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	<title>Grand Écart &#187; surréalisme</title>
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	<description>Étirements cinéphiles</description>
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		<title>Rencontre avec Guy Maddin</title>
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		<pubDate>Tue, 15 Dec 2015 07:33:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>JNB</dc:creator>
				<category><![CDATA[Portraits]]></category>
		<category><![CDATA[Apichatpong Weerasethakul]]></category>
		<category><![CDATA[Canada]]></category>
		<category><![CDATA[Charlotte Rampling]]></category>
		<category><![CDATA[Guy Maddin]]></category>
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		<category><![CDATA[surréalisme]]></category>

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		<description><![CDATA[Ce 16 décembre, vous êtes plutôt <em>Star Wars VII</em> ou <em>La Chambre interdite</em> ? On va vous aider à choisir en compagnie de Guy Maddin, cinéaste génial.]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: right;font-size:90%;"><em>Merci à <a href="http://www.grand-ecart.fr/auteur/yvan/" target="_blank">Yvan</a> pour sa collaboration et sa traduction</em></p>
<h3>Le collage fou, fou, fou</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2015/12/guy-maddin.jpg" alt="Guy Maddin" title="Guy Maddin" width="194" height="280" class="alignleft size-full wp-image-22682" /><strong>Tout le monde le sait, <em><a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/star-wars-episode-7-reveil-force-jj-abrams/" title="Star Wars VII : le réveil de la Force, de J.J. Abrams" target="_blank">Star Wars VII</a></em> sort le 16 décembre et va littéralement envahir la planète cinéma.</strong> <em>« Génial »</em>, diront les (nombreux) uns, <em>« Oh non, qu&#8217;est-ce que je vais bien pouvoir aller voir au cinéma »</em>, souffleront les (quelques) autres. Pas d&#8217;inquiétude ! Ce même 16 décembre de l&#8217;an 15 sort <em><a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/chambre-interdite-guy-maddin-evan-johnson/" title="La Chambre interdite, de Guy Maddin et Evan Johnson" target="_blank">La Chambre interdite</a></em>, qui va (évidemment) détrôner <em>Star Wars</em> au box-office.</p>
<p>D&#8217;un côté, une grosse machine hollywoodienne attendue depuis dix ans, pleine d&#8217;acteurs trop payés et de fonds verts. De l&#8217;autre, la plus belle poésie qui soit et un pari totalement fou : reprendre les films « perdus » (parce que disparus dans les affres du temps ou jamais réalisés) d&#8217;une multitude de réalisateurs classiques, tourner une séquence pour chacun de ces films, et ensuite coller le tout. Les fragments de chaque film ont été tournés en public et en deux temps lors de l&#8217;installation <em>Séances</em> (parfois appelée <em>Spiritismes</em>), au Centre Pompidou en 2012 puis au Centre Phi de Montréal en 2013. Résultat &#8211; en deux temps aussi : d&#8217;abord ce long-métrage, <em>La Chambre interdite</em><a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/chambre-interdite-guy-maddin-evan-johnson/" title="La Chambre interdite, de Guy Maddin et Evan Johnson" target="_blank"></a>, collage hallucinant et fascinant, puis, tout au long de l&#8217;année 2016, un site Web qui permettra de visionner des courts-métrages aléatoires et éphémères. <span id="more-22649"></span></p>
<p>Au centre de ce projet pharaonique et fantasque, Guy Maddin, cinéaste canadien de l&#8217;étrange, riche d&#8217;une œuvre unique (<em><a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/ulysse-souviens-toi-keyhole-guy-maddin/" title="Ulysse, souviens-toi !, de Guy Maddin" target="_blank">Ulysse, souviens-toi !</a></em>, <em>The Saddest Music in the World</em>, <em>Des trous dans la tête</em>&#8230;), dont l&#8217;imagination et le désir de se renouveler semblent sans limite. Impatients de le rencontrer, on l&#8217;était. On s&#8217;imaginait quelqu&#8217;un de très sérieux quand il s&#8217;agit de parler d&#8217;art et de cinéma, d&#8217;un peu sombre &#8211; à l&#8217;image de ses films &#8211; et de distant, et on a eu tout l&#8217;inverse : Guy Maddin est pétri d&#8217;humilité et d&#8217;autodérision, drôle, volubile, passionnant&#8230; et un peu fou. Rencontre dans une galaxie très lointaine.</p>
<p>&nbsp;<br />
<strong>Saviez-vous déjà au moment du tournage au Centre Pompidou que le projet deviendrait un long-métrage ?</strong></p>
<p>Non. Je l’ai compris avant de tourner au Centre Phi. En fait, le seul moyen d’obtenir des financements pour ce projet Internet était d’en faire aussi un long-métrage. On a donc continué de travailler sur <em>Séances</em>, le projet Web, tout en amassant du matériau supplémentaire pour en faire <em>La Chambre interdite</em>. </p>
<p><strong>Vous croyez vraiment au spiritisme ou c’est juste de la performance ?</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2015/12/chambre-interdite-maddin-spiritisme.jpg" alt="La Chambre interdite, de Guy Maddin" width="280" height="140" class="alignright size-full wp-image-22696" />Si je me trouvais en pleine nuit dans une maison hantée avec des bruits inquiétants, une tempête à l’extérieur, que je sentais la main de quelqu’un sur mon épaule, je serais mort de peur, mais je n’imaginerais pas une seconde qu’il s’agirait d’un fantôme ! En revanche à partir du moment où j’ai une caméra entre les mains, d’une certaine manière, je crois aux fantômes… Les fantômes sont un procédé littéraire et filmique idéal pour parler des souvenirs, de la mémoire, la culpabilité, l’envie, l’amour qu’on a pour ses proches décédés, des lieux importants pour soi… Quand on tient une caméra, c’est bien de croire à ça. Dire que l’on croit aux fantômes, c’est la même chose que dire que l’on croit au cinéma. Quand on va dans une salle, les lumières s’éteignent et on a envie d’être enchanté par le film. On est dans le noir, on a envie de prendre plaisir ; parfois c’est le cas, les lumières se rallument et alors, on décide de croire ou non aux fantômes qu’on vient de voir.</p>
<p><strong>Tourner en public, c’est comment ?</strong></p>
<p>C’est fabuleux. J’avais déjà fait quelques shows en live avec mes films : Des trous dans la tête par exemple, où il y avait un orchestre et des effets spéciaux live, et il y avait un narrateur sur Winnipeg mon amour. Je me sentais comme un showman, ça me donnait l’impression de pouvoir contrôler le niveau d’implication du public, de pouvoir garantir que tout le monde s’amuse et que personne ne s’ennuie et ne sorte. Avec La Chambre interdite, ça a commencé comme ça : j’essayais de créer une ambiance de show sur le plateau pendant le tournage, pour que tout le monde se sente bien et pas sur quelque chose de pro et sérieux. Et à un moment donné ça marche : le public oublie la présence des caméras, les acteurs et le réalisateur oublient la présence du public, c’était génial. Seuls quelques petits incidents nous rappelaient qu’on était en présence du public : des quintes de toux, le regard d’un type me fixant sans arrêt pendant trois jours, même de la nourriture tombant d’un étage sur Charlotte Rampling ! Charlotte a d’ailleurs participé pendant quatre jours, elle a fait quatre films perdus mais n’apparaît que brièvement dans <em>La Chambre interdite</em>. On en garde pas mal pour le Web !</p>
<p><strong>Comment s’est passé le casting des acteurs à Pompidou ?</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2015/12/tournage-chambre-interdite-guy-maddin.jpg" alt="Guy Maddin lors des séances de Spiritismes" title="Guy Maddin lors des séances de Spiritismes" width="280" height="187" class="alignleft size-full wp-image-22685" />J’avais un agent qui connaissait bien mon univers et le milieu des acteurs parisiens. Il a su qui pouvait convenir à mon style de films et au côté assez fou du projet. Il a organisé plusieurs rencontres, et j’ai tenté d’expliquer à chacun la nature du projet. Tout le monde a dit oui. Le seul qui n’a pas pu, et que je n’ai pas rencontré, c’est Frederick Wiseman, qui vivait alors à Paris. C’est très drôle d’ailleurs, parce que j’ai maintenant un poste d’enseignant à Harvard à Boston, où il vit également… Je le vois parfois. Peut-être que je vais l’attendre la prochaine fois, j’aurai ma caméra et je le filmerai en train de sortir ses poubelles !</p>
<p><strong>Comment avez-vous présenté le projet aux acteurs ?</strong></p>
<p>Ça prenait à chaque fois beaucoup de temps&#8230; Il n’y a pas d’explication en une phrase ! Je n’ai jamais trouvé la meilleure façon de le présenter. J’ai toujours entamé de manière différente, en finissant quand même par retomber sur mes pieds. J’étais plus loquace et plus vif à l’époque, je devais donner l’impression que je savais ce que je faisais ! En tout cas, ils ont accepté, mais ça date d’il y a tellement longtemps maintenant, je suis sûr qu’ils ont oublié entre-temps ! Ils ne s’en souviendront plus en le revoyant, surtout que l’image elle-même a été altérée.</p>
<p><strong>Chaque séquence est construite à partir d’un film perdu : d’où vient ce pari totalement fou ?</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2015/12/affiche-originale-chambre-interdite-forbidden-room.jpg" alt="The Forbidden Room aka La Chambre interdite" title="The Forbidden Room aka La Chambre interdite" width="189" height="280" class="alignright size-full wp-image-22678" />Ça a commencé il y a plusieurs années. Je lisais beaucoup d’ouvrages au sujet de mes réalisateurs préférés, et à la fin des livres on trouve souvent une section sur les films qu’ils n’ont jamais terminés ou qui ont été perdus. Parallèlement, au début des années 1990, pour une raison qui m’échappe encore aujourd’hui, je refaisais ces films perdus. Et puis en 2010, je me suis rendu compte que le Web était le support parfait pour parler des films perdus : on peut facilement y diffuser des courts-métrages, faire interagir des fragments, comme si on convoquait des esprits pendant une séance de spiritisme… Les fragments vont se combiner encore et encore pour former de nouveaux films. </p>
<p><strong>C’est le principe du site à venir, dédié au projet…</strong></p>
<p>Oui, il va coller des fragments de manière aléatoire les uns avec les autres et modifier la musique, les couleurs. Le premier film généré par le programme s’appelait <em>Wise Trumpets of the Milky Milk Night</em> ; il durait environ 10 minutes. Je l’ai regardé, puis le programme l’a détruit à jamais ! C’est un programme qui crée un nouveau film à partir de matière perdue et le reperd ensuite. Il y aura une liste exhaustive de tous les titres ainsi créés et perdus. Ça sera comme un Père-Lachaise des films Internet… </p>
<p><strong>Comment avez-vous choisi les films perdus qu’on trouve dans <em>La Chambre interdite</em> ?</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2015/12/udo-kier-guy-maddin-chambre-interdite-strength-of-moustache.jpg" alt="Udo Kier dans La Chambre interdite" title="Udo Kier dans La Chambre interdite" width="280" height="158" class="alignleft size-full wp-image-22686" />J’ai choisi ceux qui semblaient faisables avec notre budget <a href="#ref">(1)</a>. Il y avait beaucoup de kammerspiel <em>[films intimistes allemands des années 1920, ndlr]</em>. On a appris à faire avec pas grand-chose et en public, donc on a choisi des histoires avec peu d’acteurs, qui pouvaient être tournées en intérieur. En arrivant à Montréal, on avait trouvé un moyen pour que les intérieurs ressemblent à des extérieurs… Enfin, à peu près… On avait prévu de tourner également dans d’autres villes, mais le projet s’est effondré, ça demandait trop d’argent, c’était trop fou ! Il devait y avoir un tournage au MOMA à New York, un autre à Winnipeg, ma ville natale, ou encore à la Biennale de Sao Paulo. Quoique ce dernier, c’est moi qui l’aie fait capoter ! Au moment où on devait tourner, il y a eu une montée énorme des meurtres dans la ville, du jamais vu. J’y avais déjà été auparavant et j’avais été témoin de deux kidnappings… Bref, je n’avais plus du tout envie d’y aller ! Et les autres tournages à Winnipeg et New York, ce sont mes producteurs qui les ont laissé filer… Ils n’étaient pas très bons… Mais, soit ! J’ai un film et un site, c’est assez… Mais j’écris tout de même un essai sur tous les titres perdus que je n’ai pas pu réaliser. Je vais peut-être prétendre les avoir tournés, c’est plus facile que de les tourner pour de vrai !</p>
<p><strong>Certaines séquences sont tellement folles que c’est dur d’imaginer qu’il s’agit de vrais films, par exemple avec <em>The Strength of a Moustache</em>, de Mikio Naruse…</strong></p>
<p>Oui, c’est pourtant le cas ! Mais on ne sait pas grand-chose sur ce film… Il y a aussi <em>Fist of A Cripple</em> et <em>Dream Woman</em>, qui sont des films que j’avais vraiment envie de voir, il a donc fallu que je les tourne !  </p>
<p><strong>Vous pensez que, d’où ils sont, les réalisateurs vous voient et vous sont reconnaissants d’avoir sorti leurs films de l’oubli ?</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2015/12/la-chambre-interdite-mathieu-amalric-dream-woman-alice-guy.jpg" alt="Mathieu Amalric et Ariane Labed dans La Chambre interdite" title="Mathieu Amalric et Ariane Labed dans La Chambre interdite" width="280" height="158" class="alignright size-full wp-image-22683" />Il existe un proverbe anglais qui dit que l’imitation est la plus sincère forme de flatterie. J’espère qu’ils voient ça comme un hommage, un geste d’amour. Je devrais peut-être faire un pèlerinage sur leurs tombes maintenant, et y déverser des pixels, pour faire un geste et m’assurer de la bienveillance de leurs esprits ! Quoique se rapprocher trop de leur corps est peut-être une mauvaise idée, si une main jaillit soudain du sol et m’agrippe. Imaginez l&#8217;esprit furieux d’un réalisateur japonais ! Non, je vais les laisser en paix, au pire j’attendrai que leurs avocats morts viennent me chercher des noises…</p>
<p><strong>On a souvent l’impression que vos films parlent de vous ; pourtant avec <em>La Chambre interdite</em>, on dirait plutôt que vous parlez des autres…</strong></p>
<p>Souvent on avait une vague idée de la trame, parfois une affiche, voire juste le titre… Parfois je rêvais de mes angoisses la nuit avant d’écrire un scénario, donc j’y ajoutais cette part de moi ; parfois encore, il s’agit d’histoires qui me sont arrivées. Les deux segments avec Mathieu Almaric – l’un basé sur le film d’Alice Guy-Blaché, <em>Dream Woman</em>, et l’autre sur <em>Blue Mountain Mystery</em> de Lotty Liel – sont en fait réalisés à partir d’événements de ma propre vie… C’est comme pour le film de Mikio Naruse, <em>The Strength of a Moustache</em> : j&#8217;étais jeune quand mon père est mort, je rêvais tout le temps qu’il revenait pour récupérer des choses… A chaque fois j’oubliais son enterrement, et j’étais content de le voir réapparaître, de le savoir en vie, et je me disais que j’avais une minute à peine pour le persuader de rester. Mais il repartait toujours avec son autre famille, c’était une visite très brève. Ce souvenir se retrouve dans le film. Dans tous ces fragments il y a des obsessions comme la peur du vagin, c’est beaucoup lié au courage masculin, comme la plupart de mes rêves… </p>
<p><strong>Que répondez-vous à ceux qui considèrent que <em>La Chambre interdite</em> est un film en bordel ?</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2015/12/chambre-interdite-guy-maddin-brain.jpg" alt="La Chambre interdite, de Guy Maddin" title="La Chambre interdite, de Guy Maddin" width="280" height="156" class="alignleft size-full wp-image-22680" />Je dirais que c’est très bien vu ! Je suis complètement d’accord. Après avoir vu le film, je voudrais que les gens se sentent comme s’ils avaient été rejetés par les flots sur le rivage, ayant à peine survécu à la noyade dans le tourbillon de la narration. Je voulais qu’il y ait une impression de « trop-plein ». Un film qui se replonge dans des œuvres perdues ne pouvait pas être mignon ni court… Il fallait que les gens aient l’impression d’être passés par beaucoup de choses. Il fallait qu’il soit trop long. J’ai toujours lutté pour réduire la durée de mes films, et souvent j’ai échoué. J’aimerais que mes films soient plus concis, qu’ils aient un rythme plus soutenus, qu’ils soient plus courts. Et celui-ci donnera fatalement l’impression d’être trop long… Mais c’est ainsi ! J’aurais été encore plus déçu si après tout ce travail, le film m’avait paru trop court !</p>
<p><strong>D’après vous, qu’est-ce qu’on doit trouver dans un bon film ?</strong></p>
<p>C’est très compliqué, ça ! J’aime les films très populaires – l’un de mes films préférés de ce siècle est <em>Mission : Impossible 4</em> – mais j’aime aussi <em>Cuadecuc, Vampir</em>, un documentaire d’avant-garde sur le tournage du <em>Dracula</em> de Jess Franco. Le réalisateur, Pere Portabella, a placé sa caméra à côté de celle de Franco et a fait en douce son propre film ! Puis il a enlevé tous les dialogues, ça donne quelque chose de très étrange. J’aime aussi l&#8217;installation de Martin Arnold, <em>Deanimated</em>. Il a pris un film avec Bela Lugosi, <em>The Invisible Ghost</em>, et a enlevé numériquement les acteurs et les dialogues pour qu’il ne reste que la caméra qui avance dans des couloirs sombres et vides avec la musique qui va crescendo, sans aucune interaction à l’écran. Ca ne dure que 48 minutes, mais on a l’impression que ça dure deux heures, j’adore ce film. J’aime aussi les films oscarisés des années 1930. Bon, vous avez remarqué que j’ai des goûts très éclectiques, mais ça ne répond pas du tout à votre question…</p>
<p><strong>Oui, mais c’est intéressant.</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2015/12/roy-dupuis-chambre-interdite-sous-marin-guy-maddin.jpg" alt="Roy Dupuis dans La Chambre interdite" title="Roy Dupuis dans La Chambre interdite" width="280" height="151" class="alignright size-full wp-image-22684" />Je pense qu’un metteur en scène doit savoir exactement ce qu’il fait et le faire très bien, ou ne rien savoir et faire un film complètement fou, ou même un mélange des deux ! J’aime qu’un film soit excentrique, surprenant par sa sophistication ou son étrangeté, j’aime être enchanté par ce que j’ai en face de moi. Voilà, la version concise, c’est ça : j’ai envie d’être pris ! Et dans ce cas, je veux bien faire des efforts pour rester éveillé et concentré. Je me rends bien compte que ma réponse est un vrai bordel, mais c’est la première fois qu’on me pose cette question…</p>
<p><strong>Donc vous aimez les films qui vont jusqu’au bout ?</strong></p>
<p>Oui… Bien sûr, un film qui n’est que fou, c’est très déprimant au bout d’un moment… Il y a ce film japonais, <em>Hausu</em>, de Nobuhiko Obayashi ; j’étais à Harvard quand il l’a présenté. C’est un film qui va au bout de sa folie, qui invente des règles pour les briser deux secondes après. A la fin, le spectateur est épuisé, et face à une pile de règles brisées encore fumantes… Jean Vigo fait un peu la même chose à sa manière. C’est un peu ce que j’ai envie de faire dans mes films, mais ensuite je réalise à quel point un film est un organisme complexe, que je risque de déséquilibrer totalement en faisant ça. Parfois je m’attache plus à l’ambiance, à la musique, la logique ou même au jeu des acteurs, et j’oublie d’autres aspects… C’est compliqué ! Mais j’apprends doucement, je suis déterminé – c’est déjà ça. Si jamais je pouvais atteindre l’âge de 120 ans, je pense qu’en l’an 2075 je ferais de supers films ! Du côté de mon père, les gens meurent jeunes : aujourd’hui <em>[ndlr : le 27 novembre 2015]</em>, j’ai 117 jours de plus que mon père à sa mort. Du côté de ma mère les gens meurent vieux, mais dans des fusillades ou des choses comme ça, des triangles amoureux… Si jamais je me fais vieux, j’essaierai d’éviter les triangles amoureux, ou si je trompe quelqu’un je vérifierai qu’elle ne possède pas un gros arsenal.</p>
<p><strong>En France, <em>La Chambre interdite</em> sort le même jour que <em>Star Wars VII</em> : c’est un hasard ? </strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2015/12/chambre-interdite-clara-furey-guy-maddin.jpg" alt="Clara Furey dans La Chambre interdite" title="Clara Furey dans La Chambre interdite" width="280" height="158" class="alignleft size-full wp-image-22679" />Non, c’est fait exprès, on va faire quoi ? Se coucher ? Moi je dis <em>« Vas-y </em>Star Wars<em>, montre ce que tu as dans le ventre ! »</em> Plus sérieusement, aux Etats-Unis il y a ces saisons formatées pour la sorties des blockbusters, en été et à Noël. Ce sont des périodes vraiment surchargées. Les autres films, les petits films d’art et essai comme le mien, sortent toujours en dehors de cette période-là. C’est donc un grand moment de ma carrière ! J’adore ! Imaginez juste une seconde que tout le monde se trompe et qu’on s’aperçoive que <em>La Chambre interdite</em> a battu <em>Star Wars</em> au box-office ? C’est le début d’une nouvelle Révolution française…</p>
<p><strong>Apichatpong Weerasethakul a déclaré qu’il adorerait réaliser un jour un gros film avec plein d’explosions, comme il les aime parfois en tant que spectateur. Et vous ?</strong></p>
<p>Je ne sais pas&#8230; Je n’ai toujours pas rencontré Apichatpong, mais de temps à autre il envoie un tweet à mon sujet, c’est très gentil et j’aime beaucoup ses films. On se rencontrera un de ces jours ; d’ailleurs on a déjà été dans le même bâtiment une fois, c’était un magasin de DVD à Chicago, et il m’a fait passer un mot par un vendeur. J’ai répondu mais on n’a pas eu l’occasion de se voir. Et quand j’ai présenté <em>La Chambre interdite</em> au TIFF, il a tweeté qu’il avait hâte de le voir. Peut-être que si je fais un gros film à explosion un jour, il pourra venir sur le tournage et on fera exploser les bombes ensemble !</p>
<p><strong>Quel type de spectateur êtes-vous ?</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2015/12/chambre-interdite-volcan-guy-maddin.jpg" alt="La Chambre interdite, de Guy Maddin" title="La Chambre interdite, de Guy Maddin" width="280" height="158" class="alignright size-full wp-image-22697" />Je ne vais pas souvent seul au cinéma. Un peu plus, récemment, parce que j’enseigne à Harvard et qu’ils ont une très bonne cinémathèque, donc je m’habitue à y aller seul, mais avant j’avais toujours besoin d’être accompagné. Ce qui fait que je vais parfois au cinéma tous les jours, puis des mois entiers passent sans que j’y aille. J’ai donc des lacunes bizarres dans ma cinéphilie. Par exemple je n’ai pas vu les cinq derniers épisodes de <em>Star Wars</em>, il faut que je rattrape tout ça ! J’aime bien aller dans de bonnes salles, des vraies salles art et essai. A Winnipeg, il n’y en a pas. C’est pour ça que j’adore Paris : quand on tournait ici, j’allais tous les soirs au cinéma. Mon éducation cinématographique s’est fait beaucoup par la VHS, c’est donc super de voir ensuite ces films au cinéma. Enfant, j’y allais le matin et j’y passais la journée entière. Je me souviens d’une fois où je suis allé au cinéma en maillot de bain ! J’avais froid avec l’air climatisé, mais en sortant le soir il faisait chaud, alors je me suis réchauffé sur le chemin du retour. C’était une période étrange et enchantée, parfois je voyais six fois le même film…</p>
<p><strong>Quel est votre plus vieux souvenir de cinéma ?</strong></p>
<p>C’était dans un drive-in où mon frère m’avait emmené avec sa copine. Ils étaient à l’avant et moi à l’arrière, et il n’a fait que l’embrasser pendant tout le film. On regardait <em>Les Mille et Une Nuits</em>, avec Maria Montez. C’était sublime, mais on était en hiver et toute cette embrassade provoquait de la buée sur le pare-brise qui gelait… A la fin, je voyais Maria Montez à travers un halo de gel brumeux !</p>
<p>&nbsp;<br />
La Chambre interdite<em> (The Forbidden Room) de Guy Maddin et Evan Johnson, avec Amira Casar, Maria de Medeiros, Udo Kier, Mathieu Amalric, Charlotte Rampling, Jean-François Stévenin, Jacques Nolot, Géraldine Chaplin, Adèle Haenel, Louis Negin&#8230; Canada, 2015. Sortie le 16 décembre 2015.</em></p>
<p><a href="#ref" name="ref"></a><br />
<em>(1) Liste des films tournés à Paris et Montréal :<br />
<strong>A Paris :</strong></p>
<ul>
<li>Dream Woman (Alice Guy-Blaché, 1914, Etats-Unis)</li>
<li>Thérèse Raquin (Jacques Feyder, 1928, Allemagne)</li>
<li>Gardener Boy Sought (George Schnéevoigt, 1913, Danemark)</li>
<li>Poto-Poto (Erich von Stroheim, non-réalisé)</li>
<li>Rausch [Intoxication] (Ernst Lubitsch, 1919, Allemagne)</li>
<li>The Strength of a Moustache (Mikio Naruse, 1931, Japon)</li>
<li>Lines of the Hand (Jean Vigo, non-réalisé)</li>
<li>Over Barbed Wire (Aleksandr Dovzhenko, URSS, non-réalisé)</li>
<li>Fist of a Cripple (Tetos Dimitriadis, 1930, Grèce)</li>
<li>Blue Mountains Mystery (Lottie Lyell, 1921, Australie)</li>
<li>Idle Wives (Lois Weber, 1916, Etats-Unis)</li>
<li>Resurrection of Love (Kenji Mizoguchi, 1923, Japon)</li>
<li>Tararira (lost Benjamin Fondane, 1936, Argentine)</li>
<li>Bits of Life (Lon Chaney, Sr. &#038; Anna May Wong, 1921, Etats-Unis)</li>
<li>Ladies of the Mob (William Wellman, 1928, Etats-Unis)</li>
<li>Hello Pop! (Jack Cummings, 1933, USA)</li>
<li>Sperduto nel buio [Lost in the Dark] (lost Nino Martoglio, 1914, Italie)</li>
<li>The Blind Man (Alfred Hitchcock, non-réalisé)</li>
<li>How to Take a Bath (Dwain Esper sexploitation film, 1937, Etats-Unis)</li>
</ul>
<p><strong>A Montréal :</strong></p>
<ul>
<li>Saint, Devil and Woman (Frederick Sullivan, 1916)</li>
<li>Tokyo’s Ginza District (Tsunekichi Shibata, 1898, Japon)</li>
<li>Gabriele, the Lamplighter of the Harbour (Elvira Notari, 1919, Italie)</li>
<li>Der Janus-kopf (F.W. Murnau, 1920, Allemagne)</li>
<li>Women Skeletons (Guan Heifeng, 1922, Chine)</li>
<li>Scout Day (Albert Tessier, 1929, Canada)</li>
<li>The Scorching Flame (1918, Armand Robin, Canada)</li>
<li>The Red Wolves (Joseph Roth)</li>
<li>Trumpet Island (1920, Tom Terriss, Etats-Unis)</li>
<li>Drakula Halala (1921, Károly Lajthay, Hongrie)</li>
<li>Dalagang Bukid (1919, José Nepomuceno, Philippines)</li>
</ul>
<p></em></p>
<p><center><script type="text/javascript" src="//www.ultimedia.com/deliver/generic/js/mdtk/01200383/src/5vq383/zone/2/showtitle/1/"></script></center></p>
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		<title>Ulysse, souviens-toi !, de Guy Maddin</title>
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		<pubDate>Tue, 16 Oct 2012 10:52:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>JNB</dc:creator>
				<category><![CDATA[Films]]></category>
		<category><![CDATA[Canada]]></category>
		<category><![CDATA[Guy Maddin]]></category>
		<category><![CDATA[surréalisme]]></category>

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		<description><![CDATA[Haut les cœurs ! <em>Ulysse, souviens-toi !</em> sort cette semaine en DVD, c'est l'occasion de voir un excellent film si ce n'est pas déjà fait. Et aussi de découvrir des bonus tout aussi excellents...

Regarder un film de Guy Maddin est toujours une expérience fascinante, une sorte de retrouvaille avec un cinéma quasiment disparu. <em>Ulysse, souviens-toi !</em>, plus classique a priori, ne fait pas exception...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2012/02/affiche-ulysse-guy-maddin.jpg" alt="Ulysse, souviens-toi !, de Guy Maddin" title="Ulysse, souviens-toi !, de Guy Maddin" width="210" height="280" class="alignleft size-full wp-image-5387" />Regarder un film de Guy Maddin est toujours une expérience fascinante, une sorte de retrouvaille avec un cinéma quasiment disparu. Si <em>Ulysse, souviens-toi !</em> a été entièrement tourné en numérique, Guy Maddin est avant tout un cinéaste de la débrouille, habitué à filmer en super-8 et à pallier le manque de moyens par une créativité inattendue. En jouant sur le grain de l’image et en donnant une place primordiale au montage, il atteint un résultat unique et remarquable. Car rien ne ressemble plus à un film de Guy Maddin qu’un film de Guy Maddin. L’affirmation est à entendre avec la plus grande déférence : Maddin est l’un des rares cinéastes actuels à savoir faire fi d’interrogations commerciales, d’une esthétique lissée et de codes normatifs. On pourrait le rapprocher d’un autre bricoleur de génie qui sort ses films de ses rêves, Michel Gondry, et même de David Lynch, dont l’univers de <em>Twin Peaks</em> n’est jamais loin de celui de Maddin. Mais il est surtout un héritier du surréalisme, et on pense volontiers à Luis Buñuel (époque <em>Un chien andalou</em>) ou à Alejandro Jodorowsky, pape du film-drogue – comprendre, un film qui fait le même effet qu’une prise massive de stupéfiants.</p>
<p>Dire que Guy Maddin parsème son œuvre d’éléments autobiographiques serait injuste et réducteur : inspiré par un imaginaire onirique riche, le cinéaste y croise forcément les figures, les lieux et les thèmes qui font partie de sa vie. Mais les transforme, les tord à la façon de Dali ou Ernst, liant l’humour à l’horreur. Guy Maddin convoque ses fantômes, à commencer par son père, qu’il a perdu lorsqu’il avait 21 ans. A travers toute son œuvre plane la figure paternelle : absente (<em>Des trous dans la tête</em>), œdipienne (<em>The Dead Father</em>), faible (<em>Et les lâches s’agenouillent…</em>), moquée (<em>The Saddest Music in the World</em>) ou fantasmée (<em>Ulysse, souviens-toi !</em>), elle n’est jamais le thème du film mais toujours un catalyseur, qui sonne comme l’éternel regret d’un fils de n’avoir pas connu suffisamment son géniteur. <span id="more-5384"></span></p>
<p>John Ford disait : <em>&#8220;Quand la légende dépasse la réalité, imprimez la légende.&#8221;</em> Cet adage, Guy Maddin se l’est approprié, constituant d’ailleurs ainsi un autre point commun avec Alejandro Jodorowsky, dont le livre <em>L&#8217;Arbre du dieu pendu</em> relate la vie fantasmée de ses parents. En cela, les films de Guy Maddin n’ont finalement que peu d’éléments autobiographiques véritables, puisque tout y est mélangé, modifié, revécu. Même dans le faux documentaire <em>Winnipeg, mon amour</em>, qu’il consacre à la ville où il a grandi, Maddin confère aux éléments une existence propre et fluctuante. Au lieu de décrire tristement la réalité, le cinéaste la transcende et la rend fabuleuse, toujours sensuelle (et sexuelle). Impossible, alors, de détacher de ses films le rêve de la réalité. Ils constituent tous un triomphe de l’imagination ; à l’impossibilité de démêler le vrai du faux s’ajoute la faculté du réalisateur d’étirer le temps, de faire des ellipses, de sauter du passé au présent, de rendre possibles tous les paradoxes. Le cinéma comme fantasmagorie &#8211; celle de Georges Méliès notamment &#8211; survit grâce au travail de Guy Maddin. Même lorsqu’il jalonne son récit de codes aisément identifiables, il parvient à surprendre. </p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2012/02/ulysse-jason-patric.jpg" alt="Jason Patric dans Ulysse, souviens-toi !" title="Jason Patric dans Ulysse, souviens-toi !" width="280" height="141" class="alignright size-full wp-image-5388" />Ainsi, <em>Ulysse, souviens-toi !</em>, a priori plus réaliste que ses précédentes fictions, commence comme un film de gangsters, pour virer rapidement au film de maison hantée, puis à l’introspection délirante. Ulysse (Jason Patric, surprenant) tente de rassembler ses souvenirs pour retrouver sa famille et sa femme Hyacinth (Isabella Rossellini, muse tantôt magnifiée, tantôt monstrueuse de Guy Maddin), qu’il a abandonnées il y a fort longtemps. L’odyssée qu’il doit entreprendre pour retrouver les siens passe alors par la recherche des objets et des lieux familiers, imprégnés des souvenirs du passé. Le titre original, <em>Keyhole</em> (« le trou de serrure » par lequel regarde Ulysse avant d’entrer dans une pièce), rend davantage justice au monde labyrinthique du cinéaste. Ici, chaque pièce ouvre sur un fragment du cerveau ramolli du papa absent et file la métaphore de <em>L’Odyssée</em> &#8211; la recherche de l’épouse et du fils, la jalousie de la nymphe. Guy Maddin avoue s’être nourri autant d’Homère que de Gaston Bachelard pour réaliser <em>Ulysse, souviens-toi !</em>. Avec <em>La Poétique de l’espace</em> de Bachelard, le réalisateur a découvert la poésie, les souvenirs et les fantômes qui se cachent dans chaque recoin familier, et a décidé d’en faire un film.</p>
<p>Ulysse murmure : <em>« Je ne suis qu’un fantôme, mais un fantôme n’est pas rien… »</em> Chez Maddin, la force poétique vient de situations diverses : amputations, enquête policière, adultère et autres déviances sexuelles, amnésie, et désormais, retraite de gangsters. L’extraordinaire survient toujours là où on l’attend le moins. D’un film à l’autre, Guy Maddin explore son subconscient, qu’on croirait (et qu’on espère) illimité, et réinvente son propre cinéma. De <em>Archangel</em> à cet <em>Ulysse, souviens-toi !</em>, l’univers de Guy Maddin est immense, génial et sans égal, sans jamais tomber dans la redite. Qu’est-ce qui ressemble le moins à un film de Guy Maddin ? Un film de Guy Maddin…<br />
&nbsp;</p>
<h4>Les bonus du DVD <em>Ulysse, souviens-toi !</em></h4>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2012/02/glorious-guy-maddin-louis-negin.jpg" alt="La glorieuse orgie de Glorious, de Guy Maddin" title="La glorieuse orgie de Glorious, de Guy Maddin" width="280" height="139" class="alignleft size-full wp-image-9690" />Non content de détenir la précieuse œuvre de Guy Maddin, ED Distribution agrémente chaque DVD du metteur en scène canadien de nombreux bonus : commentaires, interviews, making of, documents divers et courts-métrages. L’essentiel de la filmographie de Maddin étant d’ailleurs composé de formats courts, l’acquisition de ses DVD est une incomparable mine d’or pour qui veut mieux connaître son travail. <em>Ulysse, souviens-toi !</em> ne déroge pas à la règle, puisqu’on y trouve largement de quoi prolonger l’expérience du film. Deux interviews et trois courts-métrages sont présents sur la galette : <em>F’Hole</em> est signé Eric Perlman, quand <em>Glorious</em> et <em>Send me to the ‘Lectric Chair</em>, réalisés en 2009 par Guy Maddin, s’inscrivent dans l’univers du réalisateur. </p>
<p><em>Glorious</em> est l’histoire d’un mafieux au crépuscule de sa vie et d’hommes de main armés jusqu’aux dents. Une vision hallucinée en plusieurs tableaux, aux trouvailles visuelles riches et à l’érotisme débordant, jusqu’à l’orgie d’outre-tombe. Perversions et fantasmagorie, du pur Maddin avec la « gueule » Louis Negin. De la sensualité et des déviances, <em>Send me to the ‘Lectric Chair</em> n’en fait pas non plus l’économie. Avec la muse Isabella Rossellini qui grille, un sourire aux lèvres, sur une chaise électrique et des femmes aux danses lascives, <em>Send me to the ‘Lectric Chair</em> n’est pas sans renvoyer à la bizarrerie poétique des autres œuvres de Maddin, notamment le sublime <em>The Saddest Music in the World</em>.</p>
<p>Le troisième court, quant à lui, n’est pas signé Maddin mais Eric Perlman. <em>F’Hole</em> constitue une sorte de making of de la musique d’<em>Ulysse, souviens-toi !</em>, et mêle aux images du film celles du travail du compositeur Jason Staczek. Car la musique, souvent omniprésente dans l’œuvre de Maddin, y a surtout une place toute particulière : <em>« Le cinéma a la musique, mais il a aussi une musique visuelle. […] Il peut nous emmener en des lieux aussi nombreux et aussi lointains que la plus puissante des musiques… si seulement on s’autorisait à le regarder ainsi. »</em> Des deux interviews du réalisateur présentes sur le DVD, celle consacrée à la musique chez Maddin est fascinante et en dévoile un peu plus sur la passion créatrice du monsieur. La seconde interview, elle, insiste sur la naissance et la symbolique dans <em>Ulysse, souviens-toi !</em>… Vous l’aurez compris, les bonus sont aussi recommandés que le film. </p>
<p>&nbsp;<br />
Ulysse, souviens-toi ! <em>(Keyhole) de Guy Maddin, avec Jason Patric, Isabella Rossellini, Louis Negin, Udo Kier… Canada, 2011. Sortie en salle le 22 février 2012. Sortie DVD le 16 octobre 2012.</em></p>
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