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	<title>Grand Écart &#187; Portraits</title>
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	<description>Étirements cinéphiles</description>
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		<title>Claudia Cardinale, beauté insoumise du cinéma</title>
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		<pubDate>Sat, 27 Sep 2025 21:09:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mathieu Menossi</dc:creator>
				<category><![CDATA[Portraits]]></category>
		<category><![CDATA[Italie]]></category>
		<category><![CDATA[western]]></category>

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		<description><![CDATA[Son regard brûlant et sa voix délicieusement brisée ont marqué le cinéma des plus grands, de Visconti à Sergio Leone. Mais derrière la muse fellinienne, Claudia Cardinale a surtout incarné...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Son regard brûlant et sa voix délicieusement brisée ont marqué le cinéma des plus grands, de Visconti à Sergio Leone. Mais derrière la muse fellinienne, Claudia Cardinale a surtout incarné une force tranquille et insoumise. Portrait d&#8217;une femme à la beauté farouche qui a su écrire sa propre légende au cœur d&#8217;un cinéma d&#8217;hommes.</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2025/09/il-etait-une-fois-dans-l-ouest-leone-cardinale-copie.png" title="Claudia Cardinale dans Il était une fois dans l&#039;Ouest" alt="Claudia Cardinale dans Il était une fois dans l&#039;Ouest" width="300" height="138" class="alignleft size-full wp-image-27923" />Le cinéma a perdu l&#8217;un de ses regards les plus profonds, l&#8217;une de ses voix les plus singulières. Claudia Cardinale s&#8217;est éteinte ce 23 septembre 2025, emportant avec elle le souvenir d&#8217;une silhouette altière et d&#8217;un tempérament de feu. Mais réduire la Cardinale des années 1960 à sa seule silhouette serait méconnaître le tempérament qui la forgea : celui d&#8217;une femme qui, propulsée muse des plus grands réalisateurs, a su se jouer des clichés pour devenir le propre sujet de son destin, annonçant, bien avant l&#8217;heure, les premiers soubresauts d&#8217;une révolution qui se fait encore attendre.</p>
<h2>La plus belle Italienne de Tunis</h2>
<p>Née en 1938 à Tunis de parents siciliens, Claude Joséphine Rose Cardinale ne s&#8217;était jamais rêvée actrice. <em>« C&#8217;est ma sœur Blanche, blonde aux yeux bleus, qui rêvait de faire du cinéma,</em> confiait-elle dans son autobiographie <em>Mes étoiles</em>. <em>« Moi, la brune aux yeux noirs qu&#8217;on appelait &#8220;la Berbère&#8221;, je me voyais plutôt institutrice dans le désert ou exploratrice pour découvrir le monde. J&#8217;étais ce qu&#8217;on appelait un garçon manqué, toujours prête à me bagarrer pour démontrer que les filles étaient au moins aussi fortes que les garçons. »</em> Un tempérament farouche qui la plaçait à mille lieues de l&#8217;univers des studios. </p>
<p>Pourtant, le destin frappe une première fois en 1957 : sans même s&#8217;être inscrite, elle remporte le concours de « la plus belle Italienne de Tunis ». Le prix ? Un voyage à la Mostra de Venise. Repérée, scrutée, désirée par les producteurs, elle refuse d&#8217;abord les avances de ce monde qui n&#8217;est pas le sien. Mais le cinéma, déjà, l&#8217;a choisie. Claudia signe finalement, à contrecœur, un contrat d&#8217;exclusivité avec le producteur Franco Cristaldi qui façonnera son image mais contrôlera sa vie.</p>
<h2>Muse des géants, objet du désir</h2>
<p>Sa carrière épouse l&#8217;âge d&#8217;or du cinéma italien et la jeune et jolie Claudia devient vite la créature des maestros. Luchino Visconti la filme en fiancée d&#8217;Alain Delon dans <em>Rocco et ses frères</em> (1960) avant de la métamorphoser en sublime Angelica dans <em>Le Guépard</em> (1963). Face à Burt Lancaster en Prince Salina et retrouvant Delon dans le rôle de Tancrède, parée de sa crinoline, elle n&#8217;est pas qu&#8217;une apparition. Elle est le symbole d&#8217;une aristocratie qui danse une dernière valse avant de disparaître. La même année, Federico Fellini en fait l’incarnation de la femme idéale, une vision de pureté onirique qui hante le personnage de Mastroianni dans son chef-d&#8217;œuvre <em>Huit et demi</em>. « Visconti, précis, me parlait en français et me voulait brune. Fellini, bordélique, me parlait en italien et me voulait blonde. Ce sont les deux films les plus importants de ma vie. » Deux génies masculins qui ont projeté sur elle leur vision de la féminité.</p>
<p>Mais c&#8217;est peut-être avec Valerio Zurlini que Cardinale révèle le mieux cette capacité à incarner la vulnérabilité sans jamais sombrer dans la victimisation. Dans <em>La Fille à la valise</em> (1961), elle est Aida, chanteuse de cabaret abandonnée par un séducteur de la bourgeoisie. Face au très jeune Jacques Perrin, elle compose un personnage d&#8217;une dignité bouleversante, femme blessée mais jamais résignée. Le film de Zurlini suggère avec une infinie délicatesse la solitude des êtres séparés par des barrières de classe, et Cardinale y incarne déjà cette force intérieure qui ne ploie jamais.</p>
<h2>La naissance d&#8217;une icône</h2>
<p>Pourtant, Claudia Cardinale n&#8217;est pas une toile blanche. Derrière l&#8217;image qu&#8217;on construit pour elle, la femme s&#8217;affirme. Sa voix, d&#8217;abord. Rauque, légèrement voilée, elle est systématiquement doublée à ses débuts, son accent français en italien dérangeant les standards. Fellini sera le premier à la laisser parler de sa propre voix dans <em>Huit et demi</em>, révélant ce timbre unique : l&#8217;irruption de son authenticité la plus brute dans un monde qui voulait la lisser.</p>
<p>Puis c&#8217;est Sergio Leone qui lui offre le rôle de sa vie dans <em>Il était une fois dans l&#8217;Ouest</em> (1968). Seule femme au milieu d&#8217;un trio d&#8217;hommes légendaires (Bronson, Fonda, Robards), elle n&#8217;est pas un faire-valoir. Elle est le cœur du film. Son personnage, Jill McBain, crève l&#8217;écran en femme bafouée qui, loin de se soumettre, hérite de la terre et bâtit l&#8217;avenir. Elle est la civilisation face à la brutalité. Avec ce rôle, elle ne joue pas seulement un personnage : elle impose un archétype. Et ce faisant, elle accomplit un tour de force : celui d&#8217;imposer une figure féminine souveraine au cœur même d’un cinéma entièrement pensé par des hommes.</p>
<h2>Le lourd secret d&#8217;une femme libre</h2>
<p>Cette force déployée à l&#8217;écran par Claudia Cardinale, elle la puise dans un drame intime longtemps tu. À 17 ans, avant même le début de sa carrière, Claudia Cardinale est victime d&#8217;un viol dont naîtra un fils, Patrick. Pour éviter le scandale qui briserait son image de « fiancée de l&#8217;Italie », son producteur Franco Cristaldi la contraint au silence et l&#8217;oblige à faire passer son propre enfant pour son petit frère. Ce secret, qu&#8217;elle qualifiera plus tard de « fardeau terrible », illustre la violence d&#8217;un système où la vie privée d&#8217;une actrice ne lui appartenait pas.</p>
<p>Cet acte de dépossession originel forgera paradoxalement son indépendance. Alors que les contrats cherchaient à contrôler les corps, elle imposera dans tous ses contrats une clause de non-nudité. Un acte de résistance inédit pour l&#8217;époque. Elle expliquera bien plus tard ce choix comme une manière vitale de reprendre le contrôle : « Je n&#8217;ai jamais eu le sentiment d&#8217;être un objet de désir. J&#8217;ai toujours décidé moi-même », affirmait-elle.</p>
<p>Femme de convictions, Claudia Cardinale a traversé les époques en défiant les diktats, y compris celui du temps qui passe. « Je suis une légende vivante. Les monstres ont la peau dure », s&#8217;amusait-elle à dire. En nous quittant, elle laisse l&#8217;image d&#8217;une actrice magnifique, certes, mais surtout celle d&#8217;une pionnière qui, sans jamais prononcer le mot, a incarné un féminisme instinctif, une insoumission tranquille. La toile est désormais un peu plus sombre, c&#8217;est vrai. Mais elle qui ne voulait pas être une image, restera un regard. Et une voix qui, à jamais, aura eu le dernier mot.</p>
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		<title>Rencontre avec Benjamin Blasco-Martinez</title>
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		<pubDate>Sun, 02 Feb 2025 15:53:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mélanie Carpentier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Portraits]]></category>
		<category><![CDATA[Gérardmer]]></category>
		<category><![CDATA[interview]]></category>

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		<description><![CDATA[À l’occasion du Festival de Gérardmer 2025, l’illustrateur et auteur de BD, Benjamin Blasco-Martinez, et le scénariste Philippe Pelaez, exposent Noir Horizon...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h2>L’apocalypse en BD</h2>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2025/02/noir-horizon-tome-1-couverture-224x300.jpeg" alt="Noir horizon" width="224" height="300" class="alignleft size-medium wp-image-27906" />À l’occasion du Festival de Gérardmer 2025, l’illustrateur et auteur de BD, Benjamin Blasco-Martinez, et le scénariste Philippe Pelaez, exposent <em>Noir Horizon</em> (publié chez Glénat), une fresque de dark SF aussi visuelle que politique.</p>
<p><strong><em>Noir Horizon</em> à Gérardmer ?</strong><br />
Vous pourrez voir à Gérardmer un certain nombre de planches originales en noir et blanc des deux premiers tomes de la trilogie <em>Noir Horizon</em>, un space opera où six criminels sont envoyés derrière un gigantesque écran noir sur une planète hostile (Kepler 452-b), pour y chercher une nouvelle source d&#8217;énergie qui permettrait de prolonger le règne d&#8217;une dictature à l&#8217;agonie (Kadingirra).</p>
<p><strong>Ce n’est pas tant que ça de la science-fiction ?</strong><br />
C&#8217;est ce qui rend la science-fiction intéressante et tellement essentielle ! Les messages qu&#8217;elle véhicule sont universels et intemporels. C&#8217;est ce que Philippe Pelaez, le scénariste, a voulu démontrer. <em>Noir Horizon</em> s&#8217;inspire du <em>Discours de la servitude volontaire</em> de La Boétie écrit au XVIe siècle, qui est un véritable réquisitoire contre l&#8217;absolutisme, interrogeant les rapports de domination, la légitimité de l&#8217;autorité sur la population et l’acceptation de cette soumission. Donc oui, le propos est carrément d&#8217;actualité malheureusement, et le sera toujours j&#8217;en ai bien peur&#8230;</p>
<p><strong>Comment met-on en images un monde post-apocalyptique ?</strong><br />
<em>Noir Horizon</em> n&#8217;est pas à proprement parler un récit post-apo dans son ensemble. Le post-apo, on le trouve surtout sur la planète Kepler, où l&#8217;on montre les vestiges d&#8217;une ancienne civilisation, « un monde d&#8217;avant », qui a été anéantie par un cataclysme. Pour créer cela, il faut imaginer ce monde avant destruction, là est la difficulté. D&#8217;autant plus quand ce monde qu&#8217;on est censé imaginer n&#8217;a rien à voir avec l&#8217;humanité et l&#8217;histoire de sa civilisation. <span id="more-27904"></span>J&#8217;ai donc créé des ruines antiques fictives en mélangeant des inspirations mayas, égyptiennes et babyloniennes sur lesquelles la faune et la flore extraterrestres ont repris leurs droits ; une image souvent vue dans les récits post-apocalyptiques comme <em>The Walking Dead</em> ou <em>The Last Of Us</em> récemment. Je voulais quelque chose de très « lovecraftien », gigantesque, terrifiant, insondable et mystérieux pour Kepler et sa cité perdue. Pour Kadingirra c&#8217;est différent, nous sommes dans la dystopie. Il fallait imaginer un monde humain futuriste mais cauchemardesque, à la <em>Blade Runner</em> de Ridley Scott ou <em>1984</em> d&#8217;Orwell. Il fallait que tout soit titanesque et oppressant dans les bâtiments, les vaisseaux, les décors, à l&#8217;image de la démesure et de la folie des humains. Le choix délibéré de ne représenter aucune nature, aucun animal sauvage lorsque l&#8217;on montre Kadingirra contraste avec la planète Kepler qui, bien qu&#8217;hostile, représente l&#8217;espoir pour nos héros.</p>
<p><strong>Va-t-on de l’image au scénario ou l’inverse quand on parle apocalypse ?</strong><br />
Je pense qu&#8217;une idée, un concept naît d&#8217;une vision. Donc d&#8217;une image oui en quelque sorte et quel que soit le genre, en fait. Mais la vision peut aussi venir d&#8217;un texte ou d&#8217;une réflexion qui nous inspire. On ne sait pas trop où cela commence en vrai et c&#8217;est merveilleux ! Pour ce qui est de l&#8217;apocalypse, on essaye de répondre par le texte ou l&#8217;image à une question existentielle et à une peur ; « il y a eu un commencement, il y aura forcément une fin, comment cela va finir ? »</p>
<p><strong>Dans quelle mesure votre approche est « cinématographique » ?</strong><br />
<img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2025/02/noir-horizon-planche-225x300.jpg" alt="Noir horizon" width="225" height="300" class="alignright size-medium wp-image-27907" />Je ne sais pas trop à vrai dire car c&#8217;est un peu inconscient en ce qui me concerne. Il est vrai que je m&#8217;inspire beaucoup du cinéma de manière générale, j&#8217;aime glisser des clins d&#8217;œil où des petites références dans mes planches mais la BD est cinématographique par elle-même. On retrouve les cadrages, la mise en scène, le rythme, les jeux de lumière, le jeu d&#8217;acteur pour les personnages. Ne manque que le son et le mouvement. D&#8217;ailleurs un film est une BD en quelque sorte, avant d&#8217;être un film ; on appelle cela un storyboard. La plupart des auteurs de BD sont amoureux du cinéma, cela je peux vous l&#8217;affirmer !</p>
<p><strong>Si <em>Noir Horizon</em> devait être porté à l’écran : qui le réaliserait ?</strong><br />
Guillermo Del Toro sans hésitation. C&#8217;est celui qui cocherait toutes les cases vu ses goûts, ses influences et sa filmographie. Et en plus il aime la BD ! L&#8217;espoir fait vivre&#8230;</p>
<p><strong>Top 3 des films post-apocalyptiques selon vous ? </strong><br />
La saga <em>Mad Max</em> de George Miller et Byron Kennedy. Tout est parfait dans ces films. L&#8217;humanité revenue à un état quasi primitif après une guerre nucléaire à cause des pénuries de pétrole, un western antique où les chevaux sont remplacés par des engins trafiqués, crasseux, monstrueux et surpuissants gavés de gasoil ! Un Mel Gibson fou furieux en guerrier de la route, solaire, magnétique, culte&#8230; et violent ! On peut ajouter le <em>Fury Road</em> qui est excellent aussi, du pur opéra !<br />
<em>Matrix</em> de Lilly et Lana Wachowski. L&#8217;originalité du scénario, les références bibliques et littéraires mêlées à l&#8217;univers geek et informatique. L&#8217;idée flippante que notre monde libre n&#8217;est qu&#8217;une illusion et que nous vivons esclave dans une autre réalité sans le savoir. Des scènes d&#8217;actions ultra-stylisées, du kung fu, l&#8217;agent Smith, la BO très techno, bref un pur chef-d&#8217;œuvre (du moins pour le premier film), le côté mecha moins passionnant pour les opus suivants.<br />
<em>28 jours plus tard</em> de Danny Boyle. L&#8217;ambiance de ce film est complètement dingue. Le centre-ville de Londres complètement désert après une pandémie, la solitude (temporaire) du héros, son désarroi, son incompréhension&#8230; juste mythique, inoubliable. Ajoutez à cela la nervosité de la mise en scène, des « zombies » infectés ultra-flippants assoiffés de sang qui courent partout, des militaires psychopathes, la BO et une fin heureuse pour une fois !</p>
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		<title>Rencontre avec Judith Beauvallet</title>
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		<pubDate>Thu, 30 Jan 2025 21:46:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mélanie Carpentier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Portraits]]></category>
		<category><![CDATA[Gérardmer]]></category>
		<category><![CDATA[horreur]]></category>

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		<description><![CDATA[Femme d&#8217;un nouveau genre Journaliste cinéma pour le magazine Écran Large, Judith Beauvallet fait également partie de l’association S’Horrorité, qui réfléchit sur le féminisme et le cinéma de genre, et...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h2>Femme d&#8217;un nouveau genre</h2>
<p><div id="attachment_27897" class="wp-caption alignleft" style="width: 209px"><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2025/01/judith-beauvallet-c-lytnim-199x300.jpeg" alt="Judith Beauvallet (c) Lytnim" width="199" height="300" class="size-medium wp-image-27897" /><p class="wp-caption-text">Judith Beauvallet (c) Lytnim</p></div>Journaliste cinéma pour le magazine <em>Écran Large</em>, Judith Beauvallet fait également partie de l’association S’Horrorité, qui réfléchit sur le féminisme et le cinéma de genre, et de la chaîne Demoiselles d’Horreur qui met en lumière les femmes dans le cinéma horrifique. Autant d’étiquettes qui font d’elle l’animatrice parfaite de la conférence « Les fantômes au féminin à travers les âges et ce qu’ils disent de notre rapport à la féminité » lors de ce 32e Festival international du film fantastique de Gérardmer. Rencontre passionnante.</p>
<p><strong>Les nouvelles sont-elles bonnes pour les femmes et le cinéma de genre ? </strong><br />
Oui, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas encore de chemin à faire. Ces dernières années, les réussites éclatantes de Julia Ducournau et Coralie Fargeat donnent beaucoup d’espoir et contribuent à changer les choses, c’est certain. Mais elles sont aussi un peu l’arbre qui cache la forêt d’une multitude de réalisatrices talentueuses qui peinent à continuer à faire les films qu’elles souhaitent après un ou deux premiers longs-métrages très prometteurs : Jennifer Kent, Natalie-Erika James, Natasha Kermani, Anna Lily Amirpour, Corinna Faith, Alice Lowe… Autant de metteuses en scène qui ont surpris tout le monde en réalisant de véritables perles, mais qui ont pourtant du mal à se faire une place au soleil dans la durée. Et si le nombre de réalisatrices est grandissant, leur difficulté à faire des films se ressent encore largement en festivals, où les longs-métrages réalisés par des femmes restent encore très minoritaires. Donc les choses changent, oui, et c’est génial, mais le combat ne s’arrête pas là !<span id="more-27896"></span></p>
<p><strong>Est-ce propre au genre ou au cinéma en général ? </strong><br />
Je pense que, à grande échelle, le même phénomène est valable pour le cinéma en général. Mais je pense qu’il est spécialement observable dans le cinéma de genre, où il évolue peut-être plus vite. Comme le genre a longtemps été méprisé (et c’est parfois encore le cas), c’est une industrie dont toute une partie s’est construite et continue de se construire sur des tout petits budgets. Et comme toujours, on laisse plus facilement la place aux femmes là où il n’y a pas beaucoup d’argent en jeu, et peut-être aussi des enjeux intellectuels considérés à tort comme moindres. En littérature, il y a aussi toute une époque où les femmes écrivaient beaucoup de romans gothiques ou horrifiques, parce que c’était un genre là aussi méprisé et qu’elles pouvaient donc s’y faire une place sans piquer celle des hommes. La même formule se répète, et les femmes ont fini par trouver dans l’horreur un terrain de jeu qui leur est finalement assez spécifique.</p>
<p><strong>Qu’est-ce que les femmes apportent au cinéma de genre ?</strong><br />
Le cinéma de genre a toujours mis en scène des personnages de femmes centraux, davantage que dans un cinéma plus mainstream. L’une des raisons étant que, dans un cinéma conçu par des hommes, les femmes faisaient office de victimes idéales en tant que sexe dit faible, et qu’elles étaient plus à même de subir les menaces et de susciter l’empathie du spectateur. Mais c’est une conception sexiste à double tranchant, parce que le cinéma de genre a aussi tôt fait de subvertir la figure de la femme innocente et d’en faire tantôt une sorcière, tantôt une prédatrice, tantôt un fantôme vengeur… Support de projection de fantasmes en tout genre, la femme est devenue la star des films d’horreur. Ce n’était qu’une question de temps avant que les femmes passent aussi derrière la caméra pour se réapproprier toutes ces histoires largement fondées sur leur représentation, leur sexualité, leurs oppressions… Aujourd’hui, les metteuses en scène qui font du genre font parfois des films avec un regard qui transparaît comme étant spécifiquement féminin (par exemple avec une manière plus juste et moderne de traiter les violences sexistes), mais elles font aussi parfois des films qui n’ont absolument rien à voir avec le fait d’être une femme. Et tant mieux, elles se contentent de faire des films comme les hommes, sans qu’on ait besoin d’attendre d’elles de prouver qu’elles le méritent davantage.</p>
<p><strong>⁠Vous attendez quoi des années qui viennent ?</strong><br />
Je croise très fort les doigts pour que les Rose Glass, Anita Rocha Da Silveira, Jennifer Kent et toutes les autres réussissent à s’imposer dans l’industrie, continuent à faire des films, et qu’elles entraînent avec elles toute une génération de femmes cinéastes. Et j’attends du milieu du cinéma qu’il leur fasse de la place en salles et en festivals sans qu’il faille attendre des phénomènes Ducournau ou Fargeat pour réaliser qu’elles y ont droit.</p>
<p><strong>⁠Les fantômes au féminin à travers les âges et ce qu’ils disent de notre rapport à la féminité… sujet de la conférence à Gérardmer. Quelques mots sur cela ?</strong><br />
Le fantôme en particulier est une créature fantastique associée au féminin par bien des aspects. Comme je le disais, en tant que sexe faible, les femmes ont beaucoup été mises en scène comme victimes idéales, et il est donc beaucoup question de leur mort dans les films de genre, une mort plus singulière, signifiante et douloureuse que dans les films d’action où les types se canardent par paquets de cinquante. La mort précoce d’une femme est, en fiction (et malheureusement parfois dans la vraie vie), souvent causée par un homme, et on y rattache donc tout un panel de thématiques : l’injustice, la vengeance, le regret… Des sentiments qui vont évidemment nourrir les histoires de hantise. Le fantôme est l’être parfait pour symboliser la culpabilité de personnages masculins qui incarnent, d’une manière ou d’une autre, le patriarcat. C’est pourquoi, dans les films japonais, les fantômes sont souvent des esprits vengeurs féminins qui ont subi un viol, des violences domestiques, un assassinat… Dans la figure du fantôme victorien, on est plutôt sur un écho de la figure de la jeune fille morte telle que l’a sacralisée Edgar Poe : la femme aimée par le narrateur est très jeune, très belle et très fragile. Sa mort (souvent causée par des raisons très floues) est à la fois la chose la plus triste et la plus injuste du monde, mais donc aussi celle qui va susciter les sentiments les plus torturés, et donc les poésies les plus belles. Ces approches sont différentes, mais se ressemblent dans leur manière de parler plus ou moins directement du rapport homme-femme. Bref, il va y avoir beaucoup de choses à raconter pendant cette conférence !</p>
<p><strong>⁠Quelques films auxquels vous ferez référence ?</strong><br />
Je ne peux pas parler pour mes consœurs avec qui nous nous sommes réparti des périodes différentes de l’histoire du cinéma, mais pour ma partie, je mentionnerai les adaptations d’Edgar Poe par Roger Corman, Twixt de Francis Ford Coppola, La Dame en noir… Parce que je vais me concentrer sur le fantôme gothique dans la littérature, et la manière dont il s’est retrouvé au cinéma.</p>
<p><strong>Le Festival de Gérardmer, pour vous ?</strong><br />
Je suis venue pour la première fois il y a deux ans, en tant que marraine du Jury jeunes, et ça a été un super moment. Je rêvais depuis longtemps de découvrir le festival, et j’y ai trouvé tout ce que j’espérais : des films complètement barrés, un public passionné, une petite ville adorable avec des coins où tout le monde se retrouve pour bavarder… Et les membres du Jury jeunes formaient un super groupe, j’ai beaucoup aimé les écouter débattre pour choisir le film à récompenser. Je n’avais jamais fait ça et je suis très heureuse que le festival m’en ait donné l’occasion ! J’espère avoir souvent l’occasion de revenir.</p>
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		<title>Rencontre avec Leïla Kilani</title>
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		<pubDate>Tue, 23 Apr 2024 12:22:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Manuela Rizzo</dc:creator>
				<category><![CDATA[Portraits]]></category>
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		<category><![CDATA[Maroc]]></category>

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		<description><![CDATA[Leïla Kilani a réalisé Indivision. Le film plonge les spectateurs dans les intrications émotionnelles et les tensions familiales au Maroc. À travers le récit de deux frères en quête d&#8217;un...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Leïla Kilani a réalisé <em>Indivision</em>. Le film plonge les spectateurs dans les intrications émotionnelles et les tensions familiales au Maroc. À travers le récit de deux frères en quête d&#8217;un héritage familial, <em>Indivision</em> explore avec subtilité les conflits générationnels et les dilemmes moraux qui émergent lorsque tradition et modernité se rencontrent. Une œuvre poignante qui interroge les notions d&#8217;identité, de responsabilité et de lien familial dans la société marocaine contemporaine.</strong></p>
<p>&nbsp;<br />
<img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2024/04/leila-kilani-copy-fnc-adil-boukind-portrait.jpg" alt="Leila Kilani" width="280" height="187" class="alignleft size-full wp-image-27890" /><strong>Comment définiriez-vous <em>Indivision</em> ? Un drame familial ? Une histoire d’apprentissage ?</strong></p>
<p>Les deux. C’est aussi un conte. Ça mélange plusieurs fils et se dire que nous arrivons à faire un film aujourd’hui dans cette prolifération est extrêmement réjouissant. J’ai beaucoup aimé utiliser cette génération qui ne renonce à rien, peut vivre et faire plein de choses à la fois, vit dans le virtuel et le réel. L’héroïne de ce compte est une vraie Shéhérazade 2.0 qui empoigne les réseaux sociaux pour en faire son arène de conte. On peut dire que c’est une nouvelle version des <em>Mille et Une nuits</em>.</p>
<p><strong>Le film est-il inspiré d’événements de votre enfance ?</strong></p>
<p>Pas directement. Je pense qu’on écrit toujours en se mettant à la place de quelqu&#8217;un. En l’occurrence j’étais cette petite fille ayant grandi à Casablanca, qui, en rentrant en vacances dans la maison de sa grand-mère, n’avait pas le droit de sortir. J’ai grandi dans un monde où l’image était rare, précieuse et interdite dans les années 1970-1980 où le régime dictatorial d’Hassan II contrôlait tout. C’était donc fondamental pour moi de me demander quelle histoire je pouvais raconter en incluant les réseaux et l’image sans leur côté « lieu de débilité et de crispation ». Ce n’est ni un film à la première personne, ni une autofiction, ni une manière de revisiter le passé. J’ai évidemment puisé dans les confrontations autour de l’héritage que j’ai pu vivre et de ses rapports qui sont à la fois remplis d’amour et de conflits. La famille est la première cellule de la société, que je le veuille ou non mon imaginaire puisera là dedans. Mais j’ai surtout voulu inventer une nouvelle figure romanesque, de manière complètement affranchie, à travers cette famille où vieux et jeunes s’affrontent. Je m’identifie beaucoup au personnage du père. Il y a aussi la petite Shéhérazade 2.0, la grand-mère barbare et cruelle sortie tout droit des contes qui est vue à travers le regard de sa petite fille, et l’oncle un peu loser magnifique qui est un personnage très émouvant. <span id="more-27875"></span></p>
<p><strong>Peut-on dire que c’est un film sur le passage à l’âge adulte ?</strong></p>
<p>Exactement. C’est un film sur le passage à l’âge adulte à travers ces deux adolescentes qui vont se mettre en mouvement et provoquer une révolution au sein de la famille et de tout le territoire. C’est un film où tout le monde opère une mutation de passage, la grand-mère s’effondre à l’intérieur de son monde, les oiseaux se mettent en mouvement, tout le monde est en mouvement, ce qui nous fait rentrer dans une certaine transe sur ce passage vers un jour neuf.</p>
<p><strong>Selon vous, faut-il prendre ses distances avec sa famille pour pouvoir créer sa propre histoire ?</strong></p>
<p>C’est absolument nécessaire, à un moment ou un autre, de rentrer en crise avec sa famille, son milieu et son temps pour pouvoir engendrer un monde neuf. Un individu quel qu’il soit, en dehors même de l’adolescence, qui serait dans une forme d’absolu consensus, génère une stabilité qui devient une sorte d’archaïsme. Je pense qu’il est sain de rentrer en rébellion avec les siens pour sans doute mieux les aimer et s’inventer les uns les autres à travers un temps et un espace. Pendant l’adolescence ou la jeunesse, les colères sont saines et le rejet est nécessaire, sinon nous serions dans un effondrement annoncé et dans une reproduction à l’infini des mêmes schémas.</p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2024/04/indivision-leila-kilani.png" alt="Indivision, de Leïla Kilani" width="280" height="117" class="alignright size-full wp-image-27883" /><strong>Que pouvez-vous nous dire sur le tournage ? </strong></p>
<p>C’était un tournage assez long qui a commencé de manière classique avec une quarantaine de techniciens et tous les corps de métiers. Nous avons épuisé notre budget mais avions paradoxalement des plans uniques et magistraux. Nous n’avions pas toutes les séquences mais en même temps nous avions la conviction que nous tenions quelque chose d’absolument fabuleux, rare et précieux en termes de cinéma et de plasticité. Nous sommes donc repartis uniquement avec le chef opérateur, parfois l’ingénieur du son, et ma formidable troupe d’acteurs qui sont devenus mes propres oiseaux. Nous avons d’ailleurs joué avec les oiseaux qui sont devenus de réels acteurs. Pour l’anecdote, je m’étais renseignée auprès d’ornithologues pour savoir à quelles dates ils seraient au Maroc, mais arrivés à Tanger ils n’étaient pas là, partis la veille à cause de la canicule. Nous étions accablés et avions hésité à tourner en Espagne mais c’était trop compliqué. L’acteur du père de Lina Mustafa et moi, avons rêvé la même nuit que les oiseaux revenaient. Il est venu me chercher à 5h du matin, nous sommes retournés sur le lieu de migration et ils étaient là. Nous avons donc pu continuer à tourner, c’était fabuleux.</p>
<p><strong>En parlant d’acteurs, comment travaillez-vous avec les vôtres ?</strong></p>
<p>En répétant. Je crois beaucoup à l’esprit de troupes et aux jeux d’humilité, comme des artisans qui répètent leurs gestes. C’est en répétant les gestes comme des sportifs ou comme des musiciens que peut advenir la grâce. Cela peut être exténuant pour eux, mais c’est ma manière de travailler.</p>
<p><strong>Comment choisissez-vous les sujets de vos films ?</strong></p>
<p>En considérant que le sujet ne peut pas suffire pour faire un film. Je peux être traversée par un sujet mais je me poserai directement des questions de formes. Le sujet est un catalyseur qui n’est que le point de départ pour me mettre en mouvement. Le film se construit toujours autour d’une forme, le gros travail est de trouver laquelle.</p>
<p><strong>Votre style de réalisation en quelques mots ?</strong></p>
<p>Artisanal par le jeu d’acteur qui est de l’ordre de la troupe de sportifs ou de musiciens qui travaillent. Des plans-séquences extrêmement rapides. Et une maîtrise plastique cherchant à perforer le regard et à poser des questions.</p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2024/04/indivision-photo-film-leila-kilani-300x147.png" alt="Indivision, de Leïla Kilani" width="300" height="147" class="alignleft size-medium wp-image-27881" /><strong>Quelles sont vos inspirations ?</strong></p>
<p>En général cela peut passer par de la musique, de la lecture ou encore de la peinture. Pour ce film-là j’ai fortement été inspirée par la peinture <em>La Tentation de saint Antoine</em> de Bosch que m’a montrée mon chef décorateur. C’est la représentation d’une apocalypse absolument incroyable, une espèce de prolifération infinie qui m’a beaucoup marquée. Les films d&#8217;Hayao Miyazaki également, comme <em>Le Château ambulant</em>. Énormément de choses ont questionné les contes de ma grand-mère qui étaient des structures où l’ellipse prenait une grande place et qui m’ont autant marquée que de grands romans. Je puise donc dans à peu près tout pour trouver de l’inspiration.</p>
<p><strong>Pouvez-vous nous parler de votre parcours ? Pourquoi avoir choisi de faire du cinéma ?</strong></p>
<p>Dans mon pays, l’image était extrêmement contrôlée par le régime. J’étais cinéphage et le cinéma avait le goût unique et savoureux du fruit défendu. J’essayais constamment de trouver des combines pour pouvoir aller voir des films en cachette, ce qui provoquait une adrénaline heureuse. Prendre des photos dans la rue était interdit, j’ai été arrêtée pour ça. Puis j’ai fait des études d’histoire et d’économie tout en restant cinéphage. La prise en charge de mon exaltation a été le cinéma. Dans les années 2000 il y a eu l’immigration clandestine au Maroc qui m’a donné envie d’en écrire l’histoire en son et en image, alors j’ai brièvement écrit le film, je l’ai envoyé au CNC, j’ai eu l’aide à l’écriture, puis je l’ai envoyé à un concours organisé par la Fémis et France 3 que j’ai remporté. J’étais une sorte de Cendrillon qui a rapidement remporté le gros lot, ce qui m’a davantage motivé.</p>
<p><strong>Quel message ou émotion voulez-vous transmettre au public à travers vos films ?</strong></p>
<p>De continuer à croire à ce moment étrange qu’est le cinéma, se retrouver ensemble enfermés dans une salle noire et regarder dans la même direction. Aujourd’hui il y a les séries et les réseaux, alors comment continuer à croire au cinéma ? Un film est, pour la plupart, là pour divertir mais en réalité pas seulement, nous pouvons être saisis, nous pouvons nous poser des questions, partager des avis différents. Il y a quelque chose d’extrêmement bouleversant dans le fait de partager une expérience collective et de ne pas voir le même film. Allez au cinéma voir tout ce que vous voulez ; c’est un acte de foi dans le futur de continuer à croire que nous pouvons être ensemble en dehors d’une manifestation, d’une salle de cours ou autres.  </p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2024/04/indivision-leila-kilani-affiche-film.jpg" alt="Indivision, de Leïla Kilani" width="198" height="280" class="alignright size-full wp-image-27882" /><strong>Quels sont vos trois films favoris et votre film du moment ?</strong></p>
<p><em>Les Filles d’Olfa</em> de Kaouther Ben Hania m’a complètement emportée, c’est un film d’une intelligence, d’une maîtrise et d’une forme de sincérité rare et précieuse car elle réussit à questionner ce qu’est le cinéma, ce qu&#8217;est le réel, la fiction, ce qu&#8217;est une illusion. Je trouve ça magistral dans le geste et la liberté qu’elle s’octroie et qu’elle laisse à ses personnages. J’ai été traversée par <em>La Zone d’intérêt</em> de Jonathan Glazer, c’est une expérience qui s’est déposée en moi en ayant réactivé un gouffre abyssal et un vertige qui résonneront encore dans dix ans. <em>Oppenheimer</em> de Christopher Nolan m’a également beaucoup marquée. Enfin, mon coup de cœur du moment est la série <em>Succession</em> de Jesse Armstrong, qui m’a complètement emballée par sa tragédie à la fois extrêmement populaire mais aussi maîtrisée, et ce que cela raconte sur notre monde.</p>
<p>&nbsp;<br />
Indivision <em>de Leïla Kilani, avec Ifham Mathet, Mustafa Shimdat&#8230; Maroc, France, 2023. Sortie le 24 avril 2024.</em></p>
<p><em>Copyright photo Leïla Kilani : © FNC Adil Boukind.</em></p>
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		<title>Rencontre avec Henri Lœvenbruck</title>
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		<pubDate>Sat, 27 Jan 2024 16:39:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mélanie Carpentier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Portraits]]></category>
		<category><![CDATA[fantastique]]></category>
		<category><![CDATA[littérature]]></category>

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		<description><![CDATA[On a profité de la présence d'Henri Lœvenbruck au Festival du film fantastique de Gérardmer 2024 pour lui poser quelques questions et parler adaptations de romans...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2024/01/henri-loevenbruck-gerardmer-2024-ok-228x300.jpg" alt="Henri Loevenbruck" width="228" height="300" class="alignleft size-medium wp-image-27866" /><strong>On a profité de la présence d&#8217;Henri Lœvenbruck au Festival du film fantastique de Gérardmer 2024 pour lui poser quelques questions et parler adaptations de romans.</strong></p>
<p><strong>Quelques mots sur votre présence au 31<sup>e</sup> Festival de Gérardmer ? </strong></p>
<p>Je me réjouis de retrouver les lecteurs au Grimoire, et si je le peux, de prendre un peu de temps pour voir quelques films. Je suis impatient de voir <em>Girls</em>, le court-métrage de Julien Hosmalin, un réalisateur pour lequel j’ai une affection particulière. Je suis aussi très heureux que La Ligue de l’Imaginaire, le collectif d’auteurs que j’ai créé il y a 15 ans, soit très bien représenté avec Bernard Minier, Bernard Werber, Alexis Laipsker et Mathias Malzieu. Notre collectif a des liens étroits avec le Festival depuis longtemps. Et puis, j’ai été très touché par la proposition d’Anthony Humbertclaude de monter une exposition autour de l’adaptation BD de <em>La Moïra</em> (Glénat), à la Maison de la Culture et des Loisirs. C’est la série qui m’a fait connaître, il y a vingt ans. Et que j’étais d’ailleurs venu dédicacer ici !</p>
<p><strong>Le thème qui traverse le festival est &#8220;de l’écrit à l’écran&#8221;, qu’est-ce que cela vous inspire ?</strong></p>
<p>Les liens entre écriture et cinéma sont évidemment essentiels et me tiennent à cœur. J’ai souvent œuvré pour créer des ponts en France entre ces deux médias, notamment au sein de la Ligue de l’Imaginaire, ce collectif de romanciers dans lequel le réalisateur Sébastien Drouin (<em>Cold Meat</em>) nous a rejoints, et avec lequel nous avons souvent organisé des rencontres avec des réalisateurs tels que Jan Kounen, Cédric Klapisch ou Jean-Pierre Jeunet. On peut mettre le plus grand metteur en scène du monde derrière la caméra, s’il n’a pas un scénario solide, le film a peu de chance de réussir. Beaucoup d’écrivains, dont je fais partie, voient leurs œuvres adaptées pour le grand ou le petit écran, c’est aussi le cas de Bernard Werber, Bernard Minier et Alexis Laipsker, trois de mes camarades de la Ligue, qui sont présents au festival. C’est émouvant, cette transposition vers un autre média. De voir quelqu’un s’emparer de votre bébé pour lui donner vie, le faire grandir&#8230;</p>
<p><strong>Une transposition qui peut s’avérer difficile ? </strong></p>
<p>Le travail d’adaptation est passionnant, parfois frustrant, bien sûr, car le format audiovisuel ne laisse pas autant d’espace que les longues pages d’un roman, mais tout l’intérêt est là : savoir tirer d’une œuvre sa substantifique moelle pour que son esprit transparaisse à l’écran, mais aussi pour que l’adaptation apporte quelque chose au livre, sinon, à quoi bon ? <span id="more-27864"></span></p>
<p><strong>Quand est-ce que ça marche ?</strong></p>
<p>Quand le réalisateur et le scénariste comprennent l’âme du roman, et lui apportent l’univers visuel qui va le mieux servir celle-ci. Étrangement, l’auteur du livre n’est pas toujours la personne la mieux placée pour l’adapter en film, car il y a souvent des sacrifices à faire dans l’intrigue qui, pour l’auteur, sont un arrache-cœur, mais qui vont pourtant dans l’intérêt du langage filmé. Parfois, il faut même « trahir » le texte, comme l’a fait Ridley Scott avec <em>Blade Runner</em> : le film est très éloigné de la nouvelle dont il s’inspire, et pourtant, il a su capturer l’esprit de l’auteur, en vérité, l’esprit de l’œuvre de Philip K. Dick tout entière.</p>
<p><strong>La dernière adaptation qui vous a bluffé ?</strong></p>
<p>Il y a de grands exemples d’adaptations littéraires fort réussies au cinéma, comme <em>Stand By Me</em>, adapté par Rob Reiner à partir de la nouvelle <em>Le Corps</em>, de Stephen King, qui est au moins aussi bon sur l’écran que sur le papier. J’ai été bluffé par l’adaptation que Peter Jackson a faite du <em>Seigneur des anneaux</em>, qui était pourtant un défi de taille : tout le monde l’attendait au tournant. Et j’ai un petit faible pour <em>Incendies</em>, adaptation virtuose par Denis Villeneuve de la pièce de théâtre de Wajdi Mouawad. À vrai dire, c’est même pour moi le meilleur film de Villeneuve.</p>
<p><strong>Un livre de genre que vous aimeriez voir porté à l’écran ?</strong></p>
<p>Les fans de Lovecraft comme moi attendent toujours une adaptation réussie de l’une de ses plus grandes nouvelles. Tout ce qui a été fait jusqu’à présent, il faut l’admettre, n’est pas extraordinaire… Le fait que Guillermo Del Toro ait dû abandonner (jusqu’à nouvel ordre) son adaptation des <em>Montagnes hallucinées</em>, a été pour moi une grande déception, car je pensais que nous allions enfin avoir un film qui rende correctement hommage à Lovecraft… Cela reste à accomplir, pour essuyer l’affront du catastrophique <em>Lovecraft Country</em> !</p>
<p><strong>Les Vosges, une terre inspirante en matière de fantastique ? Pourquoi ?</strong></p>
<p>À cause de la Mirabelle, bien sûr ! Peut-être aussi de ces grandes forêts et des brumes qui enveloppent le lac de Gérardmer, à l’aube…</p>
<p><strong>Quelles sont vos relations avec le Festival ?</strong></p>
<p>Anciennes, fidèles et amicales. J’ai dû venir à une bonne vingtaine d’éditions du festival, depuis sa création &#8211; je me demande si je n’ai pas le record… -, et j’entretiens avec Gérardmer des liens particuliers, puisque j’y ai moi-même organisé le festival des Motordays pendant huit ans… Gérardmer, c’est un peu ma deuxième famille, et j’y compte des amis très chers, dont le parrain de mon deuxième fils, l’inénarrable Yves Ragazzoli.</p>
<p><strong>Votre dernier frisson de cinéphile ?</strong></p>
<p>À vrai dire, c’est plutôt un frisson de téléphile. Je suis en train de regarder la série <em>Slow Horses</em>, et je me régale de bout en bout.</p>
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		<title>Rencontre avec Mathieu Turi et Sébastien Vanicek</title>
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		<pubDate>Sat, 27 Jan 2024 15:44:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alessandro Rizzo</dc:creator>
				<category><![CDATA[Portraits]]></category>
		<category><![CDATA[fantastique]]></category>
		<category><![CDATA[horreur]]></category>

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		<description><![CDATA[Membres du jury longs-métrages du 31<sup>e</sup> Festival de Gérardmer et incarnations du renouveau du cinéma fantastique français, Mathieu Turi et Sébastien Vanicek parlent de leur passion pour le grand cinéma.]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h2>Le cinéma dans la peau</h2>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2024/01/vermines-film-1-300x168.jpg" alt="vermines-film-1" width="300" height="168" class="alignleft size-medium wp-image-27862" /><strong>Membres du jury longs-métrages du 31<sup>e</sup> Festival de Gérardmer et incarnations du renouveau du cinéma fantastique français, les réalisateurs Mathieu Turi et Sébastien Vanicek nous parlent de leur passion pour le grand cinéma.</strong></p>
<p><strong>Vous êtes les deux spécialistes du cinéma de genre du jury cette année. Une forme de reconnaissance de votre travail ?</strong></p>
<p><strong>Sébastien Vanicek : </strong>Mathieu a déjà trois films, moi un. Je débarque donc. Sinon, regarder des films grandioses et décerner des prix, je trouve ça plutôt particulier vu que j’ai un film qui est actuellement en exploitation (<em>Vermines</em>). Je le prends effectivement comme une reconnaissance et une marque de confiance de la part de mes pairs. Mais, même si j’en suis très honoré, j’ai encore un petit travail de légitimité à faire…</p>
<p><strong>Mathieu Turi : </strong>Ce que je trouve très intéressant, c’est justement qu’on soit deux réalisateurs de genre parmi d’autres personnes qui ne viennent pas de cette culture. Nous avons dix films de genre à voir, j’avais hâte de connaître leur regard sur le genre et qu’on mélange nos points de vue. En tant que juré et cinéaste, je préfère être dans l’émotion que dans l’analyse. C’est une démarche assez spéciale de se retrouver du côté du jugement alors qu’on déteste qu’on juge nos films, surtout de façon non constructive.</p>
<p><strong>Compte tenu de ses évolutions, quelle serait aujourd’hui votre définition du cinéma de genre ?</strong></p>
<p><strong>MT : </strong>Pour moi, ça ne veut pas dire grand-chose. Même si je crois qu’en France quand on parle de film de genre, on pense en priorité au cinéma fantastique et d’horreur. Mais là aussi, c’est très large parce qu’on peut y mettre à la fois un slasher dont le seul but est de faire flipper et un film fantastique poétique. <span id="more-27860"></span></p>
<p><strong>SV : </strong>Je préfère parler de cinéma genré. Selon sa sensibilité, on peut filmer de façon genrée ou réaliste. La différence vient de là où on place la caméra. Pour ma part, j’ai réalisé plusieurs courts-métrages qui ont tout de suite été classés comme films de genre alors qu&#8217;on n&#8217;y trouve aucun élément fantastique. En revanche, ils expriment tous ma volonté de faire vibrer les spectateurs par le son et l’image. C’est cette approche physique presque organique qui représente le cinéma que je veux faire.</p>
<p><strong>À quand remonte votre passion pour le cinéma fantastique ? </strong></p>
<p><strong>MT : </strong>Ce sont deux moments différents. Ce n’est ni <em>The Thing</em> de Carpenter, qui est sans doute le premier film que j’ai vu de ma vie quand j’étais enfant, ni même un autre film d’horreur, mais le making-of de <em>Braveheart</em> de Mel Gibson qui m’a vraiment donné envie de faire du cinéma. Ma pulsion de cinéma n’est donc pas synchro avec ma rencontre avec l’horreur. Les films communiquent toujours avec nous d’une façon totalement imprévisible.</p>
<p><strong>SV : </strong>Ça n’a pas été automatique pour moi d’aller sur le fantastique et le film d’horreur. Mais il faut reconnaître que le film d’horreur est une opportunité pour beaucoup de réalisateurs qui n’ont pas de moyens mais qui veulent faire ressentir des choses fortes aux spectateurs. C’est une belle porte d’entrée pour débuter. C’est le lieu des hauts concepts qui tiennent en trois lignes. En réalité, j’aime le cinéma tout court. C’est Ridley Scott qui m’a donné cette envie de cinéma. De <em>Gladiator</em> à <em>Alien</em>, c’est un immense réalisateur qui explore tous les genres et qu’on ne peut résumer à cette appellation.</p>
<p><strong>MT : </strong>Même si je réalise des films de création d’univers où la mise en scène est très typée, ça ne veut pas dire que je ne peux pas être bouleversé par un film qui mise tout sur ses dialogues. Comme beaucoup de gens qui font du cinéma, je suis un fan absolu de Spielberg qui est capable de raconter des choses insensées avec sa caméra. La preuve avec <em>The Fabelmans</em> dont le dernier plan raconte à lui tout seul une carrière entière. Cette mise en abyme ultime méritait à elle seule un oscar. Plus que le genre, c’est ce cinéma qui m’intéresse. Évidemment, je mets aussi Ridley Scott dans le même panier !</p>
<p><strong>Vous êtes deux représentants de la nouvelle vague du film d’horreur français. Qu’est-ce qui vous rapproche et/ou vous sépare de celle des French Frayeurs des années 2000 ?</strong></p>
<p><strong>SV : </strong>Depuis mes débuts, je fais des films avec la même équipe et sans le moindre soutien dans le milieu du cinéma. Tout au plus, Alexandre Aja est venu nous voir pour nous féliciter de faire un film d’araignée en France ! En réalité, j’ai juste fait le film que j’avais envie de voir en salle. Si on veut me caser dans une nouvelle génération, tant mieux pour le cinéma français mais moi je ne me sens appartenir à rien du tout.</p>
<p><strong>MT : </strong>C’est vrai qu’il se passe effectivement quelque chose depuis <em><a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/grave-julia-ducournau/" title="Grave, de Julia Ducournau">Grave</a></em>. Mais c’est très différent de la vague des French Frayeurs qui était avant tout une initiative de la part de Canal+, qui ouvrait alors une fenêtre de production aux réalisateurs de cinéma d’horreur et fantastique. Au contraire, tous les films de genre sortis depuis 2016 ont tous des parcours extrêmement différents et ont surtout été financés par de l’argent privé. C’est cette diversité et le fait qu’on soit toutes et tous arrivés au même moment qui fait qu’on ne se sent pas appartenir à une vague mais plutôt à une époque.</p>
<p><strong>Comment réalise-t-on un film à petit budget ?</strong></p>
<p><strong>SV : </strong>Avant tout, il faut avoir envie de se bagarrer et se préparer à faire avec très peu. Pour y arriver, il faut être apte, flexible et surtout savoir s’entourer des bonnes personnes, ce qui permet de faire plus de choses en moins de temps. Il ne faut pas avoir peur d’être fatigué et stressé. Sans budget, le niveau d’exigence physique et mentale est encore plus fort. Contrairement à une grosse production, on n’a pas les moyens de reporter ou de retourner une séquence ratée. On n’a pas le choix, il faut viser juste !</p>
<p><strong>MT : </strong>Moi aussi, j’ai commencé sans connaître personne dans le milieu. De toute façon, faire du cinéma est tellement difficile&#8230; Ma méthode est de lancer pleins de projets en même temps et de voir ce qui prend. Si on se met à calculer en se mettant sur un projet uniquement parce qu’il est dans l’air du temps, généralement ça capote. On passe énormément de temps sur nos films, deux ans, parfois trois ou plus dans le cas d’un premier long, alors autant les aimer comme nos enfants.</p>
<p><strong>La sortie en salle est-elle à chaque film un objectif ? Quel regard portez-vous sur les plateformes de streaming ?</strong></p>
<p><strong>MT : </strong>Au moment du Covid, tout le monde s’est sans doute emballé un peu trop vite en affirmant que le streaming allait détruire la salle. Finalement, on s&#8217;aperçoit que ça n’a pas été le cas. En revanche, on constate aujourd’hui que le public a des envies de fraîcheur en allant vers d’autres propositions de cinéma. La preuve en est avec l’échec, relatif, des blockbusters Marvel au profit de films plus personnels comme <em>Barbie</em> et <em>Oppenheimer</em>. Moi, je n’oppose pas salle et plateforme. Je trouve au contraire que les plateformes ouvrent de nouvelles opportunités de financement. Je rappelle que nos deux films ont été financés par des plateformes. En France, on a la chance d’avoir réussi à les intégrer au financement du cinéma. Et je tiens aussi à dire qu’elles permettent d&#8217;amener la culture à des gens qui n’ont pas forcément les moyens d’aller voir trente films par an en salle.</p>
<p><strong>SV : </strong>En France, comme on n’a pas de système de studio, ça reste toujours difficile de monter un film sans le CNC ni Canal+, qui ne donne plus autant qu’avant. Dans ces conditions, les plateformes nous sauvent. Par exemple, sans Netflix, je n’aurais jamais pu faire <em>Vermines</em>. Aujourd’hui, elles affichent clairement leur volonté de faire des films qui sortent en salle. Tout en sachant qu’un film comme le mien actuellement à l’affiche sera vraiment rentable à partir de sa diffusion en streaming. La chronologie des médias actuelle jouant en notre faveur.</p>
<p><strong>MT : </strong>Concernant la chronologie des médias, on peut sans doute affiner encore certaines choses mais il faut reconnaître qu’elle protège ce qu’il y a à protéger. Elle s’est raccourcie et bien adaptée aux évolutions de l’époque. Sinon, je tenais à dire que nous sommes la preuve que les plateformes aident à faire des films.</p>
<p><strong>Quel film imaginez-vous réaliser dans 20 ans ?</strong></p>
<p><strong>SV : </strong>Sans hésiter, un film d’époque, un péplum ou une fresque historique avec des milliers de figurants en costume. C’est ça pour moi le cinéma. Ça me fait rêver !</p>
<p><strong>MT : </strong>Je crois alors qu’on a le même ! J’aimerais tellement adapter <em>La Religion</em>, le fantastique roman historique de Tim Willocks sur le siège de Malte par les Ottomans en 1565. J’espère y arriver un jour. Des costumes, des décors, du son, de l’image, de l’ampleur, une dimension épique… Voilà tout ce qui me fait vibrer.</p>
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		<title>Souvenirs de toiles de Bérénice Bejo</title>
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		<pubDate>Sun, 29 Jan 2023 07:30:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Julien Wagner</dc:creator>
				<category><![CDATA[Souvenirs de toiles]]></category>
		<category><![CDATA[Gérardmer]]></category>

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		<description><![CDATA[Fait historique, la comédienne Bérénice Bejo partage la présidence du jury du 30e Festival international du film fantastique de Gérardmer avec Michel Hazanavicius. À son tour de nous faire part...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2023/01/berenice-bejo-gerardmer-2023-300x225.jpg" alt="Bérénice Bejo" width="300" height="225" class="alignleft size-medium wp-image-27805" /><strong>Fait historique, la comédienne Bérénice Bejo partage la présidence du jury du <a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/1994-2023-30-ans-festival-film-fantastique-gerardmer/" title="1994-2023 : le Festival de Gérardmer, un grand parmi les grands">30e Festival international du film fantastique de Gérardmer</a> avec <a href="http://www.grand-ecart.fr/portraits/souvenirs-toiles-cinema/michel-hazanavicius-festival-gerardmer-2023/" title="Souvenirs de toiles de Michel Hazanavicius">Michel Hazanavicius</a>. À son tour de nous faire part de ses souvenirs de toiles, avant de remettre le Grand Prix dans quelques heures&#8230;</strong></p>
<p><strong>Quelle parité incroyable que cette coprésidence !</strong></p>
<p>C’était une belle idée de Bruno Barde ! Nous n’avions jamais vraiment fait de festivals ensemble. On a même reçu un message de Thierry Frémaux qui trouvait aussi que c’était une super idée. Et puis Michel l’a dit : s’il y a égalité, ma voix compte double ! Et je suis d’accord avec lui ! Mais je sais qu’il y aura forcément un film qui obtiendra une majorité.</p>
<p><strong>Vous vous êtes d’ailleurs déjà essayée au film de genre&#8230;</strong></p>
<p>Oui, c’est ma troisième participation au Festival. Je ne regarde pas forcément beaucoup de films de genre, mais je trouve qu’en France, il y a des petites pépites comme <em>Teddy</em> des frères Boukherma que j’avais adoré ou <em>La Nuée</em> de Just Philippot. Je vais bientôt faire un film d’anticipation avec Xavier Gens sur une espèce de requin qui évolue plutôt mal à cause des humains et je viens de tourner un film d’anticipation italien dans lequel, lorsque l’on meurt, on peut louer le corps de quelqu’un et y implanter l’âme de la personne décédée pour quelques jours. Peut-être que ces films viendront à Gérardmer à leur tour ? <span id="more-27804"></span></p>
<p><strong>Premier souvenir de cinéma ?</strong></p>
<p>Je pense que c’est soit <em>E.T. l’extraterrestre</em> avec ma grande soeur, soit <em>The Party</em> de Blake Edwards où j’étais allée avec mon père. Je me souviens avoir énormément ri, au point de me lever de mon siège et de taper du pied tellement c’était drôle.</p>
<p><strong>Le film qui a bercé votre enfance ?</strong></p>
<p><em>Chantons sous la pluie</em>, <em>Hatari !</em>, les films avec Marilyn Monroe, Audrey Hepburn, James Stewart, les Capra. Je les ai beaucoup regardés en boucle.</p>
<p><strong>Premier souvenir de film d’horreur ?</strong></p>
<p><em>Alien</em>, que mon père m’avait montré. J’avais eu super peur, car je me disais que ce genre de chose pouvait être possible, on ne connaît rien de notre univers. J’avais trouvé la bête monstrueuse et j’étais tellement en panique, que mon père m’avait montré un livre sur le film pour m’expliquer comment c’était fait. On la voyait vraiment bien, alors que dans le film, c’est plus caché. Ça m’avait tout de suite rassurée.</p>
<p><strong>Un film qui vous a traumatisée ?</strong></p>
<p><em>Délivrance</em>, que je ne pourrai jamais revoir. J’aime tellement voyager, notamment toute seule ou avec mes enfants, que si je repense à ce film, je ne ferais plus rien. Sinon, récemment, c’est <em>Dernier train pour Busan</em> que Michel m’avait demandé de regarder pour <em>Coupez !</em> et que j’ai adoré. Je l’ai vu en plein après-midi et j’ai dû faire pause plusieurs fois. Je n’étais pas habituée aux films de morts-vivants et j’avais été frappée par le fait qu’ils vont vite, qu’ils mangent beaucoup, qu’ils font beaucoup de bruit… Ils sont terrifiants en fait ! D’autant qu’on venait de sortir de la pandémie et qu’on retrouvait des images avec des gens masqués et si les personnages sont très stéréotypés, c’est extrêmement bien fait. J’ai aussi regardé <em>Kingdom</em> sur Netflix, c’était très beau, mais j’ai sursauté plusieurs fois. Je suis très bonne cliente pour tout ça.</p>
<p><em>Qu’est-ce qui vous effraie au cinéma ?</em></p>
<p>Tout ce qui a trait aux atteintes psychologiques, ce qui peut être possible, ce qui touche à la famille, aux enfants, à la fin du monde… Ça me touche beaucoup. Je ne suis pas touchée par contre par les films de tueurs où les filles vont forcément dans le couloir où il se trouve, sans allumer la lumière, je n’y crois pas, ça m’énerve. Je ne connais pas une seule fille qui ferait ce genre de chose. À l’inverse, <em>Shining</em>, ça me terrifie, car je pense qu’on peut vraiment devenir fou comme ça et vouloir tuer sa famille. <em>Trauma</em> de Dan Curtis aussi, avec cette maison qui prend emprise sur ses habitants et le père qui essaie de tuer son enfant dans la piscine.</p>
<p><strong>Le monstre le plus stylé ?</strong></p>
<p>J’aime bien les vampires, j’ai une petite fascination pour Dracula… Je trouve ça sensuel, avec ce rapport à la peau, mordre le cou qui est comme un baiser. J’aurais adoré jouer dans le <em>Dracula</em> de Coppola, je voulais être avec Gary Oldman quand j’étais petite !</p>
<p><strong>Les premières larmes au cinéma ?</strong></p>
<p>Je pleure tout le temps au cinéma. Je suis très facilement dans l’empathie, c’en est même ridicule. Quand on va voir des films un peu fleur bleue avec Michel, on finit par se regarder avec une larme au coin des yeux.</p>
<p><strong>Derniers fous rires au cinéma ?</strong></p>
<p><em>Irréductible</em> de et avec Jérôme Commandeur qui me fait beaucoup rire. Tout comme dans <em>Jack Mimoun et les secrets de Val Verde</em> qu’on a regardé avec les enfants. Chaque fois qu’il apparaît, il me fait rire.</p>
<p><strong>Un film culte ?</strong></p>
<p>Si je devais aller sur une île déserte, ce ne serait déjà pas un film de genre ou quelque chose de mélancolique. Ce serait un film positif, qui me fait du bien, un <em>Victor Victoria</em> de Blake Edwards ou un Capra.</p>
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		<title>Souvenirs de toiles de Michel Hazanavicius</title>
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		<pubDate>Sat, 28 Jan 2023 08:21:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Julien Wagner</dc:creator>
				<category><![CDATA[Souvenirs de toiles]]></category>
		<category><![CDATA[Gérardmer]]></category>

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		<description><![CDATA[Double actualité pour le réalisateur Michel Hazanavicius : sa dernière comédie, Coupez !, sort en vidéo et il est le co-président de la 30e édition du Festival international du film fantastique de Gérardmer...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2023/01/michel-hazanavicius-gerardmer-2023-300x225.jpg" alt="Michel Hazanavicius" width="300" height="225" class="alignleft size-medium wp-image-27781" /><strong>Double actualité pour le réalisateur Michel Hazanavicius : sa dernière comédie, Coupez !, sort en vidéo et il est le coprésident de la 30e édition du Festival international du film fantastique de Gérardmer, aux côtés de sa compagne Bérénice Bujo. On a pu le rencontrer entre deux séances d’angoisses.</strong></p>
<p><strong>Connaissiez-vous le Festival de Gérardmer auparavant ?</strong></p>
<p>J’étais déjà venu en 1995, c’est un festival qui a une très bonne réputation. Je n’ai pas une passion pour les films de genre, mais le spectre est suffisamment large pour qu’on puisse y trouver son compte. Je ne suis pas à la recherche de sensations fortes, même si quand j’ai vu <em>Dernier train pour Busan</em>, j’ai trouvé que c’était un très grand film.</p>
<p><strong>Même si on peut penser que <em>Coupez !</em> en est quand même une sorte d’hommage&#8230;</strong></p>
<p><em>Coupez !</em>, c’est une comédie de tournage sur un film de zombies, mais ça m’a permis de manipuler les codes du genre, à gros traits, même s’il y a en effet un grand travail sur le décor, la lumière… basé sur les grands films du genre des années 1970, qui parlaient d’uniformisation du monde, de surpopulation… Le zombie, dans la catégorie monstres du cinéma, est résolument le plus politique. </p>
<p><strong>Quand on est réalisateur soi-même, est-ce plus difficile pour apprécier les autres films en tant que président d’un jury ?</strong></p>
<p>Je respecte le travail de tous les réalisateurs, même ceux dont les films me laissent moins sensible. Je suis là vraiment en tant que spectateur. Je fais abstraction de la technique, même s’il y a des choses que je vais tout de même capter. <span id="more-27779"></span></p>
<p><strong>Vous pourriez réaliser un film de genre ?</strong></p>
<p>Je me considère plutôt comme un réalisateur de comédies, même si je ne m’interdis pas de travailler sur un autre type de films. Si j’ai une bonne idée ou s’il y a un bon scénario qui m’arrive, pourquoi pas. Le genre n’est pas très important, c’est un passage pour raconter quelque chose. </p>
<p><strong>Votre premier souvenir de cinéma ?</strong></p>
<p>C’est justement un souvenir de peur, il s’agit de <em>Pinocchio</em>, c’était une grosse terreur pour moi, la scène dans le ventre de la baleine. </p>
<p><strong>Le film qui a bercé votre enfance ?</strong></p>
<p>Quand j’étais jeune, on allait voir des films au cinéma, mais on n’allait pas les revoir. Il n’y a donc pas à proprement dit un film qui aurait bercé mon enfance. Il faudra attendre l’ère des VHS pour que je puisse revoir inlassablement des films, comme <em>Rio Bravo</em> et <em>Un éléphant ça trompe énormément</em>. </p>
<p><strong>Un film qui vous a vraiment effrayé ?</strong></p>
<p>Au tout début des VHS, je devais avoir 11-12 ans, un ami à moi m’a fait regarder chez lui <em>Cannibal Holocaust</em>. C’était une grosse frayeur, d’autant avec cette aura sulfureuse, c’était censé être du found footage et le réalisateur avait beaucoup joué là-dessus.</p>
<p><strong>Un monstre trop stylé ?</strong></p>
<p>La créature de <em>Frankenstein</em>, celui de James Whale par Boris Karloff que je trouve beau, poétique, extrêmement touchant.</p>
<p><strong>Vos premières larmes devant un film ?</strong></p>
<p>Je suis capable d’en avoir très rapidement. J’ai régulièrement des petites larmes au cinéma. Je peux être fort ému devant un film avec Adam Sandler, par exemple, qui arrive toujours à être touchant.</p>
<p><strong>Derniers fous rires au cinéma ?</strong></p>
<p>La dernière comédie qui m’a vraiment éclaté, c’est <em>L’Innocent</em> de Louis Garrel que j’ai vraiment adoré. Ou ce que peut faire quelqu’un comme Jonathan Cohen. Je ne suis pas très fou rire en général, à me taper sur les cuisses.</p>
<p><strong>Quand on réalise des comédies, on arrive encore à être surpris quand on en voit ?</strong></p>
<p>Oui, si les ficelles sont grosses. Il y a des choses qu’on voit arriver, car on connaît l’envers du décor. Mais je suis bon public, je me laisse porter en général.</p>
<p><strong>Un film culte ?</strong></p>
<p><em>Une vie difficile</em> de Dino Risi. J’en ai plein, ça change tout le temps, mais j’aime beaucoup citer celui-ci, il est encore trop méconnu. Il date du début des années 1960 mais il fonctionne toujours extrêmement bien, grâce notamment à son acteur hallucinant qu’est Alberto Sordi. J’aime les comédies à l’italienne. Ainsi que le cinéma de Billy Wilder comme <em>La Garçonnière</em> ou les films de Lubitsch. </p>
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		<title>Souvenirs de toiles d’Alex Lutz</title>
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		<pubDate>Thu, 26 Jan 2023 22:35:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Julien Wagner</dc:creator>
				<category><![CDATA[Souvenirs de toiles]]></category>
		<category><![CDATA[Gérardmer]]></category>

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		<description><![CDATA[Le comédien et réalisateur Alex Lutz est membre du jury au Festival de Gérardmer, où il est également présent hors compétition avec le film <em>En plein feu</em>. Entre deux séances, il a bien voulu nous confier...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Le comédien et réalisateur Alex Lutz est membre du jury au Festival de Gérardmer, où il est également présent hors compétition avec le film <em>En plein feu</em>. Entre deux séances, il a bien voulu nous confier quelques-uns de ses souvenirs de toiles&#8230;</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2023/01/alex-lutz-300x225.jpeg" alt="Alex Lutz" width="300" height="225" class="alignleft size-medium wp-image-27772" /><strong>Qu’attendez-vous comme expérience du Festival en tant que membre du jury ?</strong></p>
<p>J’aime ces festivals où on partage avec le public, car il y a ici une sacrée ambiance dans la salle, avec une manière particulière d’accueillir la séance, de faire du bruit. J’espère voir de chouettes films et j’ai hâte de choisir celui que l’on va récompenser tous ensemble.</p>
<p><strong>On va vous retrouver aussi dans <em>En plein feu</em> hors compétition…</strong></p>
<p>Oui, c’est un film à cheval sur le genre, qui empreinte des choses aux films d’anticipation, de frayeur. Je ne suis fermé à aucun genre de film en tout cas.</p>
<p><strong>Vous qui aimez vous métamorphoser de film en film, quelle créature pourriez-vous incarner ?</strong></p>
<p>Une bestiole, j’aimerais beaucoup. J’adore la réinvention de la créature du loup-garou ou quand les humains s’animalisent comme dans <em>La Mouche</em>. Je me souviens de Jack Nicholson qui devenait ce loup incroyable&#8230; J’adorais aussi la série <em>Manimal</em>, j’adorerais en faire un film. <span id="more-27766"></span></p>
<p><strong>Votre premier souvenir de cinéma ?</strong></p>
<p>J’hésite entre <em>Blanche-Neige</em> et <em>Rox et Rouky</em>. Ma tante nous emmenait souvent aux environs de Noël aux rétrospectives Disney qu’ils faisaient souvent à cette époque-là. C’était au Vox, à Strasbourg, une salle que j’adore. Mais mon premier souvenir vraiment dont je me souviens de tout, c’est <em>E.T. l’extraterrestre</em>. </p>
<p><strong>Le film qui a bercé votre enfance ?</strong></p>
<p>J’ai usé la cassette du <em>Cavalier électrique</em> avec Robert Redford et Jane Fonda, que j’adorais. Une histoire de cow-boy alcoolique qui s’en va dans les Rocheuses pour libérer son mustang. Et il y avait <em>Greystoke</em> dont j’ai un souvenir très fort. </p>
<p><strong>Votre premier souvenir de film d’horreur ?</strong></p>
<p><em>Les Oiseaux</em>, qui m’a terrorisé. Mais aussi <em>Thriller</em> de Michael Jackson. Les adultes fumaient des cigarettes entre eux pendant que nous on regardait la télé et qu’on se chiait dessus. Même encore maintenant, j’ai des frissons si j’entends à la radio le gros rire de la fin de la chanson, tellement j’avais eu peur petit.</p>
<p><strong>Le film qui vous a traumatisé ?</strong></p>
<p><em>Deep Water</em>, sur ce couple qui fait de la plongée et qu’on a oublié. J’avais regardé ce film un soir seul et j’avais adoré le côté naturaliste. Ou <em>Blair Witch</em> qui m’avait bien fait peur. C’était novateur pour l’époque.</p>
<p><strong>Qu’est-ce qui vous effraie, justement au cinéma ?</strong></p>
<p>Je ne suis pas si client de ça. Quand j’ai accepté d’être membre du jury, je me suis dit après coup : <em>« Mais en fait, je vais avoir peur à ce festival ! »</em> Je n’aime pas être traumatisé par ce que je vois, où je vais garder en tête les images, même si ça aide finalement de faire du cinéma, de comprendre comment ça fonctionne. Je n’aime pas ce qui est insidieux, qui met mal à l’aise, qui joue sur des cauchemars psychologiques profonds, nos saletés intérieures. </p>
<p><strong>Le monstre le plus stylé ?</strong></p>
<p>La figure du vampire. Le <em>Dracula</em> de Coppola était sublime par le côté polymorphe du personnage, qui grimpe sur les murs, qui devient un vieillard, mais aussi un dandy vénéneux et sexuel… Ou les figures de loup-garou. Quand elles ne sont pas loupées, elles sont stylées.</p>
<p><strong>Les premières larmes devant un film ?</strong></p>
<p><em>E.T.</em>, évidemment. Et <em>Rox et Rouky</em>. C’est horrible quand ils ne se reconnaissent pas, alors que c’est les meilleurs amis du monde et que Dorothée le chante.</p>
<p><strong>Le film le plus érotique ?</strong></p>
<p>J’ai un souvenir de Scarlett Johansson dans <em>Match Point</em>, du slow sensuel dans <em>L’Homme qui murmurait à l’oreille des chevaux</em>. Ou <em>Love</em> de Gaspar Noé qui est presque un opéra-porno. Il faut tout convoquer, ce n’est pas que la plastique, c’est une ambiance autour des comédiens, une manière de mettre en lumière, une manière de saisir une matière ou de mettre un son particulier.</p>
<p><strong>Les derniers fous rires de cinéma ?</strong></p>
<p>Gros rire long, dans le <em>Coupez !</em> de Michel Hazanavicius, d’autant que je ne savais absolument pas ce que j’allais voir. Bérénice Béjo m’en avait parlé au Festival Lumière, mais je n’avais pas du tout fait le rapprochement. J’étais paumé les 25 premières minutes, comme il se doit, mais quand tout s’éclaire, qu’est-ce que j’ai ri ! Et je trouve la fin très émouvante, avec cette image de pyramide humaine que je n’oublierai jamais.</p>
<p><strong>Votre film culte ?</strong></p>
<p><em>La vie est belle</em> de Benigni, <em>Qui a peur de Virginia Wolf ?</em>, <em>La vie est belle</em> de Capra, <em>César et Rosalie</em> mais tous les acteurs le disent, alors j’arrête de le dire, <em>Les Misérables</em> ou <em>Un homme qui me plaît</em> de Lelouch, <em>La Cité de la peur</em>&#8230;</p>
<p><strong>Un film que vous avez honte d’aimer ?</strong></p>
<p>Tous les unitaires de M6 les dimanches après-midi, genre une biographie sur Elizabeth Taylor avec une actrice qui ne lui ressemble absolument pas, j’adore ça ! Il y en avait avec Jaclyn Smith où elle incarnait la première réalisatrice de cinéma, c’était cousu de fil blanc, on lui avait juste mis quelques pattes d’oie et des cheveux blancs pour dire qu’elle avait vieilli. C’est merveilleux.</p>
<p><strong>Votre panthéon du cinéma ?</strong></p>
<p>Elizabeth Taylor, Jean Dujardin, Jack Nicholson, Marina Foïs, François Civil, Jean Gabin, Louis Jouvet, Suzie Delair, Adam Driver, Scarlett Johansson, Robert Redford, Barbra Streisand, Lyna Khoudri, Salim Kechiouche, Jean-Pascal Zadi, Bouli Lanners, Ruben Ostlund&#8230;</p>
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		<title>Rencontre avec Keith Thomas</title>
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		<pubDate>Wed, 29 Jul 2020 07:57:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>JNB</dc:creator>
				<category><![CDATA[Portraits]]></category>
		<category><![CDATA[Gérardmer]]></category>
		<category><![CDATA[horreur]]></category>
		<category><![CDATA[interview]]></category>
		<category><![CDATA[mort]]></category>
		<category><![CDATA[religion]]></category>
		<category><![CDATA[Shoah]]></category>

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		<description><![CDATA[Quand on aime le film de genre, en particulier d’horreur, on se retrouve vite à fouiller les méandres des boutiques spécialisées et des forums du Net en quête DU film, celui qui ne ressemblera pas aux...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h2>Unorthodox</h2>
<p><strong>Ce 29 juillet 2020, quelques semaines après la date initialement prévue par son distributeur Wild Side, sort au cinéma <em>The Vigil</em>. Un premier film horrifique novateur, ambitieux, sincère&#8230; et surtout réellement terrifiant par moments. Bref, une oeuvre qui mérite qu&#8217;on s&#8217;y attarde. Rencontre en terres vosgiennes avec son scénariste-réalisateur Keith Thomas. </strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2020/07/the-vigil-keith-thomas.jpg" alt="The Vigil, de Keith Thomas" width="210" height="280" class="alignleft size-full wp-image-27615" />Quand on aime le film de genre, en particulier d’horreur, on se retrouve vite à fouiller les méandres des boutiques spécialisées et des forums du Net en quête DU film, celui qui ne ressemblera pas aux dix regardés le mois précédent, celui qui n’utilisera pas les mêmes ressorts pour susciter effroi et intérêt. On a beau aimer nos classiques et le regain horrifique de ces dernières années, voir des <em>Exorciste</em>-like ou des <em>Insidious</em>-like a tout bout de champ a aussi ses limites. Aussi, sans savoir grand-chose du film, assister en plein <a href="http://www.grand-ecart.fr/pense-bete/27e-festival-film-fantastique-gerardmer-horreur-2020/" title="29/01-02/02 : 27e Festival du film fantastique de Gérardmer">Festival de Gérardmer</a> à la projection de <em>The Vigil</em> avait quelque chose de merveilleux. Le premier film de Keith Thomas &#8211; certes non exempt de défauts &#8211; emporte l’adhésion par son originalité et sa maîtrise formelle.<br />
C’est l’histoire de Yakov, jeune adulte qui quitte sa communauté juive orthodoxe new-yorkaise pour se jeter dans le grand bain du monde (celui avec des téléphones portables, de la musique, de la liberté mais aussi de la brutalité et de la solitude) et revient le temps d’une nuit pour une veillée funèbre particulièrement funeste : corps mort sous un drap au milieu du salon, maison aussi mal éclairée que la grotte de Lascaux, vieille veuve sénile, parquet qui craque. Autant d’éléments du patrimoine horrifique qui trouvent ici un enchaînement logique et innovant. <span id="more-27422"></span><br />
Mais, aussi tendu de bout en bout qu’il soit, <em>The Vigil</em> doit surtout énormément à l’écriture du scénario (signé également du réalisateur). Au cinéma, le diable et autres démons sont étroitement liés à la chrétienté et à l’image qu’elle véhicule. Rares sont les films à montrer un autre type de combat face aux forces infernales. En plaçant son récit au sein d’une communauté juive, avec ses propres superstitions, ses propres peurs et ses propres exorcismes, <em>The Vigil</em> surprend autant qu’il terrifie.<br />
Autant de bonnes raisons de rencontrer Keith Thomas au sortir de cette projection du Festival de Gérardmer 2020 – festival pré-COVID on vous le rappelle, et aussi pré-<em>Unorthodox</em>, l’excellente mini-série de Maria Schrader disponible sur Netflix.</p>
<p>&nbsp;<br />
<strong><em>The Vigil</em> est un film d’horreur, mais c’est aussi un film sur une communauté… C’est votre histoire ?</strong></p>
<p>Une partie de ma famille éloignée est hassidique. Ma mère est juive, je suis donc juif, mais mon père ne l’est pas. J’ai grandi dans un milieu assez laïque, hors de la vie religieuse. Ma mère s’est rapprochée plus tard de la religion. C’est à ce moment-là que j’ai moi-même commencé à explorer la religion et à me documenter. J’ai toujours été fasciné par la théologie – l’étude des textes religieux –, et je savais que le jour où je me déciderai à réaliser mon premier film d’horreur, j’aurai besoin de parler de quelque chose de personnel, quelque chose que je connaissais, des choses à la fois culturelles et spécifiques. J’ai réalisé qu’il y avait très peu de films d’horreur sur les juifs, et absolument aucun sur cette communauté orthodoxe. Cette communauté ayant beaucoup plus de croyances superstitieuses que la majorité des communautés juives, je me suis dit que ce serait intéressant d’y situer mon film, et de m’intéresser à ces superstitions.</p>
<p><strong>Au début du film, Yakov a quitté la communauté et parle de ses peurs dans ce « nouveau monde ». La religion éloigne-t-elle de la société ?</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2020/02/the-vigil-keith-thomas-dave-davis.jpg" alt="Dave Davis dans The Vigil" title="Dave Davis dans The Vigil" width="280" height="175" class="alignright size-full wp-image-27426" />Dans le cas de ces personnes, oui, c’est évident. Et dans cette scène d’ouverture, toutes les personnes à la table autour de Dave Davis, cet exceptionnel acteur principal qui interprète Yakov, ont vraiment fait partie puis quitté cette communauté. Dans la vraie vie comme dans <em>The Vigil</em>, c’est un genre de groupe de soutien pour ces personnes. La communauté juive orthodoxe, un peu comme la communauté amish, s’est retirée de la société et a ses propres règles, ses propres lois. Ses membres vivent dans la plus grande ville américaine, mais restent pourtant en dehors. C’est étrange, mais c’est comme ça. Et c’est intéressant : les gens qui l’ont quittée et que j’ai rencontrés, étaient excités d’être dehors parce qu’ils avaient accès à plein de choses qu’ils n’avaient pas dans la communauté, comme la technologie, les films, la musique, toutes sortes de nourriture, la possibilité d’explorer la ville… Et en même temps, la communauté leur manquait. La camaraderie leur manquait, le soutien, parce que pour eux, se retrouver dans un monde laïque est très froid, très solitaire. Personne ne vous aidera à payer votre loyer si vous avez du mal, personne ne vous aidera à vous relever si vous tombez… Dans la communauté, personne n’a faim, tout le monde a une maison, on se sent en sécurité. Mais ces gens se sont également sentis trop isolés. Certains sont gays, certains sont des artistes, veulent créer des choses, ce qui n’est pas acceptable là-bas. Ils sont donc partis pour trouver leur propre chemin.</p>
<p><strong>Yakov est dans ce moment où il l’a quittée, mais il n’a pas encore trouvé sa voie…</strong></p>
<p>J’ai pensé que ce serait un intervalle intéressant pour faire vivre le personnage, déchiré entre les deux mondes. C’est toujours intéressant d’avoir quelqu’un qui quitte quelque chose, et qui revient avec un peu de recul. Yakov traverse une crise. Il a un pied dans chaque monde, et doit aussi s’occuper de ses propres problèmes : le traumatisme qu’il a vécu, les raisons qui l’ont poussé à partir : il avait besoin de voir un docteur, de prendre une médicamentation&#8230; Je pensais que le forcer à affronter ce qui cause sa crise donnerait quelque chose d’intéressant. C’était mon point de départ. Je devais commencer avec ce personnage dans cette situation difficile ; c’est un cliché, mais il devait essentiellement affronter ses propres démons, c’est le sujet de <em>The Vigil</em>.</p>
<p><strong>Comment on affronte ses démons, son chagrin ? </strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2020/02/the-vigil-dave-davis-shomer-hassidique.jpg" alt="Dave Davis dans The Vigil" title="Dave Davis dans The Vigil" width="280" height="116" class="alignleft size-full wp-image-27427" />Pour moi, la réponse est clairement de passer à travers, d’avancer. The Vigil parle de traumatisme et de la peur qui peut nous habiter. Affronter ses démons, c’est une aventure intérieure. Il n’y a pas de poignard pour le tuer. Le seul moyen est d’affronter ses démons, de prendre ses problèmes à bras le corps.</p>
<p><strong><em>The Vigil</em> réussit à faire peur, sans pour autant utiliser à outrance les jump scares et autres effets horrifiques actuellement à la mode. Comment avez-vous imaginé les moments de peur ?</strong></p>
<p>Je voulais utiliser tous les moyens possibles pour créer la peur. Y compris le jump scare, la musique assourdissante… Mais j’avais effectivement envie d’essayer autre chose, pour donner à voir à l’écran une autre peur. Pour moi, la réussite de l’effet de peur réside dans sa construction. C’est la tension qui la précède qui va produire la peur. J’ai donc essayé de faire traîner la tension longtemps, pour mettre le public mal à l’aise, avant de déclencher l’effet horrifique. Il fallait que le spectateur ait le temps de se mettre à la place du personnage.</p>
<p><strong><em>The Vigil</em> est votre premier film. Comment passe-t-on de la recherche médicale à la réalisation ?</strong></p>
<p>L’envie de raconter des histoires et de réaliser a toujours été là. Déjà à l’école, je publiais des nouvelles, des chroniques ciné, des poèmes. Puis mon travail avec des patients à écouter leur vie, à leur expliquer les protocoles de recherche, a encore stimulé mon imagination. Mes rencontres m’ont beaucoup inspiré pour mes histoires, et enfin pour ce premier film, que je rêvais de réaliser depuis des années.</p>
<p><strong>A votre avis, qu’est-ce qui fait d’un film, un bon film ?</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2020/02/keith-thomas-portrait-c-OlivierVigerie.jpg" alt="Keith Thomas, réalisateur de The Vigil" width="187" height="280" class="alignright size-full wp-image-27424" />Mmmh… Quand j’ai écrit le scénario, on a passé beaucoup de temps en préproduction avec mon directeur photo. J’ai eu beaucoup de chance d’avoir un bon directeur photo. On a passé beaucoup de temps à imaginer comment on allait tourner les plans, ce qu’allait donner la photo. Mais c’est vraiment le troisième jour de tournage que j’ai réalisé ce que j’étais en train de faire. Parce que je ai écrit <em>The Vigil</em>, j’ai casté les acteurs, j’ai choisi l’équipe, j’ai tout calculé, mais sur le plateau, j’avais beau parler à tout le monde et crier « Action ! », je n’avais pas encore compris ce que fait vraiment un réalisateur. Et donc, ce troisième jour, on installait la cuisine, quand mon directeur artistique m’a amené des cuillères et m’a demandé : <em>« Celle-ci ou celle-là ? »</em> Elles allaient être dans des tiroirs qu’on n’allait jamais ouvrir. Et pourtant j’ai su immédiatement : <em>« Celle-là ! »</em><br />
Je crois que ce que fait le réalisateur, c’est de maintenir la vision du film. C’est avoir le film dans sa tête et être capable de le restituer sur le plateau aussi clairement que possible, pour que dès qu’une question est posée, on puisse répondre immédiatement. Parce que c’est ça, un plateau de tournage : tout le monde posant en permanence des questions. Où est la caméra ? Quelle lentille on utilise ? Où va cette lumière ? Comment je joue cette scène ? Qu’est-ce que je dois porter ? Personne ne connaît la réponse… Tu portes ça. La lumière va là. La caméra ici. On utilise une lentille 15 mm. Tu vas jouer comme ça… Tu dois avoir toutes ces choses en tête et être capable de les reproduire sur le plateau. Je pense – en tout cas dans mon cas – que faire un film sans savoir tout ça a une grande chance de ne pas fonctionner. Parce qu’il n’y a pas de capitaine à bord du navire. Ca ne veut pas dire qu’on doit être un commandant, hurler sur tout le monde et être un connard, ça veut juste dire qu’il faut avoir confiance dans ce qu’on fait, savoir où on va et maintenir le cap.</p>
<p>&nbsp;<br />
The Vigil <em>de Keith Thomas, avec Dave Davis, Menashe Lustig, Lynn Cohen… Etats-Unis, 2019. Sortie le 29 juillet.</em></p>
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