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	<title>Grand Écart &#187; politique</title>
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	<description>Étirements cinéphiles</description>
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		<title>Rencontre avec Lorcan Finnegan</title>
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		<pubDate>Wed, 11 Mar 2020 13:35:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alessandro Rizzo</dc:creator>
				<category><![CDATA[Portraits]]></category>
		<category><![CDATA[Etats-Unis]]></category>
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				<content:encoded><![CDATA[<h2>Un bonheur insoutenable</h2>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2020/02/lorcan-finnegan-portrait.jpg" alt="Lorcan Finnegan" width="280" height="280" class="alignleft size-full wp-image-27464" />Précédé d’une flatteuse réputation validée par une pluie de nominations et de récompenses, notamment à Cannes et à Sitges, <em>Vivarium</em> aura eu le mérite d’animer une bien terne <a href="http://www.grand-ecart.fr/pense-bete/27e-festival-film-fantastique-gerardmer-horreur-2020/" title="29/01-02/02 : 27e Festival du film fantastique de Gérardmer">27e édition du Festival de Gérardmer</a>. Un film délirant, stupéfiant et signifiant qui méritait bien quelques confidences de la part de son jeune réalisateur irlandais. Rencontre avec Lorcan Finnegan.</p>
<p>&nbsp;<br />
<strong><em>Vivarium</em> est une fable surréaliste, métaphorique et cruelle. Êtes-vous d’accord avec cette définition ?</strong></p>
<p>Oui, tout à fait. Même s’il y a tout un tas d’autres interprétations possibles.</p>
<p><strong>Sans oublier sa dimension politique&#8230; </strong></p>
<p>Sociopolitique serait plus juste.</p>
<p><strong>Justement, quels sont les sujets qui parcourent <em>Vivarium</em> ?</strong></p>
<p>Même si chacun y trouve l’interprétation qu’il souhaite, pour moi <em>Vivarium</em> est un point de vue sur un certain mode de vie que l’on a voulu nous vendre comme idéal à partir de la fin des années 1950. En réalité, c’est un modèle absurde et atroce ! Je ne parle évidemment pas de tous les lotissements ni de toutes les banlieues pavillonnaires mais plutôt de ces programmes immobiliers aberrants qui ont poussé au milieu de nulle part. Ils favorisent l’individualisme tout en brisant les individus. Les promoteurs y vendent très cher du rêve à grand renfort de marketing à des gens qui y seront prisonniers pour la vie. Une vie de cauchemar qu&#8217;ils vont passer à rembourser des prêts où les contacts sociaux sont réduits au minimum et où il doivent faire des kilomètres en voiture chaque matin pour aller travailler. C’est quand même très étrange de faire ce choix de vie&#8230; <span id="more-27450"></span></p>
<p><strong>Comment est née l’idée du film ?</strong></p>
<p>Du boom économique qui a eu lieu en Irlande entre 2005 et 2008. À ce moment-là, ces programmes immobiliers ont poussé comme des champignons à travers tout le pays. Les banques accordaient des prêts sans compter et le gouvernement en tirait de gros bénéfices. Mais quand, en 2008, la crise des subprimes a éclaté, ceux qui avaient acheté se sont retrouvés piégés dans ces endroits sans âme. Revendre leur maison devenait impossible, personne ne pouvant plus les acheter, alors que leur niveau d&#8217;endettement grossissait dangereusement. Ces lotissements sont devenus des sortes de cimetières. J’ai connu personnellement pas mal de personnes dans ce cas&#8230; Ce sont toutes ces idées autour d’un contrat social mensonger que nous avons voulu explorer avec le scénariste Garrett Shanley.</p>
<p><strong>Votre vision est sombre. Pensez-vous que nous ayons définitivement perdu la partie face à ce système ?</strong></p>
<p>Sans doute pas si nous nous rendons compte de ce qui se trame à notre insu. La petite fille au début du film n’aime pas ce qu’elle voit (des oisillons morts après avoir été éjectés de leur nid par d’autres poussins plus forts) et c’est bien ! La prise de conscience est indispensable pour les générations futures.</p>
<p><strong>Y aurait-il derrière tout ça une forme de dictature du bonheur ?</strong></p>
<p>Sans doute est-ce la marque du capitalisme de nous imposer un idéalisme illusoire…</p>
<p><strong>Quel est le sens de cette scène d’ouverture naturaliste avec les oisillons ?</strong></p>
<p>Il s’agit de coucous, une race d’oiseaux qui pond dans le nid des autres avant d’abandonner ses œufs. Une fois nés, les poussins coucous dégagent du nid les autres oisillons pour être élevés et nourris de façon exclusive par leurs parents d&#8217;adoption. Ils ont un comportement de parasites. Après avoir vu un documentaire sur les coucous, avec Garrett nous nous sommes dit qu’ils feraient une bonne métaphore des promoteurs immobiliers. Voilà comment est née une des idées principales de l’intrigue. Sinon, c’est également une référence à la violence de la sélection naturelle qui sévit au sein de toutes les espèces, humains compris.</p>
<p><strong>Quel est le rôle des deux classiques de ska jamaïcain<sup>(1)</sup> des <em>60’s</em> que vous utilisez ?</strong></p>
<p>Ce sont des chansons qui parlent de pauvreté sur un rythme ensoleillé. De révolte sociale dans la bonne humeur. C’est à la fois de super morceaux et de formidables contrepoints, d’abord entre paroles et musique, puis entre la musique et la situation désespérée du couple à l’écran.</p>
<p><strong>Pourquoi avoir choisi le film de genre pour traiter votre sujet ?</strong></p>
<p>Le film fantastique permet d’avoir une grande liberté et de laisser libre cours à sa créativité. En se coupant de toute représentation du réel, on peut exagérer à souhait, utiliser toutes les perspectives que l’on veut pour montrer la complexité et l’étrangeté de nos comportements.</p>
<p><strong>Quelles ont été vos références pour ce film ?</strong></p>
<p>L’influence graphique de Magritte est évidente et était présente depuis le début dans le scénario. Je pense aussi aux films du Suédois Roy Andersson, notamment pour la lumière et la photographie, à <em>La Femme des sables</em> (1964) de Hiroshi Teshigahara, au <em>Dernier Survivant</em> (1985), un film de SF post-apocalyptique de Geoff Murphy et à <em>Lost Highway</em> de David Lynch.</p>
<p><strong>Et vos films préférés ?</strong></p>
<p>Qui sait, je ne les ai peut-être pas encore vus… Sinon, j’ai grandi avec les films d’horreur et les épisodes de <em>Twilight Zone</em> à la télévision, les films de David Cronenberg. J’aime tous les genres de films, du moment que c’est du bon cinéma. En aparte, j’aimerais dire qu’on me parle souvent de <em>Black Mirror</em> comme si c’était une référence de <em>Vivarium</em>. Mais la vérité est que le projet a été initié bien avant la diffusion du premier épisode de la série, qui est excellente par ailleurs. </p>
<p><strong>Votre prochain projet sera-t-il toujours un film fantastique ?</strong></p>
<p>Ce sera effectivement un thriller surnaturel sur le thème de la vengeance. Il y aura encore une dimension politique puisqu’il évoquera l’exploitation humaine en Asie liée à l’industrie occidentale de la mode. Grâce au cinéma, on peut envoyer des messages importants au plus grand nombre. Quoi qu’il en soit, j’ai besoin d’une thématique forte pour aller au bout d’un projet.</p>
<p>(1) <em>A message To You Rudy</em> (Dandy Livingstone, 1967) et <em>007</em> (Desmond Dekker, 1967).</p>
<p>&nbsp;<br />
Vivarium <em>de Lorcan Finnegan, avec Jesse Eisenberg, Imogen Poots. Etats-Unis, Irlande, 2019. En compétition au 27e Festival du film fantastique de Gérardmer. Sortie le 11 mars 2020.</em></p>
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		<title>Rencontre avec Crazy Pictures</title>
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		<pubDate>Mon, 08 Apr 2019 11:36:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>JNB</dc:creator>
				<category><![CDATA[Portraits]]></category>
		<category><![CDATA[engagé]]></category>
		<category><![CDATA[fantastique]]></category>
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				<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2019/04/The-Unthinkable-214x300.jpg" alt="The Unthinkable, Crazy Pictures" width="214" height="300" class="alignleft size-medium wp-image-26892" />Ils sont cinq : Albin Pettersson, Rasmus Råsmark, Hannes Krantz, Victor Danell et Olle Tholén. A ces cinq-là s&#8217;ajoute Christoffer Nordenrot, acteur au long cours et coscénariste. A eux six, ils composent le collectif suédois Crazy Pictures, rassemblement assez unique de jeunes talents du septième art à qui l&#8217;on doit en ce début d&#8217;année un premier long-métrage enthousiasmant, véritable succès en Suède et reparti du <a href="http://www.grand-ecart.fr/pense-bete/26e-festival-film-fantastique-gerardmer/" title="30/01-3/02 : 26e Festival du film fantastique de Gérardmer">26e Festival de Gérardmer</a> avec (entre autres) un Prix du jury bien mérité : <em><a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/the-unthinkable-crazy-pictures-christoffer-nordenrot/" title="The Unthinkable, de Crazy Pictures">The Unthinkable</a></em>. Rencontre avec trois des membres de <a href="http://crazypictures.se/" title="Crazy Pictures" target="_blank">Crazy Pictures</a>, Olle Tholén, Albin Pettersson et Christoffer Nordenrot.</p>
<p>&nbsp;<br />
<strong>Quel a été le point de départ de <em>The Unthinkable</em> ?</strong></p>
<p><em>Albin :</em> Le noyau du film, c’était la scène du début avec la guitare, qui a servi à créer cette famille dysfonctionnelle. Le père qui voulait faire quelque chose de bien mais qui se termine mal. C’est ce qui a permis de lancer l’histoire de la famille. Parallèlement, mais sans imaginer que ça ferait partie du même film, nous pensions à cette « alarme de guerre », testée quatre fois par an en Suède. Un jour, ça ne serait plus un test. Comment réagirions-nous, que ferions-nous, où irions-nous ? En Suède, cela fait plus de 300 ans qu’il n’y a pas eu de guerre. Et si la Suède était en guerre ? C’était une pensée excitante. </p>
<p><em>Christoffer :</em> Nous sommes habitués à voir ce genre de choses dans des films américains et à la télé. Mais nous n’avons pas ça en Suède. Nous nous sommes dit que c’était intéressant de faire un film à propos de ça. Quand on commence à enquêter sur ce sujet, à parler aux gens, on se rend compte qu’il y a eu beaucoup de choses palpitantes dans l’histoire de la Suède. Pendant la guerre froide, le gouvernement a fabriqué des bunkers pour accueillir tous les habitants. Donc il y a beaucoup de bunkers, qui n’ont en fait jamais été utilisés puisqu’il n’y a jamais eu de guerre. Mais c’était un cadre intéressant. Les bunkers existent toujours : que se passerait-il si l’alarme d&#8217;alerte se déclenche, et que cette fois-ci, c’est pour de vrai ? <span id="more-26891"></span></p>
<p><em>Albin :</em> C’était très important pour nous d’avoir tous ces éléments dans le même noyau : on suit les personnages, partout, tout le temps, et on voit l’attaque à travers leurs yeux. On s&#8217;attache à Anna.</p>
<p><strong><em>The Unthinkable</em> est tout à la fois un drame, une histoire d’amour, un film catastrophe, mais aussi un film politique ?</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2019/04/THE-UNTHINKABLE-photo-3-300x125.jpg" alt="THE UNTHINKABLE-effondrement pont" width="300" height="125" class="alignright size-medium wp-image-26902" /><em>Albin :</em> Nous n’avions pas prévu de faire un film politique, mais c’est inévitable quand on fait un film sur des attaques en Suède&#8230;</p>
<p><em>Christoffer :</em> Nous voulions créer un ennemi mystérieux. Le spectateur n’a aucune idée de ce qui est en train de se passer, et de qui est derrière ça. Nous n’avons pas dit grand-chose à propos de l’ennemi. Parfois, nous avons besoin d’en dire un peu plus aux spectateurs, comme à la fin par exemple. Bien sûr, nous parlons à certains moments d’attaques d’aliens, pour ne pas être trop politique. Nous voulions vraiment avoir un ancrage dans la réalité, de façon à rendre les choses le plus plausible possible. Nous avons discuté avec des militaires, des gens sur Internet, pour tenter de trouver la façon la plus réelle de décrire les événements, si cela devait arriver un jour.</p>
<p><strong>Aujourd&#8217;hui, quand on parle d&#8217;attaque militaire en Suède, on pense forcément à la Russie et à ses menaces régulières&#8230;</strong></p>
<p><em>Olle :</em> Bien sûr. Il y a un océan autour de la Suède, et la Russie a des sous-marins. Parfois, vous pouvez voir les sous-marins aux alentours de Stockholm : c’est quelque chose d’important en Suède. Je ne pense pas que les gens voient ça comme une menace, mais on en a toujours parlé en Suède. Certains nous ont critiqués, en disant que nous rendons les gens encore plus effrayés par la Russie. Qu’on donne à la Russie le mauvais rôle. Mais ce n’est pas la réalité.</p>
<p><em>Albin :</em> Dans <em>The Unthinkable</em>, la politique n’est qu’une petite partie qui sert à construire un tout. Nous ne voulons pas transmettre ce message ; la Russie n’est pas le « méchant » dans le film.</p>
<p><strong>Est-ce que ce scénario cauchemar est vraiment impensable ?</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2019/04/THE-UNTHINKABLE-photo-4-300x125.png" alt="THE UNTHINKABLE-masque à gaz" width="300" height="125" class="alignleft size-medium wp-image-26904" /><em>Olle :</em> C’est un peu éloigné de la réalité. Quand nous avons créé le scénario, il y a 8 ans, c’était une fiction totale, de l’imagination. Nous avons discuté avec des gens pour le rendre plausible. Mais au fil des années, la menace se rapprochait, l’insécurité aussi. Je pense que le film est plus d’actualité aujourd’hui.</p>
<p><em>Christoffer :</em> Oui, pas nécessairement avec la Russie, mais avec le monde entier. On vit dans une époque instable, les gens ont peur. Le gouvernement suédois a diffusé une brochure <em>[alertant les civils de la marche à suivre en cas d'attaque étrangère, ndlr]</em> un mois après que notre film est sorti. On aurait dit qu’elle sortait des années 1960.</p>
<p><em>Albin :</em> Ca s’est passé trois semaines avant notre première, ça nous a fait une belle campagne marketing&#8230; Certains ont pensé que nous étions à l’origine de cette brochure !</p>
<p><strong>Chaque pays a ses peurs : quelle est la peur de la Suède ?</strong></p>
<p><em>Christoffer :</em> Notre film est très axé sur les personnages, sur le fait de dire les choses avant qu’il ne soit trop tard. C’est ce qu’on a travaillé avec le personnage d’Alex, et c’est quelque chose de très suédois : garder nos émotions et ne pas en parler. C’est ce qui résonne à travers le film. Mais d’un autre côté, <em>The Unthinkable</em> n’a pas grand-chose de suédois. On n’a encore jamais vu de film comme ça en Suède.</p>
<p><em>Olle :</em> Pour parler d’une vraie menace, le terrorisme est la chose la plus probable qui pourrait arriver à Stockholm. Nous voulions en faire l’expérience dans le film.</p>
<p><em>Christoffer :</em> Depuis le début, c’est une fiction. Y compris la scène de la bande-annonce, avec le pont qui explose au centre de Stockholm. Nous l’avons écrite il y a plusieurs années, mais avec la peur des attaques terroristes, les gens ont été bien plus effrayés. <em>« C’est réel, ça peut arriver. »</em></p>
<p><strong>Dans la vie, vous êtes plutôt optimistes ?</strong></p>
<p><em>Albin :</em> Oui, clairement ! Mais beaucoup de gens en Suède sont pessimistes&#8230;</p>
<p><em>Christoffer :</em> Avec la situation politique actuelle en Suède, comme dans d’autres pays européens, un parti d’extrême droite est en train de monter. C’est le 3e parti, cela veut dire beaucoup de choses à propos des peurs des gens.</p>
<p><strong>Vous dites que d&#8217;une certaine manière, votre film n&#8217;est pas suédois, mais les thrillers scandinaves parlent généralement de crime sans occulter un contexte politique ou social, comme c&#8217;est le cas ici&#8230;</strong></p>
<p><em>Olle :</em> Oui, d’un côté, il est très suédois, mais de l’autre non : l’attaque, et le style hollywoodien.</p>
<p><em>Albin :</em> Cette combinaison le rend unique en Suède. On voit beaucoup de films américains, mais nous sommes tous des réalisateurs suédois. Nous ne voulions pas faire un film américain, donc c’est notre point de vue sur de genre de film.</p>
<p><strong>D&#8217;où vient l&#8217;idée de créer le collectif Crazy Pictures ?</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2019/04/THE-UNTHINKABLE-Crazy-Pictures-collective_photo-300x200.jpg" alt="Crazy Pictures collectif" width="300" height="200" class="alignright size-medium wp-image-26898" /><em>Albin :</em> Nous nous sommes tous rencontrés à l’école, quand nous avions 16 ans. On faisait déjà beaucoup de films, on s’amusait ensemble. A 17 ans, on a fait notre premier long-métrage. Ensuite, en terminant l’école, on a eu envie de continuer de travailler ensemble. Nous avions 19 ans quand nous avons lancé notre boîte de production. C’était il y a 11 ans. Depuis, nous avons fait beaucoup de courts-métrages sur YouTube, beaucoup de publicités pour vivre. Christoffer a joué le rôle principal dans plusieurs de nos films.</p>
<p><em>Christoffer :</em> Ça a été une chance de les rencontrer. Ils se connaissaient depuis longtemps. J’ai commencé en tant qu’acteur dans leurs films, puis je me suis mis à écrire. C’était une belle rencontre.</p>
<p><em>Olle :</em> On est un collectif de cinéastes, et on aime la manière dont on réalise des films ensemble. Au début, on pensait que c’était étrange, qu’il fallait quelqu’un qui soit directeur, l’autre producteur, etc. Mais on n’aime pas travailler comme ça. Nous sommes un collectif, nous avons tous des compétences différentes, et un seul et même but : faire les meilleurs films possibles.</p>
<p><strong>Sur le plateau, ça fonctionne comment ?</strong></p>
<p><em>Albin :</em> Pour vous donner un exemple, même si je ne suis pas directeur du plateau, je peux prendre le rôle de directeur. On a tous passé du temps autour d’une table, à parler du film, donc on sait tout sur le film. C’est plus facile de faire le film ensemble. Habituellement, il n’y a que deux personnes qui discutent de ça. Là, on est cinq. Comme ça, chacun peut remplacer l&#8217;autre si besoin.</p>
<p><strong>Vous avez des techniciens à vos côtés ?</strong></p>
<p><em>Olle :</em> Oui, on doit être 25 personnes sur le plateau. Nous sommes une équipe petite et jeune. L’âge moyen doit être de 27 ans. C’est une toute nouvelle génération.</p>
<p><strong>Être structuré de cette manière, c’est aussi une approche politique, quelque part ?</strong></p>
<p><em>Olle :</em> Oui. Nous avons toujours voulu mettre la marque Crazy Pictures en avant. Les gens ne sont pas habitués à voir un collectif réaliser un film, sans préciser qui fait quoi. C’est une bonne chose pour notre marque&#8230; Vous connaissez quelqu’un qui fait la même chose ?</p>
<p><strong>Les sœurs Wachowski peut-être ?</strong></p>
<p><em>Olle :</em> Oui, mais elles sont toutes deux réalisatrices.</p>
<p><strong>C’est donc unique en Suède ?</strong></p>
<p><em>Olle :</em> Oui, nous ne connaissons personne d’autre. Nous sommes une inspiration en quelque sorte. Des jeunes gens se revendiquent maintenant en tant que boîtes de production, et veulent faire comme nous.</p>
<p><strong>Est-ce que l’industrie cinématographique suédoise voit Crazy Pictures différemment, depuis le succès du film ?</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2019/04/THE-UNTHINKABLE-photo-6-300x125.png" alt="THE UNTHINKABLE-Alex" width="300" height="125" class="alignleft size-medium wp-image-26906" /><em>Albin :</em> Nous avons eu beaucoup de mal au niveau du financement du film. Nous avions 24 ans et nous faisions beaucoup de courts-métrages, nous avions le script de notre long-métrage mais aucun organisme de financement n&#8217;y croyait. Nous nous sommes donc rapprochés de notre communauté. Nous leur avons dit <em>« vous voulez voir le film ? »</em> et nous avons sorti le pilote. Nous avons récolté 30 000 euros les premières 24h, et nous avons terminé à 50 000 euros. Nous sommes ensuite retournés voir les industries cinématographiques en leur disant : <em>« Les gens croient en nous, pouvez-vous le faire également ? »</em> Nous avons eu les financements, et nous avons pu faire le film. Mais nous n’avons pas eu de subvention de l’Etat, même en s’y prenant à cinq reprises&#8230; Quand le film est sorti, plus de 100 000 Suédois sont allés le voir. Le film le plus vu l’année dernière culminait à 300 000 spectateurs. Donc le succès de <em>The Unthinkable</em>, pour un film indépendant, été fabuleux. Maintenant, il est vendu dans 90 pays. En janvier on a été nommés dans quatre catégories aux Guldbagge Awards : on a remporté le prix du « newcomer of the year ». C’est la preuve que nous sommes les bienvenus maintenant.</p>
<p>&nbsp;<br />
The Unthinkable <em>(Den blomstertid nu kommer) de Crazy Pictures, avec Christoffer Nordenrot, Jesper Barkselius, Lisa Henni, Pia Halvorsen… Suède, 2018. Prix du jury, Prix de la critique et Prix du jury jeunes au 26e Festival du film fantastique de Gérardmer. Sortie DVD le 3 avril 2019.</em></p>
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		<title>En guerre, de Stéphane Brizé</title>
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		<pubDate>Thu, 17 May 2018 20:28:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maid Marion</dc:creator>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2018]]></category>
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		<category><![CDATA[critiques Cannes]]></category>
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		<description><![CDATA[La réalité du marché - Après le Thierry de <em>La Loi du marché</em></a>, voici Laurent, syndicaliste CGT d’une usine de sous-traitance automobile dont la fermeture est annoncée. Parce qu'elle...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h3>La réalité du marché</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2018/05/EnGuerre1.jpg" alt="En guerre" width="210" height="280" class="alignleft size-full wp-image-26420" />Après le Thierry de <a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/loi-du-marche-stephane-brize-cannes-2015/" title="La Loi du marché, de Stéphane Brizé" target="_blank"><em>La Loi du marché</em></a>, voici Laurent, syndicaliste CGT d’une usine de sous-traitance automobile dont la fermeture est annoncée. Parce qu’elle n’est plus compétitive, explique la direction. En fait, elle l’est. Elle est même rentable. Mais pas assez : dans les 3 % au lieu des 7 à 8 % attendus par le groupe allemand, maison-mère de l’entreprise. Une différence entre compétitivité et rentabilité au cœur du dialogue de sourds entre représentants du personnel et de la direction. Les salariés ont signé un accord de compétitivité deux ans plus tôt, devant assurer l’emploi pendant au moins 5 ans, contrepartie d’augmentation du temps de travail à salaire égal et de suppression de primes. Mais deux ans plus tard, comme la loi l’y autorise, le groupe considère que le compte n’y est pas et met fin à l’accord. La valeur de la parole donnée, les objectifs divergents (emploi contre dividendes, pour résumer) sont au centre des discussions animées entre syndicalistes et patrons. Et nous sommes là, témoins invités de ces réunions qui se tiennent à huis clos. Caméra embarquée et mouvante au cœur du manque de dialogue et du conflit social. Stéphane Brizé capte les regards, les silences, les tentatives de prises de parole, les agacements. Musique, noir. Occupation d’usine. Téléphone vissé à l’oreille, Laurent veut qu’on écoute les salariés, veut changer d’interlocuteur pour sortir de l’impasse. Visage parmi d’autres, silhouette au milieu de la foule. Cris, fumée, déversement de palettes. Musique, noir. Le dispositif tourne aussi en rond que les discussions &#8211; ce qui finit par lasser tout le monde. Peut-être était-ce la volonté de Stéphane Brizé, de filmer en boucle pour montrer l’impossibilité d’en sortir, malgré les réunions qui s’enchaînent avec toujours de nouveaux venus censés apaiser le conflit, faire ressentir la fatigue d’une grève qui s’éternise. Mais cela finit par amoindrir un propos qui était suffisamment fort par lui-même. Fort sur la violence d’une parole qui répète <em>« Je vous entends, mais&#8230; »</em> et engendre une autre violence, beaucoup plus physique celle-ci. Fort sur le cynisme d’un patron allemand, qui a beau adorer la France pour ses vacances en Camargue, joue à plein des trous de souris permis par la législation pour pouvoir délocaliser la conscience tranquille. Sur l’incapacité des pouvoirs publics, réduits à faire de la figuration dans une langue qui dit tout mais surtout rien. Le film étant construit comme une ritournelle, chaque couplet apporte un éclairage différent à mesure que le conflit stagne. <span id="more-26414"></span>Des syndicats d’abord unis, puis qui s’engueulent franchement entre réformistes pragmatiques et jusqu’au-boutistes. Au regard de l’autre, les uns sont jaunes, les autres sont rouges. Pourtant, Stéphane Brizé s’attache à respecter chacun, les laissant développer leurs arguments, laissant voir leurs exaspérations, gardant toujours la justesse comme fil rouge. Et au milieu de tout ça, Vincent Lindon. Comme Eric Cantona, Vincent Lindon n’est pas un homme. C’est Vincent Lindon. Il a beau être parfois en retrait, noyé dans la masse, son engagement est total. On ne voit que lui, et le réalisateur ne regarde que lui. Son écoute, ses silences, mais aussi ses emportements, ses doutes, l’émotion qu’il tente de dissimuler quand tout se retourne contre lui dans une scène où son jeu pourtant discret explose. Une chronique désenchantée, collective mais qui se réduit finalement au destin d’un seul. Là où Ken Loach ne voit de salut que dans le collectif, Stéphane Brizé, lui, en saisit surtout la menace et la violence.</p>
<p>&nbsp;<br />
En guerre<em> de Stéphane Brizé, avec Vincent Lindon, Mélanie Rover, Olivier Lemaire, Bruno Bourthol&#8230; France, 2018. En compétition du 71e Festival de Cannes. Sortie le 16 mai 2018.</em></p>
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		<title>L’Eté, de Kirill Serebrennikov</title>
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		<pubDate>Fri, 11 May 2018 20:45:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maid Marion</dc:creator>
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				<content:encoded><![CDATA[<h3>Children of the revolution</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2018/05/Leto.jpg" alt="Leto" width="280" height="187" class="alignleft size-full wp-image-26265" />La montée des marches de <em>L’Eté</em> a marqué le premier geste politique du festival, les acteurs arborant des badges à l’effigie du cinéaste et une grande pancarte au nom de Kirill Serebrennikov. Assigné à résidence pour une sombre et paraît-il douteuse histoire de détournement de subventions, il est le premier absent de cette compétition. Dans un entrechoc entre réalité et fiction, les acteurs ont brandi en haut des marches le nom de leur metteur en scène quand leurs personnages ne peuvent lever le poing. Car, à Leningrad au début des années 1980, le rock est sérieusement cadenassé. Les groupes qui jouent au club local doivent être approuvés par une commission qui évalue la qualité des textes, lesquels se doivent de mettre en valeur le héros soviétique &#8211; à moins qu’ils ne soient qualifiés de comiques, au grand dam de l’auteur. L’auteur, c’est Viktor, aspirant chanteur &#8211; future réelle figure du rock soviétique, Viktor Tsoi &#8211; qui s’acoquine avec la gloire locale, Mike, buvant ses conseils et ses références : Blondie, T. Rex, Lou Reed, David Bowie, Bob Dylan&#8230; Kirill Serebrennikov brosse le portrait d’un petit groupuscule, qui joue de la guitare à la plage, rêve de gloire et d’Occident en s’enivrant dans les volutes de fumée, sur la bande-son d’une musique qu’ils ne pourront jamais jouer devant un public &#8211; public lui aussi bien tenu en laisse lors des concerts. Un portrait désinvolte et drôle, avec une énergie à l’unisson de cette ferveur punk, quand les deux chanteurs se prennent, eux, bien au sérieux. Ils fantasment de pouvoir écrire des textes comme Lou Reed &#8211; dont ils consignent et traduisent les paroles dans des cahiers &#8211; ou Bob Dylan &#8211; dont ils admirent le pouvoir contestataire. Ne pouvant parler de la société russe, eux sont cantonnés à évoquer les amourettes de lycée, le trouble adolescent tant que ça ne se voit pas trop, ou les affres du couple bien installé. C’est donc le réalisateur qui s’en charge, dans des scènes de comédie musicale improvisées dans un bus &#8211; où les passagers entonnent Iggy Pop &#8211; ou dans un train &#8211; en réponse à un homme qui ne juge pas la petite bande digne du communisme par une réjouissante interprétation clipesque de <em>Psycho Killer</em>, des Talking Heads. <span id="more-26259"></span>Alors que la chronique du groupe est en noir et blanc, ces séquences s’habillent de points de couleur (rouge, forcément) et de textes en surimpression sur la pellicule. Un surgissement inattendu et bienfaiteur, laissant échapper la révolte de cette jeunesse empêchée. Mais, comme le rappelle régulièrement un personnage portant à lui seul le rôle de choeur antique, s’adressant à la caméra : <em>« Ca ne s’est pas passé comme ça. »</em> Le réalisateur porte un regard bienveillant, quoique un peu moqueur, sur ces jeunes dont les ambitions sont forcément limitées, une tendresse sans nostalgie à la revendication sourde. Le tout se drape d’un triangle amoureux &#8211; la star, sa femme et l’aspirant &#8211; au sein duquel les désirs sont là aussi enfermés, malgré les espaces de liberté que l’on s’octroie. A l’image du reste du film, cette romance reste à l’état de fantasme, même si les personnages tentent comme ils peuvent de contourner les entraves, timidement, sans oser vraiment. Reste pour se consoler ces fulgurances colorées, soupape légère, frappante, irruption survoltée mais seulement rêvée dans un monde statique en noir et blanc.</p>
<p>&nbsp;<br />
L’Eté<em> (Leto) de Kirill Serebrennikov, avec Roma Sver, Irina Starshenbaum, Teo Yoo&#8230; Russie, 2018. En compétition du 71e Festival de Cannes.</em></p>
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		<title>Rencontre avec Sergei Loznitsa</title>
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		<pubDate>Wed, 16 Aug 2017 21:19:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mathieu Menossi</dc:creator>
				<category><![CDATA[Les films de la Compétition officielle]]></category>
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		<description><![CDATA[En mai 2017, Sergei Loznitsa montait les 24 marches du palais des Festivals de Cannes pour nous y présenter, en compétition, sa <em>Femme douce</em>, troisième long-métrage de fiction. L’histoire...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h3>Odyssée infernale</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2017/05/Unefemmedouce-affiche.jpg" alt="Une femme douce, de Sergei Loznitsa" title="Une femme douce, de Sergei Loznitsa" width="206" height="280" class="alignleft size-full wp-image-25580" />En mai 2017, Sergei Loznitsa montait les 24 marches du palais des Festivals de <a href="http://www.grand-ecart.fr/pense-bete/films-competition-70e-festival-cannes-selection-jury-almodovar-2017/" title="17/05-28/05 : 70e Festival de Cannes">Cannes</a> pour nous y présenter, en compétition, sa <em><a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/une-femme-douce-sergei-loznitsa-russie/">Femme douce</a></em>, troisième long-métrage de fiction. L’histoire éreintante mais fascinante d’une descente aux enfers au cœur d’une Russie post-soviétique gangrenée par la sottise, la misère, les violences et les humiliations. Une odyssée infernale réalisée avec vigueur et rigueur par un Loznitsa plus noir que jamais, magnifiquement mise en lumière par Oleg Mutu, chef op’ hors pair et compagnon de la première heure de Sergei, et survolée de la tête et des épaules par une fantastique Vasilina Makovtseva dans le rôle de la douce femme. Sortis sonnés de la projection cannoise, pas vraiment certains d’avoir tout saisi mais convaincus d’avoir assisté à quelque chose de puissant et nécessaire, nous avons pu enfin rencontrer le réalisateur, à la veille de sa sortie en salle, le 16 août.<br />
&nbsp;<br />
&nbsp;<br />
<strong><em>Une femme douce</em> est une coproduction européenne réalisée en Lettonie… Dans quelle mesure s’agit-il pourtant d’un film profondément russe ?</strong></p>
<p>Ce type de coproduction européenne, c’est la seule façon pour moi de continuer à faire des films. Je ne pourrais pas les réaliser là-bas. En Russie, on vous dira bien évidemment que ce sont les Américains qui les financent. Mais <em>Une femme douce</em> s’adresse d’abord aux spectateurs russes. Simplement, parce qu’il s’agit également d’une œuvre artistique, les spectateurs internationaux peuvent aussi s&#8217;y intéresser.  </p>
<p><strong>Un peu effrayé mais fasciné, on ressort du film convaincu d’avoir peut-être manqué de « clés » pour tout comprendre… Qu’en dites-vous ?</strong></p>
<p>Lorsque vous vous retrouvez face à un tableau du peintre néerlandais Jérôme Bosch, que vous le regardez avec attention, je suis absolument convaincu qu’il y a plein de choses que vous ne comprenez pas. Et il y a notamment cette représentation complexe du cosmos tel que l’on se l’imaginait à l’époque mais que l’artiste a par ailleurs imprégnée de principes d’alchimie. Une représentation qui, dans l’ensemble, nous passe très largement au-dessus de la tête. Cela n’empêche pas pour autant ces toiles d’interagir sur nous. Mais si nous voulions véritablement en saisir les moindres coups de pinceau, cela nécessiterait une étude particulière et approfondie de chaque parcelle de ses tableaux. Mais, rassurez-vous, à la différence des œuvres de Bosch, mes films sont bien plus simples !<span id="more-25937"></span></p>
<p><strong>Votre film a-t-il une date de sortie prévue en Russie ? Quel est le message que vous souhaitez faire passer aux Russes ?</strong></p>
<p>En ce qui concerne le message, il est dans le film. A chacun d’y lire ce qu’il veut. Tout ce que j’y décris, chaque circonstance, chaque situation est inspirée de la vie réelle. Néanmoins, on pourra toujours s’abriter derrière le fait qu’il s’agit d’un film de fiction, que tout y a été inventé… même si ce n’est pas le cas. Cela m’a permis d’y mettre de l’humour, d’y glisser des éléments entre les lignes. Des éléments que les Russes seront bien sûr plus à même de saisir que les autres spectateurs. Si l’on prend, par exemple, la grande scène finale, le contre-point onirique, elle relève de toute l’histoire de la Russie, depuis les Bolcheviks jusqu’aux remises de décorations, aujourd’hui, au Kremlin. On y entend des discours que les Russes connaissent absolument par cœur. Simplement, j’ai opté cette fois-ci pour un point de vue ironique, ce qui ne s’était encore jamais fait dans le cinéma russe. En ce qui concerne la date de sortie du film, je ne sais pas encore… J’espère qu&#8217;<em>Une femme douce</em> sortira et j’espère aussi qu’il y aura suffisamment d’intelligence et de sens de l’humour chez les Russes pour pouvoir l’apprécier. </p>
<p><strong>Cette <em>Femme douce</em>, impassible, quasi-muette, apparaît un peu comme un robot d’exploration terrestre. Elle semble être nos yeux et nos oreilles sur un territoire où il n’est pas ou plus possible de mettre les pieds… Quelles consignes aviez-vous donné à votre actrice Vasilina Makovtseva ?</strong></p>
<p>Il y a une grande tradition, pas seulement en Russie, chez les metteurs en scène de théâtre pour montrer quelque chose à travers les yeux du héros. Ce n’est pas moi qui l’ai inventé. Je ne fais que m’inscrire dans cette tradition-là. Dans mon film, il y a donc à la fois le point de vue de l’héroïne mais aussi cet espace que j’ai envie d’étudier et sur lequel je m’avance. Compte tenu de la situation dans laquelle se retrouve cette femme, elle ne peut pas être plus active qu’elle ne l’est à l’écran pour attirer notre attention. Néanmoins, je ne pense pas que l’on puisse la qualifier de « robot », ce n’est pas tout à fait ça. Et aussi bizarre que cela puisse paraître, je n’ai rien eu à expliquer à l’actrice parce que, encore une fois, cette situation dans laquelle elle se trouve est tellement reconnaissable et connue, tellement ordinaire que c’était tout à fait clair pour elle. Les seules consignes que je lui ai données, c’était où elle devait se placer, vers où elle devait regarder… Soit plus dure ici, moins là… Pas plus. On a tourné le film dans son déroulé, avec la fatigue qui s’accumulait au fur et à mesure que nous avancions dans le récit. Et je tenais à ce que cette fatigue-là soit ressentie à l’écran. Que l’on voie qu’elle n’a pas dormi pendant plusieurs nuits et la porter ainsi jusqu’à la scène finale. On voit des cernes apparaître sous ses yeux, une posture qui commence à tomber… Mais Hitchcock avait cette réponse lorsqu’on lui demandait comment il travaillait avec les acteurs : <em>« Moi je ne travaille pas avec les acteurs, je les paye. »</em> Et Aki Kaurismäki, à la même question, répond : <em>« Moi, la seule chose que je leur dis, c’est de parler moins fort. »</em>  </p>
<p><strong>Vous êtes autant un cinéaste de fictions que de documentaires. Dans quelle mesure votre approche de la fiction empreinte-t-elle au langage documentaire, et inversement ?</strong></p>
<p>Pour moi, il n’y a pas de différence entre les deux. Simplement, le niveau de complexité n’est pas le même. Comme je n’ai pas la possibilité de lever des fonds en permanence pour tourner des films de fiction, entre les deux, il y a des pauses, assez longues, pendant lesquelles je réalise des films documentaires. Mon niveau de responsabilité est évidemment moindre dans le cadre d’un film documentaire. Je peux faire un peu plus « n’importe quoi ». Je les tourne lorsque je suis totalement libre, je n’ai donc pas besoin de convaincre qui que ce soit de ce que je fais. Je peux à ce moment-là m’essayer à différentes formes de cinéma, à différents jeux de caméra. C’est l’occasion de tenter des choses nouvelles, de faire des essais. Le cinéma documentaire me sert en quelque sorte de chambre d’expérimentation. Mon approche des films de fiction est évidemment bien moins expérimentale… pour l’instant.</p>
<p><strong>Votre film est politique, bien sûr, mais il ne se dégage finalement aucun véritable responsable-coupable de la tyrannie absurde qui semble imprégner chaque strate de la Russie d’<em>Une femme douce</em>. Comme s’il n’y avait finalement aucun moyen de remonter jusqu’aux racines du mal…</strong></p>
<p>Lorsqu’une société prend une voie qu’elle n’aurait pas dû prendre pour virer brutalement au totalitarisme, on a curieusement très souvent cette impression qu’il y a forcément un tyran responsable. Que c’est la responsabilité de quelqu’un qui, à un moment donné, a choisi d’entraîner la société dans cette direction… C’est un problème qui est notamment soulevé dans le film <em>Jugement à Nuremberg</em> de Stanley Kramer [1961, ndlr], dans lequel la question générale posée est « Que faire lorsque c’est le peuple lui-même qui choisit cette voie ? » Il y a notamment ce personnage du juge allemand incarné par Burt Lancaster. Dans le box des accusés, il répond, avec  beaucoup de raison, <em>« J’ai servi mon peuple. C’est le peuple qui a choisi ces lois-là et ma responsabilité était de bien les faire respecter. »</em> Et ce problème n’est toujours pas résolu aujourd’hui. Selon moi, ce serait évidemment trop simpliste que de dire « c’est Hitler le coupable » ou « c’est Staline le coupable », et les autres ne seraient que des victimes innocentes. Non. Tout le monde est coupable. Tout le monde est responsable. Et c’est justement parce que cette responsabilité est collective que la société est ce qu’elle est aujourd’hui. A l’image de celle décrite dans <em>Une femme douce</em>. Violente, brutale, absurde. Et ce n’est pas propre à la Russie. Le problème est général. Si un peuple s’est un jour choisi un régime démocratique, cela ne signifie pas pour autant que demain il ne s’engagera pas dans la voie de la dictature et du totalitarisme. Il s’agit donc de se battre pour la démocratie tous les jours ! Il faut la soutenir quotidiennement.</p>
<p><strong>A l’issue de votre film, il n’y a pas d’échappatoire à l’horreur, destinée à se répéter inlassablement. Pensez-vous que la Russie ait atteint un point de non-retour ?</strong></p>
<p>On a une blague, une histoire que l’on se raconte depuis dix, quinze ans&#8230; On a tous pensé qu’en Russie, on avait déjà atteint le fond… jusqu’au jour où on a finalement entendu quelqu’un qui toquait sous nos pieds… Plus sérieusement, il y a une hyperbolisation à l’intérieur du film qui fait que tout y est évidemment concentré, bien plus que dans la réalité. Mais l’important, ça reste de continuer à « montrer » afin que les gens « voient », réfléchissent. Et quitte à réfléchir, tant qu’à faire, ce n’est pas pour baisser les bras. Après, tout dépend de chacun. Les gens ont-il suffisamment de force pour changer les choses ? Le futur nous le dira. Et je n’irai pas jusqu’à dire que c’est un problème typiquement russe. On a une toute petite planète, avec peu de place pour s’y mouvoir. C’est donc un problème qui nous concerne tous…</p>
<p>&nbsp;<br />
Une femme douce <em>(Кроткая) de Sergei Loznitsa, avec Vasilina Makovtseva, Marina Kleshcheva… France, Allemagne, Pays-Bas, Lituanie, 2017. En compétition au 70e Festival de Cannes. Sortie le 16 août 2017.</em></p>
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		<title>Une femme douce, de Sergei Loznitsa</title>
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		<pubDate>Fri, 26 May 2017 17:49:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mathieu Menossi</dc:creator>
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				<content:encoded><![CDATA[<h3>Voyage au bout (du bout) de l’enfer</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2017/05/Unefemmedouce-affiche.jpg" alt="Une femme douce, Sergei Loznitsa" width="206" height="280" class="alignleft size-full wp-image-25580" />Sergei Loznitsa n’en démord pas. La Russie post-soviétique s’enfonce, sombre, se noie dans une déliquescence morale que rien ne semble pouvoir freiner. Et tel un Ulysse passablement échauffé, le réalisateur biélorusse n’est pas encore prêt à s’en retourner plein d’usage et de raison, préférant enquiller les odyssées implacables à travers une Russie frelatée. De quoi presque faire passer le cinéma d’Andreï Zviaguintsev pour un doux sirop d’orgeat. C’est en 2010 que Loznitsa, après avoir fait ses armes à l’école du documentaire (son <em>Maidan</em> de 2014 prouve qu’il ne l’a pas quittée), s’essayait à un premier récit de fiction avec <em>My Joy</em>, riche et exigeant voyage spatio-temporel à bord d’un camion dans une Russie rongée par la violence et la corruption, la prostitution et le crime. Il reprenait le large trois ans plus tard pour son émouvant parcours <em><a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/dans-la-brume-sergei-loznitsa-guerre-tarkovski-klimov/" title="Dans la brume, de Sergei Loznitsa">Dans la brume</a></em>. Dans une réalisation toujours aussi écorchée, on y suivait, en 1942, dans une forêt de Biélorussie, le parcours toujours aussi chaotique de deux combattants de la Résistance soviétique chargés de retrouver et d’exécuter un homme sage et tranquille, accusé à tort de collaboration avec l’ennemi allemand. Et voilà aujourd’hui Loznitsa de nous revenir avec <em>Une femme douce</em>, nouvelle épopée dans les tréfonds d’une Russie kafkaïenne… </p>
<p>Un jour, une femme dont on ne sait et ne saura pas grand-chose (pas même son nom) reçoit le colis qu’elle a envoyé quelque temps plus tôt à son mari incarcéré. Inquiète et profondément désemparée, elle décide de se rendre dans la cité pénitentiaire. Débute alors pour elle une longue et douloureuse errance dans une région reculée de la Russie sibérienne, afin de livrer son colis et de s’assurer que son mari est bien là-bas, toujours en vie… Au programme de cette charmante excursion : sottise, misère, aliénation, violences et humiliations (chouette !). On aura rarement (jamais) vu un opus de Loznitsa aussi accablant et désespéré. La diatribe est terrifiante. A croire que pour le réalisateur, il y a le feu à tous les étages de la mère-patrie et qu’il n’y a plus rien à sauver.<span id="more-25573"></span> Ainsi, au fil de son périple, la <em>douce femme</em> ne cesse de se heurter à des sommets d’absurdité. De sentir, à chaque pas en avant qu’elle croit franchir, le sol se dérober inlassablement sous ses pieds. Et nous de la regarder, impuissants, s’enfoncer dans ce cauchemar éveillé, féroce et cruel. Un cauchemar dans lequel Sergei Loznitsa a convoqué une myriade de créatures toutes plus repoussantes les unes que les autres. Sorte d’ignoble cour des miracles où ont été rassemblés idiots et fous, démons et âmes mortes. Une débauche de folie hystérique qui contraste avec le regard absent et le visage impassible (ceux de Loznitsa ?) de cette femme atone, quasi aphone à laquelle la comédienne Vasilina Makovtseva parvient à insuffler une force tranquille tout à fait étonnante.</p>
<p><em>Une femme douce</em> est une partition hallucinée et hallucinante dans laquelle le chef Sergei Loznitsa donne la pleine mesure de sa rigueur intransigeante : le cadre, le hors-cadre, la photographie, les longs plans-séquences. Tout est au millimètre. Chaque plan est un tableau parfaitement agencé et coloré (chapeau bas au chef op Oleg Mutu !). Mais à vrai dire, cette partition-là, on en connaissait et en aimait déjà la musique… Mais il y a cette séquence irréelle, venue de nulle part, au deux tiers du film. Un ornement onirique, un contrepoint fellinien qui vient offrir au spectateur une échappatoire à l’horreur… avant de mieux y replonger. A l’infini (re-chouette !). Dans <em>Une femme douce</em>, Sergei Loznitsa ne fait définitivement pas de quartier, nous délivrant un brûlot politique et romanesque d’une rare cruauté. Une fresque horrifiante où l’absurde et la terreur semblent imprégner chacune des strates d’une société russe à la dérive. Remarquable !  </p>
<p>&nbsp;<br />
Une femme douce<em> (Кроткая) de Sergei Loznitsa, avec Vasilina Makovtseva, Marina Kleshcheva… France, Allemagne, Pays-Bas, Lituanie, 2017. En compétition au 70e Festival de Cannes. Sortie le 16 août 2017.</em></p>
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		<title>El Presidente, de Santiago Mitre</title>
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		<pubDate>Fri, 26 May 2017 11:17:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maid Marion</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Les films de la section Un Certain Regard]]></category>
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		<description><![CDATA[Ombre au sommet On avait quitté Santiago Mitre auréolé du Grand Prix Nespresso de la Semaine de la critique en 2015 pour Paulina, portrait d&#8217;une jeune femme avocate, puis prof,...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h3>Ombre au sommet</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2017/05/elpresidente.jpg" alt="El Presidente, de Santiago Mitre" width="187" height="280" class="alignleft size-full wp-image-25495" />On avait quitté Santiago Mitre auréolé du Grand Prix Nespresso de la Semaine de la critique en 2015 pour <em><a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/paulina-santiago-mitre-dolores-fonzi/" title="Paulina, de Santiago Mitre" target="_blank">Paulina</a></em>, portrait d&#8217;une jeune femme avocate, puis prof, éprise de justice sociale, qui doit affronter ses principes alors qu&#8217;elle est victime d&#8217;un viol. On retrouve certains de ces thèmes dans le troisième long-métrage du cinéaste, qui passe pour l&#8217;occasion à l&#8217;étape supérieure avec une sélection à Un Certain Regard. On sent d&#8217;ailleurs que Santiago Mitre a pris de l&#8217;ampleur. C&#8217;est ainsi à des enjeux plus ostensiblement politiques qu&#8217;il s&#8217;attaque, en mettant en scène le président argentin au cœur d&#8217;un sommet international visant à créer une alliance entre les pays d&#8217;Amérique du Sud équivalente à l&#8217;OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole). Une sorte de Jean-Luc Mélenchon argentin, qui, interrogé par une journaliste, voit dans la question du Bien et du Mal le fondement de son engagement politique. Sauf que les choses ne sont pas si simples. Les négociations en coulisses, les affaires qui surgissent, sans parler d&#8217;une relation compliquée avec sa fille (Dolores Fonzi, l&#8217;actrice de <em>Paulina</em>) viennent mettre à mal ces beaux discours.</p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2017/05/El-Presidente-2.jpg" alt="El Presidente, de Santiago Mitre" width="280" height="117" class="alignright size-full wp-image-25498" />Si la chronique politique, entre <em>Borgen</em> et <em>House of Cards</em>, est parfaitement exécutée &#8211; révélant ce qui se dit quand deux chefs d&#8217;Etat se serrent la main pour la photo ou les rapports de force cachés sous le protocole &#8211; le film semble parfois se perdre dans les multiples pistes qu&#8217;il amorce. L&#8217;ambition des conseillers de l&#8217;ombre, les enjeux diplomatiques et économiques de la place des entreprises privées dans une telle alliance de pays sont esquissées. Mais Santiago Mitre semble plus intéressé par la dimension personnelle de ce prédisent qui se veut, lui aussi, normal. Sa fille, débarquée au Sommet sur fond de révélations impliquant le gendre, vient perturber le cours normal des choses. Hypnotisée à la suite d&#8217;un petit pétage de plomb, elle réveille des souvenirs enfouis qui ne lui appartiennent pas mais ébranlent son père de président. <span id="more-25492"></span>Malheureusement, on n&#8217;en saura guère plus et l&#8217;on reste sur sa faim. Qui est cet homme aux abords respectables ? Quelle est sa part d&#8217;ombre ? Jusqu&#8217;où est-il prêt à trahir ses engagements et le fait-il dans son intérêt personnel ou pour le bien commun ? Ces questions restent en suspens, comme le conseiller diplomatique qui se voit débarqué aux bords d&#8217;une route enneigée. C&#8217;est beau, certes, puissant à certains égards, mais on se demande parfois ce qu&#8217;on est venu faire là.</p>
<p>&nbsp;<br />
El Presidente <em>(La Cordillera) de Santiago Mitre, avec Ricardo Darín, Dolores Fonzi, Erica Rivas, Daniel Giménez Cacho&#8230; Argentine, 2017. Présenté en sélection Un Certain Regard au 70e Festival de Cannes.</em></p>
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		<title>Un homme intègre, de Mohammad Rasoulof</title>
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		<pubDate>Wed, 24 May 2017 14:07:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mathieu Menossi</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Les films de la section Un Certain Regard]]></category>
		<category><![CDATA[critiques Cannes]]></category>
		<category><![CDATA[Croisette]]></category>
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		<category><![CDATA[Iran]]></category>
		<category><![CDATA[politique]]></category>

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		<description><![CDATA[En 2010, Jafar Panahi et Mohammad Rasoulof étaient arrêtés en plein tournage puis condamnés pour « actes et propagandes hostiles à la République islamique d’Iran » à six ans de prison et...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h3>La révolution permanente de Mohammad Rasoulof</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2017/05/Unhommeintegre-affiche.jpg" alt="Un homme intègre, Mohammad Rasoulof" width="206" height="280" class="alignleft size-full wp-image-25401" />En 2010, Jafar Panahi et Mohammad Rasoulof étaient arrêtés en plein tournage puis condamnés pour « actes et propagandes hostiles à la République islamique d’Iran » à six ans de prison et vingt ans d’interdiction de tournage. Depuis, si le premier a vu sa condamnation confirmée en appel, Rasoulof a vu la sienne réduite à un an. Risquant à tout moment les geôles de la République islamique, le cinéaste iranien a néanmoins choisi de rester (il vit entre Téhéran et Hambourg, en Allemagne) et de tourner. Il en appelle à Kiarostami pour expliquer son choix : <em>« Je suis un arbre qui ne donne pas de fruits hors de sa terre »</em> (<em>Next Libération</em>, 6 septembre 2011). Ainsi Mohammad Rasoulof continue-t-il de dénoncer les plaies de son pays. De s’y confronter à travers un cinéma élégant, digne, résistant et sans concession. Après le récit de cette jeune avocate cherchant à quitter le pays dans <em>Au revoir</em> (prix de la Mise en scène de la section Un Certain Regard), après les crimes politiques des intellectuels dans <em>Les Manuscrits ne brûlent pas</em> en 2013 (Prix Fipresci toujours dans la section Un Certain Regard), Rasoulof revient cette année poser une fois de plus son <em>certain regard</em> sur la Croisette avec <em>Un homme intègre</em>…</p>
<p>Dans le box des accusés, toujours et encore cette société iranienne gangrenée par un pouvoir corrompu, écrasant, pernicieux. Du côté des victimes, Reza (Reza Akhlaghirad), éleveur de poissons d’eau douce (des poissons rouges, symboles de vitalité et de chance !) et sa femme, Hadis (Soudabeh Beizaee), directrice d’école pour jeunes filles. Avec leur fils, ils ont quitté Téhéran pour s’envoler dans la nature, dans une petite ferme, au nord de l’Iran. Là, ils pensent, espèrent peut-être pouvoir trouver paix et tranquillité, à l’abri dans leur cocon familial, à l’écart de l’Etat et de ses accès d’autorité excessive. Il n’en sera rien, évidemment. Une compagnie privée, entité sournoise et sans visage, compte bien mettre la main sur ce morceau de terre et, pour ce faire, est prête à employer tous les moyens. Dans l’ombre, elle confie les basses besognes à ses sbires, petits chefaillons zélés, et profite des largesses d’une administration au mieux amorphe, au pire complice d’un système de corruption généralisée. De la police à l’école en passant par le conseil municipal… <em>« C’est comme ça ici »</em>, explique-t-on à Reza. Tout roule au pot-de-vin. Et le pisciculteur devra « apprendre » s’il veut garder sa terre et son élevage. <span id="more-25394"></span></p>
<p>Lentement mais irrémédiablement, sous les coups de boutoir toujours plus violents du seigneur local, Reza encaisse, impassible, mais voit son intégrité peu à peu s’effriter. Et quand bien même sa femme, plus au fait des réalités pratiques, décide de prendre les choses en main, les dites choses ne cessent d’aller de mal en pis. Isolé, acculé, menacé, cet <em>homme intègre</em> n’a semble-t-il aucune chance. Le combat est perdu d’avance… à moins de céder, de consentir à se salir les mains et de jouer à armes égales avec la société. L’image du film de Rasoulof est sombre et froide, la narration, sèche et implacable. Comme pour mieux traduire ce mouvement irrésistible dans lequel le système semble avaler et broyer les personnes. Un système perverti contre lequel aucune loi, aucune éthique ne semblent avoir d’emprise. Seule issue possible, faire avec pour survivre. Pessimiste, Rasoulof l’est, pour autant le cinéaste ne jette pas la pierre, conscient que la responsabilité ne peut être individuelle mais collective. Et le changement ne pourra venir qu’à l’issue d’un long processus politique, éducatif, culturel. Un homme intègre a été projeté à Cannes le 19 mai 2017, soit le jour même de la très large réélection du président Hassan Rohani à la tête de l’Iran, le peuple criant ainsi au pays et au monde son profond désir d&#8217;ouverture. Peut-être un signe de bon augure pour l’avenir… Rasoulof veut y croire en tout cas.</p>
<p>&nbsp;<br />
Un homme intègre<em> de Mohammad Rasoulof, avec Reza Akhlaghirad, Soudabeh Beizaee&#8230; Iran, 2017. Présenté en sélection Un Certain Regard au 70e Festival de Cannes.</em></p>
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		<title>Moi, Daniel Blake, de Ken Loach</title>
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		<pubDate>Sun, 22 May 2016 12:39:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mélanie Carpentier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Films]]></category>
		<category><![CDATA[Les films de la Compétition officielle]]></category>
		<category><![CDATA[Angleterre]]></category>
		<category><![CDATA[critiques Cannes]]></category>
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		<category><![CDATA[Ken Loach]]></category>
		<category><![CDATA[politique]]></category>

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		<description><![CDATA[Nuit debout On pourrait dire que le nouveau film de Ken Loach est un tract politique supplémentaire. Ajouter qu’il éclaire une nouvelle facette de l’Angleterre prolétaire. On pourrait dire encore...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h3>Nuit debout</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2016/05/moi-daniel-blake-ken-loach-1.jpg" alt="Moi, Daniel Blake, de Ken Loach" width="280" height="158" class="alignleft size-full wp-image-23780" />On pourrait dire que le nouveau film de Ken Loach est un tract politique supplémentaire. Ajouter qu’il éclaire une nouvelle facette de l’Angleterre prolétaire. On pourrait dire encore qu’il s’agit là de son dernier baroud d’honneur, lui qui, comme Line Renaud, n’en finit pas de faire ses adieux. Mais impossible pour le réalisateur du <em>Vent se lève</em> (palmé en 2006) de rendre les armes. </p>
<p>A l’image de son attachant personnage, Daniel Blake, Ken Loach ne peut se résoudre à lâcher l’affaire. Vingt fois sur le métier, remettez votre ouvrage… A 80 ans (dans un mois), le réalisateur britannique revient en compétition aussi vif qu’à son habitude, révolté, profondément empathique et humaniste. Ce qui se joue ici c’est la continuité d’une œuvre, d’un engagement, d’un propos. Une œuvre toute entière tournée vers les accidentés de la vie et la classe ouvrière. Sans concession, Ken Loach suit son antihéros, revendiquant jusque dans son titre le droit d&#8217;être un individu, un humain, un citoyen. Pas un simple numéro de sécurité sociale. <span id="more-23767"></span></p>
<p>Daniel Blake, double de Ken Loach, vieux bonhomme indigné, fatigué, en colère, est toujours prêt à se battre. Il n’est pas cinéaste. Il est menuisier. Mais c’est un peu la même chose, non ? Face à une administration kafkaïenne, il retrousse les manches, s&#8217;essuie le front et repart au combat. Histoire de ne pas devenir fou. Plaidoyer pour ceux que l&#8217;on désigne (surtout en ce moment) comme des assistés, <em>Moi, Daniel Blake</em> est aussi très sombre. Plus proche d’un <em>My Name is Joe</em> que de <a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/part-des-anges-ken-loach/"><em>La Part des anges</em></a>, il nous arrache plus de larmes que de sourires. Et si le partage et la solidarité tentent de trouver une brèche ici et là, ce que montre surtout Ken Loach, c&#8217;est un système qui tourne avec la masse, se contrefout de l’homme qui suffoque. Une machine qui broie tout sur son passage. Sauf peut-être l’amour.</p>
<p>&nbsp;<br />
Moi, Daniel Blake <em>(I, Daniel Blake) de Ken Loach, avec Dave Johns, Hayley Squires, Mick Laffey&#8230; Angleterre, 2016. Palme d&#8217;or du 69e Festival de Cannes. Sortie le 26 octobre 2016.</em></p>
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		<title>Rencontre avec Tony Gatlif</title>
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		<pubDate>Fri, 20 May 2016 09:29:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mélanie Carpentier</dc:creator>
				<category><![CDATA[L'actu du 69e Festival de Cannes]]></category>
		<category><![CDATA[Portraits]]></category>
		<category><![CDATA[engagé]]></category>
		<category><![CDATA[festival]]></category>
		<category><![CDATA[interview]]></category>
		<category><![CDATA[politique]]></category>

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		<description><![CDATA[Le réalisateur Tony Gatlif est le parrain de la nouvelle édition de Visions sociales, le festival des films engagés de Cannes qui se tient jusqu’au 20 mai. Projections, débats et exposition au programme...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h3>Gage d’engagement</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2016/05/tony-gatlif.jpg" alt="Tony Gatlif" width="210" height="280" class="alignleft size-full wp-image-24048" />Le réalisateur Tony Gatlif est le parrain de la nouvelle édition de Visions sociales, le festival des films engagés de Cannes qui se tient jusqu’au 20 mai. Projections, débats et exposition sont au programme. Et nul autre que le réalisateur de <em>Gadjo Dilo</em> pour incarner un tel festival. Il nous explique pourquoi le cinéma engagé a plus d’importance que jamais.</p>
<p><strong>Pourquoi avoir accepté d’être le parrain de Visions sociales ?</strong></p>
<p>Je n’aime pas me mettre en avant quand je ne présente pas de films. Etre parrain, c’est un peu grandiloquent. C’est Anna Defendini, la responsable de la programmation de Visions sociales qui m’a demandé de le faire l’année dernière. Je n’étais pas pour au début, mais elle m’a dit que des gens comme Agnès Varda l’avaient fait auparavant. Elle m’a expliqué qu’il s’agissait de la projection de films engagés qui n’ont aucune chance d’aller dans d’autres festivals d’auteurs et qui parlent de notre société. J’ai alors accepté, car cela montre ce que le cinéma peut apporter dans la société par rapport à notre monde. C’est ma préoccupation principale lorsque je fais des films.</p>
<p><strong>Quelle est votre définition d’un réalisateur engagé ?</strong></p>
<p>C’est quelqu’un qui se sent possédé par une mission qui lui tient à cœur et qui en fait un film, sinon il en meurt. Il ne fait pas un film pour l’argent, ni pour la gloire, mais pour montrer une situation qui se dégrade. Le cinéma n’a jamais été aussi important qu’aujourd’hui. <span id="more-24043"></span></p>
<p><strong>Quels sont les derniers films engagés que vous avez vus et qui répondent à cette définition ?</strong></p>
<p>Ceux de Ken Loach. C’est le cinéaste engagé par définition, selon moi. C’est quelqu’un qui ne peut pas dormir s’il ne fait pas de film sur les gens qui sont maltraités en Angleterre. </p>
<p><strong>On dit que Geronimo est votre long-métrage le plus engagé…</strong></p>
<p>C’est toujours sur les Gitans, mais c’est effectivement mon film sur eux qui est le plus engagé. Un film moderne qui parle d’aujourd’hui. </p>
<p><strong>Allez-vous pousser le curseur encore plus loin pour votre prochain film ?</strong></p>
<p>Oui, sûrement, mais ce n’est pas moi qui le pousse, c’est la société. Quand je vois des gens qui tirent sur d’autres, c’est une injustice totale, tout comme c’est terrible ce qui se passe aux frontières de l’Arabie, avec des femmes enchaînées qui sont vendues notamment à des Européens. C’est pire que tout, on a touché le fond. Sans oublier toutes ces personnes qui se réfugient dans des bois, qu’on voit sur les routes, ce sont presque des zombies… Et ils sont des millions ! C’est comme si on assistait à un péplum de Cecil B. DeMille comme <em>Les Dix commandements</em>, mais aujourd’hui, il n’y a personne qui peut ouvrir les mers comme Moïse juste avec la foi. La foi n’ouvre pas les mers, sinon elle aurait ouvert la Méditerranée. Au contraire, elle engloutit ceux qui l’empruntent pour se sauver. Il y a tellement de choses à raconter. Mon prochain film, ce sera un constat sur le monde qui ne m’a jamais autant horrifié. On vit dans une guerre sociale…</p>
<p><strong>En tant que réalisateur, comment percevez-vous l’actualité, notamment ce qui se passe en France ?</strong></p>
<p>Je me sens très préoccupé. Quand j’ai commencé à faire du cinéma, c’était après Mai 68 et les histoires au cinéma n’étaient pas les mêmes que maintenant. Je préférerais avoir 25 ans et être cinéaste aujourd’hui, car il y a tellement d’histoires importantes et de sujets à raconter autres que des histoires d’amour, comme les banques, la société, l’argent. Tout est problème, nous sommes dans une cocotte-minute qui menace d’exploser… L’important, c’est de montrer ce qui se passe en prenant une caméra. C’est ce que je dis aux jeunes, car on est encore trop peu à faire du cinéma engagé, autre que le divertissement qui domine. L’argent n’est pas mon but, surtout que l’argent que rapportent les films n’est pas pour le peuple. C’est le cinéma d’échange qui est génial.</p>
<p><strong>Vous parlez d’une certaine jeunesse, comment la percevez-vous ?</strong></p>
<p>La jeunesse qui peut se battre, qui cherche une nouvelle raison de vivre, qui veut changer le monde et comprendre comment il marche, n’est pas en France. Elle est à l’étranger. Aller à la rencontre de l’autre est tellement plus facile à notre époque ! J’ai beaucoup voyagé et je parle à ces jeunes dans différents pays. Ils communiquent facilement entre eux et se rendent compte de ce qui se passe. Ils s’aperçoivent que c’est la même chose ce qu’on vit en France ou au Mexique.</p>
<p><strong>Qu’attendez-vous de ce festival engagé ?</strong></p>
<p>Qu’il parle aux autres, à des gens qui vont échanger des idées au sortir du film, qu’ils se sentent un peu plus intelligents et heureux, grâce à des sujets intéressants qui racontent quelque chose, qui donnent envie d’être utile, surtout avec ce monde dans lequel nous vivons.  </p>
<p><strong>N’est-ce pas paradoxal que ce type de cinéma se retrouve au Festival de Cannes qui met aussi en avant une certaine superficialité ?</strong></p>
<p>Je pense que ça va avec, car le cinéma de la Croisette est un cinéma qui a les mêmes fonctions que le cinéma de Visions sociales ou d’autres festivals qui projettent des films engagés. Les films de Cannes sont sélectionnés par des gens qui ont encore l’âme cinématographique, de la culture. Thierry Frémaux connaît très bien le cinéma international d’auteur, il gère le musée du Cinéma de Lyon et projeter des films de Ken Loach, c’est quelque part aussi faire partie d’une vision sociale. Un film social, ce n’est pas pour moi une recette, filmer la pauvreté, jouer avec l’émotion, prendre un sujet larmoyant&#8230; Un réalisateur engagé n’est pas avide d’argent ou de célébrité, il partage la parole avec tout le monde. </p>
<p><strong>Avez-vous vu les films projetés à Visions sociales ?</strong></p>
<p>Pas tous encore. On a beaucoup parlé de <em>Merci patron !</em>, c’est très bien qu’il existe, ainsi que <em>Comme des lions</em> qui est vraiment bien. Il y a aussi <em>La Sociale</em>. Et j’ai vu des courts-métrages de réalisateurs très jeunes, issus de banlieue, qui sont vraiment très beaux. C’est un cinéma délicieux.</p>
<p>&nbsp;<br />
<em>Festival Visions sociales, du 14 au 20 mai 2016, 06210 Mandelieu-la-Napoule<br />
<a href="http://www.ccas-visions-sociales.org/" target="_blank" rel="nofollow">www.ccas-visions-sociales.org</a></em></p>
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