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	<title>Grand Écart &#187; Jonathan Caouette</title>
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	<description>Étirements cinéphiles</description>
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		<title>Nouvelle rencontre avec Jonathan Caouette</title>
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		<pubDate>Fri, 04 May 2012 12:28:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>AP</dc:creator>
				<category><![CDATA[Portraits]]></category>
		<category><![CDATA[documentaire]]></category>
		<category><![CDATA[Etats-Unis]]></category>
		<category><![CDATA[interview]]></category>
		<category><![CDATA[Jonathan Caouette]]></category>

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		<description><![CDATA[Nous avions déjà rencontré Jonathan Caouette à Cannes en 2011 pour <em>Walk Away Renée</em>. La sortie de son film dans une nouvelle version est l'occasion de retrouver le cinéaste et de parler science-fiction...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h3>Nouveau montage, nouvelle rencontre</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2012/05/photo-walk-away-renee.jpg" alt="Jonathan Caouette et sa mère" title="Jonathan Caouette et sa mère" width="280" height="223" class="alignleft size-full wp-image-6333" />Avec <em>Walk Away Renée</em>, Jonathan Caouette poursuit son œuvre autobiographique à travers l’histoire de sa mère, l’émouvante Renée LeBlanc, atteinte de troubles de la personnalité. A la fois réflexions sur l’amour filial, le vieillissement et l’imaginaire, <em>Walk Away Renée</em> est parfois bouleversant dans ce qu’il montre de la violence que la société contemporaine réserve à ceux qui ont le malheur d’être vieux, pauvres ou malades. Mais ce journal filmé est aussi une ode pop et fantastique, pleine d’humour et d’inventivité. Bref, une belle occasion pour nous de retrouver Jonathan Caouette et parler de science-fiction, de psychologie des profondeurs ou de rêve éveillé. <span id="more-6282"></span></p>
<p style="text-align:center"><strong><a href="/portraits/interview-jonathan-caouette-walk-away-renee/" target="_blank">&raquo; Lire la précédente interview de Jonathan Caouette</a></strong></p>
<p><strong>L’année dernière vous présentiez à Cannes, dans le cadre de la Semaine de la critique, un premier montage de <em>Walk Away Renée</em>. Depuis, le film semble avoir évolué vers davantage de gravité&#8230;</strong></p>
<p>Oh, vous avez donc vu les deux versions du film ? Qu’en avez-vous pensé ?</p>
<p><strong>Le film a beaucoup évolué : autant la première mouture était une élégie assez douce, un poème en forme de road-trip avec votre mère, autant la version définitive est plus ample, touchante, et parfois douloureuse.</strong></p>
<p>En effet, je n’avais pas fini de tout dérusher pour le premier montage. Au bout du compte, j’ai tenu à rentrer davantage dans la biographie des personnages, à faire en sorte que le récit englobe une période plus longue de leur vie. En connaissant mieux les protagonistes, l&#8217;impact émotionnel est plus fort pour le spectateur. Mais ça se construit surtout au feeling : dans mes films, la structure a en permanence besoin de pouvoir évoluer, l’histoire se créant au fur et à mesure du montage.</p>
<p><strong>Comment celui-ci s’est-il passé ?</strong></p>
<p>Ce montage final, définitif, a pris plusieurs mois. Avant toute chose, je tourne et recoupe un maximum de scènes : c’est le point de départ. Ensuite, la narration, la part de fiction, cela se décide au montage… A l’origine, après <em>Tarnation</em>, je pensais m’orienter davantage vers la fiction… Je ne sais pas si vous vous souvenez, mais dans la première version du film, il y avait notamment une scène où ma mère était traversée par un flux d&#8217;énergie orgonique… Enfin, je ne sais pas si vous avez entendu parler des théories de Wilhelm Reich sur les orgones… On n’en avait pas parlé, à Cannes ?</p>
<p><strong>Si, notamment à travers les essais de Burroughs. L’orgone serait une sorte d’énergie à la fois psychique et cosmique, quelque chose comme ça ?</strong></p>
<p>Exactement. Bien sûr, ce ne sont pas des théories à prendre au pied de la lettre, mais pour l’imaginaire c’est très fertile… A un moment, donc, j&#8217;avais demandé à Harmony Korine d’endosser le rôle d’un prêtre, dans une secte vénérant la quatrième dimension et convaincue qu’on pouvait rentrer en contact avec elle à travers l&#8217;énergie orgonique. C’était très drôle… Pourtant, j&#8217;ai finalement décidé de ne pas inclure ces séquences dans ce film. La part de fiction y était trop délirante… C’était une fausse piste qui m’éloignait de ce que j’avais à exprimer. Mais j’aimerais quand même faire quelque chose de ces séquences… Peut-être un court-métrage de science-fiction, ou une installation vidéo… En tout cas, autre chose que les laisser dormir sur mon disque dur.</p>
<p><strong>Cela pourrait être à la base d’un prochain film ?</strong></p>
<p>Pour l’instant, je souhaiterais surtout m’orienter vers la science-fiction, comme  lorsque j’ai réalisé le court-métrage <em>All Flowers in Time</em>, avec Chloë Sevigny. En ce moment, je pense souvent à une histoire de voyage dans le temps, un peu comme une version déglinguée <em>["freaked out", ndr]</em> de <em>Retour vers le futur</em>, mais tournée comme un film d’Ed Wood, avec une toute petite équipe.</p>
<p><strong>Dans <em>Walk Away Renée</em>, on a déjà l’impression que vous cherchez à montrer que le trouble mental n&#8217;est en définitive qu’une autre forme d&#8217;appréhension du réel, sur un plan autre que celui de la raison, mais pas nécessairement moins vrai…  </strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2012/05/affiche-walk-away-renee.jpg" alt="Walk Away Renée, de Jonathan Caouette" title="Walk Away Renée, de Jonathan Caouette" width="210" height="280" class="alignright size-full wp-image-6332" />Oui, c&#8217;est une remarque qu&#8217;on me fait très souvent à propos du film. La semaine dernière, après une projection, plusieurs personnes m’ont demandé si je croyais vraiment que la maladie mentale était une forme valable de la vérité. En fait, je ne formulerais pas vraiment ça de cette manière… C&#8217;est plutôt qu&#8217;instinctivement, au fil du temps, j’ai dû apprendre à voir à travers les yeux de ma mère pour la comprendre. Et je sais qu&#8217;elle perçoit la même réalité que nous, mais en établissant d&#8217;autres liens que ceux, habituels, de cause à effet, de logique&#8230;</p>
<p><strong>Par exemple, le présent et le souvenir semblent chez elle devenir parfois indistincts. De votre côté, vous traduisez cela, pour le spectateur, par l’éclatement chronologique du film.</strong></p>
<p>Oui, il est évident qu’une certaine part de la réalité n&#8217;est pas palpable : beaucoup de choses existent sans qu’elles soient sous nos yeux, n’est-ce pas ? Or, j’imagine que pour chacun d’entre nous, des analogies apparaissent sans raison objective, ni qu’on en comprenne exactement le sens, mais de façon tout de même troublante, intime. En général, ce sont des choses que la raison oublie, qu’elle juge négligeables. Je crois donc que ce que perçoivent les personnes qui souffrent de troubles mentaux est la même chose que ce que nous percevons, sauf qu’ils l’envisagent à travers un prisme qui accentue d’autres détails que ceux que nous considérons, ou qui en distord l&#8217;expression…</p>
<p><strong>Ce que vous dites fait un peu penser au psychanalyste Stanislav Grof, qui tentait, dans les années 1960 aux Etats-Unis, de faire revivre à ses patients leur vie prénatale en ingérant du LSD… Pensez-vous que des expériences-limites de la vie psychique puissent permettre d’appréhender une part latente, non visible, de la réalité ? </strong></p>
<p>Vous voulez dire des trucs comme la salvia ? Vous avez déjà vu ça : tous ces gamins qui postent des vidéos sur YouTube où ils sont complètement défoncés&#8230; C’est vraiment flippant ! Mais je vois ce que vous voulez dire : quand on considère la quantité de psychotropes utilisés dans le monde, et même si jamais je ne prônerai cela, il faut bien se dire que les gens cherchent sans doute quelque chose de l’ordre de d’expérience psychique. Personnellement, ayant été exposé beaucoup trop tôt à ce genre de choses, j’y suis hypersensible. Inutile de dire que je n&#8217;ai jamais pris d&#8217;hallucinogènes&#8230;.</p>
<p><strong>Peut-être faudrait-il plutôt dire que la modification de l’état de conscience – qu’elle soit subie comme dans le cas de votre mère, ou recherchée à travers l’hallucination ou la méditation zen, l’épuisement physique, l’expérience artistique… – constitue une forme de recherche, une sorte de “connaissance par les gouffres”, pour reprendre l’expression d’Henri Michaux.</strong></p>
<p>Certainement… Mais tout cela me paraît lié à l’épiphyse, la glande pinéale&#8230; C&#8217;est une zone de notre cerveau assez mystérieuse, celle que les textes védiques du yoga appellent “le 3e oeil”…</p>
<p><strong>Oui… Descartes en fait même le siège de l’âme. Plus près de nous, Georges Bataille a également écrit un texte intitulé <em>L’Oeil pinéal</em>…</strong></p>
<p>C’est assez fantastique, il y a quelque chose d’assez inexploré à ce sujet. Par exemple, je fais souvent cette expérience, la nuit (et je pense que beaucoup de gens font la même), alors que je m&#8217;endors, à mi-chemin entre la veille et le sommeil, plein de pensées abstraites me viennent à l&#8217;esprit, et j&#8217;ai toujours l&#8217;impression qu&#8217;elles veulent me dire quelque chose, quelle que soit leur apparente absurdité. Sur le moment, il arrive qu&#8217;on croie pouvoir appréhender l’univers entier, c&#8217;est comme un poème, une épiphanie… Mais dès qu’on se réveille, tout disparaît soudainement. Cela m&#8217;arrive tout le temps, en particulier lorsque j&#8217;ai de la fièvre. Et je crois que cela stimule l’épiphyse&#8230; En fait, il faudrait faire tout un film là-dessus, c&#8217;est quelque chose de très riche pour la fiction. </p>
<p><strong>Ce rapport au rêve, à l’imaginaire, est-il prépondérant dans votre travail ?</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2012/05/walk-away-renee-1.jpg" alt="Renée LeBlanc dans Walk Away Renée" title="Renée LeBlanc dans Walk Away Renée" width="280" height="129" class="alignleft size-full wp-image-6335" />Pour moi, ce qui fait qu&#8217;un artiste est un artiste, c&#8217;est qu&#8217;il ait foi dans les puissances de son imaginaire, de son subconscient, dans l’exploration de sa sensibilité et de sa psyché. Les musiciens jouent de la musique, les réalisateurs font des films, mais il s’agit toujours d&#8217;établir des relations, des liens, des correspondances entre des éléments <em>a priori</em> disparates, que ce soit des séquences ou des sons.</p>
<p><strong>Comme une improvisation musicale, un bricolage de la pensée dans l’immanence… Aussi, l&#8217;inventivité semble chez vous une pratique quotidienne, directe, très spontanée. Mais cela semble aussi entraîner le fait que vous ayez toujours une caméra à vos côtés, même lorsque votre mère menace de sauter par la fenêtre&#8230; N’est-ce pas parfois difficile ?</strong></p>
<p>Heureusement, je ne vis plus aujourd’hui avec une caméra branchée en permanence ! En fait, je crois que je reste obsédé par l&#8217;angoisse qu&#8217;une vie puisse se résumer à naître et mourir. Je suis un peu du genre à me réveiller au milieu de la nuit en réalisant brutalement : <em>“Merde ! Faut-il vraiment que je meure ?”</em> Du coup, dans le fait de tourner des vidéos, je crois qu’il y a quelque chose de poignant, de très beau et triste à la fois. C&#8217;est comme si on voulait conserver certaines choses minuscules auxquelles on est sensible, quoi qu&#8217;il advienne. C&#8217;est toute la beauté du documentaire : tout ce que nous filmons, ce sont des êtres et des choses en train de disparaître…</p>
<p>&nbsp;<br />
Walk Away Renée<em> de et avec Jonathan Caouette, avec aussi Renée LeBlanc, Adolph Davis&#8230; Etats-Unis, 2011. Sélectionné à la Semaine de la critique du Festival de Cannes 2011. Sortie le 2 mai 2012.</em></p>
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		<title>Rencontre avec Jonathan Caouette</title>
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		<pubDate>Wed, 18 May 2011 18:35:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>AP</dc:creator>
				<category><![CDATA[Festival de Cannes 2011]]></category>
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		<description><![CDATA[Après <em>Tarnation</em> et une poignée de courts-métrages (dont un étonnant <em>All Flowers in Time</em> avec Chloë Sevigny), Jonathan Caouette nous revient avec <em>Walk Away Renée</em>...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h3>L’intimité, le cosmos et l’apocalypse</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2011/05/walk-away-renee-caouette.jpg" alt="Walk Away Renée, de Jonathan Caouette" title="Walk Away Renée, de Jonathan Caouette" width="280" height="158" class="alignleft size-full wp-image-2950" /><strong>Après <em>Tarnation</em> et une poignée de courts-métrages (dont un étonnant <em>All Flowers in Time</em> avec Chloë Sevigny), Jonathan Caouette nous revient avec <em>Walk Away Renée</em>, son second film autobiographique : l’occasion d’aborder avec lui le <a href="/festival-cannes-2011/selection-films-bande-annonce/">Festival de Cannes</a>, l’amour familial et la fin du monde.</strong><br />
<br />
&nbsp;<br />
&nbsp;<br />
<strong>Pourriez-vous revenir sur votre pratique du journal filmé, commencée avec <em>Tarnation</em> et poursuivie avec ce nouveau film ?</strong></p>
<p>Avec <em>Walk away Renée</em>, je ne comptais pas faire la suite de <em>Tarnation</em>. Dans mon esprit, c’est peut-être une extension, mais alors dans un sens organique, non-linéaire. Le terme exact pour situer ce film par rapport au précédent serait donc « <em>equal</em> » plutôt que « <em>sequel</em> ». A l’origine de ma pratique, je ne comptais d’ailleurs pas faire de film précis. C’est plutôt arrivé avec les circonstances, sans préméditation ; j’ai toujours collecté des images pour moi-même, sans autre intention que celle d’en faire des collages. <span id="more-2947"></span></p>
<p><strong>Du coup, vos films autobiographiques ne prennent véritablement forme qu’au moment du montage ?</strong></p>
<p>Tout à fait, c’est à ce moment-là que les images documentaires s’organisent pour créer une histoire, qu’elles deviennent narratives, fictionnelles. Pour ce film, j’avais environ 1500 heures de rush, sur lesquelles j’ai travaillé avec mon monteur, Brian McAllister : pendant une année, nous avons numérisé ces différents matériaux en tentant d’en faire une synthèse. Quand nous avons commencé à travailler, il y avait au moins deux parties dans le film, avec d’un côté les images du présent, de l’autre celles du passé. Au fur et à mesure, nous avons essayé de trouver des passerelles entre ces deux temporalités, en passant par le road-movie.</p>
<p><strong>Par rapport à <em>Tarnation</em>, était-ce différent pour vous de tourner un film à partir d’une idée plus précise, en l’occurrence celle de ce road-movie avec votre mère ?</strong></p>
<p>Oui, pour cette partie du film j’avais parfois une petite équipe, tandis que <em>Tarnation</em> était un travail très solitaire. Ceci dit, <em>Walk Away Renée</em> reste pour moi un film qui respire, ouvert, vivant. Il est tout à fait possible qu’il évolue entre aujourd’hui et les prochains festivals où il sera projeté. Il pourrait même en devenir substantiellement différent.</p>
<p><strong><em>Walk Away Renée</em>, tel que nous l’avons vu à Cannes, serait donc encore un travail en cours ?</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2011/05/walk-away-renee-jonathan-caouette.jpg" alt="Renée dans Walk Away Renée" title="Renée dans Walk Away Renée" width="280" height="176" class="alignright size-full wp-image-2961" />En effet, étant basé sur des séquences autobiographiques, je peux laisser le film évoluer au jour le jour. Par exemple, je crois qu’il se passe en ce moment, ici même, des choses qui pourraient largement y prendre place. D’ailleurs, je suis extrêmement reconnaissant à la Semaine de la critique de me permettre de montrer ce travail. C’est vraiment cool et inspirant.</p>
<p><strong>Etre cinéaste constitue-t-il pour vous un travail quotidien ? Une manière particulière d’être ?</strong></p>
<p>Comme je fais mes films à l’instinct, de manière sensitive plutôt qu’intellectuelle, j’aurais du mal à théoriser cela. Par exemple, souvent je ne sais plus à quel moment j’ai filmé telle ou telle chose, et après avoir monté le film, tout a tendance à devenir flou. C’est difficile d’en parler, ces films brassent tant de choses de ma vie en même temps…</p>
<p><strong>Mais est-ce qu’envisager la réalité comme matière première de vos films ne vous pousse pas, finalement, à la considérer comme une fiction elle-même ?</strong></p>
<p>Sans doute. Je vois ce que vous voulez dire, même si c’est sur un plan psychologique un peu bizarre. Pour moi, filmer le quotidien a très certainement eu une fonction cathartique et plus ou moins fictionnelle. Mais ces dernières années, j’ai surtout dû laisser ma caméra de côté pour prendre en considération ma propre vie et celle de mes proches. Je vivais dans mon appartement de New York avec mon compagnon et notre fils, ma mère Renée et mon grand-père, qui m’a élevé et était gravement malade… Ma vie ne pouvait donc qu’être imbriquée avec celle de ma famille : prendre soin d’elle constituait mon unique priorité.</p>
<p><strong>Selon vous, l’intimité recouvre-t-elle un sens politique ?</strong></p>
<p>Je ne crois pas en la vie privée, du moins en ce qui me concerne. Je ressens une urgence perpétuelle à raconter des histoires, à faire partager des existences. C’est ce pourquoi le cinéma est fait, je crois : exprimer ses visions, ses horizons d’idées. Si cela recouvre une fonction politique, c’est alors au sens large ; en l’occurrence, à travers l’empathie que je ressens à l’égard des personnes qui souffrent de problèmes psychologiques. C’est une question omniprésente dans la société mais qui reste extrêmement taboue.</p>
<p><strong>Votre film évoque également le concept de « multivers », de multiples dimensions au sein de la réalité. Est-ce à cela que répond l’hétérogénéité des matériaux cinématographiques que vous employez (films, photos, commentaires, musiques, messages téléphoniques, etc.) ?</strong></p>
<p>De manière générale, je crois qu’il y a énormément de choses qui se passent en dehors de ce que nous savons. Je ne saurais clairement l’articuler mais il me semble indéniable qu’il existe des énergies qu’on ne voit pas, qu’on n’arrive pas à déterminer mais qu’on perçoit parfois de manière extrêmement vive, palpable. Nous vivons une ère de questionnements existentiels. Cela se perçoit même au niveau de la sélection du Festival, où les thèmes mystiques sont largement abordés : c’est impressionnant le nombre de films, ici, qui représentent des nuages, des planètes, le cosmos… Tout cela est très significatif, je crois, bien plus qu’une simple coïncidence. Nous en arrivons sans doute, dans l’histoire de l’homme, à un point de bascule.</p>
<p><strong>A cet égard, vos thèmes et la construction de vos films peuvent évoquer William Burroughs. La fin de <em>Walk Away Renée</em> fait même assez penser à l’idée d’énergie orgonique…</strong></p>
<p>Oh, merci infiniment pour la comparaison ! C’est drôle ce que vous dites parce qu’à l’origine, je voulais effectivement parler des orgones, de la philosophie de Burroughs, de Reich, des <em>cloudbusters</em>… Mais nous avons finalement préféré simplifier ces idées complexes en les laissant implicites, afin de ne pas encombrer le public avec des concepts ésotériques. Mais l’énergie cosmique n’en reste pas moins un thème qui me passionne et qui traverse le film.</p>
<p><strong>Il semblerait que votre cinéma vous situe au confluent de la <em>beat generation</em> et de celle d’Internet. Sont-elles liées, selon vous ?</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2011/05/jonathan-caouette.jpg" alt="Jonathan Caouette" title="Jonathan Caouette" width="187" height="280" class="alignleft size-full wp-image-2963" />Assurément. Internet est le terrain de jeu d’une sorte de <em>beat generation</em> postmoderne : c’est la même spontanéité, la même immédiateté collective. D’autant que les jeunes générations ont apprivoisé très vite la technologie et les outils numériques. Ils parviennent à embrasser des idées assez éloignées, souvent abstraites… C’est évident qu’il y a parmi eux beaucoup de gens qui ressentent le même besoin d’intensité que les <em>beats</em>. Surtout avec cet arrière-fond d’apocalypse que tout le monde ressent en permanence aujourd’hui…</p>
<p><strong>Il y en a même qui paraissent l’attendre avec impatience…</strong></p>
<p>Ah oui, les tenants de l’apocalypse immédiate… Apocalypse <em>now</em> ! Mais « apocalypse » signifie aussi « révélation », et le chaos vers lequel nous nous acheminons pourrait aussi donner lieu à une forme de renaissance&#8230; ou pas ? En tout cas, je crois qu’au cours de nos vies, nous allons connaître des événements encore totalement impensables, dans moins de temps qu’on imagine, je dirais presque d’ici cinq ans. Quelque chose d’à la fois dévastateur et de sublime, qui changera le monde tel que nous le connaissons, et qui nous obligera à établir des liens inouïs entre de multiples choses que nous croyons séparées. Peut-être parais-je complètement à côté de la plaque, mais je perçois tout de même cela de manière véritablement ferme et profonde… pas vous ? Nous sommes au seuil de l’inimaginable…</p>
<p>Walk Away Renée<em>, de Jonathan Caouette, avec Jonathan Caouette, Renée LeBlanc, Adolph Davis. Etats-Unis, 2011. Sélectionné à la Semaine de la critique du Festival de Cannes 2011.</em></p>
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