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	<title>Grand Écart &#187; France</title>
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	<description>Étirements cinéphiles</description>
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		<title>Rencontre avec Leïla Kilani</title>
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		<pubDate>Tue, 23 Apr 2024 12:22:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Manuela Rizzo</dc:creator>
				<category><![CDATA[Portraits]]></category>
		<category><![CDATA[famille]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Maroc]]></category>

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		<description><![CDATA[Leïla Kilani a réalisé Indivision. Le film plonge les spectateurs dans les intrications émotionnelles et les tensions familiales au Maroc. À travers le récit de deux frères en quête d&#8217;un...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Leïla Kilani a réalisé <em>Indivision</em>. Le film plonge les spectateurs dans les intrications émotionnelles et les tensions familiales au Maroc. À travers le récit de deux frères en quête d&#8217;un héritage familial, <em>Indivision</em> explore avec subtilité les conflits générationnels et les dilemmes moraux qui émergent lorsque tradition et modernité se rencontrent. Une œuvre poignante qui interroge les notions d&#8217;identité, de responsabilité et de lien familial dans la société marocaine contemporaine.</strong></p>
<p>&nbsp;<br />
<img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2024/04/leila-kilani-copy-fnc-adil-boukind-portrait.jpg" alt="Leila Kilani" width="280" height="187" class="alignleft size-full wp-image-27890" /><strong>Comment définiriez-vous <em>Indivision</em> ? Un drame familial ? Une histoire d’apprentissage ?</strong></p>
<p>Les deux. C’est aussi un conte. Ça mélange plusieurs fils et se dire que nous arrivons à faire un film aujourd’hui dans cette prolifération est extrêmement réjouissant. J’ai beaucoup aimé utiliser cette génération qui ne renonce à rien, peut vivre et faire plein de choses à la fois, vit dans le virtuel et le réel. L’héroïne de ce compte est une vraie Shéhérazade 2.0 qui empoigne les réseaux sociaux pour en faire son arène de conte. On peut dire que c’est une nouvelle version des <em>Mille et Une nuits</em>.</p>
<p><strong>Le film est-il inspiré d’événements de votre enfance ?</strong></p>
<p>Pas directement. Je pense qu’on écrit toujours en se mettant à la place de quelqu&#8217;un. En l’occurrence j’étais cette petite fille ayant grandi à Casablanca, qui, en rentrant en vacances dans la maison de sa grand-mère, n’avait pas le droit de sortir. J’ai grandi dans un monde où l’image était rare, précieuse et interdite dans les années 1970-1980 où le régime dictatorial d’Hassan II contrôlait tout. C’était donc fondamental pour moi de me demander quelle histoire je pouvais raconter en incluant les réseaux et l’image sans leur côté « lieu de débilité et de crispation ». Ce n’est ni un film à la première personne, ni une autofiction, ni une manière de revisiter le passé. J’ai évidemment puisé dans les confrontations autour de l’héritage que j’ai pu vivre et de ses rapports qui sont à la fois remplis d’amour et de conflits. La famille est la première cellule de la société, que je le veuille ou non mon imaginaire puisera là dedans. Mais j’ai surtout voulu inventer une nouvelle figure romanesque, de manière complètement affranchie, à travers cette famille où vieux et jeunes s’affrontent. Je m’identifie beaucoup au personnage du père. Il y a aussi la petite Shéhérazade 2.0, la grand-mère barbare et cruelle sortie tout droit des contes qui est vue à travers le regard de sa petite fille, et l’oncle un peu loser magnifique qui est un personnage très émouvant. <span id="more-27875"></span></p>
<p><strong>Peut-on dire que c’est un film sur le passage à l’âge adulte ?</strong></p>
<p>Exactement. C’est un film sur le passage à l’âge adulte à travers ces deux adolescentes qui vont se mettre en mouvement et provoquer une révolution au sein de la famille et de tout le territoire. C’est un film où tout le monde opère une mutation de passage, la grand-mère s’effondre à l’intérieur de son monde, les oiseaux se mettent en mouvement, tout le monde est en mouvement, ce qui nous fait rentrer dans une certaine transe sur ce passage vers un jour neuf.</p>
<p><strong>Selon vous, faut-il prendre ses distances avec sa famille pour pouvoir créer sa propre histoire ?</strong></p>
<p>C’est absolument nécessaire, à un moment ou un autre, de rentrer en crise avec sa famille, son milieu et son temps pour pouvoir engendrer un monde neuf. Un individu quel qu’il soit, en dehors même de l’adolescence, qui serait dans une forme d’absolu consensus, génère une stabilité qui devient une sorte d’archaïsme. Je pense qu’il est sain de rentrer en rébellion avec les siens pour sans doute mieux les aimer et s’inventer les uns les autres à travers un temps et un espace. Pendant l’adolescence ou la jeunesse, les colères sont saines et le rejet est nécessaire, sinon nous serions dans un effondrement annoncé et dans une reproduction à l’infini des mêmes schémas.</p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2024/04/indivision-leila-kilani.png" alt="Indivision, de Leïla Kilani" width="280" height="117" class="alignright size-full wp-image-27883" /><strong>Que pouvez-vous nous dire sur le tournage ? </strong></p>
<p>C’était un tournage assez long qui a commencé de manière classique avec une quarantaine de techniciens et tous les corps de métiers. Nous avons épuisé notre budget mais avions paradoxalement des plans uniques et magistraux. Nous n’avions pas toutes les séquences mais en même temps nous avions la conviction que nous tenions quelque chose d’absolument fabuleux, rare et précieux en termes de cinéma et de plasticité. Nous sommes donc repartis uniquement avec le chef opérateur, parfois l’ingénieur du son, et ma formidable troupe d’acteurs qui sont devenus mes propres oiseaux. Nous avons d’ailleurs joué avec les oiseaux qui sont devenus de réels acteurs. Pour l’anecdote, je m’étais renseignée auprès d’ornithologues pour savoir à quelles dates ils seraient au Maroc, mais arrivés à Tanger ils n’étaient pas là, partis la veille à cause de la canicule. Nous étions accablés et avions hésité à tourner en Espagne mais c’était trop compliqué. L’acteur du père de Lina Mustafa et moi, avons rêvé la même nuit que les oiseaux revenaient. Il est venu me chercher à 5h du matin, nous sommes retournés sur le lieu de migration et ils étaient là. Nous avons donc pu continuer à tourner, c’était fabuleux.</p>
<p><strong>En parlant d’acteurs, comment travaillez-vous avec les vôtres ?</strong></p>
<p>En répétant. Je crois beaucoup à l’esprit de troupes et aux jeux d’humilité, comme des artisans qui répètent leurs gestes. C’est en répétant les gestes comme des sportifs ou comme des musiciens que peut advenir la grâce. Cela peut être exténuant pour eux, mais c’est ma manière de travailler.</p>
<p><strong>Comment choisissez-vous les sujets de vos films ?</strong></p>
<p>En considérant que le sujet ne peut pas suffire pour faire un film. Je peux être traversée par un sujet mais je me poserai directement des questions de formes. Le sujet est un catalyseur qui n’est que le point de départ pour me mettre en mouvement. Le film se construit toujours autour d’une forme, le gros travail est de trouver laquelle.</p>
<p><strong>Votre style de réalisation en quelques mots ?</strong></p>
<p>Artisanal par le jeu d’acteur qui est de l’ordre de la troupe de sportifs ou de musiciens qui travaillent. Des plans-séquences extrêmement rapides. Et une maîtrise plastique cherchant à perforer le regard et à poser des questions.</p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2024/04/indivision-photo-film-leila-kilani-300x147.png" alt="Indivision, de Leïla Kilani" width="300" height="147" class="alignleft size-medium wp-image-27881" /><strong>Quelles sont vos inspirations ?</strong></p>
<p>En général cela peut passer par de la musique, de la lecture ou encore de la peinture. Pour ce film-là j’ai fortement été inspirée par la peinture <em>La Tentation de saint Antoine</em> de Bosch que m’a montrée mon chef décorateur. C’est la représentation d’une apocalypse absolument incroyable, une espèce de prolifération infinie qui m’a beaucoup marquée. Les films d&#8217;Hayao Miyazaki également, comme <em>Le Château ambulant</em>. Énormément de choses ont questionné les contes de ma grand-mère qui étaient des structures où l’ellipse prenait une grande place et qui m’ont autant marquée que de grands romans. Je puise donc dans à peu près tout pour trouver de l’inspiration.</p>
<p><strong>Pouvez-vous nous parler de votre parcours ? Pourquoi avoir choisi de faire du cinéma ?</strong></p>
<p>Dans mon pays, l’image était extrêmement contrôlée par le régime. J’étais cinéphage et le cinéma avait le goût unique et savoureux du fruit défendu. J’essayais constamment de trouver des combines pour pouvoir aller voir des films en cachette, ce qui provoquait une adrénaline heureuse. Prendre des photos dans la rue était interdit, j’ai été arrêtée pour ça. Puis j’ai fait des études d’histoire et d’économie tout en restant cinéphage. La prise en charge de mon exaltation a été le cinéma. Dans les années 2000 il y a eu l’immigration clandestine au Maroc qui m’a donné envie d’en écrire l’histoire en son et en image, alors j’ai brièvement écrit le film, je l’ai envoyé au CNC, j’ai eu l’aide à l’écriture, puis je l’ai envoyé à un concours organisé par la Fémis et France 3 que j’ai remporté. J’étais une sorte de Cendrillon qui a rapidement remporté le gros lot, ce qui m’a davantage motivé.</p>
<p><strong>Quel message ou émotion voulez-vous transmettre au public à travers vos films ?</strong></p>
<p>De continuer à croire à ce moment étrange qu’est le cinéma, se retrouver ensemble enfermés dans une salle noire et regarder dans la même direction. Aujourd’hui il y a les séries et les réseaux, alors comment continuer à croire au cinéma ? Un film est, pour la plupart, là pour divertir mais en réalité pas seulement, nous pouvons être saisis, nous pouvons nous poser des questions, partager des avis différents. Il y a quelque chose d’extrêmement bouleversant dans le fait de partager une expérience collective et de ne pas voir le même film. Allez au cinéma voir tout ce que vous voulez ; c’est un acte de foi dans le futur de continuer à croire que nous pouvons être ensemble en dehors d’une manifestation, d’une salle de cours ou autres.  </p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2024/04/indivision-leila-kilani-affiche-film.jpg" alt="Indivision, de Leïla Kilani" width="198" height="280" class="alignright size-full wp-image-27882" /><strong>Quels sont vos trois films favoris et votre film du moment ?</strong></p>
<p><em>Les Filles d’Olfa</em> de Kaouther Ben Hania m’a complètement emportée, c’est un film d’une intelligence, d’une maîtrise et d’une forme de sincérité rare et précieuse car elle réussit à questionner ce qu’est le cinéma, ce qu&#8217;est le réel, la fiction, ce qu&#8217;est une illusion. Je trouve ça magistral dans le geste et la liberté qu’elle s’octroie et qu’elle laisse à ses personnages. J’ai été traversée par <em>La Zone d’intérêt</em> de Jonathan Glazer, c’est une expérience qui s’est déposée en moi en ayant réactivé un gouffre abyssal et un vertige qui résonneront encore dans dix ans. <em>Oppenheimer</em> de Christopher Nolan m’a également beaucoup marquée. Enfin, mon coup de cœur du moment est la série <em>Succession</em> de Jesse Armstrong, qui m’a complètement emballée par sa tragédie à la fois extrêmement populaire mais aussi maîtrisée, et ce que cela raconte sur notre monde.</p>
<p>&nbsp;<br />
Indivision <em>de Leïla Kilani, avec Ifham Mathet, Mustafa Shimdat&#8230; Maroc, France, 2023. Sortie le 24 avril 2024.</em></p>
<p><em>Copyright photo Leïla Kilani : © FNC Adil Boukind.</em></p>
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		<title>Le panier garni du printemps 2021</title>
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		<pubDate>Sun, 18 Apr 2021 17:01:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Cédric Janet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Films]]></category>
		<category><![CDATA[actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Etats-Unis]]></category>
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		<description><![CDATA[Si vous aimez l’éclectisme alors vous aimerez cette sélection. La verve de Simenon, les critiques de Spike Lee, la mise en perspective de Ron Howard, l’acidité de Gus Van Sant...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Si vous aimez l’éclectisme alors vous aimerez cette sélection. La verve de Simenon, les critiques de Spike Lee, la mise en perspective de Ron Howard, l’acidité de Gus Van Sant et la sagacité de Paul Schrader, voilà ce qui vous attend. Y a même du Jean-Claude Brialy ! Non mais, attendez, on vous soigne.<br />
&nbsp;</p>
<h2>Coffret Simenon</h2>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2021/04/la-mort-auguste.jpg" alt="La mort d&#039;Auguste" width="280" title="La mort d&#039;Auguste" width="280" height="158" class="alignleft size-full wp-image-27681" />L’œuvre de Georges Simenon inspire les cinéastes les plus prestigieux et ce, depuis les années 1930 et <em>La Nuit du carrefour</em> de Jean Renoir. D’ailleurs, nous profiterons bientôt de l’interprétation de Gérard Depardieu en commissaire Maigret dans Maigret et la jeune morte sous la direction de Patrice Leconte. Parmi les adaptations les plus réussies, citons <em>Le Voyageur de la Toussaint</em> (Louis Daquin), <em>Les Fantômes du chapelier</em> (Claude Chabrol), <em>Le Chat</em> (Pierre Granier-Deferre), <em>L’Etoile du Nord</em> (Pierre Granier-Deferre), <em>L’Horloger de Saint-Paul</em> (Bertrand Tavernier), <em>Le Président</em> (Henri Verneuil) et tant d’autres…<br />
Il y a quelques années France 3 se réappropriait les romans durs et les classiques de l’auteur pour livrer une série de téléfilms très respectueux des ambiances qui aujourd’hui sortent en coffret. Une histoire à la Simenon tourne toujours autour du même postulat, à savoir une immersion au cœur d’une cellule familiale dysfonctionnelle appartenant à la moyenne bourgeoisie. Pourquoi « moyenne bourgeoisie » ? Parce qu’elle permet de disséquer une couche sociale qui ne veut plus faire partie du peuple et de ses petites gens et qui, désespérément, tente d’intégrer une classe plus prestigieuse à laquelle jamais elle n’appartiendra. Simenon ausculte comme personne ces petits notables de province, avides de pouvoir, qui maltraitent leur petit personnel, eux qui furent il n’y a pas si longtemps que cela leur semblable. <span id="more-27676"></span>Au cœur des enjeux « simenesques », des enfants innocents, des âmes déçus et aigris et de la rancœur, beaucoup de rancœur. L’adaptation de <em>La Boule noire</em> avec Bernard Campan est particulièrement réussie tout comme <em>La Mort d’Auguste</em> soutenu par un formidable trio composé de Jean-Pierre Darroussin, Bruno Solo et l’omniprésent Antoine Duléry. On peut y observer les plus méprisables comportements de la nature humaine. Jalousie, petites magouilles entre amis, amertume, tout le tableau périodique des défauts. Et c’est un pur régal ! <em>La Fuite de Monsieur Monde</em> avec Bernard Le Coq nous offre le portrait ciselé d’un homme déçu par la médiocrité de sa famille et qui décide sur un coup de tête de tout abandonner et de laisser les siens à leur triste sort (à savoir ne plus les couvrir d’argent et souffrir de leur mauvais caractère). Ces études psychologiques, criantes de vérité, nous sautent à la gueule tant elles semblent nous désigner personnellement. Quoi, moi ? A voir aussi <em>Jusqu’à L’Enfer</em>, <em>En cas de malheur</em>, <em>Les Innocents</em> et une très honorable version de <em>L’Escalier de fer</em> avec Laurent Gerra (si, si!).<br />
Coffret Simenon chez Elephant Films.</p>
<h2>Un peu d’histoire&#8230;</h2>
<p>Au rayon téléfilms et séries estampillées ORTF, célébrons la réédition du feuilleton <em>Les Habits noirs</em> (1967) tiré de la saga littéraire éponyme du romancier Paul Féval. <em>Les Habits noirs</em> raconte les méfaits d’une bande de criminels sous la Restauration. Les 31 épisodes, courts et ramassés, racontent l’essentiel d’une époque troublée où rien ni personne ne semble digne de confiance. Si vous appréciez les séries vintage, le plaisir sera au rendez-vous. Les moyens sont ceux de la télé à la fin des années 1960 mais la qualité des dialogues et les références historiques emportent tout. Autre rareté « académique » issue de la télé française, la série Marie-Antoinette en quatre épisode de 90 minutes par Guy Lefranc vaut le coup d’œil. Si les ambitions formelles classiques peuvent rebuter, les soins apportés aux détails et aux événements font de cette série une référence en la matière et mieux car elle prend le parti de déconstruire l’aspect conte de fées de la vie à Versailles. Au bout du compte, se révèle une furieuse critique contre la monarchie et cette cour de fieffés empotés. Autre perle de la téloche, le téléfilm <em>Cinq-Mars</em> réalisé par Jean-Claude Brialy qui, entre deux cocktails onéreux, se permet le luxe de nous narrer avec brio l’ascension et la chute du préféré de Louis XIII, le bien nommé Henri Coëffier de Ruzé d&#8217;Effiat, marquis de Cinq-Mars qui tenta de fomenter un sale coup contre Richelieu et qui s’en mordit les doigts.<br />
Toutes ces œuvres sont éditées en coffret chez Elephant Films.</p>
<h2>Spike Lee, le community manager</h2>
<p>Avant d’arriver à nos moutons, un mot sur&#8230; <em>When the Levees Broke</em> (<em>Quand les digues ont cédé</em>).<br />
J’ai toujours apprécié le cinéma engagé de Spike Lee même si ses films possèdent quasi tous ce vilain défaut d’être trop long. Mais là, je vous invite et vous incite à goûter (et peut-être découvrir) chaque seconde de son meilleur film, <em>When the Levees Broke</em>, documentaire de près de 4 heures qui raconte avec force minutie les causes et les conséquences qui ont amené la ville de La Nouvelle-Orléans et une partie de la Louisiane à plier &#8211; et rompre &#8211; sous la force de l’ouragan Katrina en 2004. Spike Lee, lui, n’évite rien des problèmes qui ont pu causer cette catastrophe&#8230; évitable ! Politiques, habitants, universitaires, musiciens, hommes, femmes et enfants témoignent dans un flot de colère, de tristesse et d’amour. Voilà le chef-d’œuvre absolu de Spike Lee. Je profite même de cette tribune exceptionnelle sur Grand Écart pour vous conseiller l’immense (et je pèse mes mots !) bande originale du film composée par Terence Blanchard <em>A Tale of God’s Will (A Requiem for Katrina)</em> véritable hommage à la ville et à ses habitants disparus. Terence Blanchard, natif de La Nouvelle-Orléans (qui témoigne avec sa maman) livre une partition des plus délicates jamais entendue sur un label de jazz. Des torrents de larmes, je vous dis. Non, vous ne le regretterez pas.</p>
<p>Donc. Deux (bons) films de Spike Lee arrivent dans des versions certifiées « Haute Qualité » chez Elephant Films. Le premier, <em>Mo’Better Blues</em> raconte le parcours d’un trompettiste de génie, Bleek Gilliam, qui par passion pour la musique et sa musique en arrive à négliger sa famille, ses amis et tout son entourage professionnel. <em>Mo’Better Blues</em> marque la première collaboration « très réussie » entre le cinéaste et Denzel Washington. Le film s’inscrit adroitement dans l’hommage à la culture jazz et la reconnaissance des musiciens noirs au cœur de l’establishment new-yorkais. La Grande Pomme, ici magnifiquement filmée, rayonne de mille feux. Ce second film qui déboule dans les bacs se présente comme l’un des sommets de la carrière de Spike Lee, l’excellent <em>Jungle Fever</em>. A cette époque, Spike Lee enchaîne les succès et après <em>School Daze</em> (1988), <em>Do The Right Thing</em> (1989) et <em>Mo’Better Blues</em> (1990), <em>Jungle Fever</em> (1991) produit une vague d’indignation. En effet, les détracteurs de la culture interraciale voient d’un mauvais œil cette histoire d’amour illégitime entre un architecte noir et sa secrétaire blanche. <em>Jungle Fever</em> s’impose comme le drame du couple dans toute sa splendeur sur fond de préjugés raciaux. <em>Jungle Fever</em> n’est rien de moins qu’un film puissant et fiévreux porté par un Wesley Snipes des grands jours.<br />
Disponible en DVD et blu-ray chez Elephant films.</p>
<h2>Du Rififi au <em>New York Sun</em></h2>
<p>Notons la ressortie d’un film oublié de Ron Howard, <em>Le Journal</em>. C’est d’autant plus dommage qu’il soit sorti de nos mémoires car il est sans nul doute l’un des meilleurs films du cinéaste. Nous suivons sur 24 heures la vie trépidante d’Henry Hackett, rédacteur du journal <em>New York Sun</em> qui, harcelé d’un côté par sa chef de service et occupé de l’autre à prendre soin de sa femme qui est sur le point d’accoucher, tente de réfléchir à la place que lui offre le très prestigieux <em>New York Sentinel</em> pendant que se déroule dans les rues de la ville une histoire de meurtre prête à défrayer la chronique. Bref, ça n’arrête pas. Michael Keaton qui endosse le rôle d’Henry Hackett est génialissime. Le casting dans son ensemble, les situations, les dialogues, les rebondissements, les péripéties, c’est du grand art. Si vous désespérez à trouver un bon film sur le journalisme (hors les grands classiques du genre), vous ne saurez être déçus. Voilà une pépite oubliée qui mérite le devant de la scène.<br />
Disponible en DVD et blu-ray chez Elephant films.</p>
<h2>Et pour quelques classiques de plus</h2>
<p>Pour terminer cette sélection des plus éclectiques, je vous propose deux longs-métrages réalisés par deux maîtres du septième art. D’abord le thriller sacrément tendu de Gus Van Sant, <em>Prête à tout</em>, où une Nicole Kidman vénale et vénéneuse à souhait décide de se débarrasser de tous ceux et de toutes celles qui pourraient l’empêcher de vivre son rêve. Pour arriver à ses fins, la Nicole, comme on dit en Bourgogne, décide d’engager des petites frappes, des mineurs aussi dangereux que mignons. Trop mignons. Slurp qu’elle fait la Nicole avec sa langue.<br />
Et enfin voilà <em>Blue Collar</em>, le premier film de Paul Schrader en tant que réalisateur, proposé dans une édition digne de ce nom. Comme à son habitude, Schrader, ce vieil anar, nous emporte dans une diatribe antisociale où l’on ne sait plus vraiment qui des ouvriers (les cols bleus), des syndicalistes, des dirigeants ou des politiques sont les plus salauds. Ce pamphlet anticapitaliste avec Richard Pryor, Harvey Keitel et Yaphet Kotto (connu pour son rôle de Parker dans <em>Alien</em> et qui vient tout juste de disparaître) ne semble pas avoir vieilli d’un poil (à gratter). &#8220;Vous êtes tous des cons !&#8221; semble être l’expression favorite de l’artiste depuis près de 50 ans.<br />
Disponible en DVD et blu-ray chez Elephant Films.</p>
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		<title>Le tour des éditions Montparnasse &#8211; Part One</title>
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		<pubDate>Tue, 11 Feb 2020 09:00:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Cédric Janet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Films]]></category>
		<category><![CDATA[actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Autriche]]></category>
		<category><![CDATA[documentaire]]></category>
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		<description><![CDATA[Comme chaque année, les éditions Montparnasse renouvellent leurs trésors, réalisant le bonheur des cinéphiles et des cinéphages en manque de pellicule. Des documentaires engagés aux...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Comme chaque année, les éditions Montparnasse renouvellent leurs trésors, réalisant le bonheur des cinéphiles et des cinéphages en manque de pellicule. Des documentaires engagés aux plaisirs coupables des grandes comédies hollywoodiennes, des raretés historiques aux portraits intimes de Jean Rouch, d’un animé made in France aux plages proustiennes, il y a de quoi avoir la tête qui tourne.<br />
&nbsp;</p>
<h2>Inquiétude et insouciance</h2>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2020/02/vienne-avant-la-nuit-robert-bober.jpg" alt="Vienne avant la nuit, de Robert Bober" width="280" height="187" class="alignleft size-full wp-image-27505" /><strong><em>Vienne avant la nuit</em>, de Robert Bober</strong></p>
<p>En 75 minutes, Robert Bober mêle la grande Histoire de ce début du XXe siècle à l’histoire personnelle de Wolf Leibe Fränkel, son grand-père, autour d’un périple allant de sa Pologne natale aux postes frontières d’Ellis Island jusqu’à la grande et mystérieuse Vienne, capitale de l’Autriche. L’histoire d’un aller et presque retour en quelque sorte. Robert Bober évoque la vie d’un immigré perpétuel, ce grand-père qu’il n’a jamais connu, mais qui fut le témoin des changements de paradigme politique qui bouleverseront à jamais le monde. Dans son récit familial, Bober s’efface derrière les mots de Schnitzler, Stephan Zweig et Joseph Roth qui rendent compte, comme son grand-père aurait pu le faire, d’un mal étrange qui ronge les esprits. <span id="more-27503"></span>C’est Vienne avant la nuit&#8230; Cette exhumation poétique colle à la peau du réalisateur. Le documentaire d’une douce violence rappelle à quel point il suffit d’un rien pour que tout bascule dans l’horreur. S’il n’avait pas été atteint d’un trachome et renvoyé des Etats-Unis, Wolf Leibe Fränkel serait peut-être mort de sa belle mort, sur un banc de Central Park.</p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2020/02/les-dames-de-la-cote-nina-companeez.jpg" alt="Les dames de la côte, de Nina Companeez" width="280" height="154" class="alignright size-full wp-image-27506" /><strong><em>Les Dames de la côte</em>, de Nina Companeez avec Fanny Ardant, Michel Aumont, Françoise Fabian …</strong></p>
<p>Quand on évoque le nom de Nina Companeez résonne tout un pan du cinéma français des années 1970 où <em>Faustine et le bel été</em> (1971) qui révéla Muriel Catala (mais aussi Isabelle Adjani et Isabelle Huppert) et <em>L’Histoire très belle et très joyeuse de Colinot trousse-chemise</em> (1973) qui révéla Francis Huster (encore sobre et pas trop cabotin dans un rôle de Casanova échevelé !) symbolisent à la perfection le bonheur et l’insouciance d’une époque aujourd’hui révolue. Nina Companeez, c’est également la femme des grandes sagas télévisées classes et luxueuses (<em>L’Allée du Roi</em>, <em>Un pique-nique chez Osiris</em>, <em>A la recherche du temps perdu</em>&#8230;) dans lesquelles elle excelle à rendre des portraits ciselés des familles de la haute bourgeoisie française de la fin du XIXe et début du XXe siècle. Dans ses œuvres, il est toujours question d’amour et de convention, d’excès et de normes, comme si les personnages féminins qu’elle s’applique à croquer avec délices ne peuvent s’émanciper que dans la douleur. Vous l’aurez compris, Nina Companeez, ce n’est pas vraiment Romain Goupil ou Gérard Mordillat… <em>Les Dames de la côte</em>, c’est du Marcel Proust réinventé, une certaine idée de la France aisée et insouciante avant et après la Première Guerre mondiale. Cette valse des couples sur fond de mutation sociale de la société française est d’une cruauté sans nom quand la cinéaste s’attarde avec délice sur ces petits esprits étriqués. </p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2020/02/autrichienne-pierre-granier-deferre.jpg" alt="L&#039;Autrichienne, de Pierre Granier-Deferre" width="280" height="230" class="alignleft size-full wp-image-27507" /><strong><em>L’Autrichienne</em>, de Pierre Granier-Deferre avec Ute Lemper, Patrick Chesnais, Daniel Mesguich, Rufus&#8230;</strong></p>
<p>Avec <em>L’Autrichienne</em>, Pierre Granier-Deferre s’offrait un morceau d’histoire, un terrible huis clos narrant dans une série de flash-back les quatre derniers jours de la reine Marie-Antoinette. Une reine condamnée d’avance par une « cour » de magistrats dans un procès à charge mené par le Président du tribunal révolutionnaire, Martial Herman – incarné par un Patrick Chesnais des grands jours, naturel, odieux et exécrable… fabuleux donc ! L’actrice allemande Ute Lemper, comédienne, danseuse et musicienne accomplie, livre une prestation exemplaire, toute en légèreté et toute en gravité, d’une grande justesse. Le film est sec, épuré à l’extrême, sans fioriture… on ne badine pas avec la reine ! Elle va y passer ! Cette empathie qu’on développe pour elle naît de cette justice truquée, des mots cruels lâchés par le procureur, le juge et même l’avocat de la défense, un pleutre de première catégorie. Drôle de sentiment que de se sentir impuissant à la sauver, elle qui ne semble rien comprendre à ce qui lui arrive. Nous ne sommes pas en position de refaire l’Histoire. Le peuple crevait la dalle quand la reine dépensait la fortune du pays en pâtisserie. Absolument passionnant.</p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2020/02/branches-arbres-satyajit-ray.jpg" alt="Les Branches de l&#039;arbre, de Satyajit Ray" width="280" height="158" class="alignright size-full wp-image-27508" /><strong><em>Les Branches de l’arbre</em>, de Satyajit Ray avec Ajit Bannerjee, Haradhan Bannerjee, Soumitra Chatterjee&#8230;</strong></p>
<p>Ananda, ancien directeur de Mica Works, vit retiré avec son second fils, Proshanto, devenu handicapé mental à la suite d&#8217;un accident. Il a 3 autres fils qui ont tous une position sociale confortable, à l&#8217;exception du plus jeune, Protap, qui a préféré une carrière artistique au milieu financier dans lequel évolue le reste de la famille. Alors qu&#8217;Ananda les a tous réunis à l&#8217;occasion de son 70e anniversaire, ainsi que plusieurs notables de la ville, celui-ci est victime d&#8217;une attaque cardiaque.<br />
C’est en partie grâce à Gérard Depardieu qui dans les années 1990 rachète les droits de distribution de tous les films de Satyajit Ray, que les œuvres du maître indien sont visibles aujourd’hui. D’ailleurs, notre Gégé national et Daniel Toscan Du Plantier produiront et distribueront ses trois derniers films, dont <em>Les Branches de l’arbre</em>. C’est au travers de ces branches, huis clos familial, que le cinéaste dresse un état des lieux net et sans bavure d’une classe aisée décidée à rompre avec les traditions séculaires. L’Inde se modernise et les nouvelles générations s’acculturent au mode de vie occidentale. Les enfants d’Ananda ne considèrent plus leur père comme une référence, la poutre maîtresse sur laquelle repose d’immuables valeurs. <em>Les Branches de l’arbre</em> se fait le témoin du temps qui passe dans un pays que l’on pensait définitivement cristallisé dans ses coutumes et son folklore. Le cinéaste n’affirme pas que tout va changer du jour au lendemain mais qu’une révolution est en cours ; sans aucun doute l’avènement de l’Inde d’aujourd’hui qui tente de préserver sa culture et de prouver qu’elle est une grande puissance mondiale. Un grand film.</p>
<p>&nbsp;<br />
A suivre&#8230;</p>
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		<title>Rencontre avec Harry Kümel</title>
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		<pubDate>Fri, 31 Jan 2020 14:01:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Julien Wagner</dc:creator>
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				<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2020/01/levres-rouges-c-malavida.jpg" alt="Les Lèvres rouges" width="280" height="169" class="alignleft size-full wp-image-27381" />Harry Kümel a tourné neuf longs-métrages, mais le cinéaste belge de 80 ans a gagné son statut de réalisateur culte grâce à un film en particulier, <em>Les Lèvres rouges</em>, relecture toute personnelle de l&#8217;histoire de la comtesse Bathory version vampire, avec une Delphine Seyrig sulfureuse en diable. Un film présenté au <a href="http://www.grand-ecart.fr/pense-bete/27e-festival-film-fantastique-gerardmer-horreur-2020/" title="29/01-02/02 : 27e Festival du film fantastique de Gérardmer">Festival international du film fantastique de Gérardmer 2020</a> lors de la nouvelle édition de Rétromania. Tandis que le film va bientôt ressortir en version restaurée, rencontre avec son réalisateur.</p>
<p><strong>Avez-vous été surpris de l&#8217;invitation du festival ?</strong></p>
<p>Pas vraiment, car <em>Les Lèvres rouges</em> est assez connu dans le monde du fantastique et je suis souvent invité pour en parler dans de nombreux festivals. Cela dit, je ne connaissais pas celui de Gérardmer.</p>
<p><strong>Quelle est la genèse des <em>Lèvres rouges</em> ?</strong></p>
<p>J’avais déjà réalisé un premier long-métrage et des producteurs sont venus me voir pour me demander si je voulais bien faire un autre film, mais dans la veine fantastique, qui se vendait bien à l’époque. J’ai accepté et en me promenant à Bruxelles, j’ai vu un fascicule dédié à Elizabeth Bathory, la fameuse Comtesse sanglante. Je l’ai acheté, j’ai lu l’histoire de cette femme et tout de suite, j’ai voulu écrire quelque chose sur elle. Comme cela nécessitait beaucoup de fonds, de faire une reconstitution historique, on est plutôt partis sur l’idée qu’il s’agissait d’un vampire qui survit en se baignant dans le sang de jeunes vierges, pour rester éternellement jeune. Elle traverse le monde en compagnie de sa servante. Avec le producteur, nous avons écrit un synopsis très rapidement, qui a ensuite été envoyé au scénariste Jean Ferry, avec qui j’écrivais un autre film, <em>Malpertuis</em>. Un très grand scénariste. Il m’a envoyé un télégramme en me disant qu’il acceptait de collaborer sur ce film et qu’il voulait en faire les dialogues. Quelques mois plus tard, le film était vendu au Festival de Cannes. Cela se faisait très facilement et rapidement, à l’époque. <span id="more-27375"></span></p>
<p><strong>Pourquoi le choix de Delphine Seyrig ?</strong></p>
<p>C’était la condition que j’avais émise pour faire ce film. Si l’on mettait une actrice de grand renom dans le rôle principal, cela prendrait de l’allure et donnerait une aura particulière au film. Ce qui a particulièrement réussi. Delphine était une amie d’Alain Resnais. Elle a accepté, car Resnais trouvait que le film se lisait comme une bande dessinée dont il raffolait. On s’est très bien entendus elle et moi, c’était très agréable de travailler avec elle. Les seuls qui ont des problèmes avec elle, ce sont les producteurs. Elle réclamait toujours son argent, elle considérait les producteurs comme des ennemis. C’était comme un réflexe naturel chez elle, très français. </p>
<p><strong>Au moment de la sortie, est-ce que ce fut un choc ?</strong></p>
<p>Il est d’abord sorti aux Etats-Unis, car il y avait un co-financier américain. Avec un sujet pareil, cela n’aurait pas pu se faire uniquement sur des fonds belge. Il est sorti à New York et a fait un malheur. Il est sorti avec un slogan qui donnait envie de le voir. C’est grâce à cela que le film est sorti ensuite en Belgique. Il y a eu des critiques qui l’ont trouvé scandaleux, mais globalement l’accueil était plutôt bon. J’étais d’ailleurs excessivement étonné moi-même. C’est même devenu un film culte ! Je le revois maintenant comme s’il était tourné par un autre. On n&#8217;était pas habitués à voir ce genre de film, mélangeant érotisme et fantastique, avec une actrice connue et une très belle photographie. Cela ne s’était jamais fait aussi explicitement. C’est ça qui avait fait de l’effet à l’époque. </p>
<p><strong>Des réalisateurs se réclament-ils des <em>Lèvres rouges</em> ?</strong></p>
<p>Oui, absolument ! C’est très flatteur ! Quand je consulte les pages anglophones sur Internet sur moi, je découvre plein de commentaires élogieux. On vient de restaurer le film en version haute définition, qui sortira bientôt et les techniciens venaient voir la restauration en trouvant qu’on ne faisait plus de films comme ça, avec une telle couleur, une telle photographie, comme si c’était nouveau. Un cinéma qui est bien fait reste intemporel. Je ne dis pas cela par nostalgie, mais je suis très heureux que le film vieillisse bien, qu’il tienne le coup, comme du bon vin.</p>
<p><strong>Aviez-vous l’impression de faire quelque chose de précurseur à l’époque ?</strong></p>
<p>Non, pas du tout ! Un réalisateur pour moi, c’est l’interprète d’un scénario. La mise en scène, c’est trouver des solutions d’images et de son pour des moments dramatiques. C’est tout. Il faut toujours étonner le spectateur. C’est ce que disait Hitchcock. C’est grâce à lui que j’ai voulu faire du cinéma. Le seul devoir d’un réalisateur, c’est d’étonner. Prenez récemment un film comme 1917 de Sam Mendes, l’étonnement est à chaque moment. Ce n’est pas le sujet qui fait le film, qui est ici classique. Mais la manière dont il est fait, le rend étonnant. Ce qui est important et fait durer les films, c’est leur facture, quel que soit le sujet. Le sujet n’est que le porte-manteau du film. Un film ne doit surtout pas refléter la réalité de tous les jours. Les films doivent être vus en salle, avec des êtres humains autour de soi. </p>
<p><strong>Des réalisateurs vous surprennent-ils ?</strong></p>
<p>Le film de genre est ce qu’il y a de plus intéressant de nos jours. Un film comme <em><a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/parasite-bong-joon-ho/" title="Parasite, de Bong Joon-ho">Parasite</a></em> est un film fantastique dans tous les sens du terme. Les films les plus intéressants ne viennent plus d’Europe, mais de l’Asie, comme ceux de l’Inde, de la Corée du Sud, du Japon. Ce sont des grands films. La Russie commence à retrouver de l’intérêt petit à petit. La France a des problèmes avec le cinéma fantastique. Georges Franju, à qui on doit <em>Les Yeux sans visage</em>, est mort dans la pauvreté. Des cinéastes comme René Clément ont essayé de se mettre au genre et ont été assassinés par la critique de la Nouvelle Vague. Quand j’ai vu <em>2001, l’Odyssée de l’espace</em>, j’avais été époustouflé, mais les critiques belges n’y avaient rien compris, parce qu’ils s’attachaient à l’histoire&#8230;</p>
<p>&nbsp;<br />
Les Lèvres rouges <em>de Harry Kümel, avec Delphine Seyrig, John Karlen, Danielle Ouimet. Allemagne, Belgique, France, 1971.</em></p>
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		<title>Chambre 212, de Christophe Honoré</title>
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		<pubDate>Tue, 21 May 2019 19:10:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maid Marion</dc:creator>
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				<content:encoded><![CDATA[<h3>La superbe</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2019/05/honore.jpg" alt="Chambre 212, de Christophe Honoré" width="280" height="186" class="alignleft size-full wp-image-27120" />En annonçant dans la sélection Un Certain Regard la présence inattendue de Christophe Honoré, Thierry Frémaux avait décrit le réalisateur-dramaturge-romancier en Sacha Guitry contemporain. Et il est vrai qu’on ne peut s’empêcher de penser à <em>Quadrille</em> dans ce marivaudage d’un nouveau genre. Maria (pétillante Chiara Mastroianni) quitte avec brio son amant et rejoint son mari (Benjamin Biolay, plus déprimé que jamais en bermuda-chaussettes). Mais après l’engueulade qui suit la découverte des textos du jeune homme éconduit, elle va passer la nuit dans l’hôtel qui fait face à leur appartement. Elle y observe l’être autrefois aimé et s’interroge sur leur avenir commun, sur les conseils plus ou moins avisés d’une version jeune de son époux, de la femme avec qui il aurait pu passer sa vie, de sa volonté &#8211; incarnée avec délice par un sosie d’Aznavour habillé en peignoir digne de DSK &#8211; et de la ribambelle d’amants qu’elle a eus au cours de ses 25 ans de mariage. </p>
<p>Assumant la dimension théâtrale du récit, la caméra de Christophe Honoré virevolte au-dessus de décors en studio, où les portes s’ouvrent et se ferment dans l’esprit de Maria, encombré d’un tourbillon de personnages, de souvenirs, de regrets, de questionnements. <span id="more-27117"></span>Le réalisateur surprend sans cesse, avec des dialogues savoureux, l’apparition de personnages (et d’acteurs) sortis de nulle part, la beauté soudaine d’une scène entre deux éclats de rire, la profondeur sous la farce. Christophe Honoré n’est jamais aussi bon que lorsqu’il s’impose une rigueur formelle, qui semble finalement le libérer, et qu’il prend le parti de la légèreté pour se poser des questions fondamentales : comment aimer, comment durer, quelle direction donner à sa vie, une occasion ratée l’est-elle pour toujours ? <em>« Quelle aventure »</em>, chanterait Benjamin Biolay.<br />
&nbsp;<br />
Chambre 212<em> de Christophe Honoré, avec Chiara Mastroianni, Benjamin Biolay, Vincent Lacoste, Camille Cottin&#8230; France, Luxembourg, Belgique, 2019. Présenté en sélection Un Certain Regard au 72e Festival de Cannes. Sortie le 30 octobre 2019.</em></p>
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		<title>Portrait de la jeune fille en feu, de Céline Sciamma</title>
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		<pubDate>Tue, 21 May 2019 13:47:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maid Marion</dc:creator>
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				<content:encoded><![CDATA[<h3>La beauté du geste</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2019/05/Sciamma.jpg" alt="Portrait de la jeune fille en feu, de Céline Sciamma" width="209" height="280" class="alignleft size-full wp-image-27103" />Faire un film d’époque et sur la peinture est toujours casse-gueule. Un défi que Céline Sciamma remporte haut la main, tant son film n’est pas ampoulé, enfermé dans des carcans. Car s’en échapper, c’est tout le cinéma de la réalisatrice de <em>Naissance des pieuvres</em>, <em><a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/tomboy-celine-sciamma/" title="Tomboy, de Céline Sciamma">Tomboy</a></em> et <em><a title="Bande de filles, de Céline Sciamma" href="http://www.grand-ecart.fr/67e-festival-cinema-cannes/films-selection-officielle-2014/46e-quinzaine-des-realisateurs-2014/bande-filles-celine-sciamma/" target="_blank">Bande de filles</a></em>. C’est donc une nouvelle histoire d’émancipation qu’elle raconte. Celle d’Héloïse (Adèle Haenel), dont le portrait doit être fait pour sceller son mariage avec un homme qu’elle n’a jamais rencontré. Celle aussi de la peintre, Marianne (Noémie Merlant), encouragée par son modèle à pousser son art plus loin. Avec un sens du cadre impressionnant, une lumière envoûtante, Céline Sciamma s’approprie son thème de la peinture pour montrer l’artiste au travail. La recherche de la vérité intérieure de son sujet, la manière dont on intègre les conventions, puis s’en libère. Adèle Haenel, elle, s’offre sous un jour nouveau. Sa dureté frondeuse fait place à une douceur inattendue, dont la colère n’est pourtant pas absente. Composition complexe d’un personnage riche, à l’écoute de ses émotions, et en constante réflexion. <span id="more-27099"></span></p>
<p><em>Portrait de la jeune fille en feu</em> est un film sur le regard, avant tout. Celui de la peintre qui observe discrètement son modèle, devient celui de la cinéaste regardant ses actrices, avec désir et complicité. Celui que l’on reçoit et que l’on donne en retour. Observer et se sentir observé, dans une relation de séduction mutuelle. Un trouble incandescent, qui donne son titre au film, dans une séquence d’une beauté rare, où les coeurs s’enflamment autant que les robes. L’évolution, enfin, de ce regard au cours d’échanges intellectuels, de partages de vision sur la peinture, la littérature, la musique. Les deux jeunes femmes débattent ainsi, avec la servante de la maison, Sophie (Luana Bajrami), du choix d’Orphée de se retourner pour un dernier regard, encore, à Eurydice. Est-il seulement idiot et impatient ? Fait-il le choix du poète : celui de garder le souvenir d’Eurydice ? Ou est-ce elle, Eurydice, qui le lui demande ? L’objet du désir en est aussi l’acteur, dit la cinéaste à chaque plan. Céline Sciamma explore la naissance d’un amour, mais aussi le souvenir qu’il laisse, comme une trace éternelle. « Ne regrette pas, souviens-toi », dit l’une à l’autre. Un dernier plan, sublime, voit ces émotions passer sur le visage de la jeune fille devenue femme : la tristesse des regrets qui se mue en sourire du souvenir.<br />
&nbsp;<br />
Portrait de la jeune fille en feu<em> de Céline Sciamma, avec Adèle Haenel, Noémie Merlant, Luana Bajrami, Valeria Golino. France, 2019. Prix du scénario du 72e Festival de Cannes. Sortie le 18 septembre 2019.</em></p>
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		<title>Les Siffleurs, de Corneliu Porumboiu</title>
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		<pubDate>Tue, 21 May 2019 07:11:23 +0000</pubDate>
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				<content:encoded><![CDATA[<h3>Là-haut sur la colline</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2019/05/Les-Siffleurs.jpg" alt="Les Siffleurs, de Corneliu Porumboiu" width="280" height="186" class="alignleft size-full wp-image-27091" />Les premières notes de <em>I’m a Passenger</em> d’Iggy Pop se font entendre alors que Cristi et son air soupçonneux débarquent aux Canaries. Le ton est donné. <em>Les Siffleurs</em> sera décalé, drôle, entraînant. Corneliu Porumboiu poursuit son travail d’exploration du langage et de la corruption, entamé avec <em>12h08 à l’est de Bucarest</em> et <em>Policier, adjectif</em>. Cette fois, le langage est sifflé, et ainsi secret, et si le flic corrompu se rend sur l’île de La Gomera, c’est pour l’apprendre. Un lieu au nom bien choisi pour appréhender les rudiments d’une langue vouée à converser avec la mafia. Car si le langage intéresse le cinéaste, la corruption est l’autre thème de son cinéma. Plus qu’une dénonciation, elle sert ici de cadre à un polar efficace. Construit en flash-backs et chapitres colorés autour de chacun des personnages, <em>Les Siffleurs</em> se dévoile peu à peu, par bribes, dans des séquences courtes, percutantes, parfois abruptes. Corneliu Porumboiu amuse, surprend, détourne. On pense autant à Hitchcock &#8211; à Doris Day et son <em>Que sera sera</em>, tant la musique est utilisée comme code, comme au motel de Norman Bates, dans un clin d’oeil savoureux &#8211; qu’aux films noirs, avec un rôle de femme fatale (la bien nommée Gilda), qui ne dévoile jamais vraiment son jeu. Pourtant, loin d’être écrasé par les conventions et références qu’il convoque, Corneliu Porumboiu parvient à signer un film original, maîtrisé de bout en bout. A l’image de son personnage principal, spectateur averti qui enregistre les codes pour mieux les retourner à son avantage.<br />
&nbsp;<br />
Les Siffleurs<em> de Corneliu Porumboiu, avec Vlad Ivanov, Catrinel Marlon, Sabin Tambrea, Rodica Lazar&#8230; Roumanie, France, 2019. En compétition du 72e Festival de Cannes</em></p>
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		<title>Les Misérables, de Ladj Ly</title>
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		<pubDate>Sat, 18 May 2019 12:11:47 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Le premier jour d’un condé Avant même que Ladj Ly ne foule les marches de Cannes, on ne se référait qu’à La Haine pour parler des Misérables. Les deux films...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h3>Le premier jour d’un condé</h3>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-27033" alt="Les Miserables, de Ladj Ly" src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2019/05/Les-Mis.jpg" width="210" height="280" />Avant même que Ladj Ly ne foule les marches de Cannes, on ne se référait qu’à <em>La Haine</em> pour parler des <em>Misérables</em>. Les deux films sont pourtant très différents, même s’ils résonnent l’un avec l’autre. Mais que l’on n’ait d’autre références qu’un film qui date de 1995 en dit déjà assez long sur la manière dont on traite les banlieues dans le cinéma français. Ladj Ly, issu du collectif Kourtrajmé, est un militant sur ce sujet. Né à Montfermeil, il y vit toujours, y travaille, y a créé une école de cinéma gratuite. On sent dans ce premier long de fiction, prolongation du travail entamé dans ses courts-métrages et documentaires, sa volonté de présenter une vision complexe, entière, nuancée des questions qu’il soulève.</p>
<p><em>Les Misérables</em> relate la première journée d’un flic de la BAC (brigade anti-criminalité) avec sa nouvelle équipe, dans un nouvel environnement. C’est-à-dire Chris et Gwada, « bacqueux » roublards, circulant toute la journée dans la cité, mélangeant étrangement police cow-boy et police de proximité. Dans ce grand tour de présentation des protagonistes &#8211; des frères musulmans au « Maire », qui régente le quartier &#8211; Ladj Ly multiplie les ruptures de ton, montrant les contradictions de ces flics comme les tensions, toujours au bord de l’explosion. <span id="more-27032"></span><em>Les Misérables</em> est un film politique mais pas militant dans le sens où il expose différents points de vue, questionne son propre jugement, propose des personnages à plusieurs facettes. En confrontant les idéaux d’un débutant aux petits arrangements de l’expérience de terrain, sans occulter les dérives qu’engendre le sentiment de toute-puissance, mais sans occulter non plus la fatigue et le débordement. En montrant surtout comment la violence se construit, de toutes parts. Le point de rupture vers la bavure comme vers la vengeance, ce trop-plein d’humiliations qui fait basculer.</p>
<p>Si <em>Les Misérables</em> s’inscrit dans la continuité de <em>La Haine</em>, c’est dans son final suspendu et sa conclusion en forme de morale, ici tirée de Victor Hugo après avoir montré une nouvelle forme de barricade, tenue par un Gavroche contemporain : <em>« Il n’y a ni mauvaises herbes, ni mauvais hommes. Il n’y a que de mauvais cultivateurs. »</em> On ne peut que voir les balises du temps : 1862, 1995, 2019. Et constater le peu d’évolution.</p>
<p>Les Misérables<em> de Ladj Ly, avec Damien Bonnard, Alexis Manenti, Djebril Zonga, Issa Perica, Al-Hassan Ly, Steve Tientcheu&#8230; France, 2019. Prix du jury ex-aequo du 72e Festival de Cannes.</em></p>
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		<title>L’Homme qui tua Don Quichotte, de Terry Gilliam</title>
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		<pubDate>Sat, 19 May 2018 14:40:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maid Marion</dc:creator>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2018]]></category>
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		<description><![CDATA[25 ans d’attente, plusieurs versions de scénarios, un tournage annulé au bout de cinq jours - mais un making of resté dans l’histoire -, trois changements de casting et des procès à la pelle...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h3>Et Terry Gilliam créa Don Quichotte</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2018/05/LHOMME-QUI-TUA-DON-QUICHOTTE.jpg" alt="L&#039;Homme qui tua Don Quichotte" width="210" height="280" class="alignleft size-full wp-image-26492" />25 ans d’attente, plusieurs versions de scénarios, un tournage annulé au bout de cinq jours &#8211; mais un making of resté dans l’histoire (<em>Lost in La Mancha</em>) -, trois changements de casting et des procès à la pelle&#8230; Mais ça y est, Terry Gilliam a fini par gagner sa bataille contre les moulins à vent. Evidemment, <em>L’Homme qui tua Don Quichotte</em> suscite plus d’attente qu’il n’est raisonnable, et ne sera pas à la hauteur des fantasmes de tous. Dès le générique, Terry Gilliam rappelle ces tourments, et s’amuse, pendant toute la première partie du film, avec sa propre histoire rocambolesque. Toby (Adam Driver), réalisateur, est dans le désert espagnol. Il tourne une version de <em>Don Quichotte</em>, qui ne semble pas beaucoup mieux se dérouler que lors de la dernière tentative de Terry Gilliam. Tournage bordélique, réalisateur irascible, acteur médiocre, les raisons du plantage sont différentes (quoique). Adam Driver en alter ego de Terry Gilliam a perdu l’envie et l’inspiration, trop couvé par son assistant et son producteur. Il fait face à l’inverse de ce à quoi fut confronté Gilliam : trop de facilités. Jusqu’à ce qu’on lui rappelle qu’il avait déjà réalisé un <em>Don Quichotte</em>. Un film d’étudiant en noir et blanc, tourné dans un village non loin de là. Les films s’empilent &#8211; le film que l’on est en train de voir, le film en train de se tourner, le film réalisé dix ans plus tôt &#8211; comme autant de niveaux de lecture, autant de strates qui finissent par bâtir cet <em>Homme qui tua Don Quichotte</em>. Une manière d’exorciser, une catharsis avant de se lancer dans la réelle aventure picaresque, réalisée, elle aussi, tambour battant, tel un <em>Baron de Münchhausen</em> moins baroque et plus mature. En revoyant son film d’étudiant, Adam Driver se rappelle. Se rappelle la passion avant l’arrogance, le bricolage avant les moyens. Et réalise l’empreinte qu’il a laissée dans ce petit village reculé, ou un vieux cordonnier croit toujours être le vrai Don Quichotte. <span id="more-26490"></span>Avant d’être un film d’aventure, ce qu’il est aussi, <em>L’Homme qui tua Don Quichotte</em> est avant tout un film sur la fiction, la création et le besoin d’absolu, jouant sans cesse sur différents tableaux, mélangeant avec allégresse fiction, rêves, souvenirs et réalité. Pendant ce périple, Adam Driver joue sur une palette très large, réinventant sans cesse son personnage au cours des événements &#8211; dont le débarquement, clin d’oeil savoureux, de l’Inquisition (or, <em>&#8220;nobody expects the Spanish Inquisition&#8221;</em>) -, à la fois drôle, moqueur, burlesque, touchant, tragique&#8230; parfait. S’il n’y avait qu’une seule bonne raison d’avoir attendu 25 ans, elle se nomme Adam Driver.</p>
<p>&nbsp;<br />
L’Homme qui tua Don Quichotte<em> (The Man who Killed Don Quixote) de Terry Gilliam, avec Adam Driver, Jonathan Pryce, Stellan Skarsgard, Olga Kurylenko, Joana Ribeiro&#8230; Espagne, France, Belgique, Portugal, 2018. Film de clôture du 71e Festival de Cannes. Sortie le 19 mai 2018.</em></p>
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		<title>Plaire aimer et courir vite, de Christophe Honoré</title>
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		<pubDate>Fri, 18 May 2018 17:13:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Julien Wagner</dc:creator>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2018]]></category>
		<category><![CDATA[Films]]></category>
		<category><![CDATA[critiques Cannes]]></category>
		<category><![CDATA[Croisette]]></category>
		<category><![CDATA[drame]]></category>
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		<description><![CDATA[12 battements par heure - Jacques est écrivain. Il a la trentaine qui galope vers la quarantaine, vit dans le 13<sup>e</sup> arrondissement, est homosexuel, a un enfant, le sida et les poches percées...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h3>12 battements par heure</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2018/05/plaire-aimer-courire-vite-christophe-honore.jpg" alt="Plaire, aimer et courir vite, de Christophe Honoré" width="210" height="280" class="alignleft size-full wp-image-26477" />Jacques est écrivain. Il a la trentaine qui galope vers la quarantaine, vit dans le 13<sup>e</sup> arrondissement, est homosexuel, a un enfant, le sida et les poches percées. Son meilleur ami est son voisin du dessous, Mathieu, journaliste, homosexuel, la cinquantaine, une moustache, la solitude en bandoulière et les poches pleines, ce qui lui permet d’acheter quelques garçons aux muscles saillants. Quant à Arthur, il a 22 ans, est Breton, l’avenir devant lui et une sexualité libérée (il est avec une fille, même s’il préfère les étreintes masculines). Avec Christophe Honoré, on ne prend pas les mêmes (cette fois, son casting est entièrement renouvelé), mais on recommence. On recommence les Bretons qui sentent la crêpe au citron, les Parisiens lettrés qui donnent des leçons, mais ne retiennent pas celles que la vie leur donne, les amours au masculin légères et insouciantes, mais qui pèsent si lourd, pourtant. On est entre deux portes, entre deux ex, entre deux mauvaises nouvelles. On dit des phrases à l’emporte-pièce, poétiques, littéraires, magnifiques, magnifiées, incongrues (le film devrait se lire autant qu&#8217;il se voit). On met de la musique d’ambiance qui devient bande-son intemporelle. On dit merde à la vie, merde à la mort, mais il faudra bien succomber tout de même.</p>
<p>On est en pleine épidémie de sida, dans les années 1990, avant que les traitements thérapeutiques ne fassent leur apparition. On est pourtant dans l’antithèse d’un <em><a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/120-battements-par-minute-robin-campillo/" title="120 battements par minute, de Robin Campillo" target="_blank">120 battements par minute</a></em>, car ici, on s’intéresse aux âmes plutôt qu’aux corps. Et si ces derniers sont suppliciés, ce n’est que pour des scènes d’amour tendre (deux anciens amants qui partagent un même bain pour parler de leur histoire déchue avec tendresse). Et quand ils sont montrés en pleine action, dénudés et fragiles, c’est pour ensuite parler livres en écoutant de la musique classique. Dans le rôle de Louis Garrel, <a href="http://www.grand-ecart.fr/portraits/interview-pierre-deladonchamps-inconnu-lac-giraudie/" title="Rencontre avec Pierre Deladonchamps" target="_blank">Pierre Deladonchamps</a> rejoue à l’homosexuel avec le naturalisme qui le caractérise. On a l’impression de le connaître, qu’il est un voisin qui nous a emprunté du sel un jour, gauche et sûr de lui en même temps, fort et effacé dans la même seconde, froid et bouillonnant simultanément. Il est épaulé d’un toujours impeccable Denis Podalydès (de la Comédie-Française, n’oublions pas ses titres de noblesse), moustachu déprimé de ne partager ses nuits qu’avec sa solitude. <span id="more-26472"></span>Il est le témoin de la douloureuse communauté gay qui ostracise ceux qui ont dépassé les 40 ans et n’ont pas le physique de Tom Cruise, à moins d’avoir le porte-monnaie bien garni. Il observe en soupirant la jeunesse qui s’amuse et se perd, il est le garant de ceux qui s’en vont mourir dans l’ombre, ignorés de tous. Et dans le rôle de l’ingénu breton, l’inattendu Vincent Lacoste. Une révélation. De film en film, il métamorphose sa prestance arrogante, son timbre de freluquet qui a un temps d’avance sur les autres et la vie. Ici, il est l&#8217;objet de désir et de tourments, il est l’appât et l’hameçon, le porteur d’espoir et celui dont on doit se prémunir. Dans <em>Les Chansons d’amour</em>, Louis Garrel disait à Grégoire Leprince-Ringuet qu’il vaut mieux l’aimer moins, mais longtemps. Ici, c’est tout l’inverse : Jacques intime Arthur de l’aimer vite et rapidement. Car son temps est compté. Pourtant, celui du film s’étire. L’urgence du titre est une feinte. On finit par s’ennuyer et aimer cet ennui. C’est la magie Honoré : s’énerver d’être là, face à ses films qui racontent sans cesse la même histoire et incapable pourtant de ne pas regarder la suite, encore et toujours. Ne serait-ce que pour Vincent Lacoste, nouveau crocodile du septième art.</p>
<p>&nbsp;<br />
Plaire, aimer et courir vite <em>de Christophe Honré, avec Pierre Deladonchamps, Denis Podalydès, Vincent Lacoste, Clément Métayer, Adèle Wismes, Thomas Gonzalès&#8230; France, 2018. En compétition du 71e Festival de Cannes. En salles le 10 mai 2018.</em></p>
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