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	<title>Grand Écart &#187; Peter Strickland</title>
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	<description>Étirements cinéphiles</description>
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		<title>The Duke of Burgundy, de Peter Strickland</title>
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		<pubDate>Tue, 16 Jun 2015 22:20:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Yvan Pierre-Kaiser</dc:creator>
				<category><![CDATA[Films]]></category>
		<category><![CDATA[actualités]]></category>
		<category><![CDATA[Angleterre]]></category>
		<category><![CDATA[homosexualité]]></category>
		<category><![CDATA[Peter Strickland]]></category>
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		<description><![CDATA[Il y a des films qui vous transpercent. Des films qui, une heure et demie auparavant n’existaient pas et après, qui sont tout. Des œuvres d’une telle beauté que la seule envie qui se saisit de vous après...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2015/06/duke-of-burgundy-peter-strickland.jpg" alt="The Duke of Burgundy, de Peter Strickland" title="The Duke of Burgundy, de Peter Strickland" width="210" height="280" class="alignleft size-full wp-image-22134" />Il y a des films qui vous transpercent. Des films qui, une heure et demie auparavant n’existaient pas et après, qui sont tout. Des œuvres d’une telle beauté que la seule envie qui se saisit de vous après visionnage – pour peu que vous soyez porté sur la chose, on se comprend – c’est d’écrire à leur sujet. Ecrire des choses belles et émouvantes, trouver des phrases aux tournures infiniment poétiques, des phrase qui s’imprimeront durablement dans la mémoire des lecteurs, à tel point qu’ils n’auront pas d’autre choix que d’aller au cinéma pour calmer l’incendie que ces mots auront allumé en eux. De tels films existent, <em>The Duke of Burgundy</em> en fait partie. Mais je serais incapable d’en approcher le mystère ou la beauté formelle avec les maigres mots que je maîtrise. Parce que ce rêve fou qui a germé – égaler la splendeur du film par une critique toute aussi éloquente et réussie – est totalement vain.</p>
<p>Le film de Peter Strickland raconte une histoire d’amour entre deux femmes. Une histoire de domination et de jeu de rôles. Une histoire où les codes et les règles ont une importance primordiale. Et quand, au sein de cette histoire de leurs histoires, l’une d’entre elles sort de son rôle, leur relation se crispe.</p>
<p>Qu’est-ce que le désir et comment naît-il ? Comment s’entretient-il ? La fiction est–elle finalement plus forte que la froide réalité ? Les thèmes et questionnements qui traversent <em>The Duke of Burgundy</em> sont bien connus. Comme toutes les œuvres fétichistes, ce n’est pas le fond qui va marquer durablement la rétine, mais la forme. La forme que cette quête de désir va prendre et les abîmes dans lesquels les personnages vont plonger pour assouvir leurs désirs. <span id="more-22129"></span></p>
<p>Fétichisme, le mot est tombé. Le film entier, en soi est un objet, un bel objet. Il n’y a pas un plan qui ne soit pas soigné, méticuleusement pensé. L’image est sublime, la lumière et les couleurs ravissent le regard à chaque instant. Et dans ce bel objet, que l’on a envie de poser chez soi, d’exposer pour embellir son intérieur, chaque objet, chaque décor est beau. Les verres à eau sont superbes. Le film célèbre le moindre détail comme si c’était un tableau de maître. Il suffit de voir ce plan sur des culottes qui trempent dans de l’eau savonneuse pour succomber au culte qu’instaure le film.</p>
<p>Ainsi, on est entraîné, fasciné dans un univers uniquement peuplé de femmes, dans un village qui pourrait être un pays d’Europe de l’Est. La période est incertaine, peut-être les années 1960-1970… Toutes les femmes assistent à des conférences de « lépidoptéristes », les experts en papillons. D’ailleurs, le seul « homme » de tout le film est ce fameux Duke, vous l’aurez compris, c’est un papillon : la Lucine…</p>
<p><em>The Duke of Burgundy</em> est une œuvre énigmatique, un labyrinthe sensoriel exquis. Ceux qui ont vu le précédent film du réalisateur, le sublime <em><a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/berberian-sound-studio-peter-strickland-giallo/" title="Berberian Sound Studio, de Peter Strickland">Berberian Sound Studio</a></em> savent à quoi s’attendre (ou presque…). Il y a dans une séquence de ce film vénéneux et tendre à la fois plus de « cinéma » que dans la majorité des sorties annuelles*.</p>
<p>Ainsi, on constate à quel point l’auteur tente de s’approcher de l’émerveillement qu’il a ressenti en se laissant emporter par les ailes de ce long-métrage envoûtant. Et à quel point il retombe irrémédiablement dans la basse description d’émotions sincères mais esthétiquement inadéquates.</p>
<p><em>The Duke of Burgundy</em>, c’est le cinéma en tant que geste. La beauté de ce geste, et de ceux qui sont filmés, le talent artisanal presque, de la fabrication et l’assommante beauté d’une fiction qui se déroule – semble-t-il – au moment même où l’on regarde. Car c’est là le grand mystère de ce film, celui qui me hante depuis que je l’ai vu (mais en suis-je si sûr ?) : j’ai l’impression que le film n’existe pas en dehors de sa projection, qu’une fois le visionnage terminé, il retourne dans les eaux profondes d’où il a émergé. Et ainsi je justifie mon incapacité à en parler, car j’essaye de cerner une œuvre qui m’échappe, qui échappe au triste réel (triste langage), car elle appartient à un monde où l’imaginaire détient à lui seul les clés de la compréhension.</p>
<p>Et j’envie ce film de vivre là où j’ai toujours voulu exister. Et je le remercie de m’y transporter et de me donner à vivre l’amour de ces femmes, un amour de l’image, passion ô combien dangereuse et insatiable.</p>
<p style="font-size:90%">*La phrase donc qui aurait dû figurer sur l’affiche du film… Ô Vanité quand tu nous tiens…</p>
<p>&nbsp;<br />
The Duke of Burgundy <em>de Peter Strickland, avec Sidse Babett Knudsen, Chiara D’Anna, Eugenia Caruso&#8230; Royaume-Uni, 2015. Sortie le 17 juin 2015.</em></p>
<p><center><script type="text/javascript" src="//www.ultimedia.com/deliver/generic/js/mdtk/01200383/src/szvvx3/zone/2/showtitle/1/"></script></center></p>
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		<title>Rencontre avec Peter Strickland</title>
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		<pubDate>Wed, 03 Apr 2013 05:40:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mathieu Menossi</dc:creator>
				<category><![CDATA[Portraits]]></category>
		<category><![CDATA[Angleterre]]></category>
		<category><![CDATA[horreur]]></category>
		<category><![CDATA[interview]]></category>
		<category><![CDATA[Italie]]></category>
		<category><![CDATA[Peter Strickland]]></category>

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		<description><![CDATA[<em>Berberian Sound Studio</em> est un film totalement ahurissant. Un huis clos poisseux et asphyxiant doublé d'un formidable hommage au <em>giallo</em>. Rencontre avec son réalisateur, Peter Strickland...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:right; font-size:90%"><em>Merci à Alexandre Prouvèze pour sa traduction</em></p>
<p>&nbsp;<br />
<img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2013/04/berberian-strickland.jpg" title="Berberian Sound Studio, de Peter Strickland" alt="Berberian Sound Studio, de Peter Strickland" width="280" height="275" class="alignleft size-full wp-image-11955" /><em>&#8220;Bienvenue dans un nouveau monde sonore.”</em> Celui du sordide Berberian Sound Studio où Gilderoy, ingénieur du son introverti à la silhouette discrète, tout droit débarqué d’Angleterre, est accueilli tel un messie pour assurer le mixage de la dernière production Santini. Nous sommes en Italie en 1976 et le <em>giallo</em> vit ses heures de gloire. Le <em>giallo</em>, c’est, à l’origine, l’équivalent littéraire de la Série noire française mais qui, transposé au cinéma, a développé ses propres codes pour devenir un genre à part entière. Celui d’un cinéma d’exploitation à la confluence de l’horreur, de l’érotisme et du polar, favorisant souvent la forme au détriment du scénario. Des réalisateurs comme Mario Bava ou, plus tard, Dario Argento en ont écrit les plus &#8220;belles&#8221; pages… Voilà donc notre pauvre Gilderoy, plus habitué à l’ambiance champêtre du documentaire naturaliste, qui se retrouve plongé dans un univers inconnu, entre violence et décadence : un réalisateur libidineux, des femmes en cabines simulant des cris d’horreur, de pauvres quartiers de pastèque violemment tailladés à la machette en guise de bruitages… Sans véritable équivalent (même si on pense bien sûr au <em>Blow Out</em> de Brian de Palma), <em><a href="/cinema/berberian-sound-studio-peter-strickland-giallo/" title="Berberian Sound Studio"  target="_blank">Berberian Sound Studio</a></em> de Peter Strickland est un film totalement ahurissant. Un huis clos poisseux et asphyxiant qui nous plonge au cœur de la folie d&#8217;un homme et de ses angoisses. <span id="more-11942"></span>Un huis clos, donc, doublé d&#8217;un formidable hommage au <em>giallo</em>, au son analogique, à la matière. Une œuvre d&#8217;une fantastique inventivité. Le genre de film dont on continue de dérouler en souvenir la pellicule, encore et encore… Jusqu&#8217;à cet instant où une jeune femme pénètre dans la salle et vous dit : <em>&#8220;Il faut partir maintenant, monsieur.&#8221;</em> Troublé, un peu agacé de s&#8217;être fait ainsi secoué, on se lève. Péniblement. L&#8217;esprit encore affairé à poser sur la table les différentes interprétations possibles… On se dit alors que le mieux serait d&#8217;aller rencontrer Peter Strickland lui-même pour lui demander quelques éclaircissements… Direction le salon de l&#8217;hôtel Lutetia, Paris.</p>
<p><strong>Avant tout, d&#8217;où vous vient cette passion pour le <em>giallo</em> ?</strong></p>
<p>C&#8217;est un genre très poétique, très différent des autres types de films d&#8217;horreur. A l&#8217;époque, ces films avaient une atmosphère très forte, incroyablement belle. Le plus dur, pour celui-ci, c&#8217;était d&#8217;en retrouver les lumières, les cadrages et surtout la bande-son : le son et l&#8217;image étant liés de façon très particulière dans ce genre de films.</p>
<p><strong>Est-ce la rencontre, au sein du <em>giallo</em>, entre une imagerie commerciale et la subtilité du travail musical, qui vous a intéressé ?</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2013/04/berberian-santini.jpg" title="Berberian Sound Studio, de Peter Strickland" alt="Berberian Sound Studio, de Peter Strickland" width="280" height="188" class="alignright size-full wp-image-11954" />Franchement, connaissant le milieu de l&#8217;art, je peux vous dire que c&#8217;est toujours une question d&#8217;argent : les gens qui se prétendent les plus « artistes », en fait, veulent toujours faire du fric. C&#8217;est parfois d&#8217;une hypocrisie renversante ! Au moins, les réalisateurs de films d&#8217;exploitation des années 1970 étaient honnêtes… et certains de ces films commerciaux se révèlent finalement plus artistiques et expérimentaux que pas mal de films d&#8217;auteurs. Par exemple, dans le long-métrage de Lucio Fulci, <em>Le Venin de la peur</em>, il y a des moments psychédéliques, extrêmement étranges. Le travail d&#8217;Argento sur les couleurs était également incroyable dans <em>Suspiria</em>. Je ne sais pas dans quelle mesure c&#8217;est une question de talent naturel ou de travail… Mais enfin, ce sont généralement des films excitants, dangereux, cathartiques : bref, ce que le cinéma devrait être.</p>
<p><strong>Pensez-vous qu&#8217;il existe un espace privilégié pour ce genre de création ?</strong></p>
<p>En général, l&#8217;horreur permet de sortir des contraintes du réalisme. Si vous réalisez un drame qui se situerait par exemple à Londres, vous ne pouvez pas jouer de la même façon avec les images, créer une telle atmosphère de rêve, d&#8217;étrangeté&#8230; Je crois que c&#8217;est la nature même du <em>giallo</em> que d&#8217;expérimenter. Idem concernant la musique : c&#8217;est un genre très ouvert aux sonorités d&#8217;avant-garde, à la musique concrète, qui fonctionne vraiment bien dans ce contexte. Et une grande partie de <em>Berberian Sound Studio</em> vient de ma fascination pour cet aspect musical. </p>
<p style="text-align:center"><strong><a href="/cinema/berberian-sound-studio-peter-strickland-giallo/" title="Berberian Sound Studio" target="_blank">&raquo; Lire la critique de <em>Berberian Sound Studio</a></em></strong></p>
<p><strong>Tout le paradoxe &#8211; et j&#8217;aurais envie de dire le génie &#8211; de <em>Berberian Sound Studio</em> est d&#8217;être un film très visuel autour du son. Comme si on pouvait voir votre film avec les oreilles et l&#8217;écouter avec les yeux…</strong></p>
<p>Merci… c&#8217;est une jolie manière de le dire ! Souvent, votre cerveau est plus actif, imaginatif, lorsque vous ne voyez pas les choses. C&#8217;est aussi que je ne voulais pas prendre la voie de la violence graphique, sous peine de nécessairement tomber dans la surenchère.</p>
<p><strong>D&#8217;ailleurs, le personnage de Santini déclare dans votre film : <em>&#8220;Ce n&#8217;est pas un film d&#8217;horreur, c&#8217;est un film de Santini !&#8221;</em> De même, ici, l&#8217;horreur est au cœur du film, mais on ne la voit jamais.</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2013/04/berberian-gilderoy.jpg" title="Berberian Sound Studio, de Peter Strickland" alt="Berberian Sound Studio, de Peter Strickland" width="280" height="188" class="alignleft size-full wp-image-11953" />Je crois que c&#8217;est parce que je voulais que le spectateur participe activement à travers l&#8217;ouïe. C&#8217;est plus déroutant de ne pas voir l&#8217;horreur, sinon ça devient complètement mécanique… D&#8217;où cette idée de mettre en scène le travail de production sonore. Je voulais montrer que les sons des films d&#8217;horreur, c&#8217;est parfois juste un type qui découpe un chou devant le micro ! Sauf qu&#8217;au niveau auditif, cela crée quelque chose d&#8217;extrêmement organique, étrange et dérangeant. Ça m&#8217;intéressait de créer simultanément ces deux réactions chez le spectateur : d&#8217;un côté, l&#8217;humour, la complicité. Et de l&#8217;autre, une sorte d&#8217;angoisse diffuse, non visuelle. Je n&#8217;ai pas cherché à dégoûter le spectateur, à lui faire violence, mais plutôt à le désorienter, à rendre ses repères fluctuants, incertains. </p>
<p><strong><em>Funny Games</em>, le film de Michael Haneke, est resté célèbre pour son questionnement du spectateur quant à son rapport à la violence au cinéma. Bien que de manière différente, n&#8217;y a-t-il pas le même genre d&#8217;interrogation dans <em>Berberian Sound Studio</em> ?</strong></p>
<p>Certainement, mais pas uniquement au niveau du public : la question s&#8217;adresse également au réalisateur ! Comment montre-t-on la violence ? Comme se l&#8217;approprie-t-on ? Puis, comment on la consomme… Pour moi, c&#8217;était très important de ne pas montrer de violence. Mais en même temps, le film devait aussi être divertissant, je ne voulais donc pas tomber dans une rhétorique excessive. D&#8217;où mon choix d&#8217;un ingénieur du son comme personnage principal : cela permet d&#8217;intégrer la dissociation du son et de l&#8217;image au sein du récit. Aujourd&#8217;hui la violence peut être vue partout : il suffit d&#8217;aller sur YouTube pour voir des crashs d&#8217;avion, des accidents&#8230; Même Haneke, qui est évidemment un immense réalisateur, ne peut contrôler la manière dont le public va percevoir son film. Que l&#8217;on réalise un film d&#8217;exploitation ou un film d&#8217;auteur, l&#8217;image est de toute façon sensationnelle &#8211; c&#8217;est-à-dire qu&#8217;elle crée inévitablement une &#8220;sensation&#8221; spécifique chez le spectateur. Or, je voulais utiliser le fait que même le son de la violence est sensationnel. </p>
<p><strong>A travers votre film, vous rendez également hommage aux ingénieurs du son, à l&#8217;analogique, aux tables de mixage&#8230; et au son en tant que matière. Etes-vous nostalgique des anciennes pratiques du cinéma, face à l&#8217;actuelle révolution du numérique ?</strong></p>
<p>Franchement, &#8220;révolution&#8221; me paraît un terme beaucoup trop élogieux&#8230;</p>
<p><strong>Evolution alors ?</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2013/04/berberian-cri-homme.jpg" title="Berberian Sound Studio, de Peter Strickland" alt="Berberian Sound Studio, de Peter Strickland" width="280" height="188" class="alignright size-full wp-image-11952" />Ça me paraît encore trop généreux <em>[il rit]</em>. Donc oui, je dois reconnaître une certaine forme de nostalgie. Mais si j&#8217;avais dû situer l&#8217;action du film aujourd&#8217;hui, on aurait exclusivement vu un écran d&#8217;ordinateur sous ProTools&#8230; Ce qui, visuellement, ne représente pas grand intérêt ! L&#8217;analogique, les machines, les bandes magnétiques : oui, cela recouvre une beauté que les outils d&#8217;aujourd&#8217;hui ont certainement perdue. Faire une boucle à partir d&#8217;un petit morceau de bande, c&#8217;est plastiquement beaucoup plus poétique qu&#8217;un sample sur un ordinateur, si vous voulez&#8230; En même temps, j&#8217;ai des sentiments mêlés sur le sujet, ayant travaillé pour ce film à la fois avec de l&#8217;analogique et du numérique. Car l&#8217;analogique, de son côté, n&#8217;est pas très pratique&#8230; Par exemple, cet immense studio d&#8217;enregistrement qu&#8217;on voit dans le film, ça tient aujourd&#8217;hui dans un iPod ou un iPad&#8230; Ce qui rend la création beaucoup plus accessible. Seulement, il me semble que le numérique est avant tout le produit du marché, de la consommation, plutôt qu&#8217;une évolution naturelle des outils créatifs. </p>
<p><strong>Il n&#8217;y aurait donc pas de solution idéale ?</strong></p>
<p>Pour moi, l&#8217;idéal est de pouvoir faire l&#8217;aller-retour entre la simplicité du numérique et la créativité authentique de l&#8217;analogique. Il y a du pour et du contre, de part et d&#8217;autre. Mais il est possible qu&#8217;avec le temps, je sois contraint de n&#8217;avoir recours qu&#8217;au numérique. En un sens, le problème, c&#8217;est qu&#8217;aujourd&#8217;hui la plupart des salles de cinéma se voient obligées d&#8217;investir, souvent lourdement, dans le numérique. Or, cela affecte nécessairement la manière dont sont aussi produits les films, alors qu&#8217;on ne sait même pas si ce genre de matériel est viable à long terme. Enfin, c&#8217;est une question d&#8217;atmosphère, avec la même différence qu&#8217;il y a entre écrire à la main et taper sur les touches d&#8217;un ordinateur. Ou encore, pour la musique, entre enregistrer live ou avec un ordinateur. L&#8217;autre jour, on m&#8217;a montré un fac-similé des notes de studio du Velvet Underground, avec ses ratures, ses taches de café, les titres des chansons corrigés à la main&#8230; J’ai trouvé ça formidable, très émouvant&#8230; Mais sans doute s&#8217;agit-il effectivement d&#8217;un goût personnel, et que j&#8217;aime bien ce qui est ancien&#8230;</p>
<p><strong>Ou ce qui est palpable ?</strong></p>
<p>Oui, c&#8217;est peut-être ça, j&#8217;aime le rapport physique, matériel, aux instruments. Mais vous savez, ce qui me semble intéressant, à propos de toutes ces applications d’aujourd’hui, pour les téléphones ou les tablettes, c&#8217;est qu&#8217;elles ont toutes un côté nostalgique, vintage&#8230; Ces trucs comme Instagram, ça montre bien que le numérique n&#8217;a pas encore d&#8217;identité propre, qu&#8217;il copie l’analogique comme s&#8217;il cherchait à en retrouver l&#8217;âme. </p>
<p><strong>Pour revenir à votre film, on remarque qu’il progresse par cercles concentriques : il y a la réalité, la fiction, le film dans le film, et tout cela qui s&#8217;imbrique, qui se répond en écho&#8230; C&#8217;est une structure assez complexe.</strong></p>
<p>Je ne voulais pas particulièrement la rendre complexe. C&#8217;est avant tout une question de tension, quelque chose qu&#8217;on ne peut pas vraiment traduire en mots&#8230; J&#8217;ai essayé de créer une sorte d&#8217;état d&#8217;hypnose. En écrivant le script, j&#8217;ai ainsi pris la liberté de suivre différents niveaux de lecture possibles, tout en conservant l&#8217;atmosphère d’origine que j&#8217;avais en tête.</p>
<p><strong>Toutefois, ne pensez-vous pas qu&#8217;en sortant de la salle, le spectateur ressente l&#8217;impression d&#8217;avoir été habilement manipulé ? Et que, peut-être, rien de ce qu&#8217;il a vu n&#8217;existe ?</strong></p>
<p>Je trouve que c&#8217;est un grand plaisir de ressentir l&#8217;ambiguïté entre plusieurs possibilités au sein d&#8217;une œuvre… Comme s&#8217;il y avait trois ou quatre scénarios dans un même film. Là, concernant une fiction traitant du son &#8211; qui est une vibration invisible, incertaine &#8211; il me semblait d&#8217;autant plus nécessaire d&#8217;avoir cette ouverture. Cependant, je ne voulais absolument pas que ça ressemble à un film qui n&#8217;aurait aucun sens : je voulais plutôt que l&#8217;on puisse envisager une multiplicité de sens… Un vortex d&#8217;interprétations.</p>
<p>&nbsp;<br />
Berberian Sound Studio<em> de Peter Strickland, avec Toby Jones, Cosimo Fusco, Antonio Mancino, Fatma Mohamed, Chiara d&#8217;Anna&#8230; Angleterre, 2012. Prix du jury du 20e Festival du film fantastique de Gérardmer. Sortie le 3 avril 2013.</em></p>
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		<title>Berberian Sound Studio, de Peter Strickland</title>
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		<pubDate>Wed, 06 Feb 2013 17:53:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mathieu Menossi</dc:creator>
				<category><![CDATA[Films]]></category>
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		<description><![CDATA[<em>Berberian Sound Studio</em> de Peter Strickland, est un film absolument ahurissant. Mystérieux. Contrariant et fascinant à la fois. Une plongée dans l'envers du décor du <em>giallo</em>, le film noir italien...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2013/02/berberian-sound-studio-peter-strickland.jpg" alt="Berberian Sound Studio, de Peter Strickland" title="Berberian Sound Studio, de Peter Strickland" width="207" height="280" class="alignleft size-full wp-image-11759" /><em>&#8220;Bienvenue dans un nouveau monde sonore&#8221;</em>, s&#8217;exclame Santini (Antonio Mancino), patron du sordide Berberian Sound Studio (studio de postproduction) qui accueille tel un messie Gilderoy (formidable Toby Jones), ingénieur du son introverti à la silhouette discrète, tout droit débarqué d&#8217;Angleterre pour assurer le mixage de la dernière production Santini, <em>The Equestrian Vortex</em> (<em>Le Vortex équestre</em>). Une sombre histoire de prêtres torturant des sorcières, à la recherche des stigmates du Malin… Oui, petite précision chronologique : nous sommes en Italie en 1976 et le <em>giallo</em> vit alors ses heures de gloire. Le <em>giallo</em>, c&#8217;est, à l&#8217;origine, l&#8217;équivalent littéraire de la <em>Série noire</em> française mais qui, transposé au cinéma, a développé ses propres codes pour devenir un genre à part entière. Celui d&#8217;un cinéma d&#8217;exploitation à la confluence de l&#8217;horreur, de l&#8217;érotisme et du polar, favorisant souvent la forme au détriment du scénario. Des réalisateurs comme Mario Bava ou, plus tard, Dario Argento en ont écrit les plus &#8220;belles&#8221; pages… Voilà donc notre pauvre Gilderoy, plus habitué à l&#8217;ambiance champêtre du documentaire naturaliste, qui se retrouve plongé dans un univers inconnu, entre violence et décadence : un réalisateur libidineux, des femmes en cabines simulant des cris d&#8217;horreur, de pauvres quartiers de pastèques violemment tailladés à la machette en guise de bruitages… L&#8217;atmosphère est poisseuse, hostile, asphyxiante. Confronté à ce milieu dont il ignore tout, Gilderoy devra affronter ses plus profondes angoisses… <span id="more-11314"></span> </p>
<p>Le montage de Strickland est acéré, les cadres précis, les images léchées. Mais au-delà de la seule immersion visuelle dans l&#8217;envers du décor de ces productions des années 1970, Peter Strickland a tenu à en soigner la reconstitution sonore, rendant par la même occasion un véritable hommage aux bonnes vieilles techniques de l&#8217;enregistrement analogique. Le &#8220;clac&#8221; des machines mises sous tension, la course folle de la pellicule sur les bobines, le frétillement de l&#8217;aiguille du modulomètre sont autant de totems sonores qui scandent le film d&#8217;un bout à l&#8217;autre. <em>Berberian Sound Studio</em> se regarde d&#8217;abord avec les oreilles. Le rythme y est hypnotique. On avance dans le récit par cercles concentriques. Il y a le film dans le film. La réalité de la vie du studio qui se mêle à la fiction de ce <em>Equestrian Vortex</em> (<em>vortex</em>… <em>&#8220;spirale&#8221;</em>, <em>&#8220;tourbillon&#8221;</em>). Et la frontière entre les deux qui se brouille en même temps que Gilderoy se laisse inexorablement envahir par ses démons. </p>
<p><em>&#8220;Ce n&#8217;est pas un film d&#8217;horreur. C&#8217;est un film de Santini&#8221;</em>, nous précise-t-on. Effectivement, si l&#8217;horreur est au centre du scénario de Peter Strickland, son film n&#8217;a rien d&#8217;horrifique. Le cinéaste utilise le genre comme un prétexte pour une variation sur ses règles et ses codes. On ne verra rien de ce <em>giallo</em> sur lequel travaille Gilderoy. Un choix judicieux qui nous enferme ainsi encore un peu plus dans ce huis clos poisseux et malsain. Où se situe ce Berberian Sound Studio ? Dans quelle région ? Quelle ville ? Aucune indication n&#8217;est délivrée. Le spectateur est maintenu dans le flou le plus total. On ne voit pas Gilderoy en pousser la porte d&#8217;entrée comme on ne le verra d&#8217;ailleurs jamais en sortir. Et on en vient même à douter de sa propre existence lorsque, se rendant à l&#8217;accueil pour la énième fois au sujet du remboursement de son billet d&#8217;avion, Gilderoy s&#8217;entend dire qu&#8217;il n&#8217;y a jamais eu de vol le jour de sa prétendue arrivée en Italie. Le film s&#8217;enfonce alors encore un peu plus dans la folie. Il ne s&#8217;agirait plus du portrait d&#8217;un homme cédant peu à peu à ses délires : le film tout entier serait un délire. Une vue de l&#8217;esprit tourmenté de Gilderoy, de ses peurs, de ses fantasmes. Serait-il possible alors que l&#8217;ingénieur anglais n&#8217;ait jamais quitté son pays ? N&#8217;ait jamais pris l&#8217;avion ? N&#8217;ait jamais mis les pieds au Berberian Sound Studio ?</p>
<p><em>Berberian Sound Studio</em>, deuxième long-métrage signé Peter Strickland, est un film absolument ahurissant. Mystérieux. Contrariant et fascinant à la fois. On en ressort sans en avoir tout compris, agacé de s&#8217;être laissé déstabiliser mais conscient de ne jamais rien avoir vu de semblable. David Lynch n&#8217;est pas loin. On se repasse le film, en quête d&#8217;un détail qui nous aurait échappé. Mais rien n&#8217;y fait. Il faudra y retourner…</p>
<p style="text-align:center"><strong>&raquo; Lire aussi <a href="/portraits/interview-peter-strickland-berberian-sound-studio-giallo/" title="Rencontre avec Peter Strickland">l&#8217;interview de Peter Strickland</a></strong></p>
<p>&nbsp;<br />
Berberian Sound Studio<em> de Peter Strickland, avec Toby Jones, Cosimo Fusco, Antonio Mancino, Fatma Mohamed, Chiara d&#8217;Anna&#8230; Angleterre, 2012. Prix du jury du 20e Festival du film fantastique de Gérardmer. Sortie le 3 avril 2013.</em></p>
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