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	<title>Grand Écart</title>
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	<description>Étirements cinéphiles</description>
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		<title>Claudia Cardinale, beauté insoumise du cinéma</title>
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		<pubDate>Sat, 27 Sep 2025 21:09:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mathieu Menossi</dc:creator>
				<category><![CDATA[Portraits]]></category>
		<category><![CDATA[Italie]]></category>
		<category><![CDATA[western]]></category>

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		<description><![CDATA[Son regard brûlant et sa voix délicieusement brisée ont marqué le cinéma des plus grands, de Visconti à Sergio Leone. Mais derrière la muse fellinienne, Claudia Cardinale a surtout incarné...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Son regard brûlant et sa voix délicieusement brisée ont marqué le cinéma des plus grands, de Visconti à Sergio Leone. Mais derrière la muse fellinienne, Claudia Cardinale a surtout incarné une force tranquille et insoumise. Portrait d&#8217;une femme à la beauté farouche qui a su écrire sa propre légende au cœur d&#8217;un cinéma d&#8217;hommes.</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2025/09/il-etait-une-fois-dans-l-ouest-leone-cardinale-copie.png" title="Claudia Cardinale dans Il était une fois dans l&#039;Ouest" alt="Claudia Cardinale dans Il était une fois dans l&#039;Ouest" width="300" height="138" class="alignleft size-full wp-image-27923" />Le cinéma a perdu l&#8217;un de ses regards les plus profonds, l&#8217;une de ses voix les plus singulières. Claudia Cardinale s&#8217;est éteinte ce 23 septembre 2025, emportant avec elle le souvenir d&#8217;une silhouette altière et d&#8217;un tempérament de feu. Mais réduire la Cardinale des années 1960 à sa seule silhouette serait méconnaître le tempérament qui la forgea : celui d&#8217;une femme qui, propulsée muse des plus grands réalisateurs, a su se jouer des clichés pour devenir le propre sujet de son destin, annonçant, bien avant l&#8217;heure, les premiers soubresauts d&#8217;une révolution qui se fait encore attendre.</p>
<h2>La plus belle Italienne de Tunis</h2>
<p>Née en 1938 à Tunis de parents siciliens, Claude Joséphine Rose Cardinale ne s&#8217;était jamais rêvée actrice. <em>« C&#8217;est ma sœur Blanche, blonde aux yeux bleus, qui rêvait de faire du cinéma,</em> confiait-elle dans son autobiographie <em>Mes étoiles</em>. <em>« Moi, la brune aux yeux noirs qu&#8217;on appelait &#8220;la Berbère&#8221;, je me voyais plutôt institutrice dans le désert ou exploratrice pour découvrir le monde. J&#8217;étais ce qu&#8217;on appelait un garçon manqué, toujours prête à me bagarrer pour démontrer que les filles étaient au moins aussi fortes que les garçons. »</em> Un tempérament farouche qui la plaçait à mille lieues de l&#8217;univers des studios. </p>
<p>Pourtant, le destin frappe une première fois en 1957 : sans même s&#8217;être inscrite, elle remporte le concours de « la plus belle Italienne de Tunis ». Le prix ? Un voyage à la Mostra de Venise. Repérée, scrutée, désirée par les producteurs, elle refuse d&#8217;abord les avances de ce monde qui n&#8217;est pas le sien. Mais le cinéma, déjà, l&#8217;a choisie. Claudia signe finalement, à contrecœur, un contrat d&#8217;exclusivité avec le producteur Franco Cristaldi qui façonnera son image mais contrôlera sa vie.</p>
<h2>Muse des géants, objet du désir</h2>
<p>Sa carrière épouse l&#8217;âge d&#8217;or du cinéma italien et la jeune et jolie Claudia devient vite la créature des maestros. Luchino Visconti la filme en fiancée d&#8217;Alain Delon dans <em>Rocco et ses frères</em> (1960) avant de la métamorphoser en sublime Angelica dans <em>Le Guépard</em> (1963). Face à Burt Lancaster en Prince Salina et retrouvant Delon dans le rôle de Tancrède, parée de sa crinoline, elle n&#8217;est pas qu&#8217;une apparition. Elle est le symbole d&#8217;une aristocratie qui danse une dernière valse avant de disparaître. La même année, Federico Fellini en fait l’incarnation de la femme idéale, une vision de pureté onirique qui hante le personnage de Mastroianni dans son chef-d&#8217;œuvre <em>Huit et demi</em>. « Visconti, précis, me parlait en français et me voulait brune. Fellini, bordélique, me parlait en italien et me voulait blonde. Ce sont les deux films les plus importants de ma vie. » Deux génies masculins qui ont projeté sur elle leur vision de la féminité.</p>
<p>Mais c&#8217;est peut-être avec Valerio Zurlini que Cardinale révèle le mieux cette capacité à incarner la vulnérabilité sans jamais sombrer dans la victimisation. Dans <em>La Fille à la valise</em> (1961), elle est Aida, chanteuse de cabaret abandonnée par un séducteur de la bourgeoisie. Face au très jeune Jacques Perrin, elle compose un personnage d&#8217;une dignité bouleversante, femme blessée mais jamais résignée. Le film de Zurlini suggère avec une infinie délicatesse la solitude des êtres séparés par des barrières de classe, et Cardinale y incarne déjà cette force intérieure qui ne ploie jamais.</p>
<h2>La naissance d&#8217;une icône</h2>
<p>Pourtant, Claudia Cardinale n&#8217;est pas une toile blanche. Derrière l&#8217;image qu&#8217;on construit pour elle, la femme s&#8217;affirme. Sa voix, d&#8217;abord. Rauque, légèrement voilée, elle est systématiquement doublée à ses débuts, son accent français en italien dérangeant les standards. Fellini sera le premier à la laisser parler de sa propre voix dans <em>Huit et demi</em>, révélant ce timbre unique : l&#8217;irruption de son authenticité la plus brute dans un monde qui voulait la lisser.</p>
<p>Puis c&#8217;est Sergio Leone qui lui offre le rôle de sa vie dans <em>Il était une fois dans l&#8217;Ouest</em> (1968). Seule femme au milieu d&#8217;un trio d&#8217;hommes légendaires (Bronson, Fonda, Robards), elle n&#8217;est pas un faire-valoir. Elle est le cœur du film. Son personnage, Jill McBain, crève l&#8217;écran en femme bafouée qui, loin de se soumettre, hérite de la terre et bâtit l&#8217;avenir. Elle est la civilisation face à la brutalité. Avec ce rôle, elle ne joue pas seulement un personnage : elle impose un archétype. Et ce faisant, elle accomplit un tour de force : celui d&#8217;imposer une figure féminine souveraine au cœur même d’un cinéma entièrement pensé par des hommes.</p>
<h2>Le lourd secret d&#8217;une femme libre</h2>
<p>Cette force déployée à l&#8217;écran par Claudia Cardinale, elle la puise dans un drame intime longtemps tu. À 17 ans, avant même le début de sa carrière, Claudia Cardinale est victime d&#8217;un viol dont naîtra un fils, Patrick. Pour éviter le scandale qui briserait son image de « fiancée de l&#8217;Italie », son producteur Franco Cristaldi la contraint au silence et l&#8217;oblige à faire passer son propre enfant pour son petit frère. Ce secret, qu&#8217;elle qualifiera plus tard de « fardeau terrible », illustre la violence d&#8217;un système où la vie privée d&#8217;une actrice ne lui appartenait pas.</p>
<p>Cet acte de dépossession originel forgera paradoxalement son indépendance. Alors que les contrats cherchaient à contrôler les corps, elle imposera dans tous ses contrats une clause de non-nudité. Un acte de résistance inédit pour l&#8217;époque. Elle expliquera bien plus tard ce choix comme une manière vitale de reprendre le contrôle : « Je n&#8217;ai jamais eu le sentiment d&#8217;être un objet de désir. J&#8217;ai toujours décidé moi-même », affirmait-elle.</p>
<p>Femme de convictions, Claudia Cardinale a traversé les époques en défiant les diktats, y compris celui du temps qui passe. « Je suis une légende vivante. Les monstres ont la peau dure », s&#8217;amusait-elle à dire. En nous quittant, elle laisse l&#8217;image d&#8217;une actrice magnifique, certes, mais surtout celle d&#8217;une pionnière qui, sans jamais prononcer le mot, a incarné un féminisme instinctif, une insoumission tranquille. La toile est désormais un peu plus sombre, c&#8217;est vrai. Mais elle qui ne voulait pas être une image, restera un regard. Et une voix qui, à jamais, aura eu le dernier mot.</p>
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		<title>Rencontre avec Benjamin Blasco-Martinez</title>
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		<pubDate>Sun, 02 Feb 2025 15:53:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mélanie Carpentier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Portraits]]></category>
		<category><![CDATA[Gérardmer]]></category>
		<category><![CDATA[interview]]></category>

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		<description><![CDATA[À l’occasion du Festival de Gérardmer 2025, l’illustrateur et auteur de BD, Benjamin Blasco-Martinez, et le scénariste Philippe Pelaez, exposent Noir Horizon...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h2>L’apocalypse en BD</h2>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2025/02/noir-horizon-tome-1-couverture-224x300.jpeg" alt="Noir horizon" width="224" height="300" class="alignleft size-medium wp-image-27906" />À l’occasion du Festival de Gérardmer 2025, l’illustrateur et auteur de BD, Benjamin Blasco-Martinez, et le scénariste Philippe Pelaez, exposent <em>Noir Horizon</em> (publié chez Glénat), une fresque de dark SF aussi visuelle que politique.</p>
<p><strong><em>Noir Horizon</em> à Gérardmer ?</strong><br />
Vous pourrez voir à Gérardmer un certain nombre de planches originales en noir et blanc des deux premiers tomes de la trilogie <em>Noir Horizon</em>, un space opera où six criminels sont envoyés derrière un gigantesque écran noir sur une planète hostile (Kepler 452-b), pour y chercher une nouvelle source d&#8217;énergie qui permettrait de prolonger le règne d&#8217;une dictature à l&#8217;agonie (Kadingirra).</p>
<p><strong>Ce n’est pas tant que ça de la science-fiction ?</strong><br />
C&#8217;est ce qui rend la science-fiction intéressante et tellement essentielle ! Les messages qu&#8217;elle véhicule sont universels et intemporels. C&#8217;est ce que Philippe Pelaez, le scénariste, a voulu démontrer. <em>Noir Horizon</em> s&#8217;inspire du <em>Discours de la servitude volontaire</em> de La Boétie écrit au XVIe siècle, qui est un véritable réquisitoire contre l&#8217;absolutisme, interrogeant les rapports de domination, la légitimité de l&#8217;autorité sur la population et l’acceptation de cette soumission. Donc oui, le propos est carrément d&#8217;actualité malheureusement, et le sera toujours j&#8217;en ai bien peur&#8230;</p>
<p><strong>Comment met-on en images un monde post-apocalyptique ?</strong><br />
<em>Noir Horizon</em> n&#8217;est pas à proprement parler un récit post-apo dans son ensemble. Le post-apo, on le trouve surtout sur la planète Kepler, où l&#8217;on montre les vestiges d&#8217;une ancienne civilisation, « un monde d&#8217;avant », qui a été anéantie par un cataclysme. Pour créer cela, il faut imaginer ce monde avant destruction, là est la difficulté. D&#8217;autant plus quand ce monde qu&#8217;on est censé imaginer n&#8217;a rien à voir avec l&#8217;humanité et l&#8217;histoire de sa civilisation. <span id="more-27904"></span>J&#8217;ai donc créé des ruines antiques fictives en mélangeant des inspirations mayas, égyptiennes et babyloniennes sur lesquelles la faune et la flore extraterrestres ont repris leurs droits ; une image souvent vue dans les récits post-apocalyptiques comme <em>The Walking Dead</em> ou <em>The Last Of Us</em> récemment. Je voulais quelque chose de très « lovecraftien », gigantesque, terrifiant, insondable et mystérieux pour Kepler et sa cité perdue. Pour Kadingirra c&#8217;est différent, nous sommes dans la dystopie. Il fallait imaginer un monde humain futuriste mais cauchemardesque, à la <em>Blade Runner</em> de Ridley Scott ou <em>1984</em> d&#8217;Orwell. Il fallait que tout soit titanesque et oppressant dans les bâtiments, les vaisseaux, les décors, à l&#8217;image de la démesure et de la folie des humains. Le choix délibéré de ne représenter aucune nature, aucun animal sauvage lorsque l&#8217;on montre Kadingirra contraste avec la planète Kepler qui, bien qu&#8217;hostile, représente l&#8217;espoir pour nos héros.</p>
<p><strong>Va-t-on de l’image au scénario ou l’inverse quand on parle apocalypse ?</strong><br />
Je pense qu&#8217;une idée, un concept naît d&#8217;une vision. Donc d&#8217;une image oui en quelque sorte et quel que soit le genre, en fait. Mais la vision peut aussi venir d&#8217;un texte ou d&#8217;une réflexion qui nous inspire. On ne sait pas trop où cela commence en vrai et c&#8217;est merveilleux ! Pour ce qui est de l&#8217;apocalypse, on essaye de répondre par le texte ou l&#8217;image à une question existentielle et à une peur ; « il y a eu un commencement, il y aura forcément une fin, comment cela va finir ? »</p>
<p><strong>Dans quelle mesure votre approche est « cinématographique » ?</strong><br />
<img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2025/02/noir-horizon-planche-225x300.jpg" alt="Noir horizon" width="225" height="300" class="alignright size-medium wp-image-27907" />Je ne sais pas trop à vrai dire car c&#8217;est un peu inconscient en ce qui me concerne. Il est vrai que je m&#8217;inspire beaucoup du cinéma de manière générale, j&#8217;aime glisser des clins d&#8217;œil où des petites références dans mes planches mais la BD est cinématographique par elle-même. On retrouve les cadrages, la mise en scène, le rythme, les jeux de lumière, le jeu d&#8217;acteur pour les personnages. Ne manque que le son et le mouvement. D&#8217;ailleurs un film est une BD en quelque sorte, avant d&#8217;être un film ; on appelle cela un storyboard. La plupart des auteurs de BD sont amoureux du cinéma, cela je peux vous l&#8217;affirmer !</p>
<p><strong>Si <em>Noir Horizon</em> devait être porté à l’écran : qui le réaliserait ?</strong><br />
Guillermo Del Toro sans hésitation. C&#8217;est celui qui cocherait toutes les cases vu ses goûts, ses influences et sa filmographie. Et en plus il aime la BD ! L&#8217;espoir fait vivre&#8230;</p>
<p><strong>Top 3 des films post-apocalyptiques selon vous ? </strong><br />
La saga <em>Mad Max</em> de George Miller et Byron Kennedy. Tout est parfait dans ces films. L&#8217;humanité revenue à un état quasi primitif après une guerre nucléaire à cause des pénuries de pétrole, un western antique où les chevaux sont remplacés par des engins trafiqués, crasseux, monstrueux et surpuissants gavés de gasoil ! Un Mel Gibson fou furieux en guerrier de la route, solaire, magnétique, culte&#8230; et violent ! On peut ajouter le <em>Fury Road</em> qui est excellent aussi, du pur opéra !<br />
<em>Matrix</em> de Lilly et Lana Wachowski. L&#8217;originalité du scénario, les références bibliques et littéraires mêlées à l&#8217;univers geek et informatique. L&#8217;idée flippante que notre monde libre n&#8217;est qu&#8217;une illusion et que nous vivons esclave dans une autre réalité sans le savoir. Des scènes d&#8217;actions ultra-stylisées, du kung fu, l&#8217;agent Smith, la BO très techno, bref un pur chef-d&#8217;œuvre (du moins pour le premier film), le côté mecha moins passionnant pour les opus suivants.<br />
<em>28 jours plus tard</em> de Danny Boyle. L&#8217;ambiance de ce film est complètement dingue. Le centre-ville de Londres complètement désert après une pandémie, la solitude (temporaire) du héros, son désarroi, son incompréhension&#8230; juste mythique, inoubliable. Ajoutez à cela la nervosité de la mise en scène, des « zombies » infectés ultra-flippants assoiffés de sang qui courent partout, des militaires psychopathes, la BO et une fin heureuse pour une fois !</p>
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		<title>Rencontre avec Judith Beauvallet</title>
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		<pubDate>Thu, 30 Jan 2025 21:46:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mélanie Carpentier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Portraits]]></category>
		<category><![CDATA[Gérardmer]]></category>
		<category><![CDATA[horreur]]></category>

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		<description><![CDATA[Femme d&#8217;un nouveau genre Journaliste cinéma pour le magazine Écran Large, Judith Beauvallet fait également partie de l’association S’Horrorité, qui réfléchit sur le féminisme et le cinéma de genre, et...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h2>Femme d&#8217;un nouveau genre</h2>
<p><div id="attachment_27897" class="wp-caption alignleft" style="width: 209px"><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2025/01/judith-beauvallet-c-lytnim-199x300.jpeg" alt="Judith Beauvallet (c) Lytnim" width="199" height="300" class="size-medium wp-image-27897" /><p class="wp-caption-text">Judith Beauvallet (c) Lytnim</p></div>Journaliste cinéma pour le magazine <em>Écran Large</em>, Judith Beauvallet fait également partie de l’association S’Horrorité, qui réfléchit sur le féminisme et le cinéma de genre, et de la chaîne Demoiselles d’Horreur qui met en lumière les femmes dans le cinéma horrifique. Autant d’étiquettes qui font d’elle l’animatrice parfaite de la conférence « Les fantômes au féminin à travers les âges et ce qu’ils disent de notre rapport à la féminité » lors de ce 32e Festival international du film fantastique de Gérardmer. Rencontre passionnante.</p>
<p><strong>Les nouvelles sont-elles bonnes pour les femmes et le cinéma de genre ? </strong><br />
Oui, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas encore de chemin à faire. Ces dernières années, les réussites éclatantes de Julia Ducournau et Coralie Fargeat donnent beaucoup d’espoir et contribuent à changer les choses, c’est certain. Mais elles sont aussi un peu l’arbre qui cache la forêt d’une multitude de réalisatrices talentueuses qui peinent à continuer à faire les films qu’elles souhaitent après un ou deux premiers longs-métrages très prometteurs : Jennifer Kent, Natalie-Erika James, Natasha Kermani, Anna Lily Amirpour, Corinna Faith, Alice Lowe… Autant de metteuses en scène qui ont surpris tout le monde en réalisant de véritables perles, mais qui ont pourtant du mal à se faire une place au soleil dans la durée. Et si le nombre de réalisatrices est grandissant, leur difficulté à faire des films se ressent encore largement en festivals, où les longs-métrages réalisés par des femmes restent encore très minoritaires. Donc les choses changent, oui, et c’est génial, mais le combat ne s’arrête pas là !<span id="more-27896"></span></p>
<p><strong>Est-ce propre au genre ou au cinéma en général ? </strong><br />
Je pense que, à grande échelle, le même phénomène est valable pour le cinéma en général. Mais je pense qu’il est spécialement observable dans le cinéma de genre, où il évolue peut-être plus vite. Comme le genre a longtemps été méprisé (et c’est parfois encore le cas), c’est une industrie dont toute une partie s’est construite et continue de se construire sur des tout petits budgets. Et comme toujours, on laisse plus facilement la place aux femmes là où il n’y a pas beaucoup d’argent en jeu, et peut-être aussi des enjeux intellectuels considérés à tort comme moindres. En littérature, il y a aussi toute une époque où les femmes écrivaient beaucoup de romans gothiques ou horrifiques, parce que c’était un genre là aussi méprisé et qu’elles pouvaient donc s’y faire une place sans piquer celle des hommes. La même formule se répète, et les femmes ont fini par trouver dans l’horreur un terrain de jeu qui leur est finalement assez spécifique.</p>
<p><strong>Qu’est-ce que les femmes apportent au cinéma de genre ?</strong><br />
Le cinéma de genre a toujours mis en scène des personnages de femmes centraux, davantage que dans un cinéma plus mainstream. L’une des raisons étant que, dans un cinéma conçu par des hommes, les femmes faisaient office de victimes idéales en tant que sexe dit faible, et qu’elles étaient plus à même de subir les menaces et de susciter l’empathie du spectateur. Mais c’est une conception sexiste à double tranchant, parce que le cinéma de genre a aussi tôt fait de subvertir la figure de la femme innocente et d’en faire tantôt une sorcière, tantôt une prédatrice, tantôt un fantôme vengeur… Support de projection de fantasmes en tout genre, la femme est devenue la star des films d’horreur. Ce n’était qu’une question de temps avant que les femmes passent aussi derrière la caméra pour se réapproprier toutes ces histoires largement fondées sur leur représentation, leur sexualité, leurs oppressions… Aujourd’hui, les metteuses en scène qui font du genre font parfois des films avec un regard qui transparaît comme étant spécifiquement féminin (par exemple avec une manière plus juste et moderne de traiter les violences sexistes), mais elles font aussi parfois des films qui n’ont absolument rien à voir avec le fait d’être une femme. Et tant mieux, elles se contentent de faire des films comme les hommes, sans qu’on ait besoin d’attendre d’elles de prouver qu’elles le méritent davantage.</p>
<p><strong>⁠Vous attendez quoi des années qui viennent ?</strong><br />
Je croise très fort les doigts pour que les Rose Glass, Anita Rocha Da Silveira, Jennifer Kent et toutes les autres réussissent à s’imposer dans l’industrie, continuent à faire des films, et qu’elles entraînent avec elles toute une génération de femmes cinéastes. Et j’attends du milieu du cinéma qu’il leur fasse de la place en salles et en festivals sans qu’il faille attendre des phénomènes Ducournau ou Fargeat pour réaliser qu’elles y ont droit.</p>
<p><strong>⁠Les fantômes au féminin à travers les âges et ce qu’ils disent de notre rapport à la féminité… sujet de la conférence à Gérardmer. Quelques mots sur cela ?</strong><br />
Le fantôme en particulier est une créature fantastique associée au féminin par bien des aspects. Comme je le disais, en tant que sexe faible, les femmes ont beaucoup été mises en scène comme victimes idéales, et il est donc beaucoup question de leur mort dans les films de genre, une mort plus singulière, signifiante et douloureuse que dans les films d’action où les types se canardent par paquets de cinquante. La mort précoce d’une femme est, en fiction (et malheureusement parfois dans la vraie vie), souvent causée par un homme, et on y rattache donc tout un panel de thématiques : l’injustice, la vengeance, le regret… Des sentiments qui vont évidemment nourrir les histoires de hantise. Le fantôme est l’être parfait pour symboliser la culpabilité de personnages masculins qui incarnent, d’une manière ou d’une autre, le patriarcat. C’est pourquoi, dans les films japonais, les fantômes sont souvent des esprits vengeurs féminins qui ont subi un viol, des violences domestiques, un assassinat… Dans la figure du fantôme victorien, on est plutôt sur un écho de la figure de la jeune fille morte telle que l’a sacralisée Edgar Poe : la femme aimée par le narrateur est très jeune, très belle et très fragile. Sa mort (souvent causée par des raisons très floues) est à la fois la chose la plus triste et la plus injuste du monde, mais donc aussi celle qui va susciter les sentiments les plus torturés, et donc les poésies les plus belles. Ces approches sont différentes, mais se ressemblent dans leur manière de parler plus ou moins directement du rapport homme-femme. Bref, il va y avoir beaucoup de choses à raconter pendant cette conférence !</p>
<p><strong>⁠Quelques films auxquels vous ferez référence ?</strong><br />
Je ne peux pas parler pour mes consœurs avec qui nous nous sommes réparti des périodes différentes de l’histoire du cinéma, mais pour ma partie, je mentionnerai les adaptations d’Edgar Poe par Roger Corman, Twixt de Francis Ford Coppola, La Dame en noir… Parce que je vais me concentrer sur le fantôme gothique dans la littérature, et la manière dont il s’est retrouvé au cinéma.</p>
<p><strong>Le Festival de Gérardmer, pour vous ?</strong><br />
Je suis venue pour la première fois il y a deux ans, en tant que marraine du Jury jeunes, et ça a été un super moment. Je rêvais depuis longtemps de découvrir le festival, et j’y ai trouvé tout ce que j’espérais : des films complètement barrés, un public passionné, une petite ville adorable avec des coins où tout le monde se retrouve pour bavarder… Et les membres du Jury jeunes formaient un super groupe, j’ai beaucoup aimé les écouter débattre pour choisir le film à récompenser. Je n’avais jamais fait ça et je suis très heureuse que le festival m’en ait donné l’occasion ! J’espère avoir souvent l’occasion de revenir.</p>
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		<title>Rencontre avec Leïla Kilani</title>
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		<pubDate>Tue, 23 Apr 2024 12:22:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Manuela Rizzo</dc:creator>
				<category><![CDATA[Portraits]]></category>
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		<description><![CDATA[Leïla Kilani a réalisé Indivision. Le film plonge les spectateurs dans les intrications émotionnelles et les tensions familiales au Maroc. À travers le récit de deux frères en quête d&#8217;un...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Leïla Kilani a réalisé <em>Indivision</em>. Le film plonge les spectateurs dans les intrications émotionnelles et les tensions familiales au Maroc. À travers le récit de deux frères en quête d&#8217;un héritage familial, <em>Indivision</em> explore avec subtilité les conflits générationnels et les dilemmes moraux qui émergent lorsque tradition et modernité se rencontrent. Une œuvre poignante qui interroge les notions d&#8217;identité, de responsabilité et de lien familial dans la société marocaine contemporaine.</strong></p>
<p>&nbsp;<br />
<img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2024/04/leila-kilani-copy-fnc-adil-boukind-portrait.jpg" alt="Leila Kilani" width="280" height="187" class="alignleft size-full wp-image-27890" /><strong>Comment définiriez-vous <em>Indivision</em> ? Un drame familial ? Une histoire d’apprentissage ?</strong></p>
<p>Les deux. C’est aussi un conte. Ça mélange plusieurs fils et se dire que nous arrivons à faire un film aujourd’hui dans cette prolifération est extrêmement réjouissant. J’ai beaucoup aimé utiliser cette génération qui ne renonce à rien, peut vivre et faire plein de choses à la fois, vit dans le virtuel et le réel. L’héroïne de ce compte est une vraie Shéhérazade 2.0 qui empoigne les réseaux sociaux pour en faire son arène de conte. On peut dire que c’est une nouvelle version des <em>Mille et Une nuits</em>.</p>
<p><strong>Le film est-il inspiré d’événements de votre enfance ?</strong></p>
<p>Pas directement. Je pense qu’on écrit toujours en se mettant à la place de quelqu&#8217;un. En l’occurrence j’étais cette petite fille ayant grandi à Casablanca, qui, en rentrant en vacances dans la maison de sa grand-mère, n’avait pas le droit de sortir. J’ai grandi dans un monde où l’image était rare, précieuse et interdite dans les années 1970-1980 où le régime dictatorial d’Hassan II contrôlait tout. C’était donc fondamental pour moi de me demander quelle histoire je pouvais raconter en incluant les réseaux et l’image sans leur côté « lieu de débilité et de crispation ». Ce n’est ni un film à la première personne, ni une autofiction, ni une manière de revisiter le passé. J’ai évidemment puisé dans les confrontations autour de l’héritage que j’ai pu vivre et de ses rapports qui sont à la fois remplis d’amour et de conflits. La famille est la première cellule de la société, que je le veuille ou non mon imaginaire puisera là dedans. Mais j’ai surtout voulu inventer une nouvelle figure romanesque, de manière complètement affranchie, à travers cette famille où vieux et jeunes s’affrontent. Je m’identifie beaucoup au personnage du père. Il y a aussi la petite Shéhérazade 2.0, la grand-mère barbare et cruelle sortie tout droit des contes qui est vue à travers le regard de sa petite fille, et l’oncle un peu loser magnifique qui est un personnage très émouvant. <span id="more-27875"></span></p>
<p><strong>Peut-on dire que c’est un film sur le passage à l’âge adulte ?</strong></p>
<p>Exactement. C’est un film sur le passage à l’âge adulte à travers ces deux adolescentes qui vont se mettre en mouvement et provoquer une révolution au sein de la famille et de tout le territoire. C’est un film où tout le monde opère une mutation de passage, la grand-mère s’effondre à l’intérieur de son monde, les oiseaux se mettent en mouvement, tout le monde est en mouvement, ce qui nous fait rentrer dans une certaine transe sur ce passage vers un jour neuf.</p>
<p><strong>Selon vous, faut-il prendre ses distances avec sa famille pour pouvoir créer sa propre histoire ?</strong></p>
<p>C’est absolument nécessaire, à un moment ou un autre, de rentrer en crise avec sa famille, son milieu et son temps pour pouvoir engendrer un monde neuf. Un individu quel qu’il soit, en dehors même de l’adolescence, qui serait dans une forme d’absolu consensus, génère une stabilité qui devient une sorte d’archaïsme. Je pense qu’il est sain de rentrer en rébellion avec les siens pour sans doute mieux les aimer et s’inventer les uns les autres à travers un temps et un espace. Pendant l’adolescence ou la jeunesse, les colères sont saines et le rejet est nécessaire, sinon nous serions dans un effondrement annoncé et dans une reproduction à l’infini des mêmes schémas.</p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2024/04/indivision-leila-kilani.png" alt="Indivision, de Leïla Kilani" width="280" height="117" class="alignright size-full wp-image-27883" /><strong>Que pouvez-vous nous dire sur le tournage ? </strong></p>
<p>C’était un tournage assez long qui a commencé de manière classique avec une quarantaine de techniciens et tous les corps de métiers. Nous avons épuisé notre budget mais avions paradoxalement des plans uniques et magistraux. Nous n’avions pas toutes les séquences mais en même temps nous avions la conviction que nous tenions quelque chose d’absolument fabuleux, rare et précieux en termes de cinéma et de plasticité. Nous sommes donc repartis uniquement avec le chef opérateur, parfois l’ingénieur du son, et ma formidable troupe d’acteurs qui sont devenus mes propres oiseaux. Nous avons d’ailleurs joué avec les oiseaux qui sont devenus de réels acteurs. Pour l’anecdote, je m’étais renseignée auprès d’ornithologues pour savoir à quelles dates ils seraient au Maroc, mais arrivés à Tanger ils n’étaient pas là, partis la veille à cause de la canicule. Nous étions accablés et avions hésité à tourner en Espagne mais c’était trop compliqué. L’acteur du père de Lina Mustafa et moi, avons rêvé la même nuit que les oiseaux revenaient. Il est venu me chercher à 5h du matin, nous sommes retournés sur le lieu de migration et ils étaient là. Nous avons donc pu continuer à tourner, c’était fabuleux.</p>
<p><strong>En parlant d’acteurs, comment travaillez-vous avec les vôtres ?</strong></p>
<p>En répétant. Je crois beaucoup à l’esprit de troupes et aux jeux d’humilité, comme des artisans qui répètent leurs gestes. C’est en répétant les gestes comme des sportifs ou comme des musiciens que peut advenir la grâce. Cela peut être exténuant pour eux, mais c’est ma manière de travailler.</p>
<p><strong>Comment choisissez-vous les sujets de vos films ?</strong></p>
<p>En considérant que le sujet ne peut pas suffire pour faire un film. Je peux être traversée par un sujet mais je me poserai directement des questions de formes. Le sujet est un catalyseur qui n’est que le point de départ pour me mettre en mouvement. Le film se construit toujours autour d’une forme, le gros travail est de trouver laquelle.</p>
<p><strong>Votre style de réalisation en quelques mots ?</strong></p>
<p>Artisanal par le jeu d’acteur qui est de l’ordre de la troupe de sportifs ou de musiciens qui travaillent. Des plans-séquences extrêmement rapides. Et une maîtrise plastique cherchant à perforer le regard et à poser des questions.</p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2024/04/indivision-photo-film-leila-kilani-300x147.png" alt="Indivision, de Leïla Kilani" width="300" height="147" class="alignleft size-medium wp-image-27881" /><strong>Quelles sont vos inspirations ?</strong></p>
<p>En général cela peut passer par de la musique, de la lecture ou encore de la peinture. Pour ce film-là j’ai fortement été inspirée par la peinture <em>La Tentation de saint Antoine</em> de Bosch que m’a montrée mon chef décorateur. C’est la représentation d’une apocalypse absolument incroyable, une espèce de prolifération infinie qui m’a beaucoup marquée. Les films d&#8217;Hayao Miyazaki également, comme <em>Le Château ambulant</em>. Énormément de choses ont questionné les contes de ma grand-mère qui étaient des structures où l’ellipse prenait une grande place et qui m’ont autant marquée que de grands romans. Je puise donc dans à peu près tout pour trouver de l’inspiration.</p>
<p><strong>Pouvez-vous nous parler de votre parcours ? Pourquoi avoir choisi de faire du cinéma ?</strong></p>
<p>Dans mon pays, l’image était extrêmement contrôlée par le régime. J’étais cinéphage et le cinéma avait le goût unique et savoureux du fruit défendu. J’essayais constamment de trouver des combines pour pouvoir aller voir des films en cachette, ce qui provoquait une adrénaline heureuse. Prendre des photos dans la rue était interdit, j’ai été arrêtée pour ça. Puis j’ai fait des études d’histoire et d’économie tout en restant cinéphage. La prise en charge de mon exaltation a été le cinéma. Dans les années 2000 il y a eu l’immigration clandestine au Maroc qui m’a donné envie d’en écrire l’histoire en son et en image, alors j’ai brièvement écrit le film, je l’ai envoyé au CNC, j’ai eu l’aide à l’écriture, puis je l’ai envoyé à un concours organisé par la Fémis et France 3 que j’ai remporté. J’étais une sorte de Cendrillon qui a rapidement remporté le gros lot, ce qui m’a davantage motivé.</p>
<p><strong>Quel message ou émotion voulez-vous transmettre au public à travers vos films ?</strong></p>
<p>De continuer à croire à ce moment étrange qu’est le cinéma, se retrouver ensemble enfermés dans une salle noire et regarder dans la même direction. Aujourd’hui il y a les séries et les réseaux, alors comment continuer à croire au cinéma ? Un film est, pour la plupart, là pour divertir mais en réalité pas seulement, nous pouvons être saisis, nous pouvons nous poser des questions, partager des avis différents. Il y a quelque chose d’extrêmement bouleversant dans le fait de partager une expérience collective et de ne pas voir le même film. Allez au cinéma voir tout ce que vous voulez ; c’est un acte de foi dans le futur de continuer à croire que nous pouvons être ensemble en dehors d’une manifestation, d’une salle de cours ou autres.  </p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2024/04/indivision-leila-kilani-affiche-film.jpg" alt="Indivision, de Leïla Kilani" width="198" height="280" class="alignright size-full wp-image-27882" /><strong>Quels sont vos trois films favoris et votre film du moment ?</strong></p>
<p><em>Les Filles d’Olfa</em> de Kaouther Ben Hania m’a complètement emportée, c’est un film d’une intelligence, d’une maîtrise et d’une forme de sincérité rare et précieuse car elle réussit à questionner ce qu’est le cinéma, ce qu&#8217;est le réel, la fiction, ce qu&#8217;est une illusion. Je trouve ça magistral dans le geste et la liberté qu’elle s’octroie et qu’elle laisse à ses personnages. J’ai été traversée par <em>La Zone d’intérêt</em> de Jonathan Glazer, c’est une expérience qui s’est déposée en moi en ayant réactivé un gouffre abyssal et un vertige qui résonneront encore dans dix ans. <em>Oppenheimer</em> de Christopher Nolan m’a également beaucoup marquée. Enfin, mon coup de cœur du moment est la série <em>Succession</em> de Jesse Armstrong, qui m’a complètement emballée par sa tragédie à la fois extrêmement populaire mais aussi maîtrisée, et ce que cela raconte sur notre monde.</p>
<p>&nbsp;<br />
Indivision <em>de Leïla Kilani, avec Ifham Mathet, Mustafa Shimdat&#8230; Maroc, France, 2023. Sortie le 24 avril 2024.</em></p>
<p><em>Copyright photo Leïla Kilani : © FNC Adil Boukind.</em></p>
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		<title>Rencontre avec Henri Lœvenbruck</title>
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		<pubDate>Sat, 27 Jan 2024 16:39:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mélanie Carpentier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Portraits]]></category>
		<category><![CDATA[fantastique]]></category>
		<category><![CDATA[littérature]]></category>

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		<description><![CDATA[On a profité de la présence d'Henri Lœvenbruck au Festival du film fantastique de Gérardmer 2024 pour lui poser quelques questions et parler adaptations de romans...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2024/01/henri-loevenbruck-gerardmer-2024-ok-228x300.jpg" alt="Henri Loevenbruck" width="228" height="300" class="alignleft size-medium wp-image-27866" /><strong>On a profité de la présence d&#8217;Henri Lœvenbruck au Festival du film fantastique de Gérardmer 2024 pour lui poser quelques questions et parler adaptations de romans.</strong></p>
<p><strong>Quelques mots sur votre présence au 31<sup>e</sup> Festival de Gérardmer ? </strong></p>
<p>Je me réjouis de retrouver les lecteurs au Grimoire, et si je le peux, de prendre un peu de temps pour voir quelques films. Je suis impatient de voir <em>Girls</em>, le court-métrage de Julien Hosmalin, un réalisateur pour lequel j’ai une affection particulière. Je suis aussi très heureux que La Ligue de l’Imaginaire, le collectif d’auteurs que j’ai créé il y a 15 ans, soit très bien représenté avec Bernard Minier, Bernard Werber, Alexis Laipsker et Mathias Malzieu. Notre collectif a des liens étroits avec le Festival depuis longtemps. Et puis, j’ai été très touché par la proposition d’Anthony Humbertclaude de monter une exposition autour de l’adaptation BD de <em>La Moïra</em> (Glénat), à la Maison de la Culture et des Loisirs. C’est la série qui m’a fait connaître, il y a vingt ans. Et que j’étais d’ailleurs venu dédicacer ici !</p>
<p><strong>Le thème qui traverse le festival est &#8220;de l’écrit à l’écran&#8221;, qu’est-ce que cela vous inspire ?</strong></p>
<p>Les liens entre écriture et cinéma sont évidemment essentiels et me tiennent à cœur. J’ai souvent œuvré pour créer des ponts en France entre ces deux médias, notamment au sein de la Ligue de l’Imaginaire, ce collectif de romanciers dans lequel le réalisateur Sébastien Drouin (<em>Cold Meat</em>) nous a rejoints, et avec lequel nous avons souvent organisé des rencontres avec des réalisateurs tels que Jan Kounen, Cédric Klapisch ou Jean-Pierre Jeunet. On peut mettre le plus grand metteur en scène du monde derrière la caméra, s’il n’a pas un scénario solide, le film a peu de chance de réussir. Beaucoup d’écrivains, dont je fais partie, voient leurs œuvres adaptées pour le grand ou le petit écran, c’est aussi le cas de Bernard Werber, Bernard Minier et Alexis Laipsker, trois de mes camarades de la Ligue, qui sont présents au festival. C’est émouvant, cette transposition vers un autre média. De voir quelqu’un s’emparer de votre bébé pour lui donner vie, le faire grandir&#8230;</p>
<p><strong>Une transposition qui peut s’avérer difficile ? </strong></p>
<p>Le travail d’adaptation est passionnant, parfois frustrant, bien sûr, car le format audiovisuel ne laisse pas autant d’espace que les longues pages d’un roman, mais tout l’intérêt est là : savoir tirer d’une œuvre sa substantifique moelle pour que son esprit transparaisse à l’écran, mais aussi pour que l’adaptation apporte quelque chose au livre, sinon, à quoi bon ? <span id="more-27864"></span></p>
<p><strong>Quand est-ce que ça marche ?</strong></p>
<p>Quand le réalisateur et le scénariste comprennent l’âme du roman, et lui apportent l’univers visuel qui va le mieux servir celle-ci. Étrangement, l’auteur du livre n’est pas toujours la personne la mieux placée pour l’adapter en film, car il y a souvent des sacrifices à faire dans l’intrigue qui, pour l’auteur, sont un arrache-cœur, mais qui vont pourtant dans l’intérêt du langage filmé. Parfois, il faut même « trahir » le texte, comme l’a fait Ridley Scott avec <em>Blade Runner</em> : le film est très éloigné de la nouvelle dont il s’inspire, et pourtant, il a su capturer l’esprit de l’auteur, en vérité, l’esprit de l’œuvre de Philip K. Dick tout entière.</p>
<p><strong>La dernière adaptation qui vous a bluffé ?</strong></p>
<p>Il y a de grands exemples d’adaptations littéraires fort réussies au cinéma, comme <em>Stand By Me</em>, adapté par Rob Reiner à partir de la nouvelle <em>Le Corps</em>, de Stephen King, qui est au moins aussi bon sur l’écran que sur le papier. J’ai été bluffé par l’adaptation que Peter Jackson a faite du <em>Seigneur des anneaux</em>, qui était pourtant un défi de taille : tout le monde l’attendait au tournant. Et j’ai un petit faible pour <em>Incendies</em>, adaptation virtuose par Denis Villeneuve de la pièce de théâtre de Wajdi Mouawad. À vrai dire, c’est même pour moi le meilleur film de Villeneuve.</p>
<p><strong>Un livre de genre que vous aimeriez voir porté à l’écran ?</strong></p>
<p>Les fans de Lovecraft comme moi attendent toujours une adaptation réussie de l’une de ses plus grandes nouvelles. Tout ce qui a été fait jusqu’à présent, il faut l’admettre, n’est pas extraordinaire… Le fait que Guillermo Del Toro ait dû abandonner (jusqu’à nouvel ordre) son adaptation des <em>Montagnes hallucinées</em>, a été pour moi une grande déception, car je pensais que nous allions enfin avoir un film qui rende correctement hommage à Lovecraft… Cela reste à accomplir, pour essuyer l’affront du catastrophique <em>Lovecraft Country</em> !</p>
<p><strong>Les Vosges, une terre inspirante en matière de fantastique ? Pourquoi ?</strong></p>
<p>À cause de la Mirabelle, bien sûr ! Peut-être aussi de ces grandes forêts et des brumes qui enveloppent le lac de Gérardmer, à l’aube…</p>
<p><strong>Quelles sont vos relations avec le Festival ?</strong></p>
<p>Anciennes, fidèles et amicales. J’ai dû venir à une bonne vingtaine d’éditions du festival, depuis sa création &#8211; je me demande si je n’ai pas le record… -, et j’entretiens avec Gérardmer des liens particuliers, puisque j’y ai moi-même organisé le festival des Motordays pendant huit ans… Gérardmer, c’est un peu ma deuxième famille, et j’y compte des amis très chers, dont le parrain de mon deuxième fils, l’inénarrable Yves Ragazzoli.</p>
<p><strong>Votre dernier frisson de cinéphile ?</strong></p>
<p>À vrai dire, c’est plutôt un frisson de téléphile. Je suis en train de regarder la série <em>Slow Horses</em>, et je me régale de bout en bout.</p>
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		<title>Rencontre avec Mathieu Turi et Sébastien Vanicek</title>
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		<pubDate>Sat, 27 Jan 2024 15:44:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alessandro Rizzo</dc:creator>
				<category><![CDATA[Portraits]]></category>
		<category><![CDATA[fantastique]]></category>
		<category><![CDATA[horreur]]></category>

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		<description><![CDATA[Membres du jury longs-métrages du 31<sup>e</sup> Festival de Gérardmer et incarnations du renouveau du cinéma fantastique français, Mathieu Turi et Sébastien Vanicek parlent de leur passion pour le grand cinéma.]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h2>Le cinéma dans la peau</h2>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2024/01/vermines-film-1-300x168.jpg" alt="vermines-film-1" width="300" height="168" class="alignleft size-medium wp-image-27862" /><strong>Membres du jury longs-métrages du 31<sup>e</sup> Festival de Gérardmer et incarnations du renouveau du cinéma fantastique français, les réalisateurs Mathieu Turi et Sébastien Vanicek nous parlent de leur passion pour le grand cinéma.</strong></p>
<p><strong>Vous êtes les deux spécialistes du cinéma de genre du jury cette année. Une forme de reconnaissance de votre travail ?</strong></p>
<p><strong>Sébastien Vanicek : </strong>Mathieu a déjà trois films, moi un. Je débarque donc. Sinon, regarder des films grandioses et décerner des prix, je trouve ça plutôt particulier vu que j’ai un film qui est actuellement en exploitation (<em>Vermines</em>). Je le prends effectivement comme une reconnaissance et une marque de confiance de la part de mes pairs. Mais, même si j’en suis très honoré, j’ai encore un petit travail de légitimité à faire…</p>
<p><strong>Mathieu Turi : </strong>Ce que je trouve très intéressant, c’est justement qu’on soit deux réalisateurs de genre parmi d’autres personnes qui ne viennent pas de cette culture. Nous avons dix films de genre à voir, j’avais hâte de connaître leur regard sur le genre et qu’on mélange nos points de vue. En tant que juré et cinéaste, je préfère être dans l’émotion que dans l’analyse. C’est une démarche assez spéciale de se retrouver du côté du jugement alors qu’on déteste qu’on juge nos films, surtout de façon non constructive.</p>
<p><strong>Compte tenu de ses évolutions, quelle serait aujourd’hui votre définition du cinéma de genre ?</strong></p>
<p><strong>MT : </strong>Pour moi, ça ne veut pas dire grand-chose. Même si je crois qu’en France quand on parle de film de genre, on pense en priorité au cinéma fantastique et d’horreur. Mais là aussi, c’est très large parce qu’on peut y mettre à la fois un slasher dont le seul but est de faire flipper et un film fantastique poétique. <span id="more-27860"></span></p>
<p><strong>SV : </strong>Je préfère parler de cinéma genré. Selon sa sensibilité, on peut filmer de façon genrée ou réaliste. La différence vient de là où on place la caméra. Pour ma part, j’ai réalisé plusieurs courts-métrages qui ont tout de suite été classés comme films de genre alors qu&#8217;on n&#8217;y trouve aucun élément fantastique. En revanche, ils expriment tous ma volonté de faire vibrer les spectateurs par le son et l’image. C’est cette approche physique presque organique qui représente le cinéma que je veux faire.</p>
<p><strong>À quand remonte votre passion pour le cinéma fantastique ? </strong></p>
<p><strong>MT : </strong>Ce sont deux moments différents. Ce n’est ni <em>The Thing</em> de Carpenter, qui est sans doute le premier film que j’ai vu de ma vie quand j’étais enfant, ni même un autre film d’horreur, mais le making-of de <em>Braveheart</em> de Mel Gibson qui m’a vraiment donné envie de faire du cinéma. Ma pulsion de cinéma n’est donc pas synchro avec ma rencontre avec l’horreur. Les films communiquent toujours avec nous d’une façon totalement imprévisible.</p>
<p><strong>SV : </strong>Ça n’a pas été automatique pour moi d’aller sur le fantastique et le film d’horreur. Mais il faut reconnaître que le film d’horreur est une opportunité pour beaucoup de réalisateurs qui n’ont pas de moyens mais qui veulent faire ressentir des choses fortes aux spectateurs. C’est une belle porte d’entrée pour débuter. C’est le lieu des hauts concepts qui tiennent en trois lignes. En réalité, j’aime le cinéma tout court. C’est Ridley Scott qui m’a donné cette envie de cinéma. De <em>Gladiator</em> à <em>Alien</em>, c’est un immense réalisateur qui explore tous les genres et qu’on ne peut résumer à cette appellation.</p>
<p><strong>MT : </strong>Même si je réalise des films de création d’univers où la mise en scène est très typée, ça ne veut pas dire que je ne peux pas être bouleversé par un film qui mise tout sur ses dialogues. Comme beaucoup de gens qui font du cinéma, je suis un fan absolu de Spielberg qui est capable de raconter des choses insensées avec sa caméra. La preuve avec <em>The Fabelmans</em> dont le dernier plan raconte à lui tout seul une carrière entière. Cette mise en abyme ultime méritait à elle seule un oscar. Plus que le genre, c’est ce cinéma qui m’intéresse. Évidemment, je mets aussi Ridley Scott dans le même panier !</p>
<p><strong>Vous êtes deux représentants de la nouvelle vague du film d’horreur français. Qu’est-ce qui vous rapproche et/ou vous sépare de celle des French Frayeurs des années 2000 ?</strong></p>
<p><strong>SV : </strong>Depuis mes débuts, je fais des films avec la même équipe et sans le moindre soutien dans le milieu du cinéma. Tout au plus, Alexandre Aja est venu nous voir pour nous féliciter de faire un film d’araignée en France ! En réalité, j’ai juste fait le film que j’avais envie de voir en salle. Si on veut me caser dans une nouvelle génération, tant mieux pour le cinéma français mais moi je ne me sens appartenir à rien du tout.</p>
<p><strong>MT : </strong>C’est vrai qu’il se passe effectivement quelque chose depuis <em><a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/grave-julia-ducournau/" title="Grave, de Julia Ducournau">Grave</a></em>. Mais c’est très différent de la vague des French Frayeurs qui était avant tout une initiative de la part de Canal+, qui ouvrait alors une fenêtre de production aux réalisateurs de cinéma d’horreur et fantastique. Au contraire, tous les films de genre sortis depuis 2016 ont tous des parcours extrêmement différents et ont surtout été financés par de l’argent privé. C’est cette diversité et le fait qu’on soit toutes et tous arrivés au même moment qui fait qu’on ne se sent pas appartenir à une vague mais plutôt à une époque.</p>
<p><strong>Comment réalise-t-on un film à petit budget ?</strong></p>
<p><strong>SV : </strong>Avant tout, il faut avoir envie de se bagarrer et se préparer à faire avec très peu. Pour y arriver, il faut être apte, flexible et surtout savoir s’entourer des bonnes personnes, ce qui permet de faire plus de choses en moins de temps. Il ne faut pas avoir peur d’être fatigué et stressé. Sans budget, le niveau d’exigence physique et mentale est encore plus fort. Contrairement à une grosse production, on n’a pas les moyens de reporter ou de retourner une séquence ratée. On n’a pas le choix, il faut viser juste !</p>
<p><strong>MT : </strong>Moi aussi, j’ai commencé sans connaître personne dans le milieu. De toute façon, faire du cinéma est tellement difficile&#8230; Ma méthode est de lancer pleins de projets en même temps et de voir ce qui prend. Si on se met à calculer en se mettant sur un projet uniquement parce qu’il est dans l’air du temps, généralement ça capote. On passe énormément de temps sur nos films, deux ans, parfois trois ou plus dans le cas d’un premier long, alors autant les aimer comme nos enfants.</p>
<p><strong>La sortie en salle est-elle à chaque film un objectif ? Quel regard portez-vous sur les plateformes de streaming ?</strong></p>
<p><strong>MT : </strong>Au moment du Covid, tout le monde s’est sans doute emballé un peu trop vite en affirmant que le streaming allait détruire la salle. Finalement, on s&#8217;aperçoit que ça n’a pas été le cas. En revanche, on constate aujourd’hui que le public a des envies de fraîcheur en allant vers d’autres propositions de cinéma. La preuve en est avec l’échec, relatif, des blockbusters Marvel au profit de films plus personnels comme <em>Barbie</em> et <em>Oppenheimer</em>. Moi, je n’oppose pas salle et plateforme. Je trouve au contraire que les plateformes ouvrent de nouvelles opportunités de financement. Je rappelle que nos deux films ont été financés par des plateformes. En France, on a la chance d’avoir réussi à les intégrer au financement du cinéma. Et je tiens aussi à dire qu’elles permettent d&#8217;amener la culture à des gens qui n’ont pas forcément les moyens d’aller voir trente films par an en salle.</p>
<p><strong>SV : </strong>En France, comme on n’a pas de système de studio, ça reste toujours difficile de monter un film sans le CNC ni Canal+, qui ne donne plus autant qu’avant. Dans ces conditions, les plateformes nous sauvent. Par exemple, sans Netflix, je n’aurais jamais pu faire <em>Vermines</em>. Aujourd’hui, elles affichent clairement leur volonté de faire des films qui sortent en salle. Tout en sachant qu’un film comme le mien actuellement à l’affiche sera vraiment rentable à partir de sa diffusion en streaming. La chronologie des médias actuelle jouant en notre faveur.</p>
<p><strong>MT : </strong>Concernant la chronologie des médias, on peut sans doute affiner encore certaines choses mais il faut reconnaître qu’elle protège ce qu’il y a à protéger. Elle s’est raccourcie et bien adaptée aux évolutions de l’époque. Sinon, je tenais à dire que nous sommes la preuve que les plateformes aident à faire des films.</p>
<p><strong>Quel film imaginez-vous réaliser dans 20 ans ?</strong></p>
<p><strong>SV : </strong>Sans hésiter, un film d’époque, un péplum ou une fresque historique avec des milliers de figurants en costume. C’est ça pour moi le cinéma. Ça me fait rêver !</p>
<p><strong>MT : </strong>Je crois alors qu’on a le même ! J’aimerais tellement adapter <em>La Religion</em>, le fantastique roman historique de Tim Willocks sur le siège de Malte par les Ottomans en 1565. J’espère y arriver un jour. Des costumes, des décors, du son, de l’image, de l’ampleur, une dimension épique… Voilà tout ce qui me fait vibrer.</p>
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		<title>Roger Corman / Edgar Allan Poe : les maîtres de l’horreur</title>
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		<pubDate>Mon, 24 Apr 2023 10:38:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Cédric Janet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Films]]></category>
		<category><![CDATA[adaptation]]></category>
		<category><![CDATA[Edgar Allan Poe]]></category>
		<category><![CDATA[horreur]]></category>

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		<description><![CDATA[Faire d&#8217;une pierre deux coups, est-ce possible ? Oui. Pour cela il faut se procurer le coffret Edgar Allan Poe par Roger Corman chez Sidonis Calysta où l’on découvre tout...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2023/04/malediction-arkham-vincent-price-roger-corman-300x168.jpg" alt="La Malédiction d&#039;Arkham" width="300" height="168" class="alignleft size-medium wp-image-27853" /><strong>Faire d&#8217;une pierre deux coups, est-ce possible ? Oui. Pour cela il faut se procurer le coffret <em>Edgar Allan Poe</em> par Roger Corman chez Sidonis Calysta où l’on découvre tout le savoir-faire d’un génie du septième art. Roger Corman, capable de réaliser 8 films originaux (entre 1960 et 1964) dans les mêmes décors, transcende les écrits fantastiques d’un maître de la littérature gothique, Edgar Allan Poe. Voici la revue de 4 films, juste pour vous mettre l’eau à la bouche.</strong></p>
<h2><em>La Tombe de Ligeia </em></h2>
<p><em>La Tombe de Ligeia</em> clôt le cycle Edgar Allan Poe dirigé par Roger Corman. Quelques mois plus tôt, le public tremblait devant <em>Le Masque de la mort rouge</em> (septième film de la série), magnifique film de studio dominé par l’acteur fétiche du maître, le sourcilleux Vincent Price. Quel bonheur de profiter du savoir-faire d’un géant du cinéma américain, et ce dans une version ultra-soignée !<br />
<em>La Tombe de Ligeia</em> raconte le désespoir de Verden Fell après la mort de sa femme. Inconsolable, l’aristocrate hante son abbaye, le cœur brisé. Un jour de chasse, il rencontre Lady Rowena Trevanion de Tremaine qu’il décide d’épouser. Les époux convolent en justes noces, mais dès leur retour, le chagrin l’emporte sur le bonheur. Les souvenirs ne s’effacent pas.<br />
Roger Corman a tourné ce huitième et dernier opus en extérieur. Les couleurs pastel de la campagne anglaise s’opposent à la violence des sentiments. Corman suggère, dévoile à peine. La terreur règne. Nous sommes charmés et épouvantés. Lunettes de soleil sur le nez, Vincent Price cabotine en cachette. Il a le look, coco. Chez Corman, le gothique a de la tenue. <span id="more-27851"></span></p>
<h2><em>Le Masque de la mort rouge</em></h2>
<p>Le Prince Prospero, grand adorateur de Satan, décide de s’enfermer dans son château à l’abri de la maladie. Au dehors sévit une épidémie de peste qui décime la population. Son goût pour le sang et les plaisirs interdits font de lui une figure redoutée des villageois. On craint son courroux et sa folie. Indifférent aux malheurs du monde, Prospero organise une fête qui sera le point d’orgue de sa dévotion exacerbée pour le maître des ténèbres. Un mystérieux étranger rôde par delà les forêts. On lui prête de donner la mort.<br />
En réalisant <em>Le Masque de la mort rouge</em>, Roger Corman signe l’une des plus belles adaptations d’une nouvelle d’Edgar Allan Poe. Vincent Price incarne le mal avec tant de conviction qu’il fout le trouillomètre à zéro. Tout du long, un sale goût vous pourrit l’haleine. Tout est malsain. Transposée à l’écran, l’œuvre de Poe est puissante et dérangeante comme peuvent l’être les écrits de Lovecraft. Avec trois francs six sous, Roger Corman sait mieux que quiconque utiliser les moyens qui sont à sa disposition pour transposer sur un écran les belles lettres. Une réussite totale. </p>
<h2><em>L’Enterré vivant </em></h2>
<p>Troisième aventure de Roger Corman au pays d’Edgar Allan Poe. Le film suit le parcours d’un homme qui peu à peu sombre dans la folie. Il ne faut pas être « Grand Clair » pour deviner que la plus grande peur du héros, celle d’être enterré vivant, pourrait être exaucée s’il ne prend pas garde. L’intérêt du film, outre son incroyable beauté plastique, reste d’observer les réactions et les desseins des personnages secondaires ; entre la pitié et l’envie. Le bonhomme possède une belle fortune. <em>L’Enterré vivant</em> est un bonheur pour les yeux. Vincent Price n’est pas du projet mais Francis Ford Coppola assiste Corman à la réalisation. </p>
<h2><em>La Malédiction d’Arkham</em></h2>
<p><em>La Malédiction d’Arkham</em> est la sixième des huit adaptations du cycle Poe sauf que : sauf que de Poe il ne reste plus que le titre d’un poème, <em>The Haunted Palace</em>.<br />
Bref, il s’en passe de drôles aux pays du ciné bricolo. <em>The Haunted Palace</em> en VO n’est rien d’autre que l’adaptation cinématographique d’un chef-d’œuvre de la littérature d’horreur, <em>L’Affaire Charles Dexter Ward</em> d’H.P. Lovecraft. Corman en avait ras la couscoussière de Poe, mais manifestement pas les investisseurs.<br />
Le film est bien loin d’être aussi efficace que le roman. Mais Vincent Price sourcille comme personne. On frôle parfois le n’importe quoi. Mais que c’est beau. Et puis du cinoche comme ça, goupillé avec les tripes, on n&#8217;en fait plus. Rare et indispensable pour tout passionné qui se respecte. </p>
<p><em><a href="https://sidoniscalysta.com/coffrets/1671-coffret-corman-9999-eur.html" title="Coffret Edgar Allan Poe" target="_blank" class="broken_link">Coffret Edgar Allan Poe par Roger Corman disponible chez Sidonis Calysta</a></em></p>
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		<title>Le palmarès du 30e Festival de Gérardmer</title>
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		<pubDate>Mon, 30 Jan 2023 13:18:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mathieu Menossi</dc:creator>
				<category><![CDATA[Films]]></category>
		<category><![CDATA[festival]]></category>
		<category><![CDATA[Gérardmer]]></category>
		<category><![CDATA[palmarès]]></category>

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		<description><![CDATA[Au Festival de Gérardmer cette année, plutôt que de voir un cinéma de genre jouer avec les codes, on aura vu le genre aller voir ailleurs, se libérer des stricts...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>Au Festival de Gérardmer cette année, plutôt que de voir un cinéma de genre jouer avec les codes, on aura vu le genre aller voir ailleurs, se libérer des stricts territoires de l’horreur et du fantastique pour explorer d’autres terres et s’enrichir d’autres langages, d’autres esthétiques. Des partis pris aventuriers plus ou moins aboutis mais dont le jury longs-métrages à la présidence partagée entre Bérénice Bejo et Michel Hazanavicius a su dignement saluer les plus belles expressions.</p>
<p>Grand vainqueur de cette 30<sup>e</sup> édition, l’effronterie d’Eduardo Casanova dans <em><a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/la-pieta-deduardo-casanova/" title="La Pietà, d’Eduardo Casanova">La Pietà</a></em>, fable irrévérencieuse au lyrisme terrifiant faisant d’un amour maternel la source de toutes les tyrannies. Le film rafle le Grand Prix du jury mais aussi le Prix du jury jeunes et le précieux Prix du public. Une passe de trois amplement méritée. Tout comme l’est la double reconnaissance à l’égard du nouveau long-métrage de Thomas Salvador (8 ans après <em>Vincent n’a pas d’écailles</em> !), <em>La Montagne</em> : son enivrante ascension vers les contrées d’un réalisme merveilleux remporte le Prix de la critique ainsi que le Prix du jury. Un prix qu’il partage avec une autre expérience sensorielle tout aussi radicale : <em><a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/festival-gerardmer-2023-blood-memory-of-water-watcher-tour-piaffe-ann-oren/" title="Gérardmer 2023 : Blood, Piaffe, Watcher, La Tour et Memory of Water">Piaffe</a></em> de la jeune réalisatrice Ann Oren, ou la quête érotico-existentielle d’une jeune bruiteuse. Mais là où Salvador signe un éloge du silence, Oren chante une ode harmonieuse aux infinies richesses des sons. À noter enfin, un prix spécial &#8220;30<sup>e</sup> anniversaire&#8221; décerné au plus orthodoxe mais très honorable <em>Watcher</em> de Chloe Okuno. </p>
<p>Au final, un palmarès des plus éclectiques pour célébrer un cinéma de genre en mouvement perpétuel.<br />
&nbsp;</p>
<h2>Grand Prix</h2>
<p><em>La Pietà</em>, de Eduardo Casanova<br />
&nbsp;</p>
<h2>Prix du jury ex aequo</h2>
<p><em>La Montagne</em>, de Thomas Salvador<br />
<em>Piaffe</em>, de Ann Oren<br />
&nbsp;</p>
<h2>Prix du 30<sup>e</sup> Festival de Gérardmer</h2>
<p><em>Watcher</em>, de Chloe Okuno<br />
&nbsp;</p>
<h2>Prix de la critique</h2>
<p><em>La Montagne</em>, de Thomas Salvador<br />
&nbsp;</p>
<h2>Prix du public</h2>
<p><em>La Pietà</em>, de Eduardo Casanova<br />
&nbsp;</p>
<h2>Prix du jury jeunes</h2>
<p><em>La Pietà</em>, de Eduardo Casanova<br />
&nbsp;</p>
<h2>Grand Prix du court-métrage</h2>
<p><em>Il y a beaucoup de lumière ici</em>, de Gonzague Legout</p>
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		<title>Rencontre avec Jaume Balagueró</title>
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		<pubDate>Sun, 29 Jan 2023 17:11:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>JNB</dc:creator>
				<category><![CDATA[Films]]></category>
		<category><![CDATA[Espagne]]></category>
		<category><![CDATA[Gérardmer]]></category>
		<category><![CDATA[horreur]]></category>
		<category><![CDATA[interview]]></category>

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		<description><![CDATA[Après un début de 30e Festival du film fantastique de Gérardmer un peu timide en terme d'entrain cinématographique, la projection hors compétition du nouveau long-métrage de...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2023/01/venus-jaume-balaguero-211x300.jpg" alt="Venus, de Jaume Balaguero" width="211" height="300" class="alignleft size-medium wp-image-27830" />Après un début de <a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/1994-2023-30-ans-festival-film-fantastique-gerardmer/" title="1994-2023 : le Festival de Gérardmer, un grand parmi les grands">30e Festival du film fantastique de Gérardmer</a> un peu timide en terme d&#8217;entrain cinématographique, la projection hors compétition du nouveau long-métrage de Jaume Balagueró, <em>Vénus</em>, a remis un peu de baume au coeur des festivaliers. Film d&#8217;action rondement mené, récit horrifique savamment maîtrisé, déluge d&#8217;hémoglobine cathartique, actrices au top : si <em>Vénus</em> avait fait partie de la compétition du Festival de Gérardmer, nul doute qu&#8217;il en serait reparti avec quelques récompenses. Une petite piqûre de rappel de l&#8217;immense talent de celui qui fut, aux côtés de Paco Plaza, Alex de la Iglesia et Juan Antonio Bayona, l&#8217;un des fers de lance du renouveau du cinéma fantastique espagnol il y a de ça une vingtaine d&#8217;années. On n&#8217;a donc pas boudé l&#8217;occasion de le rencontrer, même si, emploi du temps de festival oblige, le moment fut trop court.</p>
<p>&nbsp;<br />
<strong>Vous avez gagné 11 prix à Gérardmer, vous avez été président du jury. Cette année le Festival vous rend hommage, et vous présentez un nouveau film, <em>Venus</em>… Que vous évoque Gérardmer, après tout ce temps ?</strong></p>
<p>C’est toujours très émouvant de revenir à Gérardmer, parce que j’y ai vécu des choses très intenses. Que ce soit lorsque je présentais un film ou en tant que président du jury, les gens que j’ai rencontrés, les réactions du public, dans cette ville que j’adore, ce sont des souvenirs que je vais garder à jamais. Je n’ai jamais rien vécu de négatif à Gérardmer… Ah si ! Une chose ! La fois où j’étais venu avec Paco Plaza, on est allés skier, c’était la première fois que Paco skiait, et il n’y arrivait pas. J’essayais de lui apprendre mais il tombait tout le temps ! Alors on est rentrés… C’est la chose la plus horrible que j’ai vécue ici !</p>
<p><strong>Votre précédent film, <em>Braquage final</em>, était un film d’action. Avec <em>Vénus</em>, vous revenez au fantastique, votre genre d’origine. Ca vous avait manqué ?</strong></p>
<p>Ce n’est pas qu’il me manque, mais le fantastique fait partie de mon ADN, c’est toujours un plaisir d’y revenir. D’ailleurs, je crois que <em>Vénus</em> est un film très proche de ceux de mes débuts. <span id="more-27814"></span></p>
<p><strong>Dans quel sens ?</strong></p>
<p>Thématiquement. Quand je regarde certaines séquences de <em>Vénus</em>, je pense à <em>La Secte sans nom</em>, à <em>Darkness</em>. C’est plus sophistiqué, plus évolué, mais il y a quelque chose de commun entre ces films. </p>
<p><strong><em>Vénus</em> est inspiré d’une nouvelle de Lovecraft ?</strong></p>
<p>Un peu inspiré, oui. Il y a cette nouvelle de Lovecraft, <em>La Maison de la sorcière</em>. Dedans on y trouve une maison, des sorcières, et cette « horreur cosmique » typiquement lovecraftienne. Vénus raconte une histoire très différente, très contemporaine, celle d’une gogo dancer qui vole de la drogue à des trafiquants. Elle est découverte et s’échappe. Elle se réfugie dans la maison de sa sœur, une maison qui cache des choses vraiment terrifiantes. Il y a donc deux histoires d’horreur qui se rejoignent : un récit d’action avec les trafiquants de drogue, et un récit surnaturel dans la maison.</p>
<p><strong>Qu’est-ce qui vous fascine tant dans les histoires de sorcières et de religion ?</strong></p>
<p>Je suis très attiré par tout ce qui a à voir avec les icônes de la religion catholique. Ses représentations. C’est à la fois fascinant et effrayant, pour moi. Je ne suis pas quelqu’un de religieux, j’entre dans les églises non par foi mais parce que j’aime beaucoup l’ambiance. Je crois qu’il y a quelque chose de tout ça dans mes films. Le surnaturel, l’obscure de la religion, c’est très intéressant.</p>
<p><strong>Quelle évolution voyez-vous dans le cinéma depuis vos débuts ?</strong></p>
<p>C’est difficile de répondre… Si tu pars dans un autre monde quinze ans et que tu rentres sans avoir vu aucun film, tu vas forcément voir la différence. Sinon, non. Bien sûr, il y a une évolution. La narration a changé ; le rythme a évolué, parfois d’une façon un peu incontrôlée. Mais ce n’est pas lié qu’au cinéma lui-même, c’est aussi lié à ce qui nous entoure. Les nouvelles technologies, les plateformes de streaming… Les jeunes ont besoin d’un rythme très intense. Ce n’est peut-être pas une bonne chose, mais seul l’avenir le dira.</p>
<p><strong>Et dans votre cinéma ?</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2023/01/itw-jaume-balaguero-gerardmer-2023-300x225.jpg" alt="rencontre avec Jaume Balaguero" width="300" height="225" class="alignleft size-medium wp-image-27831" />Même si je ne suis pas toujours d’accord avec cette évolution incontrôlée, je suis une partie de ce monde. Moi aussi, je suis une victime de tout ça. Donc oui, mes films aussi ont changé de rythme, mais comme j’ai une façon très personnelle de raconter des histoires, peut-être que cette évolution est moins visible dans mes films.</p>
<p><strong>Beaucoup de films espagnols sortent directement sur les plateformes de streaming, désormais. Que pensez-vous de ce nouveau modèle ?</strong></p>
<p>Je crois que les plateformes sont devenues des refuges pour le cinéma en général. Parce que les salles ne marchent pas vraiment. Les gens vont très peu au cinéma désormais, donc si on pense à l’avenir du cinéma, on doit penser à l’avenir des plateformes. Moi, j’adore l’expérience de la salle de cinéma. Quand je fais un film, je pense toujours à la salle qui va le projeter. Mais l’économie fait que l’on doit désormais penser aux plateformes quand on réalise un film.</p>
<p>&nbsp;<br />
Vénus<em>, de Jaume Balagueró avec Ester Expósito, Ángela Cremonte, Magüi Mira, Fernando Valdivielso&#8230; Espagne, 2022.</em></p>
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		<title>La Pietà, d&#8217;Eduardo Casanova</title>
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		<pubDate>Sun, 29 Jan 2023 10:01:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mathieu Menossi</dc:creator>
				<category><![CDATA[Films]]></category>
		<category><![CDATA[comédie]]></category>
		<category><![CDATA[Espagne]]></category>
		<category><![CDATA[festival]]></category>
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		<category><![CDATA[Pedro Almodovar]]></category>

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				<content:encoded><![CDATA[<h2>Rien sans ma mère</h2>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2023/01/La-Pieta-300x201.jpeg" alt="La Pietà, d&#039;Eduardo Casanova" width="300" height="201" class="alignleft size-medium wp-image-27824" /><strong>De la dictature domestique d’une mère possessive à la tyrannie politique d’un dirigeant nord-coréen, il n’y avait qu’un pas que l’Ibère séditieux Eduardo Casanova franchit avec une réjouissante extravagance dans <em>La Pietà</em> : une fable trash et libertaire sur l’obsession du pouvoir et la soumission. </strong></p>
<p>Mère toxique, intrusive et castratrice, l’oppressive Libertad – fantastique Ángela Molina (<em>Cet obscur objet du désir</em>,  <em>En chair et en os</em>, <em>Étreintes brisées</em>) ! – préserve son fils Mateo – flegmatique Manel Llunell – du monde extérieur en le gardant maternellement enfermé dans un cocon à l’apparente douceur guimauve. En réalité, une prison rose bonbon qui, lorsque tombe la nouvelle du cancer de Mateo, devient la scène de théâtre suffocante et tragique d’une relation mère-fils aussi destructrice que consentie. Entre complexe d’Œdipe et syndrome de Stockholm&#8230; <span id="more-27818"></span></p>
<p>En 2017, au fil d’un premier long-métrage déjà totalement disjoncté (<em>Pieles</em>), Eduardo Casanova nous plongeait dans un monde surréaliste peuplé de personnages difformes, comédie noire sans concession sur le complexe et l’acceptation de soi. <em>« Une riposte punk, rebelle et violente à la construction sociale et à toute la pression à laquelle la société est confrontée »</em>, avait alors expliqué le jeune réalisateur espagnol. Avec <em>La Pietà</em>, le cinéaste s’entête, nous entraînant à nouveau dans un univers imaginaire où le rose, omniprésent, n’est que l’emballage sucré d’une sombre allégorie acide et violente autour des thèmes de la soumission, du pouvoir et du contrôle absolu. Comme <em>« un coup de sabre dans une jolie pièce montée »</em>, Eduardo Casanova tranche dans le vif des faux-semblants d’une société moderne autoritaire où la <em>« liberté »</em> (<em>« libertad »</em>), incarnée par une figure maternelle au comportement despotique, devient symbole de souffrance et de mort : une Pietà, selon le thème artistique de l’iconographie picturale chrétienne. Mais Eduardo Casanova va plus loin, très loin en associant cette figure maternelle à celle, paternaliste et totalitaire, de Kim Jong-il (oui, oui !). Parallèle pour le moins piquant entre d’un côté cette relation mère-fils maladivement délétère et de l’autre, l’emprise du dictateur nord-coréen sur son peuple. Entre deux mondes où la liberté fait peur. Car c’est bien la question que pose le cinéaste. En nous intimant à tout définir et contrôler – nos vies, nos enfants, nos carrières, notre sexualité&#8230; –, nos sociétés libres ne brouillent-elles pas notre perception de la réalité ? Nos choix nous appartiennent-ils vraiment ou sont-ils les réponses attendues par une dictature invisible aux préceptes moraux prédéfinis ?</p>
<p>Toujours est-il que sa liberté, Eduardo Casanova s’en empare ici avec une énergie folle et jubilatoire, la laissant exploser à l’écran dans un film de genreS où s’entremêlent horreur et mélo, absurde et comédie potache. Où les décors et les costumes aux teintes pastel immaculées contrastent avec la noirceur du malheur et de la souffrance qui frappe cette mère et son grand garçon. Des confessions du réalisateur lui-même, Todd Solondz, Gaspar Noé, David Cronenberg ou encore Douglas Sirk comptent parmi ses influences. Mais on pense surtout ici à l’enfant de la Movida, el maestro Pedro Almodovar, ainsi qu’à John Waters auquel le réalisateur espagnol est souvent associé. Les deux trublions sont d’ailleurs très amis. De quoi faire de <em>La Pietà</em> une sorte de <em>Tout sur ma mère</em> à la sauce <em>Pink Flamingos</em>. Si le film divisera certainement, il nous a en tout cas totalement embarqués, cette <em>Pietà</em> portant en elle une vision qui mérite que l’on y réfléchisse&#8230;</p>
<p>&nbsp;<br />
La Piedad <em>(Pietà), d&#8217;Eduardo Casanova avec Ángela Molina, Manel Llunell, Ana Polvorosa&#8230; Espagnol, Argentine, 2022.</em></p>
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