion/" title="Cooties, de Jonathan Milott et Cary Murnion">Cooties</a></em>. Mais, trop tard…</p>
<h2><em>Répertoire des villes disparues</em>&#8230; Ennui abyssal</h2>
<p>Le lendemain, au saut du lit, on sent de la gravité dans l’air. Fini la rigolade, <em>Répertoire des villes disparues</em> est au programme. Voilà, un film canadien d’auteur qui promet une déclinaison originale du retour des morts-vivants sur fond d’exode rurale et de peur de l’étranger. Malheureusement, le résultat est d’un ennui abyssal. Tourner sous la neige et en 16 mm ne suffit pas à donner de la mœlle à un sujet qui n’a plus que ses tics “auteurisants” sur les os. Pourtant, l’image granuleuse, le montage fantasque, le rythme hiératique, les cadrages impressionnistes et les dialogues à contre-temps auraient dû nous emporter dans les tourments de ces braves gens médusés par le retour allégorique de tous les ex-vivants du village… Par ailleurs, avoir le film et la série <em>Les Revenants</em> dans la tête ne rend vraiment pas service à cet exercice de style fantomatique.</p>
<h2><em>Sea Fever</em>&#8230; Consternation des grands fonds</h2>
<p>Fin de journée, les choses s’enchaînent pour le meilleur… ou encore pour le pire ? On se dit qu’après avoir touché le fond, il est temps de remonter à la surface. Et pour ça, le programme nous enverrait-il des signes. Le <em>Sea Fever</em> qui se présente est certes un euro-pudding mais son pitch augure de bonnes choses à tous celles et ceux qui apprécient l’angoisse maritime à base de huis clos oppressant en pleine mer et de créature marine inconnue et malfaisante. Mais bien vite, le fol espoir laisse la place à la consternation des grands fonds. Avec son scénario mal maîtrisé, sa réalisation indigente, son suspense asthmatique, sa photographie loupée et son interprétation incertaine, le film s’avère finalement un bien mauvais copié/mal collé du <em>Cabin Fever</em> d’Eli Roth. Caramba ! Et de trois !</p>
<h2><em>1 br</em>&#8230; Ecrit par un algorithme ?</h2>
<p>C’est certain. La séance suivante doit être celle de la rédemption. Après une présentation survoltée du producteur du film, c’est à <em>1 br: the Apartment</em> de faire résonner son générique dans la salle de l’Espace Lac. Cette fois, on sent dès les premières minutes que la narration tient la route. Une jeune femme s’installe en toute confiance dans un appartement d’une résidence de Los Angeles tenue par un syndic de copropriété aux méthodes plutôt radicales. Malheureusement, 1h30 plus tard, le verdict tombe : entre emprise, soumission et ambiance sectaire avec sévices à la clé, ce film sans talent ni saveur ne s’élève jamais au-dessus d’un banal produit Netflix suspecté d’avoir été écrit par un algorithme. Quelle tristesse, encore raté…</p>
<h2><em>Saint Maud</em>&#8230; Lumière céleste !</h2>
<p>Vendredi matin, après ces quatre plaies d’Égypte, une lumière céleste a miraculeusement percé un ciel gérômois qu’on croyait définitivement voué aux ténèbres de la médiocrité… Alors pour ce premier jour de cinéma : Gloire à <em>Saint Maud</em> ! On vous en parle davantage très vite.</p>
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		<title>Jupiter&#8217;s Moon, de Kornel Mundruczo</title>
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		<pubDate>Sat, 20 May 2017 19:48:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>JNB</dc:creator>
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				<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2017/05/jupiter-s-moon-kornel-mundruczo.jpg" alt="Jupiter&#039;s Moon, de Kornel Mundruczo" width="198" height="280" class="alignleft size-full wp-image-25185" />Le sujet est évidemment fort : des migrants serbes tentent de passer la frontière hongroise. Aryan est de ceux-là, mais meurt sous les tirs d&#8217;un policier nerveux. <em>Jupiter&#8217;s Moon</em> aurait pu être une oeuvre sociale forte sur le sort réservé aux réfugiés et le risque de dérive totalitaire en Hongrie &#8211; et partout ailleurs en Europe, eldorado des migrants. Mais Mundruczo pêche par ambition en ajoutant une couche fantastique étonnante, déstabilisante et surtout assez absconse à son film : Aryan renaît et lévite.<br />
<em>Jupiter&#8217;s Moon</em> devient alors un objet fourre-tout qui survole son sujet comme Aryan survole la ville. Difficile, au-delà de ce qu&#8217;on voit à l&#8217;écran &#8211; un réfugié affamé, un réfugié qui fait sauter une bombe, un médecin ripoux qui voit dans les miracles d&#8217;Aryan un business avant d&#8217;y chercher la rédemption &#8211; de trouver autre chose dans le film. <em>Jupiter&#8217;s Moon</em> ne décolle pas.</p>
<p>&nbsp;<br />
Jupiter&#8217;s Moon <em>de Kornel Mundruczo, avec Merab Ninidze, Gyorgy Cserhalmi&#8230; Allemagne, Hongrie, 2017. En compétition au 70e Festival de Cannes.</em></p>
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		<title>The Witch, de Robert Eggers</title>
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		<pubDate>Wed, 15 Jun 2016 06:42:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>JNB</dc:creator>
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				<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Récompensé à Sundance en 2015, projeté en compétition de ce <a href="http://www.grand-ecart.fr/pense-bete/festival-film-fantastique-gerardmer-2016/">23e Festival de Gérardmer</a>, <em>The Witch</em> fait sensation. Et pour cause : le jeune auteur-réalisateur américain Robert Eggers y déroule une maîtrise quasi parfaite de son matériau.</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2016/01/the-witch-anya-taylor-joy.jpg" alt="Anya Taylor-Joy dans The Witch" width="280" height="169" class="alignleft size-full wp-image-22912" />En 1630 en Nouvelle-Angleterre, William et sa famille (une femme et cinq enfants) sont bannis de leur communauté pour désaccord avec les règles religieuses en vigueur chez les <em>Pilgrim fathers</em>. La famille prend ses affaires, son cheval, ses quelques chèvres et son bouc, et se met en quête d’une nouvelle terre, qu’elle trouvera à deux jours de route : une clairière au milieu d’une forêt. Soufflée par la beauté et la sérénité du lieu, la famille prie avec ferveur avant d’y installer la maisonnée et le cheptel. Mais la forêt, autour, pourrait bien être hantée.</p>
<p>Robert Eggers montre d’abord dans <em>The Witch</em> une passion pour son sujet littéral – la sorcellerie, encore très en « vogue » au début du XVIIe siècle –, ensuite une déférence pour les Pères Pèlerins du septième art. On y trouve l’héritage des Dreyer, Bergman et autres Murnau, étalons éternels d’un cinéma aussi formel qu’érudit. Stylistiquement ou narrativement, chaque plan rappelle l’un de ces modèles, quand il ne convoque pas les artistes picturaux de la psyché et du surnaturel : on ne serait d’ailleurs pas étonné si Eggers nous avouait avoir été inspiré par <em>La Tentation de saint Antoine</em> de Jérôme Bosch, <em>Le Cauchemar</em> de Füssli ou une toile d’Albrecht Dürer, à commencer par le <em>Jeune lièvre</em>, animal aux symboliques païennes qu’on croise ici.</p>
<p>Mais comme le tout est bien souvent supérieur à la somme des parties, <em>The Witch</em> n’est pas un amalgame de références étincelantes et plombantes pour les non-initiés. Ce qu’il emprunte à ses aïeux, Robert Eggers l’assimile et le renouvelle. Et fait de son premier long-métrage une œuvre étrange et sublime à la lisière de <em>L’Exorciste</em> et de <em>Ordet</em>, servie par un casting de haut vol et une matière première intarissable. <span id="more-22902"></span>L’austérité formelle n’évite pas le malaise, palpable dans les plans aveugles de la forêt, dans les cadrages serrés du jeune Caleb (Harvey Scrimshaw, impressionnant) en pleine crise d’hystérie religieuse ou dans les sonorités telluriques du film, voix (en VO) de l’acteur Ralph Ineson comprise. Jamais le spectacle de cette famille puritaine – et pourtant aimable – n’est voyeur ; au contraire, le spectateur assiste malgré lui à l’horreur et au cauchemar, pas gore mais intensément dérangeant. </p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2016/01/the-witch-a-new-england-folk-tale-robert-eggers.jpg" alt="The Witch, a New-England folk tale" width="189" height="280" class="alignright size-full wp-image-22909" />Si Robert Eggers aurait pu se contenter de ces dispositions ténébreuses pour étourdir plus que de coutume le spectateur, il achève de le fasciner grâce à un scénario et une narration sans failles. Sorcellerie ou paranoïa, à chacun de projeter dans le métrage ses propres convictions et sa foi en l’ordalie inquisitrice. Plus subtil est le discours sous-jacent qui fait écho à l’histoire religieuse américaine, ferment de <em>The Witch</em>. L’histoire d’un triple rejet : d’abord celui de l’Eglise anglicane, carcan dont les immigrés du Nouveau Monde se sont libérés. Ensuite celui de la communauté chrétienne, trop progressiste du goût du patriarche, qui mène à l’exil loin de la civilisation. Enfin, le rejet de la fille aînée, Thomasin (l’éclatante Anya Taylor-Joy), pourtant seule personne vertueuse d’une famille meurtrie par les non-dits, l’orgueil et la luxure. Jouet innocent balloté par Dieu et par le Diable, Thomasin n’a d’autre choix que d’arracher sa liberté. Lectures multiples, œuvre protéiforme à l’immense profondeur, <em>The Witch</em> est un film de sorcières. Un film historique. Un drame social. Un conte folklorique épouvantable. Un film sur le deuil et sur la paranoïa. Tout ça à la fois ; <em>The Witch</em> est légion.</p>
<p>&nbsp;<br />
The Witch <em>de Robert Eggers, avec Ralph Ineson, Kate Dickie, Anya Taylor-Joy&#8230; Etats-Unis, Canada, 2015. Sortie le 15 juin 2016.</em></p>
<p><center><iframe width="560" height="315" src="https://www.youtube.com/embed/YjBN0ByAqDk" frameborder="0" allowfullscreen></iframe></center></p>
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		<title>Le Disciple, de Kirill Serebrennikov</title>
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		<pubDate>Fri, 13 May 2016 15:52:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>JNB</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Veniamin est adolescent. A l’école, il passe son temps à lire la Bible et refuse de retirer ses vêtements à la piscine. Devant la curiosité du corps professoral, Veniamin voit une invitation à continuer...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Veniamin est adolescent. A l’école, il passe son temps à lire la Bible et refuse de retirer ses vêtements à la piscine. Devant la curiosité, voire l’amusement, du corps professoral et de ses camarades, Veniamin voit une invitation à continuer.</p>
<h3>Foi grave</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2016/05/disciple-kirill-serebrennikov-affiche.jpg" alt="Le Disciple, de Kirill Serebrennikov" width="206" height="280" class="alignleft size-full wp-image-23689" />Perdre ses repères à l’adolescence, lorsque des filles dénudées se baladent à la piscine et que l’éveil à la sexualité s’accompagne d’un grand point d’interrogation, qu’on est élevé par une mère célibataire qui cumule les boulots et que nos camarades de classe ne nous portent pas dans leur cœur : rien d’anormal. Et avant de trouver un sens à la vie – s’il y en a bien un à trouver –, on peut se perdre momentanément, comme le suppose la mère de Veniamin au début du film, dans la drogue ou la masturbation. Ce qui est moins normal, c’est de se réfugier si jeune dans la religion et de connaître une crise mystique. De velléité spirituelle, le catholicisme prend une place de plus en plus importante pour Veniamin. Et lorsqu’il fait son « coming out » bigot à sa mère, il y voit une libération et une autorisation implicite, un signe qu’il doit évangéliser ses pairs. Les professeurs l’écoutent débiter ses sornettes, demander l’obligation des maillots de bain féminins une-pièce à la piscine, exiger l’arrêt des cours d’éducation sexuelle, installer une croix dans l’école… Seule la professeur de biologie, Elena, tient bon et ne recule pas devant les prédications du jeune garçon. Les autres membres enseignants sont caricaturaux, au mieux figés dans l’immobilisme, au pire rétrogrades et en grande partie responsables, par leur intellect défaillant, de la situation. Ce n’est d’ailleurs pas ce débat-là (celui de savoir si l’homme descend du singe ou d’Adam) qui intéresse le réalisateur Kirill Serebrennikov. C’est le mécanisme : comment Veniamin franchit la frontière. <span id="more-23687"></span></p>
<h3>La croix et la manière</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2016/05/uchenik-disciple-kirill-serebrennikov.jpg" alt="Le Disciple, de Kirill Serebrennikov" width="280" height="186" class="alignleft size-full wp-image-23690" />Lentement mais sûrement, la crise mystique glisse vers le fanatisme religieux. Dès lors, la curiosité un peu jalouse (de la facilité avec laquelle Veniamin charme son auditoire) laisse la place chez le spectateur à la stupeur et à l’effroi. Le mécanisme d’embrigadement est implacable, à cela près que dans Le Disciple, Veniamin joue tous les rôles : celui du gourou, du bourreau, de la victime. Année 2016 oblige, impossible de ne pas penser à ces gamins qui interprètent les textes religieux comme bon leur semble, sans le recul nécessaire. Et qui finissent par se faire exploser au nom d’un Dieu vengeur. Veniamin trouve une justification de tous ses actes dans la Bible ; pire, comme on jouerait son destin sur un coup de dés, lui récite la Bible pour trouver le courage d’agir. A l’instar de ces popes et autres ecclésiastes qui prêchent la bonne parole alors qu’eux mêmes devraient balayer devant leur porte, Veniamin fait du prosélytisme en occultant ses propres pensées. Kirill Serebrennikov fait à la fois preuve d’ironie et d’honnêteté intellectuelle en incrustant chacune des citations à l’image lorsqu’elle sont dites, afin qu’on ne puisse l’accuser, à son tour, de détourner les Ecritures. Le Disciple est alors implacable : pour l’avenir de la Russie – et en filigrane, du reste du monde –, l’extrémisme religieux est un fléau à combattre, et le dialogue, avec des figures adultes intelligentes et cultivées, la solution. </p>
<p>&nbsp;<br />
Le Disciple<em> (Uchenik) de Kirill Serebrennikov, avec Victoria Isakova, Petr Skvortsov, Julia Aug, Alexandr Gorchilin&#8230; Russie, 2016. Présenté en sélection Un Certain Regard au 69e Festival de Cannes. Prix François Chalais 2016.</em> </p>
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		<title>A table avec Naomi Kawase et Kore-eda Hirokazu</title>
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		<pubDate>Thu, 14 May 2015 21:50:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>JNB</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Projetés le même jour au Palais de ce 68e Festival de Cannes, An de Naomi Kawase et Notre petite sœur de Kore-eda Hirokazu. Deux films qui donnent du sens à la gastronomie...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h3>Bon appétit</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2015/05/umimachi-diary-notre-petite-soeur-kore-eda-hirokazu.jpg" alt="Notre petite soeur, de Kore-eda Hirokazu" title="Notre petite soeur, de Kore-eda Hirokazu" width="280" height="150" class="alignleft size-full wp-image-21350" /><strong>Projetés le même jour au Palais de ce <a href="http://www.grand-ecart.fr/pense-bete/68e-festival-international-film-cannes-cinema-joel-ethan-coen-2015/" title="13/05-24/05 : Festival de Cannes 2015">68e Festival de Cannes</a>, <em><a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/an-naomi-kawase/" title="An, de Naomi Kawase">An</a></em> de Naomi Kawase et <em><a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/notre-petite-soeur-umimachi-diary-kore-eda-hirozaku/" title="Notre petite sœur, de Kore-eda Hirozaku">Notre petite sœur</a></em> de Kore-eda Hirokazu. Deux films qui donnent du sens à la gastronomie.</strong></p>
<p>Les deux cinéastes japonais ont souvent monté les célèbres marches du Festival de Cannes. En 2013, Kore-eda dévoilait <em><a href="http://www.grand-ecart.fr/66e-festival-cannes-2013/films-selection-officielle-quinzaine/tel-pere-fils-hirokazu-kore-eda/" title="Tel père, tel fils, de Kore-eda Hirokazu">Tel père, tel fils</a></em>, l’histoire d’un échange de bébés à la maternité. L’année dernière, en 2014, Naomi Kawase y livrait l’un de ses plus beaux films, <em><a href="http://www.grand-ecart.fr/67e-festival-cinema-cannes/films-selection-officielle-2014/competition-palme-or-2014/futatsume-no-mado-still-the-water-naomi-kawase/" title="Still the Water, de Naomi Kawase">Still the Water</a></em>. Tantôt heureux au palmarès (le Prix du jury pour <em>Tel père, tel fils</em>), tantôt moins (<em>Still the Water</em> oublié du jury), ces deux-là constituent pour l’Occident de fiers représentants du cinéma nippon. Pourquoi <em>Notre petite sœur</em> de Kore-eda Hirokazu est projeté en compétition, en lice pour la Palme d’or, et <em>An</em>, de Naomi Kawase, « relégué » à la section Un Certain Regard, nul ne peut le savoir. Ce qui est sûr, c’est qu’alors que leurs précédents films ne partageaient que lointainement des sujets, ceux-là ont de nombreuses choses en commun – et même une actrice merveilleuse, Kirin Kiki.</p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2015/05/masatoshi-nagase-an-naomi-kawase-b.jpg" alt="An, de Naomi Kawase" title="An, de Naomi Kawase" width="280" height="186" class="alignright size-full wp-image-21358" />Il y a différentes façons d’appréhender une culture. Pour embrasser une société – et ses membres –, on peut passer par l’art, par l’économie. Par le sport. Ce qui est plus rare, c’est les pas de côté : au Japon par exemple, la gastronomie, tout à la fois art et artisanat, lien social et rite. <em>Notre petite sœur</em> n’est pas à proprement parler un film qui parle de la nourriture, mais, en bon cinéaste biberonné par les œuvres de Yasujiro Ozu, Kore-eda aime les séquences autour d’un bon repas, qu’il distille aux moments opportuns. Là où des cinéastes d’action mettraient une scène de course-poursuite pour faire avancer l’intrigue, Kore-eda place un déjeuner. C’est au cours du repas – ou en le préparant – que les quatre sœurs du film, abandonnées de parents tantôt morts, tantôt démissionnaires, vont parler de leur famille, de leurs attentes, de leurs craintes. La nourriture, alcool y compris, permet de se remémorer les bons souvenirs comme les mauvais, de grandir et de progresser. <span id="more-21349"></span></p>
<p><em>An</em> donne aussi à la gastronomie une place prépondérante. C’est l’histoire de Sentaro, gérant d’une boutique de dorayakis, ces délicieuses pâtisseries japonaises fourrées à la pâte de haricots rouges (« an »). Un jour une vieille femme, Tokue (la comédienne Kirin Kiki, par ailleurs actrice fétiche de Kore-eda), lui propose de l’aider et lui apporte une pâte qu’elle a préparée elle-même. Sentaro refuse d’abord, avant de goûter ladite pâte, délicieuse. Ensemble, ils vont redonner vie à la boutique.</p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2015/05/an-kirin-kiki-naomi-kawase.jpg" alt="Kirin Kiki dans An, de Naomi Kawase" title="Kirin Kiki dans An, de Naomi Kawase" width="280" height="186" class="alignleft size-full wp-image-21361" />Derrière ce sujet a priori léger se cache un film à l’infinie intensité. Comme dans <em>Notre petite sœur</em>, préparation et dégustation de mets constituent des moments clés du film. A cela près qu’à travers cette petite faiblesse nippone, Naomi Kawase livre une œuvre pleine de grâce et merveilleuse, d’une justesse incroyable. Les dorayakis du sujet sont un prétexte à une progression constante de l’intrigue, qui dépasse largement le cadre professionnel d’une boutique. Sentaro et Tokue, deux laissés-pour-compte à leur façon, vont apprendre chacun l’un de l’autre. L’un reprendra goût à la vie ; l’autre se frottera de nouveau à un monde qui l’a violemment exclue, et transmettra son savoir-faire. </p>
<p>Un savoir-faire qui englobe la préparation de la pâte de haricots rouges, mais qui s’étend bien au-delà. Entre Tokue et Sentaro, c’est le choc des générations. Si le Japon reste encore pour nous Occidentaux, une nation mystérieuse, quoique souvent réduite soit au bouddhisme zen, soit aux perversions sexuelles, elle est pour les Japonais un pays dont la face change radicalement et à toute allure. Ce que fait Naomi Kawase, c’est exprimer les croyances animistes et chamaniques qui sont au cœur de l’existence. Tokue ne se contente pas de cuisiner des haricots, elle les remercie pour le bien-être prochainement procuré, elle les invite « à faire connaissance avec le sucre », elle les écoute et les ressent.</p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2015/05/dorayaki-azuki-an-naomi-kawase.jpg" alt="Des dorayakis !" title="Des dorayakis !" width="280" height="158" class="alignright size-full wp-image-21362" />En japonais, on ne dit pas « bon appétit » mais « itadakimasu ». La formule peut être traduite par « je reçois ». Elle n’est pas destinée aux autres convives mais à soi-même : « itadakimasu » exprime la déférence envers des dieux archaïques et une nature toute-puissante, qui offre à l’humanité ses bienfaits. Tokue respecte la vie, où qu’elle soit. Comme des millions de Japonais chaque année, elle chérit aussi la courte période de floraison des cerisiers – « Hanami », une dizaine de jours au début du mois d’avril –, se laissant d’ailleurs porter par le vent qui agite les branches des cerisiers en direction de l’échoppe de Sentaro. Dans <em>An</em> et dans <em>Notre petite sœur</em>, Hanami symbolise le cycle de la vie et de la mort : une beauté sublime et fulgurante qui meurt pour mieux revivre l’année suivante, éternellement.</p>
<p>Mais le cinéma de Kawase et d’Hirokazu ne passe pas non plus sous silence les heurts de la société japonaise : <em>Still the Water</em> appelait autant l’émerveillement que l’effroi face à la nature ; <em>Nobody Knows</em>, <em>Air Doll</em> et <em>Tel père, tel fils</em>, disait la tragique perte de repères dans l’archipel. Dans <em>An</em> comme dans <em>Notre petite sœur</em>, la difficulté de trouver sa place. Jadis atteinte de la lèpre, la vieille femme de <em>An</em> fut internée de force dans un sanatorium. Il y a encore peu, le gouvernement excluait toute personne atteinte de la lèpre, réminiscence du passé eugéniste de la première partie du XXe siècle japonais. Kawase et Kore-eda ne dépeignent pas un Japon idéal, qui serait exclusivement fait d’une grand-mère drôle et touchante, de quatre sœurs belles et intelligentes, et de fabuleux plats, mais le Japon tel qu’il est, fait de nombreux paradoxes et parfois d’une stupéfiante violence. L’archipel nippon ne se révèle qu’à ceux qui gardent les yeux grands ouverts, tout comme son impalpable cinéma, dont Kore-eda Hirokazu et surtout Naomi Kawase livrent la quintessence.</p>
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		<title>La sélection de printemps des éditions Montparnasse</title>
		<link>http://www.grand-ecart.fr/cinema/southcliffe-3x-manon-gilles-caron-editions-montparnasse-2015/</link>
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		<pubDate>Sat, 09 May 2015 08:15:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Cédric Janet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Films]]></category>
		<category><![CDATA[actualités]]></category>
		<category><![CDATA[documentaire]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[religion]]></category>
		<category><![CDATA[série]]></category>

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		<description><![CDATA[L’histoire de Gilles Caron. L’histoire de Manon. L’histoire de Southcliffe. L’histoire d’un monastère. Autant de raison de claquer au moins 20 euros dans un DVD ! Gilles Caron, le conflit...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><strong>L’histoire de Gilles Caron. L’histoire de Manon. L’histoire de Southcliffe. L’histoire d’un monastère. Autant de raison de claquer au moins 20 euros dans un DVD !</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2015/05/Gilles-Caron-Le-Conflit-intérieur.jpg" alt="Gilles Caron. Le Conflit intérieur." width="250" height="168" class="alignleft size-full wp-image-20907" /><strong><em>Gilles Caron, le conflit intérieur</em>, film documentaire réalisé par Séverine Lathuillière.</strong></p>
<p>Mémoire visuelle d’une époque, Gilles Caron (décédé en 1970 à l’âge de 30 ans) a dépeint en à peine 5 années et plus de 500 reportages la chronique des grands événements contemporains : la guerre des Six Jours, celle du Vietnam, les conflits au Biafra et en Irlande du Nord, Mai 68, le Printemps de Prague…<br />
Le film documentaire de Séverine Lathuillière revient sur l’engagement artistique et philosophique de Gilles Caron, grand photographe français disparu prématurément au Cambodge dans une zone contrôlée par les Khmers Rouges. On y apprend dans quelles conditions le photographe pénétrait les zones de guerre et comment il réussissait plus qu’aucun autre à être au bon endroit au bon moment. Cet homme des terrains sensibles, au grand dam de ses confrères et concurrents, avait toujours un coup d’avance. Le documentaire ne se limite pas à une hagiographie naïve mais cerne le travail de fond du professionnel de l’image qu’il fut, expliquant avec pédagogie l’évolution de ses clichés.<br />
Au début de sa carrière, Gilles Caron privilégiait l’instantanéité et son intuition. Normal. Quelques coups mémorables l’ont rendu célèbre (une terrible photo de corps brûlés au Biafra) mais pas pour les raisons qu’il espérait. Le sensationnel, très peu pour lui. Caron a travaillé pour faire corps avec son appareil jusqu’à la fin. Ses derniers clichés baignés d’une intelligente sobriété témoignaient de la réalité telle qu’il espérait qu’elle soit. Une réalité sans affèterie. <span id="more-20906"></span><br />
<em>« Il n’y a aucune raison pour que ce monde imparfait et ennuyeux qui m’a été donné à la naissance, je sois obligé de l’assumer et de l’améliorer dans la mesure de mes moyens. On subit toujours, mais de diverses façons. Ne rien faire, c’est déroutant. Jouer un rôle c’est prendre son siècle en main, en être imprégné tout entier. »</em> Gilles Caron</p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2015/05/3X-Manon.jpg" alt="3X Manon" width="250" height="175" class="alignleft size-full wp-image-20908" /><strong><em>3X Manon</em>, une série réalisé par Jean-Xavier de Lestrade avec Alba Gaïa Bellugi, Marina Foïs, Yannick Choirat…</strong></p>
<p>Manon, 15 ans, est envoyée en centre éducatif fermé pour filles après une violente altercation avec sa mère. L’adolescente souffre d’un mal-être insaisissable qui se traduit par une rage incontrôlable envers la terre entière.<br />
Le génial Jean-Xavier de Lestrade, auteur du documentaire oscarisé <em><a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/un-coupable-ideal-zambie-profite-cuivre/">Un coupable idéal</a></em>, se colle au défi de la série télévisée. Quelle réussite ! Je ne vous dis que ça ! La spécialité de l’auteur, la réalité crue, transpire à chaque plan. Lui qui s’est fait expert pour débusquer les tricheurs et révéler les mensonges n’y va pas avec le dos de la cuillère dans son étude des services médico-sociaux (leurs méthodes et dissensions pédagogiques) supposés soigner les adolescents blessés.<br />
<em>3X Manon</em> secoue, remue, hache menu, lessive. Une expérience d&#8217;où l’on sort rincé. La vérité dérange, c’est bien connu. L’histoire de Manon, cette jeune femme hantée par son mal-être, inadaptée au monde qui l’entoure, ne pouvant même plus supporter la présence de sa mère, ne révèle pas seulement les blessures de l’âge mais les agressions dont les filles et les garçons sont victimes au quotidien. Vous savez, ces petites agressions anodines sur le physique et le caractère qui font sentir que l’on est systématiquement à coté de la plaque. Certains le vivent très mal. Notre société, telle qu’elle est aujourd’hui, n’est rien d’autre qu’une machine à broyer où il faut être prêt à l’emploi avant même d’être préparé.<br />
Jean-Xavier de Lestrade ne tire pas à boulet rouge sur ces hommes et ces femmes qui accompagnent nos enfants. Au contraire, il montre les difficultés techniques et structurelles auxquelles le personnel hospitalier est confronté chaque jour. La série nous plonge au cœur d’un champ de bataille. Aussi, n’ayez crainte, si la fureur de Manon agresse, la bienveillance des éducateurs panse nos plaies.<br />
La jeune Alba Gaïa Bellugi explose à l’écran par sa puissance et son magnétisme.<br />
<em>3X Manon</em>. Trois épisodes. Trois étapes vers la réparation. Une très grande et belle série.</p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2015/05/Southcliffe-2.jpg" alt="Southcliffe" width="250" height="150" class="alignleft size-full wp-image-20922" /><strong><em>Southcliffe</em>, une série créée par Tony Grisoni avec Rory Kinnear, Sean Harris, Shirley Henderson… </strong></p>
<p>Le 2 novembre 2011, la petite ville anglaise de Southcliffe voit s’abattre sur elle une vague de fusillades causant la mort de nombreuses personnes. Le tireur est connu de tous, au moins de vue.<br />
Tony Grisoni, scénariste attitré de Terry Gilliam (<em>Las Vegas Parano</em>, <em>Tideland</em> et bientôt <em>The Man Who Killed Don Quixote</em>) avait déjà frappé fort nos mirettes avec son « triptyque thriller » <em>The Red Riding Trilogy</em> (que je vous recommande mille fois, vous m’en direz des nouvelles). Fidèle à ses habitudes, à savoir refuser toute intrigue linéaire pour proposer une narration déstructurée, Tony Grisoni n’a pas voulu créer une énième série sur un tueur en série mais évoquer le rapport que les hommes et les femmes entretiennent avec la mort et le deuil. Les premières images, une terrible fusillade, ouvre le récit à la façon d’un opéra. La petite ville de Southcliffe bascule dans l’horreur. Au cours d’incessants allers et retours entre passé et présent, nous comprenons les motivations de l’assassin à travers les portraits de ceux qui de près ou de loin l’ont côtoyé. C’est génial à suivre car jusqu’à la fin nous doutons des personnages. Nous les aimons, nous les détestons puis nous comprenons. Nous comprenons Southcliffe. Et c’est génial !<br />
Très recommandé. </p>
<p>Et pour finir, on vous avait parlé à sa sortie en octobre dernier du documentaire <a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/religion-temps-quelques-jours-nicolas-gayraud/"><em>Le Temps de quelques jours</em></a> : eh bien, il sort lui aussi en DVD aux éditions Montparnasse. Merci seigneur.</p>
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		<title>Le Projet Atticus, de Chris Sparling</title>
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		<pubDate>Sat, 31 Jan 2015 19:49:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alessandro Rizzo</dc:creator>
				<category><![CDATA[Films]]></category>
		<category><![CDATA[diable]]></category>
		<category><![CDATA[Etats-Unis]]></category>
		<category><![CDATA[fantastique]]></category>
		<category><![CDATA[found footage]]></category>
		<category><![CDATA[Gérardmer]]></category>
		<category><![CDATA[horreur]]></category>
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		<category><![CDATA[religion]]></category>

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		<description><![CDATA[En 1975, un groupe de scientifiques crée le projet Atticus, un programme d'étude des comportements paranormaux. Les cas avérés, mais non scientifiquement validés, de médiumnie et...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h3>Ce soir, dans <em>Histoires secrètes</em>&#8230;</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2015/02/projet-atticus-chris-sparling-affiche.jpg" alt="Le Projet Atticus, de Chris Sparling" width="210" height="280" class="alignleft size-full wp-image-20289" /><strong>En 1975, un groupe de scientifiques crée le projet Atticus, un programme d&#8217;étude des comportements paranormaux. Les cas avérés, mais non scientifiquement validés, de médiumnie et de télékinésie y sont étudiés selon un protocole précis. Pourtant, un cas hors du commun va précipiter la fermeture du laboratoire. Ce film documentaire propose de faire la lumière sur cette étrange affaire.</strong></p>
<p>Chris Sparling maîtrise sur le bout des doigts ses classiques de possession démoniaque. <em>L&#8217;Exorciste</em>, pour les sons gutturaux et les roulements de tête, comme tous ses succédanés où sont mis face à face émanation surnaturelle et rationalisme scientifique. Cette érudition s&#8217;avère bien utile pour tenir sans mollir le principe du faux documentaire qu&#8217;on croirait siglé Discovery Channel. Un <em>found footage</em> emballé en &#8220;docu like&#8221; où rien ne manque, des interviews des protagonistes quarante ans plus tard cadrés et éclairés dans les règles de l&#8217;art, aux archives banc-titrées avec effet Ken Burns jusqu&#8217;aux rapports top secrets caviardés. Et bien évidemment, les vidéos des événements, puisque nous sommes dans un dispositif scientifique où tout était consigné sur film argentique et sur bande vidéo. Certes, l&#8217;ensemble tire trop en longueur en répétant certaines séquences et en bouclant sur des évidences du type <em>&#8220;Nous sentions que quelque chose n&#8217;allait pas&#8221;</em> comme lors d&#8217;un retour d&#8217;écran de pub. Mais, en recréant tous les codes du genre, le réalisateur a au moins le mérite de la cohérence en nous persuadant qu&#8217;on est bien devant un 52 minutes de seconde partie de soirée sur le câble. </p>
<p>L&#8217;approche scientifique et le traitement vintage des archives vidéo apportent parfois une plus-value bien sentie aux moments effrayants, même s&#8217;ils ne brillent pas par leur originalité. En revanche, ce qui l&#8217;est davantage, c&#8217;est l&#8217;idée pour le moins farfelue, mais séduisante, que ce cas de possession soit reconnu, top secret, par l&#8217;Etat américain. Rappelons que les événements se passent en pleine guerre froide. Mises dans le coup, la CIA et l&#8217;armée supplantent les scientifiques dépassés et passent à l&#8217;action en tentant de &#8220;posséder la possession&#8221;, avec pour seul objectif de soumettre l&#8217;esprit démoniaque qui habite le corps de la pauvre femme afin d&#8217;en capter la puissance pour la transformer en arme fatale… et les Soviets n&#8217;ont qu&#8217;à bien se tenir. Evidemment, un prêtre exorciste avec masque à gaz et un vomi-geyser de pétrole plus tard, l&#8217;échec est définitif. Rideau sur le labo. Les survivants sont priés de rentrer chez eux et d&#8217;oublier cette histoire qui, de toute façon, sentait la plantade intégrale depuis le début.</p>
<p><em>Le Projet Atticus</em> est un <em>found footage</em> réussi &#8211; c&#8217;est assez rare pour le signaler &#8211; grâce à un procédé narratif correctement tenu de bout en bout par un réalisateur qui fait son boulot. Un bon DTV en forme de fausse soirée TV, suffisamment tendu pour nous faire croire qu&#8217;on vient d&#8217;arrêter de zapper.</p>
<p>&nbsp;<br />
Le Projet Atticus<em> (The Atticus Institute) de Chris Sparling, avec Rya Kihlstedt, William Mapother, John Rubinstein&#8230; Etats-Unis, 2014. Présenté hors compétition au 22e Festival du film fantastique de Gérardmer. Sortie DVD le 25 mars 2015.</em></p>
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		<title>Le Temps de quelques jours, de Nicolas Gayraud</title>
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		<pubDate>Tue, 07 Oct 2014 14:46:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Cédric Janet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Films]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[religion]]></category>

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		<description><![CDATA[Nicolas Gayraud pose sa caméra au cœur de l’abbaye de Bonneval au plus près des sœurs de l’Ordre cistercien de la Stricte Observance. Pour la première fois, la mère abbesse autorise à ce qu’un...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2014/10/temps-quelques-jours-nicolas-gayraud.jpg" alt="Le Temps de quelques jours, de Nicolas Gayraud" title="Le Temps de quelques jours, de Nicolas Gayraud" width="210" height="280" class="alignleft size-full wp-image-19415" />Nicolas Gayraud pose sa caméra au cœur de l’abbaye de Bonneval au plus près des sœurs de l’Ordre cistercien de la Stricte Observance. Pour la première fois, la mère abbesse autorise à ce qu’un documentariste raconte leur quotidien. Un quotidien nourri de prière et d’essentiel. Planté sur les contreforts de l’Aubrac dans le département de l’Aveyron, l’abbaye se préserve du monde et de notre société moderne tellement frénétique.Le temps ne s’est pas arrêté pour autant et les sœurs ne s’isolent pas de l’extérieur, elles se purifient des scories qui empêchent d’apprécier les valeurs essentielles, l’amour et la fraternité, deux mots mal compris aujourd’hui. </p>
<p>On y voit des sœurs souriantes, franches et directes dans leur propos. Elles évoquent leur vie passée et le moment sacré où elles se sont décidées à suivre l’appel du Seigneur. Il n’est jamais question d’abandon, encore moins de reniement, mais d’accepter la pauvreté comme seule richesse du corps et de l’esprit. Aussi, nous apprécions comme une marque de considération et de confiance les mots qu’elles portent sur le doute, leurs doutes. Etre « une bonne sœur » n’est pas facile tous les jours quand l’ennui pointe le bout de son nez. Il y a des jours sans. <span id="more-19412"></span></p>
<p>Bonneval, c’est un lieu de silence mais aussi de lenteur. Le silence pour s’écouter à l’intérieur, la lenteur pour apprécier et s’apprécier. Les témoignages révèlent à quel point la temporisation s’avère vitale pour goûter les saveurs du monde. D’ailleurs, l’abbaye de Bonneval est réputée pour son chocolat. Un chocolat « fait maison ». L’artisan chocolatier qui travaille en compagnie des sœurs confie son bonheur de profiter de la paix qui habite l’abbaye. Pour rien au monde, il ne retournerait dans la folie du commerce classique.</p>
<p>Les paysages sauvages de l’Aveyron donnent à l’abbaye une image d’éternité comme si elle y était plantée depuis l’aube des temps. Inusable. Inaltérable.<br />
Qu’est-ce qui rapproche toutes les sœurs de Bonneval ? Les rires et les sourires qu’elles nous adressent.</p>
<p>&nbsp;<br />
Le Temps de quelques jours<em> de Nicolas Gayraud. France, 2014. Sortie le 1er octobre 2014.</em></p>
<p><center><iframe src="http://www.ultimedia.com/deliver/generic/iframe/mdtk/01200383/zone/2/showtitle/1/src/3r53mu" width="560" height="320" frameborder="0" scrolling="no" marginwidth="0" marginheight="0" hspace="0" vspace="0" style="z-index:1;"></iframe></center></p>
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