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	<title>Grand Écart &#187; William Wellman</title>
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	<description>Étirements cinéphiles</description>
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		<title>Rencontre avec Michael Henry Wilson</title>
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		<pubDate>Sun, 04 Mar 2012 18:12:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator>JNB</dc:creator>
				<category><![CDATA[Portraits]]></category>
		<category><![CDATA[guerre]]></category>
		<category><![CDATA[interview]]></category>
		<category><![CDATA[nazisme]]></category>
		<category><![CDATA[William Wellman]]></category>

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		<description><![CDATA[Rencontre avec Michael Henry Wilson, l'auteur du <em>Ciel et la boue</em>, ouvrage consacré au film <em>The Story of G.I. Joe</em> de William Wellman. Le "seul film honnête sur la deuxième guerre" d'après Samuel Fuller...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2012/03/ciel-ou-boue-michael-henry-wilson.jpg" alt="Le Ciel ou la boue, livre de Michael Henry Wilson" title="Le Ciel ou la boue, livre de Michael Henry Wilson" width="206" height="280" class="alignleft size-full wp-image-5558" />Journaliste depuis quarante ans pour <em>Positif</em>, réalisateur et historien du cinéma, Michael Henry Wilson figure parmi les rares personnes à pouvoir se targuer de connaître personnellement Martin Scorsese et Clint Eastwood, deux monstres sacrés du cinéma américain. Il leur a notamment consacré deux documentaires : <em>A la recherche de Kundun</em> (1998) retrace la rencontre entre Martin Scorsese et le peuple tibétain, tandis que <em>Clint Eastwood, le franc-tireur</em>, convie le cinéaste à revisiter son œuvre à partir de son diptyque sur la bataille d&#8217;Iwo Jima. En tant que spécialiste du cinéma américain, lui confier la rédaction d&#8217;un ouvrage consacré à un chef-d’œuvre méconnu du film de guerre tombait sous le sens. Dans <em>Le Ciel ou la boue</em>, Michael Henry Wilson revient sur la genèse de <em><a href="/cinema/forcats-gloire-story-gi-joe-wellman/" target="_blank">The Story of G.I. Joe</a></em> et la vie de son metteur en scène, William Wellman : de son engagement dans l&#8217;aviation en 1916 à sa rencontre avec Ernie Pyle, le correspondant de guerre qui a inspiré <em>The Story of G.I. Joe</em>, en passant par son atterrissage culotté sur la propriété de Douglas Fairbanks et le lien entre son propre film et celui de John Huston, <em>La Bataille de San Pietro</em>, <em>Le Ciel ou la boue</em> constitue un témoignage précieux et sans fard &#8211; autant que le film qu&#8217;il accompagne &#8211; d&#8217;une période noire de l&#8217;histoire. Petit avant-goût en compagnie de Michael Henry Wilson, auteur passionné et passionnant. <span id="more-5554"></span><br />
&nbsp;</p>
<p><strong>Comment avez-vous découvert l’œuvre de William Wellman ?</strong></p>
<p>Je n’ai pas découvert Wellman par <em>The Story of G.I. Joe</em>, qui était invisible en France, mais aux Etats-Unis, et même là-bas, c’était un film difficile à visionner pour des questions de droits. Il fallait se contenter de le voir sur des VHS souvent de qualité médiocre ! Mais même sur VHS &#8211; j’ai dû voir le film dans les années 1980 -, <em>The Story of G.I. Joe</em> m’est tout de suite apparu comme le plus beau film sur la Seconde Guerre mondiale à avoir été produit pendant la guerre. Je n’en connais pas d’autres qui aient eu cette authenticité, presque cette « pureté bressonienne », dans un contexte où les films qui se faisaient sur le conflit étaient des films de propagande qui obéissaient à un agenda : ils devaient faire passer un message qui répondait à « pourquoi nous combattons », pour citer la série de Frank Capra. Or, dans le film de Wellman, il n’y a aucun message pour nous expliquer pourquoi ces soldats se battent, pas de beau discours sur la démocratie, sur l’Amérique libératrice de l’Europe, etc. C’est un film au ras de terre, au niveau des fourmis humaines que sont les biffins, ces hommes d’infanterie. Et quand j’ai vu <em>The Story of G.I. Joe</em> pour la première fois, je me suis souvenu que Samuel Fuller disait qu’il s’agissait du seul film honnête que l’Amérique ait produit sur la deuxième guerre. Je suis entièrement d’accord.</p>
<p><strong>Avec <em>La Bataille de San Pietro</em>, de John Huston ?</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2012/03/san-pietro-huston.jpg" alt="Une image de La Bataille de San Pietro, de John Huston" title="Une image de La Bataille de San Pietro, de John Huston" width="280" height="214" class="alignright size-full wp-image-5575" />Effectivement, avec <em>La Bataille de San Pietro</em>, qui se trouve en bonus du DVD de <em>G.I. Joe</em>. Il s’agit d’un film documentaire tourné sur place avant et pendant la bataille de San Pietro, une des batailles les plus sanglantes de la campagne d’Italie, dont on voit d’ailleurs des épisodes dans le film de William Wellman. C’est un film pour lequel John Huston a pris des risques considérables ; y figurent des plans uniques où on le voit chargé de sa caméra, formant une cible idéale pour les snipers allemands, courant au milieu des pierrailles de ces montagnes italiennes et se faisant canarder, puis on voit un soldat juste à côté de lui s’effondrer, mort. Par miracle, Huston a échappé à la rafale. C’est très impressionnant. Ce film a fourni à celui de Wellman des <em>stock-shots</em> de la bataille de San Pietro, mais surtout, les soldats filmés dans <em>La Bataille de San Pietro</em> ont obtenu une permission après la prise de Rome pour aller en Californie participer au tournage de <em>The Story of G.I. Joe</em>. Ils y ont fait de la figuration, et William Wellman s’est beaucoup attaché à eux, il est devenu une sorte de figure paternelle. Après le tournage, tous les soldats ont été envoyés dans le Pacifique et presque tous ont péri… Tout comme Ernie Pyle, tué par un sniper pendant la bataille d’Okinawa.<br />
Quand on connaît ce contexte, l’émotion est encore plus saisissante. Wellman disait d’ailleurs qu’il s’agissait du seul film qu’il ne pouvait pas revoir, parce que tous ces collaborateurs, ces amis, avaient disparu quelques mois après le tournage.</p>
<p align="center"><strong><a href="/cinema/forcats-gloire-story-gi-joe-wellman/" target="_blank">&raquo; Lire la critique de <em>The Story of G.I. Joe</em></a></strong></p>
<p><strong>Vous connaissiez déjà les carnets d’Ernie Pyle ?</strong></p>
<p>Avant de faire cet ouvrage, non. Je connaissais Ernie Pyle de réputation, mais ce n’est que lorsque Wild Side m’a demandé d’écrire le livre <em>Le Ciel ou la boue</em> que j’ai exploré le personnage. J’ai donc lu ses carnets : il y a en fait deux principaux ouvrages de chroniques, que Wellman a synthétisés. Et on comprend en les lisant qu’Ernie Pyle ait eu un tel impact. Il y a une humanité, un refus de la glorification, du patriotisme, du côté revanchard… Ernie Pyle s’intéresse aux individus, car les biffins sont ceux qui souffrent le plus pendant la guerre. Il éprouve de la tendresse pour ces soldats moitié plus jeunes que lui, en meilleure condition physique, qu’il accompagne dans des conditions très difficiles. C’est cet amour pour ces hommes qui a convaincu Wellman de faire le film.</p>
<p><strong>Ce n’était pas une évidence que William Wellman réalise <em>The Story of G.I. Joe</em>…</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2012/03/wellman-burgess-meredith-gi-joe.jpg" alt="William Wellman et Burgess Meredith sur le tournage de The Story of G.I. Joe" title="William Wellman et Burgess Meredith sur le tournage de The Story of G.I. Joe" width="223" height="280" class="alignleft size-full wp-image-5570" />Au départ, Wellman est un aviateur. Il a commencé sa carrière dans la Lafayette Escadrille : c’était l’escadrille de volontaires américains venant au secours de la France en 1916, avant même l’entrée en guerre de l’Amérique. Jeune, Wellman était une graine de voyou, viré de son collège ; s’engager dans l’armée restait une des seules options pour lui. Il a ensuite transcrit son expérience de la Première Guerre dans plusieurs films, notamment dans <em>Les Ailes</em> [<em>Wings</em>, 1927, ndlr], récompensé par le premier Oscar de l’histoire. Nombre des films qu’il a réalisés ensuite dans les années 1930 sont consacrés à l’aviation. Quand il a été approché en 1943 pour faire <em>The Story of G.I. Joe</em>, il a d’abord refusé en expliquant qu’en tant que pilote, il détestait l’infanterie, parce qu’elle même détestait l’aviation, traitant les pilotes de fainéants, de play-boys, d’esthètes qui se la coulaient douce… Il restait amer sur le conflit entre les biffins et les pilotes pendant 14-18, et ne se voyait pas faire un film sur l’infanterie. Sur ce, Ernie Pyle l’appelle en personne et lui demande de venir parler avec lui du film à Albuquerque. Wellman y va, passe 48 heures avec le correspondant de guerre et est conquis par son humanité… Il accepte de réaliser le film, et à partir de ce moment-là il est d’un enthousiasme indéfectible. Le tournage s’est passé pour l’essentiel à Los Angeles, derrière les studios RKO, dans un champ qui a parfaitement permis de reconstituer l’Italie. L’équipe a très peu quitté Los Angeles. C’est un miroir intéressant par rapport à <em>La Bataille de San Pietro</em>, qui lui, a été tourné sur place. Emotionnellement, les deux films se complètent parfaitement, on voit bien comment la réalité et la fiction peuvent se refléter.</p>
<p><strong><em>La Bataille de San Pietro</em> et <em>The Story of G.I. Joe</em> ont influencé le film de guerre ?</strong></p>
<p>Ces deux films ont été réalisés dans des circonstances particulières. Par ailleurs, le film de propagande a toujours eu de beaux jours devant lui. Il y aura toujours des films qui tendent à présenter la réalité sous le jour le plus favorable pour les forces armées américaines. Ce qu’on ne trouve pas beaucoup, c’est le minimalisme d’un Wellman, qui présente une réalité absolument sans fard, où même l’idée de solidarité entre soldats n’est que tout juste perceptible. Fondamentalement, ce que dit le film, c’est que chacun meurt seul dans son coin… Tout au plus pouvez-vous espérer que vos compagnons diront <em>« Thank you, pal ! »</em> (<em>« Merci, mon pote ! »</em>) sur votre cadavre avant de repartir. Car c’est ça chez Wellman, le sacrifice se perpétue, une jeunesse après l’autre.<br />
Les dernières images du film montrent le cadavre du lieutenant Walker [joué par Robert Mitchum, ndlr], étendu au milieu d’un chemin. Des soldats s’approchent pour dire quelques mots avant de repartir vers Rome, l’étape suivante dans la guerre. Et sur les collines, il y a des forêts de croix blanches de tous ceux qui ont déjà été sacrifiés, et on sait que ceux qui partent vont être sacrifiés à leur tour. Cette image finale, c’est du pur Wellman. Si vous regardez ses autres films de guerre, c’est classique : <em>Bastogne</em> raconte l’histoire de types qui viennent d’en baver de manière apocalyptique ; les quelques survivants rentrent au campement et rencontrent… les nouvelles recrues qui partent à leur tour dans cet enfer. Ce ne sont pas des films qui inspirent l’euphorie, ce ne sont pas les <em>« feel good movies »</em> qui se font en ce moment aux Etats-Unis et dont Spielberg est le grand maître. Ce sont des films dont on sort estomaqué, il n’y a rien d’héroïque, rien d’euphorisant dans cette guerre-là. L’une des plus belles scènes de <em>The Story of G.I. Joe</em>, c’est celle où le lieutenant Walker explique la difficulté qu’il a, quand il rentre d’opération le soir, d’écrire les lettres aux parents de ceux qui ont péri. C’est d’ailleurs cette scène-là qui a valu à Robert Mitchum d’être choisi pour le rôle. Au casting, Wellman a demandé à Robert Mitchum de lire cette scène – le plus grand dialogue du film -, et à la fin, silence de mort : Mitchum se retourne, toute l’équipe est en larmes. Il avait trouvé le ton exact… Par la suite, par coquetterie, Mitchum plaisantait : <em>« Ils ont été surpris que j’aie retenu tout le texte par cœur, c’est pour ça que j’ai eu le rôle. »</em> Emotionnellement, c’est une scène clé, car hormis à ce moment-là, tout le film refuse l’émotion évidente comme il refuse l’action évidente. Presque tout se passe hors champ, et l’émotion frappe indirectement. Wellman est le spécialiste de ce genre de chose.</p>
<p><strong>Comment un tel film a-t-il pu échapper à la censure ?</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2012/03/affiche-story-of-gi-joe-ernie-pyle.jpg" alt="Affiche originale de The Story of G.I. Joe, d&#039;après les carnets d&#039;Ernie Pyle" title="Affiche originale de The Story of G.I. Joe, d&#039;après les carnets d&#039;Ernie Pyle" width="196" height="280" class="alignleft size-full wp-image-5571" />Le producteur avait insisté auprès du ministère de la Guerre américain pour qu’il soutienne un film sur l’infanterie, prétextant que la plupart des films étaient soit sur l’aviation, soit sur la Navy. Le film a donc été encouragé parce que l’armée a considéré qu’il était temps de parler des fantassins. Je ne sais pas comment l’armée a réagi au film terminé, mais <em>G.I. Joe</em> a été endossé par Eisenhower, qui a dit qu’il s’agissait du plus beau film qu’il ait vu sur la guerre. Même s’il y a eu des réserves dans l’armée, personne n’aurait osé contredire Eisenhower… Quoi qu’il en soit, le film a été bien reçu, il a été ressenti comme un film différent. Le grand poète américain James Agee, qui était aussi le scénariste de <em>La Nuit du chasseur</em> et de <em>African Queen</em>, le classait comme le plus important de l’année 1945. </p>
<p><strong>A l’époque, le parallèle entre <em>La Bataille de San Pietro</em> et <em>The Story of G.I. Joe</em> avait été fait ?</strong></p>
<p>Je crois que le seul qui l’ait fait, c’était justement James Agee, dont les articles, relativement confidentiels, s’adressaient à une minorité d’intellectuels. Il avait fait le rapprochement entre les deux. Huston avait été contacté en premier pour tourner <em>The Story of G.I. Joe</em>, mais il était trop occupé par le montage de <em>La Bataille de San Pietro</em>. Il a donc simplement donné des idées pour le scénario. Il y avait 25 scénaristes sur <em>G.I. Joe</em>, c’est ahurissant. Quand je me suis plongé dans les archives, j’ai essayé de reconstituer l’évolution du script. On s’est aperçu qu’il évoluait en fonction de l’histoire : s’il y avait une victoire à Bir Hakeim, à Tobrouk, le script évoluait d’une manière. Si ensuite il y avait une victoire en Sicile, il évoluait encore, et ainsi de suite jusqu’au débarquement en France. Le film s’arrête lorsque les soldats vont à Rome, mais il existe des versions du script qui vont jusqu’à la libération de Paris en août 1944. Les scénaristes étaient sans cesse rattrapés par l’histoire, parce que la progression géographique de cette patrouille continuait en remontant le continent.</p>
<p><strong>Ernie Pyle est mort avant de voir le film. L’aurait-il trouvé fidèle à ses écrits ?</strong></p>
<p>Le film est tout à fait fidèle à l’esprit. Pyle avait dû se battre avec le producteur et certains scénaristes qui avaient essayé de glorifier son personnage, le producteur ayant parlé de le faire jouer par Fred Astaire ou James Cagney. Pyle ne se considérait pas comme une vedette et ne voulait pas être incarné par une star. Et finalement le producteur a entendu raison. Pyle voulait quelqu’un qui ne soit pas glamour, quelqu’un qu’on ne reconnaisse pas immédiatement. Il fallait que l’acteur puisse se fondre dans la patrouille, où personne, pas même Robert Mitchum, n’a de rôle dominant. Quand il a rencontré Burgess Meredith, qui servait lui-même sous les drapeaux, il savait qu’il avait trouvé le bon comédien.</p>
<p><strong>Quelle est l’influence de William Wellman sur le diptyque de Clint Eastwood <em>Mémoires de nos pères</em> / <em>Lettres d’Iwo Jima</em> ?</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2012/03/memoires-peres-ira-hayes.jpg" alt="Ira Hayes (Adam Beach), le biffin de Mémoires de nos pères" title="Ira Hayes (Adam Beach), le biffin de Mémoires de nos pères" width="280" height="210" class="alignright size-full wp-image-5577" />Je ne pense pas que Clint Eastwood ait directement pensé à William Wellman en tournant ces films, mais Eastwood a joué un petit rôle dans <em>Lafayette Escadrille</em>, le dernier film de Wellman. Ils s’étaient très bien entendus, Wellman était un peu son mentor et l’encourageait à poursuivre sa carrière dans le cinéma, y compris de réalisateur. Tout cela a joué ; ce n’est peut-être pas un hasard si Clint va pour une fois tourner un remake, celui d’<em>Une étoile est née</em>, film de William Wellman de 1936. Est-ce un retour à Wellman, je ne sais pas… Mais il y a un film de Wellman qui est pour lui un film clé, <em>L’Etrange Incident</em>, et à chaque fois que je m’entretiens avec Clint, il est très rare qu’on ne parle pas de ce film !<br />
Mais je crois qu’effectivement, dans <em>Mémoires de nos pères</em>, le lien avec Wellman m’a frappé dans les scènes qui concernent l’Indien, Ira Hayes, le personnage le plus fragile, démuni, dépossédé, peut-être même le plus humilié des trois. Notamment la scène où, après avoir été un héros, on le retrouve dans un champ, en train de travailler sous un soleil brûlant comme un ouvrier ordinaire et qu’un couple de touristes s’arrête pour prendre une photo avec lui : il sort de sa poche un mini-drapeau, grand comme un mouchoir. Ce crève-cœur-là, cette dérision-là, pour moi elle est très wellmanienne. C’est une façon de dégonfler complètement toute la mythologie qui a été créée par les institutions, l’armée, les médias, etc. C’est le retour à la réalité la plus dure, la plus rugueuse, la terre, et c’est ça qu’accomplit Ira Hayes, il revient à sa condition après ce moment de gloire. C’est le démaquillage de la réalité, c’est William Wellman.<br />
&nbsp;</p>
<p style="font-size:90%;">The Story of G.I. Joe<em> + l&#8217;ouvrage </em>Le Ciel ou la boue<em> de Michael Henry Wilson + le documentaire de John Huston </em>La Bataille de San Pietro<em>, sortie le 1er février 2012 en DVD chez Wild Side dans la collection Classics Confidential</em></p>
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		<title>The Story of G.I. Joe, de William A. Wellman</title>
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		<pubDate>Tue, 31 Jan 2012 19:52:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mélanie Carpentier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Films]]></category>
		<category><![CDATA[Etats-Unis]]></category>
		<category><![CDATA[fétiches]]></category>
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		<category><![CDATA[nazisme]]></category>
		<category><![CDATA[Stanley Kubrick]]></category>
		<category><![CDATA[William Wellman]]></category>

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		<description><![CDATA[Depuis le 3 octobre dernier, date à laquelle débutait le Festival Lyon Lumière, je regarde des films de guerre et  notamment <em>The Story of G.I. Joe</em>...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2011/10/affiche-story-of-gi-joe.jpg" alt="L&#039;affiche de The Story of G.I. Joe de Wellman" title="L&#039;affiche de The Story of G.I. Joe de Wellman" width="207" height="280" class="alignleft size-full wp-image-4344" />Depuis le 3 octobre dernier, date à laquelle débutait le Festival Lyon Lumière, je regarde des films de guerre. Sérieusement. Car là-bas, au cœur d&#8217;une programmation qui avait de la gueule, on a pu voir ou revoir les œuvres de William Augustus Wellman, cinéaste des &#8220;héros qui sont assis à ne rien faire&#8221; pour reprendre l’expression du critique Many Farber. Et notamment, ce qui me ramène à mon engouement pour les films de guerre : <em>The Story of G.I. Joe</em> (aka <em>Les Forçats de la gloire</em>) qui contribua, paraît-il, à la naissance de la petite poupée G.I. Joe et dont la copie restaurée sort chez Wildside ce 1er février 2012, agrémentée de deux documents précieux : le livre inédit de <a href="/portraits/interview-michael-henry-wilson-story-gi-joe-william-wellman/" target="_blank">Michael Henry Wilson</a> <em>Le Ciel ou la boue</em>, qui retrace en détail l&#8217;histoire du film et de sa réalisation, et le bouleversant documentaire de John Huston <em>The Battle of San Pietro</em>, tourné sur le front entre 1943 et 1944, dont William Wellman s&#8217;est inspiré pour son propre film. <a href="#ref">(1)</a><br />
&nbsp;<br />
Seconde Guerre mondiale, Ernie Pyle est correspondant de guerre. Il suit la progression de la compagnie C du 18e régiment d&#8217;infanterie américain. L’Afrique du Nord. L’Italie. Dans ses carnets, le reporter raconte le quotidien des soldats, leurs relations amicales, leurs attentes, leurs devoirs… <em>« Il sut traduire en phrases simples les souffrances, les espoirs, l’existence résignée mais héroïque des plus humbles combattants »</em>, dira de lui Jean Néry dans <em>L’Ecran français</em>. Pyle, peintre de la réalité du front, des héros ordinaires qui n’ont pas vraiment choisi d’être là. <span id="more-4343"></span></p>
<p>En 1945, Wellman fait de Pyle l’un des personnages principaux de son film <em>The Story of G.I. Joe</em> et de ses reportages, lus quotidiennement par 40 millions d’Américains, le socle de son histoire. Comme dans les textes d’Ernie Pyle <a href="#ref">(2)</a> écrits au plus près de la terre et des combats, Wellman livre un long-métrage au contenu quasi documentaire dont les critiques de l’époque souligneront l’abandon de <em>&#8220;l’héroïsme de pacotille, où les G.I. jouent aux cow-boys contre des Japonais qui font office de Peaux-Rouges&#8221;</em> (<em>Sortie Paris</em>, 1949). </p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2011/10/the-story-of-gi-joe.jpg" alt="The Story of G.I. Joe" title="The Story of G.I. Joe" width="280" height="158" class="alignright size-full wp-image-4347" />Terre à terre, le film ne quitte pas les hommes du regard. Des hommes qui marchent dans la boue, traversent des tempêtes de sable, affrontent la pluie. Attendent aussi. Beaucoup. Posant leurs culs boueux où ils peuvent et demandant au détour d’un chemin : <em>« Après la guerre, je veux une carte pour savoir où je suis allé. »</em> Des gueules cadrées serrées un peu paumées auxquelles on s’attache et dont on suit, avec un intérêt grandissant, les tracas quotidiens, les tics, les moments d’abattement ou de complicité. Pas étonnant que cette pépite ait inspiré Eastwood pour ses <em>Lettres d&#8217;Iwo Jima</em> ou <a href="http://www.grand-ecart.fr/tag/stanley-kubrick/">Kubrick</a> pour <em>Full Metal Jacket</em>… </p>
<p>A la tête du bataillon, il y a le lieutenant Walker, Robert Mitchum, qui accède avec ce rôle à la notoriété (une nomination pour le meilleur second rôle aux Oscars). Là encore, Wellman filme la solitude, les doutes et les prises de décision d’un homme désabusé qui doit conduire ses hommes à la bataille. Meredith Burgess (le futur Mickey de <em>Rocky</em>) incarne, quant à lui, Ernie Pyle dont on suit l’intégration et l’affection grandissante pour les soldats dont il partage le quotidien. <em>« Je vais jusqu’au terminus… »</em> répond Pyle à Walker, <em>« &#8230;si ça vous va ? »</em> Si Wellman le place toujours de côté, à l’arrière du camion ou en queue de peloton, il insiste tout au long du film sur la simplicité de son regard et la curiosité saine qu’il avait envers ces hommes et ce qu’ils traversaient. </p>
<p>Et ce que traversent ces hommes, c’est la guerre et ses combats ineptes. Wellman le martèle d’un bout à l’autre de son film. Passant d’un registre à l’autre pour dire le gâchis. D’une séquence surréaliste pendant laquelle il transforme une scène de combat en véritable opérette, soldats américains et allemands se livrant bataille sur les ruines d’une église avec chute d’ange en stuc et sentence finale : <em>« C’est un drôle d’endroit pour tuer des gens »</em>… à une longue et sinistre attente au pied d’une colline pendant laquelle les hommes de Walker partent en éclaireurs et ne redescendent pas toujours, pètent les plombs et vivent courbés dans des terriers… </p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2011/10/les-forcats-gloire.jpg" alt="Les Forçats de la gloire de Wellman" title="Les Forçats de la gloire de Wellman" width="280" height="152" class="alignleft size-full wp-image-4349" />Wellman avait lui-même servi comme ambulancier, puis pilote dans l&#8217;escadrille La Fayette et c’est peut-être aussi un peu pour cela que le film insiste sur la réalité du front davantage que sur l’héroïsme des combats. Certains dénoncent la traduction du titre anglais <em>The Story of G.I. Joe</em>, devenu <em>Les Forçats de la gloire</em>. Il faut au contraire lui reconnaître sa pertinence. Des forçats, des bagnards condamnés aux travaux forcés, dans l’ombre des victoires : voilà ce que filme Wellman. Des hommes condamnés à avancer dans une guerre à laquelle ils ne comprennent pas grand-chose. Pas étonnant que Tavernier, qui présentait le film au Festival Lumière, travaille à la diffusion de l’œuvre de Wellman et de ce film en particulier. On y retrouve cette mise en scène sobre chère au réalisateur, son inclination pour la boue, la pluie et le naturel des combats… </p>
<p>Voilà donc pour un premier film de guerre&#8230; A suivre sur les pages de Grand Écart : <em>La Ligne rouge</em>. </p>
<p><strong>&raquo; Continuer avec <a href="/portraits/interview-michael-henry-wilson-story-gi-joe-william-wellman/">l&#8217;interview de Michael Henry Wilson</a></strong></p>
<p><a href="#ref" name="ref" id="ref"></a></p>
<p>&nbsp;<br />
<em>(1) </em>Les Forçats de la gloire<em> (The Story of G.I. Joe) de William A. Wellman, avec Burgess Meredith, Robert Mitchum, Freddie Steele&#8230; Etats-Unis, 1945. Sortie le 1er février 2012 dans la collection Classics Confidential de Wildside, accompagné de l&#8217;ouvrage illustré de 80 pages de Michael Henry Wilson, </em>Le Ciel ou la boue<em>.<br />
(2) Ernie Pyle a supervisé le projet de Wellman pour veiller à son authenticité. </em></p>
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