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	<title>Grand Écart &#187; Sergei Loznitsa</title>
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	<description>Étirements cinéphiles</description>
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		<title>Rencontre avec Sergei Loznitsa</title>
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		<pubDate>Wed, 16 Aug 2017 21:19:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mathieu Menossi</dc:creator>
				<category><![CDATA[Les films de la Compétition officielle]]></category>
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		<description><![CDATA[En mai 2017, Sergei Loznitsa montait les 24 marches du palais des Festivals de Cannes pour nous y présenter, en compétition, sa <em>Femme douce</em>, troisième long-métrage de fiction. L’histoire...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h3>Odyssée infernale</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2017/05/Unefemmedouce-affiche.jpg" alt="Une femme douce, de Sergei Loznitsa" title="Une femme douce, de Sergei Loznitsa" width="206" height="280" class="alignleft size-full wp-image-25580" />En mai 2017, Sergei Loznitsa montait les 24 marches du palais des Festivals de <a href="http://www.grand-ecart.fr/pense-bete/films-competition-70e-festival-cannes-selection-jury-almodovar-2017/" title="17/05-28/05 : 70e Festival de Cannes">Cannes</a> pour nous y présenter, en compétition, sa <em><a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/une-femme-douce-sergei-loznitsa-russie/">Femme douce</a></em>, troisième long-métrage de fiction. L’histoire éreintante mais fascinante d’une descente aux enfers au cœur d’une Russie post-soviétique gangrenée par la sottise, la misère, les violences et les humiliations. Une odyssée infernale réalisée avec vigueur et rigueur par un Loznitsa plus noir que jamais, magnifiquement mise en lumière par Oleg Mutu, chef op’ hors pair et compagnon de la première heure de Sergei, et survolée de la tête et des épaules par une fantastique Vasilina Makovtseva dans le rôle de la douce femme. Sortis sonnés de la projection cannoise, pas vraiment certains d’avoir tout saisi mais convaincus d’avoir assisté à quelque chose de puissant et nécessaire, nous avons pu enfin rencontrer le réalisateur, à la veille de sa sortie en salle, le 16 août.<br />
&nbsp;<br />
&nbsp;<br />
<strong><em>Une femme douce</em> est une coproduction européenne réalisée en Lettonie… Dans quelle mesure s’agit-il pourtant d’un film profondément russe ?</strong></p>
<p>Ce type de coproduction européenne, c’est la seule façon pour moi de continuer à faire des films. Je ne pourrais pas les réaliser là-bas. En Russie, on vous dira bien évidemment que ce sont les Américains qui les financent. Mais <em>Une femme douce</em> s’adresse d’abord aux spectateurs russes. Simplement, parce qu’il s’agit également d’une œuvre artistique, les spectateurs internationaux peuvent aussi s&#8217;y intéresser.  </p>
<p><strong>Un peu effrayé mais fasciné, on ressort du film convaincu d’avoir peut-être manqué de « clés » pour tout comprendre… Qu’en dites-vous ?</strong></p>
<p>Lorsque vous vous retrouvez face à un tableau du peintre néerlandais Jérôme Bosch, que vous le regardez avec attention, je suis absolument convaincu qu’il y a plein de choses que vous ne comprenez pas. Et il y a notamment cette représentation complexe du cosmos tel que l’on se l’imaginait à l’époque mais que l’artiste a par ailleurs imprégnée de principes d’alchimie. Une représentation qui, dans l’ensemble, nous passe très largement au-dessus de la tête. Cela n’empêche pas pour autant ces toiles d’interagir sur nous. Mais si nous voulions véritablement en saisir les moindres coups de pinceau, cela nécessiterait une étude particulière et approfondie de chaque parcelle de ses tableaux. Mais, rassurez-vous, à la différence des œuvres de Bosch, mes films sont bien plus simples !<span id="more-25937"></span></p>
<p><strong>Votre film a-t-il une date de sortie prévue en Russie ? Quel est le message que vous souhaitez faire passer aux Russes ?</strong></p>
<p>En ce qui concerne le message, il est dans le film. A chacun d’y lire ce qu’il veut. Tout ce que j’y décris, chaque circonstance, chaque situation est inspirée de la vie réelle. Néanmoins, on pourra toujours s’abriter derrière le fait qu’il s’agit d’un film de fiction, que tout y a été inventé… même si ce n’est pas le cas. Cela m’a permis d’y mettre de l’humour, d’y glisser des éléments entre les lignes. Des éléments que les Russes seront bien sûr plus à même de saisir que les autres spectateurs. Si l’on prend, par exemple, la grande scène finale, le contre-point onirique, elle relève de toute l’histoire de la Russie, depuis les Bolcheviks jusqu’aux remises de décorations, aujourd’hui, au Kremlin. On y entend des discours que les Russes connaissent absolument par cœur. Simplement, j’ai opté cette fois-ci pour un point de vue ironique, ce qui ne s’était encore jamais fait dans le cinéma russe. En ce qui concerne la date de sortie du film, je ne sais pas encore… J’espère qu&#8217;<em>Une femme douce</em> sortira et j’espère aussi qu’il y aura suffisamment d’intelligence et de sens de l’humour chez les Russes pour pouvoir l’apprécier. </p>
<p><strong>Cette <em>Femme douce</em>, impassible, quasi-muette, apparaît un peu comme un robot d’exploration terrestre. Elle semble être nos yeux et nos oreilles sur un territoire où il n’est pas ou plus possible de mettre les pieds… Quelles consignes aviez-vous donné à votre actrice Vasilina Makovtseva ?</strong></p>
<p>Il y a une grande tradition, pas seulement en Russie, chez les metteurs en scène de théâtre pour montrer quelque chose à travers les yeux du héros. Ce n’est pas moi qui l’ai inventé. Je ne fais que m’inscrire dans cette tradition-là. Dans mon film, il y a donc à la fois le point de vue de l’héroïne mais aussi cet espace que j’ai envie d’étudier et sur lequel je m’avance. Compte tenu de la situation dans laquelle se retrouve cette femme, elle ne peut pas être plus active qu’elle ne l’est à l’écran pour attirer notre attention. Néanmoins, je ne pense pas que l’on puisse la qualifier de « robot », ce n’est pas tout à fait ça. Et aussi bizarre que cela puisse paraître, je n’ai rien eu à expliquer à l’actrice parce que, encore une fois, cette situation dans laquelle elle se trouve est tellement reconnaissable et connue, tellement ordinaire que c’était tout à fait clair pour elle. Les seules consignes que je lui ai données, c’était où elle devait se placer, vers où elle devait regarder… Soit plus dure ici, moins là… Pas plus. On a tourné le film dans son déroulé, avec la fatigue qui s’accumulait au fur et à mesure que nous avancions dans le récit. Et je tenais à ce que cette fatigue-là soit ressentie à l’écran. Que l’on voie qu’elle n’a pas dormi pendant plusieurs nuits et la porter ainsi jusqu’à la scène finale. On voit des cernes apparaître sous ses yeux, une posture qui commence à tomber… Mais Hitchcock avait cette réponse lorsqu’on lui demandait comment il travaillait avec les acteurs : <em>« Moi je ne travaille pas avec les acteurs, je les paye. »</em> Et Aki Kaurismäki, à la même question, répond : <em>« Moi, la seule chose que je leur dis, c’est de parler moins fort. »</em>  </p>
<p><strong>Vous êtes autant un cinéaste de fictions que de documentaires. Dans quelle mesure votre approche de la fiction empreinte-t-elle au langage documentaire, et inversement ?</strong></p>
<p>Pour moi, il n’y a pas de différence entre les deux. Simplement, le niveau de complexité n’est pas le même. Comme je n’ai pas la possibilité de lever des fonds en permanence pour tourner des films de fiction, entre les deux, il y a des pauses, assez longues, pendant lesquelles je réalise des films documentaires. Mon niveau de responsabilité est évidemment moindre dans le cadre d’un film documentaire. Je peux faire un peu plus « n’importe quoi ». Je les tourne lorsque je suis totalement libre, je n’ai donc pas besoin de convaincre qui que ce soit de ce que je fais. Je peux à ce moment-là m’essayer à différentes formes de cinéma, à différents jeux de caméra. C’est l’occasion de tenter des choses nouvelles, de faire des essais. Le cinéma documentaire me sert en quelque sorte de chambre d’expérimentation. Mon approche des films de fiction est évidemment bien moins expérimentale… pour l’instant.</p>
<p><strong>Votre film est politique, bien sûr, mais il ne se dégage finalement aucun véritable responsable-coupable de la tyrannie absurde qui semble imprégner chaque strate de la Russie d’<em>Une femme douce</em>. Comme s’il n’y avait finalement aucun moyen de remonter jusqu’aux racines du mal…</strong></p>
<p>Lorsqu’une société prend une voie qu’elle n’aurait pas dû prendre pour virer brutalement au totalitarisme, on a curieusement très souvent cette impression qu’il y a forcément un tyran responsable. Que c’est la responsabilité de quelqu’un qui, à un moment donné, a choisi d’entraîner la société dans cette direction… C’est un problème qui est notamment soulevé dans le film <em>Jugement à Nuremberg</em> de Stanley Kramer [1961, ndlr], dans lequel la question générale posée est « Que faire lorsque c’est le peuple lui-même qui choisit cette voie ? » Il y a notamment ce personnage du juge allemand incarné par Burt Lancaster. Dans le box des accusés, il répond, avec  beaucoup de raison, <em>« J’ai servi mon peuple. C’est le peuple qui a choisi ces lois-là et ma responsabilité était de bien les faire respecter. »</em> Et ce problème n’est toujours pas résolu aujourd’hui. Selon moi, ce serait évidemment trop simpliste que de dire « c’est Hitler le coupable » ou « c’est Staline le coupable », et les autres ne seraient que des victimes innocentes. Non. Tout le monde est coupable. Tout le monde est responsable. Et c’est justement parce que cette responsabilité est collective que la société est ce qu’elle est aujourd’hui. A l’image de celle décrite dans <em>Une femme douce</em>. Violente, brutale, absurde. Et ce n’est pas propre à la Russie. Le problème est général. Si un peuple s’est un jour choisi un régime démocratique, cela ne signifie pas pour autant que demain il ne s’engagera pas dans la voie de la dictature et du totalitarisme. Il s’agit donc de se battre pour la démocratie tous les jours ! Il faut la soutenir quotidiennement.</p>
<p><strong>A l’issue de votre film, il n’y a pas d’échappatoire à l’horreur, destinée à se répéter inlassablement. Pensez-vous que la Russie ait atteint un point de non-retour ?</strong></p>
<p>On a une blague, une histoire que l’on se raconte depuis dix, quinze ans&#8230; On a tous pensé qu’en Russie, on avait déjà atteint le fond… jusqu’au jour où on a finalement entendu quelqu’un qui toquait sous nos pieds… Plus sérieusement, il y a une hyperbolisation à l’intérieur du film qui fait que tout y est évidemment concentré, bien plus que dans la réalité. Mais l’important, ça reste de continuer à « montrer » afin que les gens « voient », réfléchissent. Et quitte à réfléchir, tant qu’à faire, ce n’est pas pour baisser les bras. Après, tout dépend de chacun. Les gens ont-il suffisamment de force pour changer les choses ? Le futur nous le dira. Et je n’irai pas jusqu’à dire que c’est un problème typiquement russe. On a une toute petite planète, avec peu de place pour s’y mouvoir. C’est donc un problème qui nous concerne tous…</p>
<p>&nbsp;<br />
Une femme douce <em>(Кроткая) de Sergei Loznitsa, avec Vasilina Makovtseva, Marina Kleshcheva… France, Allemagne, Pays-Bas, Lituanie, 2017. En compétition au 70e Festival de Cannes. Sortie le 16 août 2017.</em></p>
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		<title>Une femme douce, de Sergei Loznitsa</title>
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		<pubDate>Fri, 26 May 2017 17:49:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mathieu Menossi</dc:creator>
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				<content:encoded><![CDATA[<h3>Voyage au bout (du bout) de l’enfer</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2017/05/Unefemmedouce-affiche.jpg" alt="Une femme douce, Sergei Loznitsa" width="206" height="280" class="alignleft size-full wp-image-25580" />Sergei Loznitsa n’en démord pas. La Russie post-soviétique s’enfonce, sombre, se noie dans une déliquescence morale que rien ne semble pouvoir freiner. Et tel un Ulysse passablement échauffé, le réalisateur biélorusse n’est pas encore prêt à s’en retourner plein d’usage et de raison, préférant enquiller les odyssées implacables à travers une Russie frelatée. De quoi presque faire passer le cinéma d’Andreï Zviaguintsev pour un doux sirop d’orgeat. C’est en 2010 que Loznitsa, après avoir fait ses armes à l’école du documentaire (son <em>Maidan</em> de 2014 prouve qu’il ne l’a pas quittée), s’essayait à un premier récit de fiction avec <em>My Joy</em>, riche et exigeant voyage spatio-temporel à bord d’un camion dans une Russie rongée par la violence et la corruption, la prostitution et le crime. Il reprenait le large trois ans plus tard pour son émouvant parcours <em><a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/dans-la-brume-sergei-loznitsa-guerre-tarkovski-klimov/" title="Dans la brume, de Sergei Loznitsa">Dans la brume</a></em>. Dans une réalisation toujours aussi écorchée, on y suivait, en 1942, dans une forêt de Biélorussie, le parcours toujours aussi chaotique de deux combattants de la Résistance soviétique chargés de retrouver et d’exécuter un homme sage et tranquille, accusé à tort de collaboration avec l’ennemi allemand. Et voilà aujourd’hui Loznitsa de nous revenir avec <em>Une femme douce</em>, nouvelle épopée dans les tréfonds d’une Russie kafkaïenne… </p>
<p>Un jour, une femme dont on ne sait et ne saura pas grand-chose (pas même son nom) reçoit le colis qu’elle a envoyé quelque temps plus tôt à son mari incarcéré. Inquiète et profondément désemparée, elle décide de se rendre dans la cité pénitentiaire. Débute alors pour elle une longue et douloureuse errance dans une région reculée de la Russie sibérienne, afin de livrer son colis et de s’assurer que son mari est bien là-bas, toujours en vie… Au programme de cette charmante excursion : sottise, misère, aliénation, violences et humiliations (chouette !). On aura rarement (jamais) vu un opus de Loznitsa aussi accablant et désespéré. La diatribe est terrifiante. A croire que pour le réalisateur, il y a le feu à tous les étages de la mère-patrie et qu’il n’y a plus rien à sauver.<span id="more-25573"></span> Ainsi, au fil de son périple, la <em>douce femme</em> ne cesse de se heurter à des sommets d’absurdité. De sentir, à chaque pas en avant qu’elle croit franchir, le sol se dérober inlassablement sous ses pieds. Et nous de la regarder, impuissants, s’enfoncer dans ce cauchemar éveillé, féroce et cruel. Un cauchemar dans lequel Sergei Loznitsa a convoqué une myriade de créatures toutes plus repoussantes les unes que les autres. Sorte d’ignoble cour des miracles où ont été rassemblés idiots et fous, démons et âmes mortes. Une débauche de folie hystérique qui contraste avec le regard absent et le visage impassible (ceux de Loznitsa ?) de cette femme atone, quasi aphone à laquelle la comédienne Vasilina Makovtseva parvient à insuffler une force tranquille tout à fait étonnante.</p>
<p><em>Une femme douce</em> est une partition hallucinée et hallucinante dans laquelle le chef Sergei Loznitsa donne la pleine mesure de sa rigueur intransigeante : le cadre, le hors-cadre, la photographie, les longs plans-séquences. Tout est au millimètre. Chaque plan est un tableau parfaitement agencé et coloré (chapeau bas au chef op Oleg Mutu !). Mais à vrai dire, cette partition-là, on en connaissait et en aimait déjà la musique… Mais il y a cette séquence irréelle, venue de nulle part, au deux tiers du film. Un ornement onirique, un contrepoint fellinien qui vient offrir au spectateur une échappatoire à l’horreur… avant de mieux y replonger. A l’infini (re-chouette !). Dans <em>Une femme douce</em>, Sergei Loznitsa ne fait définitivement pas de quartier, nous délivrant un brûlot politique et romanesque d’une rare cruauté. Une fresque horrifiante où l’absurde et la terreur semblent imprégner chacune des strates d’une société russe à la dérive. Remarquable !  </p>
<p>&nbsp;<br />
Une femme douce<em> (Кроткая) de Sergei Loznitsa, avec Vasilina Makovtseva, Marina Kleshcheva… France, Allemagne, Pays-Bas, Lituanie, 2017. En compétition au 70e Festival de Cannes. Sortie le 16 août 2017.</em></p>
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		<title>Dans la brume, de Sergei Loznitsa</title>
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		<pubDate>Mon, 28 Jan 2013 23:03:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mathieu Menossi</dc:creator>
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				<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2012/04/dans-la-brume-sergei-loznitsa-affiche.jpg" alt="Dans la brume, de Sergei Loznitsa" title="Dans la brume, de Sergei Loznitsa" width="205" height="280" class="alignleft size-full wp-image-7698" />Après <em>My Joy</em> (2010), le documentariste Sergei Loznitsa revient avec son second long-métrage de fiction, <em>Dans la brume</em>. 1942, au cœur d&#8217;une forêt de Biélorussie, deux combattants de la Résistance soviétique, Bourov et Voïtik, sont chargés de retrouver et exécuter Souchénia, un homme sage et tranquille qui, par un concours de circonstances, est accusé à tort de trahison et de collaboration avec l&#8217;ennemi allemand.  </p>
<p><em>My Joy</em> nous avait plongés dans une errance chaotique et éprouvante au cœur d&#8217;une Russie autant désoviétisée que désocialisée. Une œuvre étonnante, riche et exigeante qui en avait laissé plus d&#8217;un sur le bord de la route. Si <em>Dans la brume</em> se révèle plus abordable, pas question pour Sergei Loznitsa de céder pour autant à la facilité. Et même s&#8217;il consent à nous tenir la main le long d&#8217;un chemin narratif bien plus balisé (une trame principale flanquée de trois flash-back nous éclairant sur les pourquoi-du-comment de chacun des personnages), le cinéaste persiste et signe une nouvelle fois une réalisation ambitieuse, écorchée, au langage essentiellement visuel. Avec sa narration élaguée jusqu&#8217;à l&#8217;os et ses dialogues &#8220;silencieux&#8221;, <em>Dans la brume</em> témoigne de la même retenue, du même dépouillement. On retrouve cette mise en scène tirée au cordeau. Cette cohabitation troublante entre une esthétique très soignée, picturale et des mouvements de caméra propres au film documentaire. De longs plans-séquences, sobres et naturels, dans lesquels viennent s&#8217;inscrire les parcours chaotiques de Souchénia, Bourov et Voïtik. <span id="more-6173"></span></p>
<p>Les trois digressions temporelles qui ponctuent le récit apparaissent comme autant d&#8217;expériences différentes du conflit. Autant de façons de le traverser. Pour Voïtik (Sergei Kolesov), les choses sont claires. C&#8217;est chacun pour soi. Voleur, lâche, indifférent, il avance dans cette guerre les yeux cerclés d’œillères. Bourov (Vlad Abashin), quant à lui, est indécis. Au départ inflexible, autoritaire, il se met peu à peu à douter de la justice de cette vengeance et s&#8217;efforce encore de comprendre la portée de ses actes. Et enfin il y a Souchénia (Vladimir Svirski), le prétendu traitre. Homme sans histoire, doux et sensible, un brun naïf. D&#8217;une abnégation et d&#8217;un sens moral incorruptible, il refuse quoi qu&#8217;il arrive de céder à la colère ou à la violence. <em>&#8220;Il n&#8217;y a rien à comprendre. Je ne suis coupable de rien. (…) C&#8217;est le destin.&#8221;</em> Quoi qu&#8217;il fasse, il sait qu&#8217;il finira contre un mur. Réalisant que toute invocation de la raison restera vaine, il est convaincu que le sacrifice constitue la seule issue possible. Il y a dans le personnage de Souchénia la même pureté, la même innocence que l&#8217;on trouve dans les figures de l&#8217;enfant et du fou, ces deux héros chers au cinéma de Tarkovski. Figures de martyrs-prophètes portant les stigmates d&#8217;un monde à la dérive. Souchénia pourrait être un Ivan (<em>L&#8217;Enfance d&#8217;Ivan</em>) devenu grand. Souchénia pourrait être le Stalker.</p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2012/04/stalker-tarkovski.jpg" alt="Stalker, d&#039;Andreï Tarkovski" width="183" height="250" class="alignright size-full wp-image-11074" /><em>&#8220;L&#8217;essentiel est qu&#8217;ils croient en eux-mêmes et deviennent fragiles comme des enfants. Car la faiblesse est grande tandis que la force est minime. L&#8217;homme, en venant au monde, est faible et souple. Quand il meurt, il est fort et dur. L&#8217;arbre qui pousse est tendre et souple. Devenu sec et dur, il meurt. La dureté et la force sont les compagnons de la mort. La souplesse et la faiblesse expriment la fraîcheur de la vie. Ce qui est dur ne vaincra jamais.&#8221;</p>
<p>[</em>Stalker<em> – Andrei Tarkovski]</em></p>
<p><em>Dans la brume</em> n&#8217;est pas un film &#8220;pour le souvenir&#8221; mais s&#8217;inscrit davantage dans la veine d&#8217;un cinéma russe avide de comprendre et d&#8217;interpréter des événements sur lesquels il lui a longtemps été interdit de porter la moindre réflexion libre et personnelle. En 1984, Elem Klimov réalisait son fantastique <em>Requiem pour un massacre</em>, le voyage initiatique macabre et terrifiant d&#8217;un jeune garçon à travers les terres de cette même Biélorussie occupée. Trente ans plus tard, Sergei Loznitsa en propose une vision plus minimaliste et mélancolique. Contrairement au héros de Klimov, ceux de Loznitsa ne sont pas dans la &#8220;découverte&#8221; de la barbarie. Ils l&#8217;ont ingérée, digérée et s&#8217;efforcent tant bien que mal de vivre avec. Mais il y a chez Loznitsa comme chez Klimov cette même volonté de témoigner de ces tragiques années en portant leur film au-delà du simple récit de guerre. Une volonté d&#8217;approcher une véracité plus physique et psychologique que purement historique. Si le tableau de Sergei Loznitsa est certes celui d&#8217;un pays occupé, anéanti par le conflit, il s&#8217;attache surtout à révéler ces circonstances exceptionnelles où l&#8217;homme perd toute capacité de libre arbitre. Où le tissu social se déchire. Où les frontières du bien et du mal se brouillent.</p>
<p>&nbsp;<br />
Dans la brume <em>de Sergei Loznitsa, avec Vladimir Svirski, Vladislav Abashin, Sergei Kolesov&#8230; Russie, 2012. Sortie le 30 janvier 2013. Présenté en compétition au 65e Festival de Cannes. Prix Fipresci de la critique internationale du 65e Festival de Cannes.</em></p>
<p><strong>&raquo; Retrouvez tout notre <a href="/festival-cannes-2012/">dossier dédié au 65e Festival de Cannes</a></strong></p>
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