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	<title>Grand Écart &#187; Olivier Assayas</title>
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	<description>Étirements cinéphiles</description>
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		<title>Personal Shopper, d’Olivier Assayas</title>
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		<pubDate>Wed, 18 May 2016 09:14:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>JNB</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Les films de la Compétition officielle]]></category>
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		<description><![CDATA[Fantôme contre smartphone Maureen est « acheteuse de mode » pour des personnalités médiatiques. Elle a également un frère jumeau, Lewis, qui vient de mourir. Parallèlement à ses visites dans...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h3>Fantôme contre smartphone</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2016/05/kristen-stewart-personal-shopper-olivier-assayas.jpg" alt="Personal Shopper, d&#039;Olivier Assayas" width="280" height="158" class="alignleft size-full wp-image-23948" />Maureen est « acheteuse de mode » pour des personnalités médiatiques. Elle a également un frère jumeau, Lewis, qui vient de mourir. Parallèlement à ses visites dans les grandes boutiques parisiennes et londoniennes pour habiller sa people de patronne, elle attend, les yeux et les oreilles grands ouverts, un signe de Lewis, preuve d’une vie après la mort.</p>
<p>Olivier Assayas est un cinéaste cérébral. De <em>Désordre</em> à <em><a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/sils-maria-assayas-binoche-kristen-stewart/" title="Sils Maria, de Olivier Assayas">Sils Maria</a></em>, d’<em>Irma Vep</em> à <em>Demon Lover</em>, l’ancien des <em>Cahiers du cinéma</em> amène à réfléchir sur la condition humaine, sur la vieillesse, sur le destin, sur le pouvoir. Alors quand il décide de s’écarter – légèrement – de la réflexion pure et de faire place à la perception, forcément, ça bouscule. Lui le premier : <em>Personal Shopper</em> est plus confus que son stupéfiant prédécesseur, <em>Sils Maria</em>. Il raconte moins de choses, il est moins fort. Il ne met pas en valeur ses actrices, il n’est pas démonstratif. <em>Personal Shopper</em> n’est pas <em>Sils Maria 2</em>. </p>
<p>A défaut de former un tout, ce nouveau long est un puzzle. Une sorte de portrait en mosaïque de Maureen – incarnée par sa nouvelle égérie, Kristen Stewart – qui se soucie moins de narration que de sensations. Assayas oppose deux mondes, puis les réunit pour mieux en abolir les frontières : celui, superficiel, de la mode et celui, fantastique, des esprits. <span id="more-23946"></span>Les éléments de genre du film commencent dans une vieille demeure pleine de toiles d’araignées, avant de prendre vie dans un iPhone. Victor Hugo faisait tourner les tables, Maureen envoie des textos. Aux esprits ? A un tueur ? A elle-même ? Qu’importe. <em>Personal Shopper</em> est le moment mystique auquel chacun peut être un jour confronté. Si le film manque d’enjeux, il vaut au moins pour ses quelques belles séquences, sa Kristen Stewart à contre-emploi, sa vision sobre et singulière des ectoplasmes… Et, <em>last but not least</em>, la prise de risques de son réalisateur.</p>
<p>&nbsp;<br />
Personal Shopper<em> d&#8217;Olivier Assayas, avec Kristen Stewart, Lars Eidinger, Nora Von Waldstatten, Anders Danielsen Lie, Sigrid Bouaziz&#8230; France, 2016. Prix de la mise en scène du 69e Festival de Cannes. Sortie le 19 octobre 2016.</em></p>
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		<title>Sils Maria, de Olivier Assayas</title>
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		<pubDate>Wed, 20 Aug 2014 09:25:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Claire Fallou</dc:creator>
				<category><![CDATA[Films]]></category>
		<category><![CDATA[critiques Cannes]]></category>
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		<category><![CDATA[théâtre]]></category>

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		<description><![CDATA[Variations sur un serpent de brume - Certains jours, au-dessus d’une vallée rocailleuse des Alpes suisses, les nuages s’enroulent au creux d’un col pour s’écouler ensuite entre les sommets. Se forme...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h3>Variations sur un serpent de brume</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2014/08/affiche-sils-maria.jpg" alt="Affiche de Sils Maria" width="206" height="280" class="alignleft size-full wp-image-19137" />Certains jours, au-dessus d’une vallée rocailleuse des Alpes suisses, les nuages s’enroulent au creux d’un col pour s’écouler ensuite entre les sommets. Se forme alors un torrent compact de brume grise et blanche dont la course jette une ombre sur toute la vallée. Le phénomène s’appelle le Serpent de Maloja.</p>
<p>Quelques centaines de mètres plus bas, dans le calme d’un chalet isolé de Sils Maria, Maria Enders (Juliette Binoche) se bat contre son propre serpent. La pièce <em>Maloja Snakea</em> fait d’elle une star vingt ans plus tôt, lorsqu’elle en a incarné la jeune héroïne Sigrid. Agée d’une quarantaine d’années, elle répète à présent difficilement le rôle d’Helena, la femme mûre que Sigrid pousse au suicide. Le premier rôle appartient à une Jo-Ann Ellis (Chloë Grace Moretz), chérie rebelle des réseaux sociaux, dont Maria n’a jamais entendu parler. </p>
<p>Refus malgré la signature en bas du contrat. Refus par le repli d’un corps épaissi, un sourire moqueur sous une chevelure rase, un geste dédaigneux de la main qu’elle jette à son assistante Valentine (Kristen Stewart), tout au long d’un huis clos à deux. Maria repousse les répliques d’Helena qui la rendent vieille et l’empêchent de rester la Sigrid fondatrice de sa vie d’adulte. Valentine insiste sur une lecture plus équilibrée. Des sentiers sinueux aux sommets à ciel ouvert, des soirées tamisées à St. Moritz au silence nocturne du chalet, l’été de Sils Maria prête son décor somptueux aux deux femmes qui jouent la pièce et leur relation, frôlant une mise en abyme de l’intrigue, le texte entre elles comme un miroir à deux faces. </p>
<p>Autour d’elles plane la présence attendue de cette moderne enfant Jo-Ann, adorée de Valentine et crainte de Maria, vue moqueuse et dépenaillée sur quelques vidéos qui parlent de conduite en état d’ivresse. <span id="more-19136"></span></p>
<p>Olivier Assayas met en scène trois actrices puissantes pour trois personnages forts : Juliette Binoche assurée et touchante, Kristen Stewart énergique sur une palette réduite mais maîtrisée (s’offrant au détour du texte un clin d’œil conciliant à <em>Twilight</em>), et Chloë Grace Moretz fraîche et trouble. On regrette plusieurs longueurs et un dérapage hors sujet, mais l’on se perd avec plaisir dans leurs jeux de recherche à deux, où le réalisateur stylise ses deux thèmes centraux &#8211; le vieillissement et la difficulté d’être acteur &#8211; pour mieux sonder la profondeur de ces êtres et la teneur de leurs relations. </p>
<p>Le rythme est fluide, soutenu par une caméra souple, animé par la beauté des décors de montagnes et la richesse des touches de lumière. Sous les rayons d’un soleil pâle s’écoule le Serpent de brume : tumultueux sur fond de rock, triomphant sur <em>Le Canon</em> de Pachelbel. Et Juliette Binoche jette un brusque éclat de rire. </p>
<p>&nbsp;<br />
Sils Maria <em>d’Olivier Assayas avec Juliette Binoche, Kristen Stewart, Chloë Grace Moretz&#8230; France, 2014. Sortie le 20 août 2014.</em></p>
<p><center><script type="text/javascript" src="http://www.ultimedia.com/deliver/generic/js/mdtk/01200383/src/3l3mvp/zone/2/showtitle/1/"></script></center></p>
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		<title>Rencontre avec Olivier Assayas</title>
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		<pubDate>Wed, 14 Nov 2012 07:51:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Anne-Claire Cieutat</dc:creator>
				<category><![CDATA[Portraits]]></category>
		<category><![CDATA[drame]]></category>
		<category><![CDATA[interview]]></category>
		<category><![CDATA[Olivier Assayas]]></category>
		<category><![CDATA[politique]]></category>

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		<description><![CDATA[Dans <em>Après mai</em>, en salle ce 14 novembre, Olivier Assayas raconte les débuts de sa trajectoire politique, artistique et émotionnelle. Un formidable récit romanesque gagné par la fougue. Explications.]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2012/11/affiche-apres-mai-olivier-assayas.jpg" alt="L&#039;affiche d&#039;Après mai, d&#039;Olivier Assayas" title="L&#039;affiche d&#039;Après mai, d&#039;Olivier Assayas" width="210" height="280" class="alignleft size-full wp-image-9950" />C’est un regard rétrospectif sur une page d’histoire personnelle et collective, une plongée impressionniste, une visite sentimentale. Dans <em>Après mai</em>, Olivier Assayas se souvient des débuts de sa trajectoire politique, artistique et émotionnelle, à l’orée des années 1970. Il en retrouve le souffle et l’élan, les espoirs et les désillusions au fil d’un récit envisagé au présent, où chaque émotion jaillit avec grâce et immédiateté. Lola Créton (<em>Un amour de jeunesse</em>, <em>En ville</em>), Clément Métayer, Félix Armand, en tête d’un harmonieux casting, offrent leur présence délicate à ce récit romanesque traqué par la mélancolie, mais gagné par la fougue et le frémissement. </p>
<p>&nbsp;<br />
<strong><em>Après mai</em> frappe par son caractère immédiatement physique, par l’attention que vous portez aux peaux des corps et des visages de vos personnages… </strong></p>
<p>C’est évidemment quelque chose dont j’ai conscience, quelque chose que je cherche : trouver des corps qui évoquent l’époque, une manière d’être ou de se tenir, c’est une affaire de casting. Au fond, ce n’est pas moi qui dirige les acteurs. Ils ont une manière d’être qui leur est propre. Après, les choses se mettent en place et j’essaie de les enregistrer le plus justement possible. Ce que vous dites correspond à la première réaction que j’ai obtenue d’une amie, la romancière Emmanuèle Bernheim, à sa sortie de la projection d&#8217;<em>Après mai</em> : elle y avait retrouvé des choses qui avaient à voir avec les matières des peaux des années 1970. C’est un sentiment subjectif, car elle a exactement mon âge et qu’il y a là quelque chose de lié à notre adolescence commune qui se reflète dans le film. Ce que je comprends aussi dans votre commentaire est l’écho de la narration au présent. Pour moi, il y a une reconstitution méticuleuse de l’époque, car les détails sont chargés de sens, mais il y a aussi la volonté que ces détails soient oubliés. J’ai voulu laisser mes comédiens respirer à l’intérieur des plans et c’est vrai qu’il y a à la fois un cadre qui cherche à être juste et l’espoir de dégager une zone de liberté à l’intérieur de cela. <span id="more-9929"></span></p>
<p><strong>Ce sentiment est aussi induit par la fluidité de vos mouvements de caméra qui collent à ceux des protagonistes… </strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2012/11/apres-mai-c-carole-bethuel.jpg" alt="Après mai &copy; Carole Bethuel" title="Après mai &copy; Carole Bethuel" width="280" height="153" class="alignright size-full wp-image-9951" />Cela a aussi à voir avec la manière d’avancer de la jeunesse, son intranquillité. La jeunesse, par définition, est portée par un mouvement, elle ne se pose pas. On n’est jamais réconcilié avec soi-même, on est toujours dans la nécessité d’avancer, parce que c’est seulement ainsi qu’on peut se trouver. Ce sentiment est accru dans les années 1970 qui sont déterminées par l’activisme et la transformation du monde. C’est une génération qui avait ce poids-là sur les épaules avec cette conviction que la révolution allait avoir lieu. Mai 68, trois ans auparavant, avait disqualifié la totalité des valeurs de l’époque, donc tout devait être remis en cause constamment. Tout devait être réinventé, de son propre rapport au travail, au couple, aux sentiments, aux études, aux voyages… C’est aussi cette instabilité-là que reflètent les mouvements dans le film. </p>
<p><strong>Cette instabilité induit aussi une forme extrême de violence&#8230;</strong></p>
<p>L’époque était violente et dangereuse. Je dis toujours que ce film doit raconter non pas ma traversée, mais ma survie des années 1970 ! </p>
<p><strong>Conséquence immédiate : le film d’action et le romanesque cohabitent. N’est-ce pas votre film le plus romantique ?</strong></p>
<p>Oui, parce que l’époque l’était plus que ce que l’on croit. Elle était tiraillée entre cette espèce de pragmatisme assez cru et brutal qui était déterminé par les convictions politiques dogmatiques, et cet élan vers la nature, cette soif d’absolu. Ce sont des mots, mais ils étaient constamment mis en pratique. Il y avait vraiment l’injonction de mettre la totalité de ses idées en pratique. On ne pouvait pas se contenter de discours. Il y avait quelque chose de romantique dans l’idée de faire ce que les autres générations n’avaient pas fait et d’aller à l’autre bout de la route, du point de vue de la politique ou des arts. Il y avait une foi dans les idées et dans la transformation du monde, c’était à la fois violent et beau. Au fond, c’était lyrique et j’ai toujours admiré Guy Debord pour ça, pour cette constante tension qu’on sent dans son écriture entre la rigueur de la pensée et la célébration de l’existence. </p>
<p><strong>Il y a aussi de cela dans l’écriture de Serge Daney…</strong></p>
<p>Oui, mais Daney, lui, était terriblement dans la désillusion. Il a été très blessé, je crois, dans sa traversée du gauchisme. Il me racontait comment il avait essayé de survivre au maoïsme ambiant de l’époque en étudiant les petits livrets du chinois fondamental, en apprenant donc la langue pour sortir du carcan du maoïsme !</p>
<p><strong>Avez-vous souffert, vous, du dogmatisme ambiant ?</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2012/11/apres-mai-c-guido-cacialli.jpg" alt="Après mai &copy; Guido Cacialli" title="Après mai &copy; Guido Cacialli" width="280" height="186" class="alignleft size-full wp-image-9952" />Par chance, je n’ai jamais été victime du dogmatisme. Mon modeste engagement politique s’est fait dans le cadre d’un lycée de banlieue dont le maoïsme était absent, mais où il y avait toutes sortes de groupuscules trotskystes – les maoïstes étaient beaucoup plus présents dans les lycées parisiens et dans les universités. Et du fait de l’expérience de mon père, qui avait été engagé dans une gauche anti-totalitaire, j’avais une espèce de lucidité quant à la véritable nature de ce qui se passait en Chine ou en Union soviétique, et même très jeune, grâce à mon père, je n’ai pas été attiré par ce qui avait à voir avec la gauche stalinienne, mais plutôt par un engagement aux côtés de tendances libertaires. Au fond, de ce point de vue-là, je n’ai pas eu besoin de faire d’autocritique comme beaucoup de gens de la génération précédente, ne m’étant pas lié à des théoriciens du totalitarisme.  </p>
<p><strong>L’oxygène de votre film provient beaucoup de la place qu’y tient la recherche artistique…</strong></p>
<p>Oui, parce que j’utilise l’art de façon littérale. Je raconte l’histoire d’une vocation réussie et d’une vocation ratée, comment la vocation de Gilles pour la peinture se défait et comment naît son rapport au cinéma. C’est une métaphore assez basique de l’histoire de chacun. La question de la jeunesse, c’est toujours celle du groupe : comment s’inscrit-on dans un ensemble et comment, pour devenir soi-même, est-on obligé de s’en détacher. C’était d’autant plus douloureux dans les années 1970 que cette période était marquée par la puissance de ce qui pouvait unir toute une génération persuadée d’être le moteur d’une révolution à venir. La déviation vers des aspirations personnelles était donc très mal vue. L’exemple le plus parlant à cette époque, c’est Jean Eustache qui fait <em>La Maman et la putain</em> en 1974 et face à lui, <em>Les Cahiers du Cinéma</em> dénoncent l’individualisme petit-bourgeois ! Il faut imaginer que ce qui fut difficile pour un des grands cinéastes de l’histoire du cinéma français était encore plus délicat pour un adolescent avec de vagues aspirations artistiques. </p>
<p><strong>Comment s’est imposée à vous l’écriture d’<em>Après mai</em> ? Est-ce un film que vous auriez pu tourner plus tôt ? </strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2012/11/olivier-assayas-tournage-apres-mai.jpg" alt="Olivier Assayas sur le tournage d&#039;Après mai" title="Olivier Assayas sur le tournage d&#039;Après mai" width="280" height="187" class="alignright size-full wp-image-9953" />Il y a de manière élémentaire une forme de désir vague qui vous prend un jour. Les trois quarts du temps, on oublie, parce que ça ne tient pas. Puis il y a des éléments qui reviennent. Je commence à gribouiller des notes. Quelque chose se met en route, s’arrête ou continue, mais ça ne dépend presque pas de moi, car c’est une affaire de désir. Il m’est impossible de me mettre à mon bureau et de me forcer à écrire mon prochain film. Il y a quelque chose qui veut exister et qui s’impose, et de ce point de vue-là, je n’ai jamais eu de plan de carrière. A plus forte raison lorsqu’il y a une matière autobiographique. Ce film-là s’est constitué sur un temps relativement long. Ça commence un peu lorsque je tourne <em>L’Eau froide</em> en 1994. Ce film a beaucoup compté pour moi, car il a changé ma manière de faire du cinéma. Mais il a aussi suscité des frustrations, car je n’ai pas saisi dans ce film des choses de l’époque qui ont à voir avec la politique et la contreculture. Je me disais qu’il y avait un film à faire là-dessus. En 2002, j’ai écrit un essai, <em>Une adolescence dans l’après-Mai</em>, où j’essaie de compléter <em>L’Eau froide</em> avec une évocation beaucoup plus précise de la manière dont j’ai traversé les années 1970 et dont je me suis constitué en tant que cinéaste. Je pensais que j’en étais quitte, mais au contraire, c’est peut-être ce texte qui a ouvert la porte à la forme de ce qu’allait devenir <em>Après mai</em>. </p>
<p><strong>Dans le sens où vous pouviez laisser advenir le mouvement des scènes au tournage et l’accompagner plus intuitivement ?</strong></p>
<p>Oui. Pour moi, un scénario est un canevas. C’est pourquoi j’ai un rapport très problématique à sa forme. Pour moi, il ne vaut pas grand-chose. C’est comme une colonne vertébrale. Il faut qu’elle tienne. Je n’ai que des préoccupations de rythme à l’intérieur d’un scénario. Il faut que ça aille vite, que les choses soient dites a minima. Et quand je tourne, en fonction de l’instant et de ce que j’arrive à constituer jour de tournage après jour de tournage, ça s’incarne, ça prend de la chair, ça commence à respirer, et tout à coup je comprends que telle scène que j’avais réduite à l’essentiel vaut peut-être la peine d’être déployée. Sur un film comme celui-ci, c’est encore plus flagrant. C’est vraiment en préparant le film que j’ai compris ce qu’il était. Quand je l’écrivais, je pensais que ce serait un petit film, une histoire d’adolescents, un peu à la Doillon, dans le contexte des années 1970, et en le préparant, je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas que l’histoire de mes personnages qui était en jeu, mais bien une histoire de génération, de groupe et que les scènes collectives étaient aussi importantes, voire plus, que les scènes d’intimité. C’est pourquoi les scènes de manifestations, de concerts, d’assemblées générales se sont amplifiées. </p>
<p>&nbsp;<br />
Après mai <em>d&#8217;Olivier Assayas, avec Lola Créton, Clément Métayer, Félix Armand&#8230; France, 2012. Sortie le 14 novembre 2012.</em></p>
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