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	<title>Grand Écart &#187; Canada</title>
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	<description>Étirements cinéphiles</description>
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		<title>Répertoire des villes disparues, de Denis Côté</title>
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		<pubDate>Sun, 02 Feb 2020 14:38:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mathieu Menossi</dc:creator>
				<category><![CDATA[Films]]></category>
		<category><![CDATA[Canada]]></category>
		<category><![CDATA[fantastique]]></category>
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				<content:encoded><![CDATA[<h2>Chronique d’une mort annoncée</h2>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2020/02/repertoire-villes-disparues-affiche.jpg" alt="Répertoire des villes disparues, de Denis Côté" width="187" height="280" class="alignleft size-full wp-image-27452" />Dans le silence et la grisaille de l’hiver québécois, une voiture sort brusquement de la route pour aller s’encastrer dans des blocs de béton. Au volant, Simon. Mort sur le coup. Le début d’un deuil douloureux pour la famille – Simon laisse derrière lui un frère, une mère et un père dévastés – mais aussi pour les quelque 200 habitants d’Irénée-les-Neiges. Dans <em>Répertoire des villes disparues</em>, 11e long métrage de Denis Côté, le réalisateur canadien retrouve ses marottes. La perte, le deuil, l’isolement, l’ennui. Il filme la peur de l’autre et le repli sur soi d’une communauté villageoise au cœur d’un Québec rural à l’agonie. Repli sur soi face à la mort prématurée de l’un des leurs. Mais aussi face à la disparition inéluctable de leur village. Car la transformation du monde n’attend pas. N’attend plus. Elle est violente et irréversible. A moins de s’ouvrir rapidement à ce monde en mutation, les habitants d’Irénée-les-Neiges se condamnent à une mort certaine. Et leur commune, à devenir un village fantôme. « Village fantôme »&#8230; Denis Côté prend d’ailleurs l’idée à la lettre pour la figurer à l’écran à travers l’apparition de mystérieuses silhouettes. Des revenants immobiles et mutiques, anciens villageois de retour sur leur terre, rappelant à « ceux qui restent » leur devoir de réagir pour ne pas sombrer dans l’oubli. Revenants qui ne sont pas sans rappeler ceux de Robin Campillo ou de Fabrice Gobert. <span id="more-27440"></span></p>
<p>Filmé en 16 mm, <em>Répertoire des villes disparues</em> est enveloppé d’un charme lugubre à l’étrangeté inquiétante. Une esthétique vaporeuse qui participe à la propagation quasi imperceptible d’une angoisse diffuse tout au long du récit. Sauf qu’il y a un hic, malheureusement. Si les âmes disparues sont de retour à Irénée-les-Neiges, le film semble en manquer cruellement. Passée l’immersion plutôt séduisante dans cet univers mélancolique, le récit finit par se désincarner peu à peu, et ce en dépit de la très bonne prestation collective du casting. Un écueil regrettable dû, peut-être, au non-choix de Denis Côté qui semble vouloir ménager la chèvre et le chou, tergiversant entre poésie désabusée et film quasi documentaire, façon <em>Strip-tease</em>. Une « hésitation » qui finit par nous sortir de la langueur cotonneuse et hypnotique initiale. C’est dommage tant les choix narratifs comme esthétiques s’avéraient au départ plus prometteurs. Mais Denis est passé à côté&#8230;</p>
<p>&nbsp;<br />
Répertoire des villes disparues <em>de Denis Côté, avec Robert Taylor, Josee Deschenes, Diane Lavallée, Jean-Michel Anctil, Jocelyn Zucco&#8230; Québec, 2019. En compétition au 27e Festival de Gérardmer.</em></p>
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		<title>Cube, de Vincenzo Natali</title>
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		<pubDate>Sat, 02 Feb 2019 09:00:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alessandro Rizzo</dc:creator>
				<category><![CDATA[Films]]></category>
		<category><![CDATA[Canada]]></category>
		<category><![CDATA[Gérardmer]]></category>
		<category><![CDATA[horreur]]></category>

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		<description><![CDATA[Grand Prix au carré Grand Écart est à Gérardmer, pour la 26e édition du Festival du Film Fantastique. Pour l&#8217;occasion, on a décidé de retourner dans le passé, et d&#8217;explorer...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h3>Grand Prix au carré</h3>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-26733" alt="Cube Vincenzo Natali" src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2019/02/cube-affiche-1001697-250x300.jpg" /></p>
<p><strong><em>Grand Écart est à Gérardmer, pour la 26e édition du Festival du Film Fantastique. Pour l&#8217;occasion, on a décidé de retourner dans le passé, et d&#8217;explorer ce qu&#8217;il s&#8217;y passait il y a 20 ans.</em></strong></p>
<p>En 1999, quand son premier long-métrage est sélectionné pour concourir à la 6e édition de Fantastic’Arts, Vincenzo Natali n’a encore qu’un simple court métrage de fin d’études sur les méfaits d’un ascenseur maléfique accroché à son CV. Fable claustrophobique devenue depuis un petit classique inclassable du cinéma fantastique, <em>Cube</em> réussit cette année-là à emporter tous les suffrages en réalisant un triplé historique : Grand Prix, Prix de la critique et Prix du Public. Tétris mortel et géant, escape game potentiellement dystopique, ce premier long métrage du futur réalisateur de l’ambitieux <em>Cypher</em> (2002) et du terrifiant <em>Haunter</em> (2013) est un condensé de maîtrise technique et de talent narratif. Autour de six personnages drôlement assortis devant mutualiser leurs aptitudes pour se sortir du Mécano infernal où on les a mystérieusement enfermés, Vincenzo Natali réalise un huis clos pervers, révélateur des faiblesses coupables de la nature humaine. <span id="more-26732"></span>Poussé par un instinct de survie bien plus fort que la raison, chacun la joue solo alors que l’effort collectif s’impose pour sortir vivant de cet enfer au carré. À l’opposé des énigmes hystériques et crasseuses de <em>Saw</em>, les casse-têtes sanglants qui ont cours dans l’épure immaculée du Cube sont d’une redoutable virtuosité graphique et symbolique.</p>
<p>&nbsp;<br />
Cube <em>de Vincenzo Natali, avec Nicole de Boer, Nicky Guadagni, David Hewlett&#8230; Canada, 1997. Grand Prix, Prix de la Critique et Prix du Public du Festival international du film fantastique de Gérardmer en 1999.</em></p>
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		<title>Rencontre avec Pascal Laugier</title>
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		<pubDate>Tue, 13 Mar 2018 21:33:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Julien Wagner</dc:creator>
				<category><![CDATA[Portraits]]></category>
		<category><![CDATA[Canada]]></category>
		<category><![CDATA[femme]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
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		<description><![CDATA[Le réalisateur du film culte Martyrs est de retour aux sources avec Ghostland, production franco-canadienne qui a reçu trois prix à Gérardmer lors de la dernière édition du festival. Nous...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2018/03/pascal-laugier-ghostland.jpg" alt="Pascal Laugier" width="280" height="208" class="alignleft size-full wp-image-26155" /><strong>Le réalisateur du film culte <em>Martyrs</em> est de retour aux sources avec <em><a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/mylene-farmer-ghostland-pascal-laugier/" title="Ghostland, de Pascal Laugier">Ghostland</a></em>, production franco-canadienne qui a reçu trois prix à <a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/le-palmares-du-25e-festival-de-gerardmer/" title="Le palmarès du 25e Festival de Gérardmer">Gérardmer</a> lors de la dernière édition du festival. Nous avions alors rencontré Pascal Laugier juste après la toute première présentation du film au public. « Un putain de réalisateur », selon Mylène Farmer. Attention, cet entretien contient des spoilers…</strong></p>
<p>&nbsp;<br />
<strong>Quelle réaction à chaud après cette toute première présentation du film au public ?</strong></p>
<p>Une délivrance ! Comme si j’avais enfin accouché de cet enfant que j’ai porté… La gestation a tout de même duré deux ans ! Après, je ne sais pas comment la salle a vraiment réagi, elle est si grande. Les gens qui sont venus me voir sont ceux qui ont aimé le film. J’ai le soulagement du devoir accompli, c’était une belle projection, avec une écoute attentive du public, très silencieuse.</p>
<p><strong>Dans vos films, les femmes sont souvent en proie à la violence, pourquoi ce choix ?</strong></p>
<p>Et pourquoi pas des femmes ? Ce sont des personnages à travers lesquels je m’identifie facilement, qui ont des points d’entrée émotionnels qui sont esthétiques pour moi. Sur <em>Ghostland</em>, le projet entier part du personnage de Beth sur lequel je me projette profondément et parce que le film est le portrait de sa vocation. De ses souffrances, elle va tirer son œuvre, ce qui pourrait être une définition même de l’horreur en tant que genre : de nos angoisses profondes, tâchons d’en faire une œuvre. C’est ce que Beth va s’appliquer à faire. <span id="more-26148"></span></p>
<p><strong>Donc pour vous, dans toute création, il faut de la souffrance ?</strong></p>
<p>Bien évidemment, mais pas uniquement pour la création. Toute vie est souffrance. Et difficile quand on fait de l’horreur de parler d’autre chose que de ça. L’horreur pour moi, c’est ce qu’il y a de pire dans la condition humaine et on l’organise pour en faire quelque chose. C’est comme si je faisais un western, ce serait inenvisageable de ne pas y retrouver un cow-boy, un chapeau, un cheval… J’adore partir des archétypes, c’est ce que je fais dans tous mes films. Après, j’essaie de les tordre, de les réorganiser pour en faire quelque chose de personnel et si c’est réussi, de les revitaliser. Il y a une dimension ludique aussi quand j’écris, car je suis un fan de films d’horreur. J’essaie alors d’aller dans des territoires qui me paraissent inédits ou qui n’auraient pas été faits ou montré comme ceci auparavant.</p>
<p><strong>« Les intruders », ces films où des intrus rentrent dans une maison pour tuer ceux qui s’y trouvent, est un genre en soi. Certains de ces films vous ont inspiré pour <em>Ghostland</em> ?</strong></p>
<p>Sur ce film-là, je n’ai pas pensé à d’autres longs-métrages. C’est vraiment venu de mon rapport au personnage principal. Ca m’a touché d’imaginer cette jeune fille de 14 ans qui s’inscrit dans une verticalité par l’admiration qu’elle voue à ses maîtres, ici Lovecraft. C’était intéressant de se placer au niveau d’une personne qui vit dans les fantômes de ses idoles et qui va se construire comme ça dans la vie. Après, j’aime tellement ce genre de films qu’en écrivant, j’ai peut-être eu des inspirations inconscientes. On malaxe toujours des choses qui existent avant nous et qui existeront après nous.</p>
<p><strong>Le film s’ouvre sur Lovecraft. Est-ce parce que c’est l’écrivain de l’indicible ?</strong></p>
<p>En l’occurrence non, le film n’est pas du tout lovecraftien. Ce n’est pas un film fantastique. Lovecraft, pour moi, c’est un point d’entrée pour aller vers le personnage principal. Mais ça aurait pu être Stephen King. Ca aurait été un contresens que de faire un film lovecraftien, dans la mesure où ce que va raconter Beth dans ses futurs romans, ne seront pas du tout inspirés de Lovecraft comme l’étaient ses récits de quand elle avait 14 ans et qu’elle lit dans la voiture au début du film. A la fin, on imagine qu’elle s’accomplit tellement en tant qu’écrivain, qu’elle s’éloigne de Lovecraft. L’univers de Beth est avant tout fait de tout ce qu’elle a vécu dans cette maison.</p>
<p><strong>Autre référence dans le film, à travers les maquillages des deux jeunes filles et la cruauté qui se dégage, <em>Qu’est-il arrivé à Baby Jane ?</em>…</strong></p>
<p>Je ne l’ai vu que pendant le rush, pas sur le coup. Il y a en effet un croisement, comme si Robert Aldrich et Tobe Hooper avaient fait l’amour&#8230; Ce qui me convient très bien. J’avais de temps en temps le fantôme de Hooper qui s’invitait sur le plateau. Quand je doutais de ce que je faisais, je pensais à lui, au côté furieusement macabre et iconoclaste de son cinéma. J’avais envie d’aller vers là, le côté freak show du cinéma qui n’était pas si prononcé au début du projet. Mais mon chef décorateur est allé vers quelque chose de tellement baroque et expressionniste, que je ne pouvais qu’aller dans cette direction. Quand j’ai compris que le réel dans le film était ce qu’il y avait de plus fou et cauchemardesque, j’y suis allé complètement.</p>
<p><strong>La maison est un immense cabinet de curiosités, on imagine que pour la trouver, ce fut tout un casting…</strong></p>
<p>Oui, on a mis beaucoup de temps pour la dénicher ! Il fallait une maison isolée et typiquement américaine. Et quand on l’a trouvée, on a tout réarrangé à l’intérieur. On a changé le papier peint, on l’a remplie d’objets, on a cassé des murs, on a inventé le troisième niveau qui n’existait pas originellement et qu’on a installé dans une grange en face de la maison, comme un mini-studio. J’aime bien cette idée que la maison a un niveau en trop, qui renvoie au fait que c’est l’étage des pulsions, de l’ogre, là où tout se passe. Le sous-sol aussi a été recréé dans la grange.</p>
<p><strong>Le casting est étonnant, tant les deux jeunes filles ressemblent à leurs pendants adultes…</strong></p>
<p>Ce fut un travail fort de coiffure et de maquillage, car dans la vie, elles ne se ressemblent pas. Elles se sont aussi beaucoup vues les unes les autres pour déterminer ce que leur personnage ferait ou non une fois adulte, quelles habitudes elles auraient, etc. Mylène Farmer était aussi très présente, notamment hors plateau, pour créer une complicité maternelle avec elles. Quand elles sont arrivées sur le tournage, elles étaient très à l’aise pour travailler ensemble. Ca a amené sur le plateau une grande harmonie, une douceur, car le tournage était très difficile, très rude, tant au niveau de l’histoire que des conditions climatiques. Parfois, quand je n’allais pas bien, je voyais les gamines et Mylène se marrer dans un coin du décor et je repartais au combat.</p>
<p><strong>Le personnage de Pauline, la mère, apporte une douceur dans la furie. Comment la percevez-vous ?</strong></p>
<p>C’est un ange gardien. C’est le personnage qui doit mourir pour permettre à ses enfants et Beth avant tout, de s’accomplir et pour que les deux sœurs puissent se réconcilier. Qu’elles basculent dans l’autre âge, qu’elles deviennent autre chose. Il y a une balance entre les grâces et les défauts des deux sœurs, entre fantasmes et réalité, elles se complètent l’une l’autre pour devenir une force de survie face à l’horreur. Je ne voulais pas faire de Vera juste un personnage uniquement matérialiste comme elle l’est au début, car c’est elle qui apporte la rédemption à sa sœur.</p>
<p><strong>Vous étiez un fan du film <em>Giorgino</em>, le premier long de Mylène Farmer et plus de vingt ans plus tard, elle tourne dans votre film. Ce rôle était écrit pour elle ?</strong></p>
<p>Non, à la base, c’était pour une comédienne américaine que je n’arrivais pas à trouver. Quand Mylène m’a appelé pour réaliser le clip de la chanson <em>City of Love</em>, j’étais très surpris qu’elle connaisse mes films. Travailler avec elle sur le clip était tellement bien, on s’est si bien entendus, que je me suis débrouillé pour réécrire le personnage de la mère et en faire une Française exilée aux Etats-Unis avec un ex-mari américain. Quand je lui ai donné le scénario, elle m’a répondu deux heures après qu’elle le faisait. C’était formidable de continuer à travailler ensemble sur des territoires qui nous plaisent tous les deux. Il y a un cousinage depuis le début entre ce qu’elle fait et ce que je fais. Une rencontre évidente.</p>
<p><strong>On reste dans son univers gothique, même si on la voit aussi différemment de ce pour quoi on la connaissait…</strong></p>
<p>Oui, elle a imposé en France cet univers dans le paysage pop mainstream de manière incroyable. On a des imageries et références en commun, c’était très naturel de travailler ensemble.</p>
<p><strong>Vous pourriez envisager une nouvelle collaboration avec elle ?</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2018/02/ghostland-pascal-laugier-mylene-farmer-affiche.jpg" alt="Ghostland, de Pascal Laugier" width="206" height="280" class="alignleft size-full wp-image-26075" />Oui, bien sûr ! Ce qui est bien, c’est que tout se soit déroulé sans plan. Vous savez, ça fait 20 ans qu’elle refuse des rôles pour le cinéma et la télé, car rien ne lui plaisait vraiment. Tout le monde dans le métier s’est demandé comment j’avais fait pour l’avoir.</p>
<p><strong>Vous pensez déjà à la suite ?</strong></p>
<p>Non, pas encore, je vais me remettre dans la position où je vais fantasmer sur autre chose. J’ai l’impression qu’avec ce film, je clos quelque chose chez moi, les quatre films précédents. Je suis arrivé au bout de toutes les questions qui me tarabustent de film en film. Il faut que je passe à autre chose, <em>Ghostland</em> est un point d’orgue pour moi sur les questions de la subjectivité, de la transcendance par la souffrance… Je m’en suis rendu compte une fois le film terminé. C’est un cousin germain lumineux de <em>Martyrs</em>, qui va du côté de la vie. Pour moi, Beth va devenir écrivain. C’est sûr et certain !</p>
<p>&nbsp;<br />
Ghostland <em>de Pascal Laugier, avec Crystal Reed, Anastasia Phillips, Emilia Jones, Mylène Farmer. France, Canada, 2017. Grand Prix du 25e Festival du film fantastique de Gérardmer. Sortie le 14 mars 2018.</em></p>
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		<title>Ghostland, de Pascal Laugier</title>
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		<pubDate>Sun, 04 Feb 2018 07:09:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Julien Wagner</dc:creator>
				<category><![CDATA[Films]]></category>
		<category><![CDATA[Canada]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[horreur]]></category>
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		<description><![CDATA[Pauline vient d'hériter de la maison de sa tante. Si possible, isolée de tout et encore mieux, ressemblant à un cabinet de curiosités avec animaux empaillés et poupées flippantes...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h3>Oh oh oh jolies poupées !</h3>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-26075" title="Ghostland, de Pascal Laugier" alt="Ghostland, de Pascal Laugier" src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2018/02/ghostland-pascal-laugier-mylene-farmer-affiche.jpg" width="206" height="280" />Pauline vient d&#8217;hériter de la maison de sa tante. Si possible, isolée de tout et encore mieux, ressemblant à un cabinet de curiosités avec animaux empaillés et poupées flippantes à tous les recoins. Elle décide de s&#8217;y installer avec ses deux filles adolescentes, la brune Beth, studieuse et rêveuse et la blonde Vera, un peu plus rebelle. Mais les cartons à peine déballés, les trois femmes sont attaquées par des intrus bien décidés à leur infliger une gratuite correction. Mais Pauline veille au grain et parvient à sauver ses filles. Un traumatisme qui va affecter différemment les deux sœurs, parvenues à l&#8217;âge adulte : Vera revit le drame de cette nuit en permanence et se terre chez sa mère en recluse, tandis que Beth devient auteur de thrillers à succès. Seize ans plus tard, alors qu&#8217;elles passent une soirée entre mère et filles, le drame, inéluctable, recommence&#8230; Ou semble recommencer&#8230;</p>
<p>Pascal Laugier aime les héroïnes qui s&#8217;ébattent dans des endroits confinés et qui se retrouvent dans des situations de malaise qui virent au cauchemar et aux litres d&#8217;hémoglobine. On garde d&#8217;ailleurs en tête les images gore de <em>Martyrs</em>, devenu un film culte. Entre-temps, Laugier aura tenté l&#8217;aventure américaine avec <em>The Secret</em> qui avait divisé la critique, mais assis sa position de réalisateur de films qui ne laissent pas indifférent. Et ici, l&#8217;indifférence n&#8217;est pas de mise. De scène en scène, c&#8217;est le sentiment d&#8217;oppression qui l&#8217;emporte. Le pire est toujours à venir et le pire survient effectivement. En dire plus reviendrait à révéler un twist retors et malin en plein milieu du film, remettant tout en perspective. Aussi, restons-en là pour garder la surprise qui ravira les amateurs de poupées en porcelaine aux visages sinistres et effraiera ceux qui en sont phobiques. Mais qu&#8217;ils se rassurent, point d&#8217;entité démoniaque façon <em>Chucky</em> ou <em>Annabelle</em>. Tout est pour de vrai, malheureusement pour les héroïnes. <span id="more-26095"></span></p>
<p><img class="alignright size-full wp-image-26076" title="Ghostland, de Pascal Laugier" alt="Ghostland, de Pascal Laugier" src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2018/02/ghostland-pascal-laugier.jpg" width="280" height="119" />Dans ce casting exclusivement américain (avec des stars de teenage movies et séries telles que Crystal Reed et Anastasia Philips et où surnagent les deux adolescentes Emilia Jones et Taylor Hickson, remarquables), on retrouve notre francophone Mylène Farmer, 23 ans après son premier rôle au cinéma dans <em>Giorgino</em>, film qui avait inspiré <em>Saint-Ange</em>, le premier long de Laugier. Le réalisateur et la chanteuse avaient déjà tourné un clip ensemble en 2015, fantastique dans tous les sens du terme, <em>City of Love</em>. Si on est surpris au début de la redécouvrir façon maman américaine protectrice en survêtements larges et bouteille de bière à la main, on s&#8217;habitue peu à peu à sa présence, au point de l&#8217;accepter entièrement. Car ici, Mylène Farmer gagne ses galons d&#8217;actrice, dans un rôle certes secondaire, mais ô combien difficile : celui de faire oublier la star de la chanson derrière un personnage crédible. Et en anglais. Derrière le bruit et la fureur, les cris permanents de souffrance et les images malsaines et dérangeantes, sa douceur apporte une trêve bienvenue. Espérons que ce ne sera pas la dernière.<br />
Ghostland<em> de Pascal Laugier, avec Crystal Reed, Anastasia Philips, Taylor Hickson, Emilia Jones, Mylène Farmer, Rob Archer&#8230; France, Canada, 2016. Présenté en compétition officielle du Festival du film fantastique de Gérardmer 2018. Sortie le 14 mars 2018.</em></p>
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		<title>The Witch, de Robert Eggers</title>
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		<pubDate>Wed, 15 Jun 2016 06:42:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>JNB</dc:creator>
				<category><![CDATA[Films]]></category>
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		<description><![CDATA[Récompensé à Sundance en 2015, projeté en compétition de ce 23e Festival de Gérardmer, The Witch fait sensation. Et pour cause : le jeune auteur-réalisateur américain Robert Eggers y déroule...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Récompensé à Sundance en 2015, projeté en compétition de ce <a href="http://www.grand-ecart.fr/pense-bete/festival-film-fantastique-gerardmer-2016/">23e Festival de Gérardmer</a>, <em>The Witch</em> fait sensation. Et pour cause : le jeune auteur-réalisateur américain Robert Eggers y déroule une maîtrise quasi parfaite de son matériau.</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2016/01/the-witch-anya-taylor-joy.jpg" alt="Anya Taylor-Joy dans The Witch" width="280" height="169" class="alignleft size-full wp-image-22912" />En 1630 en Nouvelle-Angleterre, William et sa famille (une femme et cinq enfants) sont bannis de leur communauté pour désaccord avec les règles religieuses en vigueur chez les <em>Pilgrim fathers</em>. La famille prend ses affaires, son cheval, ses quelques chèvres et son bouc, et se met en quête d’une nouvelle terre, qu’elle trouvera à deux jours de route : une clairière au milieu d’une forêt. Soufflée par la beauté et la sérénité du lieu, la famille prie avec ferveur avant d’y installer la maisonnée et le cheptel. Mais la forêt, autour, pourrait bien être hantée.</p>
<p>Robert Eggers montre d’abord dans <em>The Witch</em> une passion pour son sujet littéral – la sorcellerie, encore très en « vogue » au début du XVIIe siècle –, ensuite une déférence pour les Pères Pèlerins du septième art. On y trouve l’héritage des Dreyer, Bergman et autres Murnau, étalons éternels d’un cinéma aussi formel qu’érudit. Stylistiquement ou narrativement, chaque plan rappelle l’un de ces modèles, quand il ne convoque pas les artistes picturaux de la psyché et du surnaturel : on ne serait d’ailleurs pas étonné si Eggers nous avouait avoir été inspiré par <em>La Tentation de saint Antoine</em> de Jérôme Bosch, <em>Le Cauchemar</em> de Füssli ou une toile d’Albrecht Dürer, à commencer par le <em>Jeune lièvre</em>, animal aux symboliques païennes qu’on croise ici.</p>
<p>Mais comme le tout est bien souvent supérieur à la somme des parties, <em>The Witch</em> n’est pas un amalgame de références étincelantes et plombantes pour les non-initiés. Ce qu’il emprunte à ses aïeux, Robert Eggers l’assimile et le renouvelle. Et fait de son premier long-métrage une œuvre étrange et sublime à la lisière de <em>L’Exorciste</em> et de <em>Ordet</em>, servie par un casting de haut vol et une matière première intarissable. <span id="more-22902"></span>L’austérité formelle n’évite pas le malaise, palpable dans les plans aveugles de la forêt, dans les cadrages serrés du jeune Caleb (Harvey Scrimshaw, impressionnant) en pleine crise d’hystérie religieuse ou dans les sonorités telluriques du film, voix (en VO) de l’acteur Ralph Ineson comprise. Jamais le spectacle de cette famille puritaine – et pourtant aimable – n’est voyeur ; au contraire, le spectateur assiste malgré lui à l’horreur et au cauchemar, pas gore mais intensément dérangeant. </p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2016/01/the-witch-a-new-england-folk-tale-robert-eggers.jpg" alt="The Witch, a New-England folk tale" width="189" height="280" class="alignright size-full wp-image-22909" />Si Robert Eggers aurait pu se contenter de ces dispositions ténébreuses pour étourdir plus que de coutume le spectateur, il achève de le fasciner grâce à un scénario et une narration sans failles. Sorcellerie ou paranoïa, à chacun de projeter dans le métrage ses propres convictions et sa foi en l’ordalie inquisitrice. Plus subtil est le discours sous-jacent qui fait écho à l’histoire religieuse américaine, ferment de <em>The Witch</em>. L’histoire d’un triple rejet : d’abord celui de l’Eglise anglicane, carcan dont les immigrés du Nouveau Monde se sont libérés. Ensuite celui de la communauté chrétienne, trop progressiste du goût du patriarche, qui mène à l’exil loin de la civilisation. Enfin, le rejet de la fille aînée, Thomasin (l’éclatante Anya Taylor-Joy), pourtant seule personne vertueuse d’une famille meurtrie par les non-dits, l’orgueil et la luxure. Jouet innocent balloté par Dieu et par le Diable, Thomasin n’a d’autre choix que d’arracher sa liberté. Lectures multiples, œuvre protéiforme à l’immense profondeur, <em>The Witch</em> est un film de sorcières. Un film historique. Un drame social. Un conte folklorique épouvantable. Un film sur le deuil et sur la paranoïa. Tout ça à la fois ; <em>The Witch</em> est légion.</p>
<p>&nbsp;<br />
The Witch <em>de Robert Eggers, avec Ralph Ineson, Kate Dickie, Anya Taylor-Joy&#8230; Etats-Unis, Canada, 2015. Sortie le 15 juin 2016.</em></p>
<p><center><iframe width="560" height="315" src="https://www.youtube.com/embed/YjBN0ByAqDk" frameborder="0" allowfullscreen></iframe></center></p>
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		<title>La Chambre interdite, de Guy Maddin et Evan Johnson</title>
		<link>http://www.grand-ecart.fr/cinema/chambre-interdite-guy-maddin-evan-johnson/</link>
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		<pubDate>Fri, 03 Jun 2016 07:00:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>JNB</dc:creator>
				<category><![CDATA[Films]]></category>
		<category><![CDATA[Canada]]></category>
		<category><![CDATA[fantastique]]></category>
		<category><![CDATA[Guy Maddin]]></category>
		<category><![CDATA[poésie]]></category>

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		<description><![CDATA[Adaptations de comics, adaptations de romans, adaptations « tirées d’une histoire vraie », adaptations d’adaptations, remakes d’adaptations… Le cinéma n’en finit pas de se mordre la queue.]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2015/11/chambre-interdite-guy-maddin-evan-johnson-affiche.jpg" alt="La Chambre interdite, de Guy Maddin et Evan Johnson" title="La Chambre interdite, de Guy Maddin et Evan Johnson" width="205" height="280" class="alignleft size-full wp-image-22578" />Adaptations de comics, adaptations de romans, adaptations « tirées d’une histoire vraie » (les pires), adaptations d’adaptations, remakes d’adaptations… Le cinéma n’en finit pas de se mordre la queue depuis déjà un paquet d’années. Et puis, parfois, un cinéaste émerge et propose autre chose. Une autre grammaire cinématographique, une autre proposition diégétique, une proposition de cinéma libre et poétique. C’est le cas – parmi d’autres – de Guy Maddin, metteur en scène qui suit sa ligne directrice de film en film, sans pour autant qu’ils se ressemblent. <em>Dracula, pages tirées du journal d’une vierge</em>, <em>The Saddest Music in the World</em>, <em>Winnipeg mon amour</em>, <em><a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/ulysse-souviens-toi-keyhole-guy-maddin/" title="Ulysse, souviens-toi !, de Guy Maddin">Ulysse, souviens-toi !</a></em>&#8230; sont autant de bijoux d’esthétisme et de poésie. </p>
<p>Quant à la nouvelle <em>Chambre</em> de Guy Maddin, elle repousse encore ses limites. Résumer le film ne servirait à rien – ou si peu : il y a un sous-marin dans lequel l’oxygène se raréfie, vouant à une mort certaine son équipage, une moustache paternelle qui apaise le deuil, un trappeur qui recherche sa bien-aimée, des aventuriers en terre inconnue, des femmes fatales et un homme qui prend son bain. <em>La Chambre interdite</em> est un film de composition d’une folle poésie. </p>
<p style="text-align: center;"><strong><a href="http://www.grand-ecart.fr/portraits/interview-chambre-interdite-films-perdus-pompidou-winnipeg-rencontre-guy-maddin/" title="Rencontre avec Guy Maddin">&raquo; Lire l&#8217;interview de Guy Maddin</a></strong></p>
<p>Composition au sens littéral, puisqu’il s’agit de l’aboutissement du projet <em>Séances</em> : installations, performances et réalisations. Une série de courts-métrages tournés en public au Centre Pompidou à Paris puis au Centre Phi à Montréal en 2012, avec Mathieu Amalric, Amira Casar, Udo Kier, Charlotte Rampling, Ariane Labed, Clara Fugey, Roy Dupuis, Louis Negin… <span id="more-22574"></span>Pour chacun de ces courts-métrages, Guy Maddin a imaginé une trame à partir d’un film « perdu » – comprendre, détruit ou jamais réalisé. Le cinéaste canadien a convoqué les pères-fondateurs du cinéma dans <em>Séances</em> : Alice Guy-Blaché, George Schnéevoigt, Erich von Stroheim, Mikio Naruse, Jean Vigo, Kenji Mizoguchi, William Wellman, Alfred Hitchcock, Friedrich W. Murnau, Jack Cummings… A partir de rien – une affiche, une critique d’époque, un résumé ou un simple titre – il a donné libre cours à sa créativité et proposé un mini-film probablement bien plus empreint de folie et d’onirisme que ce que ses réalisateurs originels avaient imaginé. <em>La Chambre interdite</em> est le résultat de l’imbrication de plusieurs de ces courts filmés en live, sorte de poupée russe filmographique ou de cadavre exquis scénaristique. C’est étrange, beau, fantasmé, merveilleux et cruel, parfois déconcertant et souvent incompréhensible sans approche préalable <a href="#ref">(1)</a>, mais c’est exceptionnel d’audace et d’intelligence. Redonner vie à ces dix-sept fragments de cinéma est l’une des plus belles réussites de Maddin, pour qui <em>La Chambre interdite</em> n’est d’ailleurs que la partie émergée de l’iceberg, puisque l’aventure continue sur le <a href="http://seances.nfb.ca/" target="_blank">site de <em>Séances</em></a> avec de fabuleux collages de cinéma éphémères.</p>
<p><a href="#ref" name="ref"></a></p>
<p style="font-size:90%">(1) A ce titre, le <a href="http://www.grand-ecart.fr/jeu-concours/forbidden-room-chambre-interdite-guy-maddin-seances-dvd/">DVD</a> tient son rôle grâce à l’épais livret (interview des réalisateurs Guy Maddin et Evan Johnson, genèse du projet, explication de <em>Séances</em>, scénario, « assemblage » du long-métrage) et aux bonus vidéo (courts-métrages réalisés dans le cadre de <em>Séances</em>, documentaire <em>The 1000 Eyes of Dr Maddin</em> de Yves Montmayeur sur le génie du cinéaste canadien).</p>
<p>&nbsp;<br />
La Chambre interdite<em> (The Forbidden Room) de Guy Maddin et Evan Johnson, avec Amira Casar, Maria de Medeiros, Udo Kier, Mathieu Amalric, Charlotte Rampling, Jean-François Stévenin, Jacques Nolot, Géraldine Chaplin, Adèle Haenel, Louis Negin&#8230; Canada, 2015. Sortie le 16 décembre 2015. Sortie DVD le 7 juin 2016.</em></p>
<p><center><script type="text/javascript" src="//www.ultimedia.com/deliver/generic/js/mdtk/01200383/src/5vq383/zone/2/showtitle/1/"></script></center></p>
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		<title>Two Lovers and a Bear, de Kim Nguyen</title>
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		<pubDate>Fri, 20 May 2016 07:47:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Julien Wagner</dc:creator>
				<category><![CDATA[Films]]></category>
		<category><![CDATA[Les films de la 48e Quinzaine des réalisateurs]]></category>
		<category><![CDATA[amour]]></category>
		<category><![CDATA[Canada]]></category>
		<category><![CDATA[critiques Cannes]]></category>
		<category><![CDATA[nature]]></category>

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		<description><![CDATA[Quelque part dans l’Arctique, entre deux aurores boréales. Dans ce village cerné par des dunes de glace, des hommes et des femmes ont choisi d’y vivre, comme si de rien n'était...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h3>Froid dans le dos et chaud au cœur</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2016/05/two-lovers-bear-kim-nguyen.jpg" alt="Two Lovers and a Bear, de Kim Nguyen" width="210" height="280" class="alignleft size-full wp-image-24028" />Quelque part dans l’Arctique, entre deux aurores boréales. Dans ce village cerné par des dunes de glace, des hommes et des femmes ont choisi d’y vivre, comme si de rien n’était. Si ce n’est que hormis de conduire des voitures, il s’agit de motos-neige et que l’hôpital le plus proche est à quelques heures d’avion. Roman et Lucy ont choisi tous deux cet exil de manteau blanc où s’abriter de leurs douleurs du passé. Ils s’aiment encore comme des adolescents, communiquant assez peu en dehors du langage du corps. Mais quand Lucy ne parvient plus à vaincre les démons qui la rongent et décide de retourner dans le sud, Roman la suit. Ils enfourchent leurs motos-neige et vogue l’aventure dans une immensité immaculée qui ne demande qu’à les emporter à jamais. </p>
<p>Il y a plusieurs films dans <em>Two Lovers and a Bear</em>, le nouveau long du Canadien Kin Nguyen à qui on doit le remarqué <em>Rebelle</em> en 2012. Ici, une histoire d’amour au goût d’impossible (Lucy doit partir, Roman ne l’accepte pas au début). Là, un drame de la vie quotidienne, rongée par l’alcool. Là encore, une comédie (les policiers semblent tout droit sortis du <em>Fargo</em> des frères Coen) ou de l’absurde (Roman discute philosophie et sens de la vie avec un ours blanc…  qui lui répond). Le tout pour s’achever dans une aventure de l’extrême mâtinée de fantastique et de thriller angoissant avec fantômes qui ressurgissent et lampes-torches dans une base militaire abandonnée, comme dans un épisode d’<em>X-Files</em>. Ce qui pourrait désarçonner au premier abord les aficionados d’histoires bien ficelées qui ne sortent pas des clous. Ici, rien n’est prévisible. <span id="more-24025"></span></p>
<p>C’est ce qui fait la saveur de cet ovni cinématographique remarquablement interprété par Dane DeHaan (le nouveau Leonardo DiCaprio, tant par le physique que par la puissance de jeu) et Tatiana Maslany qui passe d’une émotion à une autre en une fraction de seconde. Kim Nguyen continue de forger son univers particulier avec un sens de la mise en scène très travaillé. On n’a jamais vu l’Arctique de cette manière, avec ses cerfs coincés dans une mer gelée, ses paysages lunaires et ses dangers qui rôdent à tout instant. La mort est omniprésente, enveloppe les deux amoureux, prête à les ensevelir. L’ours blanc devient la métaphore d’un démiurge qui avertit Roman de ce qui le guette, comme s’il savait tout ce qui allait advenir. Et le film de se saupoudrer d’une nouvelle couche de neige, avec de la métaphysique. Mais aussi une blague, celle de deux amants, d’un ours et d’une pieuvre qui peut jouer de tous les instruments de musique. Si vous ne la connaissez pas, rendez-vous dans un igloo de fortune mais douillet. Une histoire qui ne donne pas la chair de poule et vous réchauffera le cœur. Un peu comme ce film…</p>
<p>&nbsp;<br />
Two Lovers and a Bear<em> de Kim Nguyen, avec Dane DeHaan  et Tatiana Maslany. Canada, 2016. Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs.</em></p>
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		<title>Démolition, de Jean-Marc Vallée</title>
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		<pubDate>Tue, 05 Apr 2016 19:56:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Julien Wagner</dc:creator>
				<category><![CDATA[Films]]></category>
		<category><![CDATA[amour]]></category>
		<category><![CDATA[Canada]]></category>
		<category><![CDATA[drame]]></category>
		<category><![CDATA[Etats-Unis]]></category>
		<category><![CDATA[Jake Gyllenhaal]]></category>

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		<description><![CDATA[Tout détruire pour mieux se reconstruire. Tel pourrait être le résumé de <em>Démolition</em> et du chemin que traverse Davis pour aller à la rencontre de ses émotions...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2016/04/demolition-jean-marc-vallee-affiche.jpg" alt="Démolition, de Jean-Marc Vallée" title="Démolition, de Jean-Marc Vallée" width="207" height="280" class="alignleft size-full wp-image-23351" />Tout détruire pour mieux se reconstruire. Tel pourrait être le résumé de <em>Démolition</em> et du chemin que traverse Davis pour aller à la rencontre de ses émotions. Et dire que tout part d&#8217;un sachet de M&#038;M&#8217;s coincé dans un distributeur ! Mais aussi, accessoirement, que ledit distributeur est situé dans l&#8217;hôpital où Davis vient de perdre sa femme à la suite d&#8217;un accident de voiture. Au lieu de pleurer, au lieu de sombrer dans la dépression, Davis préfère se rendre au travail comme si de rien n&#8217;était, ne change rien à son mode de vie (sauf le message de son répondeur mentionnant que son épouse ne pourra plus répondre) et inquiète ses proches. Mais pourquoi diable se réfugie-t-il ainsi dans une telle insensibilité apparente ? A-t-il seulement déjà été sensible ? Oui, si l&#8217;on en croit les courriers qu&#8217;il envoie à la compagnie du distributeur de friandises défectueux. Oui, aussi, quand on assiste à l&#8217;amitié naissante entre cet homme (é)perdu et la responsable des courriers de réclamation de la compagnie en question.</p>
<p>Jean-Marc Vallée poursuit son œuvre sur les âmes délaissées et incomprises. Après l&#8217;homosexualité dans <em>CRAZY</em>, le sida dans <em>Dallas Buyers Club</em>, la disparition volontaire dans <em>Wild</em>, voici l&#8217;insensibilité qui ne demande qu&#8217;à se craqueler et exploser. A coups de marteau et de burin sur les meubles, de bulldozer pour raser sa maison, de tournevis pour tout démonter, de larmes invisibles pour se décharger. <span id="more-23347"></span>Davis expérimente tout ceci. Mais c&#8217;est au contact de cette mère célibataire friande de joints et de son ado de fils croisé entre DiCaprio (jeune) et Bowie (version punk), qu&#8217;il va accéder à la rédemption, à la douleur qui éclot enfin, aux souvenirs qui ressurgissent, au désir de vivre envers et contre lui-même. </p>
<p>A chacun de ses derniers films, on dit de Jake Gyllenhaal qu&#8217;il a livré le meilleur de lui-même. Que ce soit en flic placide (<em>Prisoners</em>), en reporter du dimanche sans état d&#8217;âme (<em>Night Call</em>) ou en boxeur qui a tout perdu (<em>La Rage au ventre</em>). Ici, tout passe par ses yeux qu&#8217;il ouvre bien grands comme un enfant qui découvre le monde qui l&#8217;entoure, par sa bouche tombante, par des frémissements. Et tout d&#8217;un coup, l&#8217;explosion : les cris, la danse dans la rue au milieu des passants, la sincérité exacerbée, les bretelles qui remplacent ceinture et cravate. Une prestation saisissante, minutieuse, fascinante, renforcée par le jeu sans fausse note de la trop rare Naomi Watts et de la découverte du jeune Judah Lewis. <em>Démolition</em>, c&#8217;est un tourbillon d&#8217;émotions, du rire aux larmes. La renaissance d&#8217;un être qui avait perdu le sens des mots. Le cœur lézardé, mais vivant. Enfin. </p>
<p>&nbsp;<br />
Démolition <em>de Jean-Marc Vallée, avec Jake Gyllenhaal, Naomi Watts, Judah Lewis, Chris Cooper&#8230; Canada, Usa, 2015. Sortie le 6 avril 2016.</em></p>
<p><center><script type="text/javascript" src="//www.ultimedia.com/deliver/generic/js/mdtk/01200383/src/ll88fx/zone/2/showtitle/1/"></script></center></p>
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		<title>The Devil’s Candy &amp; Pay the Ghost</title>
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		<pubDate>Sun, 31 Jan 2016 08:10:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alessandro Rizzo</dc:creator>
				<category><![CDATA[Films]]></category>
		<category><![CDATA[Canada]]></category>
		<category><![CDATA[Etats-Unis]]></category>
		<category><![CDATA[horreur]]></category>
		<category><![CDATA[nanar]]></category>
		<category><![CDATA[sorcière]]></category>

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		<description><![CDATA[<em>The Devil’s Candy</em>… Ça te tente ? C’était en compétition à Gérardmer l’année dernière. Mais ça parle de quoi ?]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h3>Duo de navets sauce au câble</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2016/01/devil-s-candy-s.jpg" alt="Devil&#039;s Candy, d&#039;Ethan Embry" title="Devil&#039;s Candy, d&#039;Ethan Embry"width="280" height="158" class="alignleft size-full wp-image-22974" /><em>2017, quelque part en France</em><br />
&nbsp;<br />
- Y a quoi ce soir à la télé ?</p>
<p>- Je sais pas. Rien comme d&#8217;hab…</p>
<p>- Regarde sur la TNT… Tu sais Chérie bidule, NRJ truc. Enfin, les chaînes où on va jamais…</p>
<p>- <em>The Devil&#8217;s Candy</em>… Ça te tente ? C&#8217;était en compétition à <a href="http://www.grand-ecart.fr/pense-bete/festival-film-fantastique-gerardmer-2016/">Gérardmer</a> l&#8217;année dernière.</p>
<p>- Mais ça parle de quoi ?</p>
<p>- D&#8217;abord, y a un gros cochon un peu taré qui entend Satan dans sa tête lui demander de lui fournir des enfants parce qu&#8217;il adore ça… Comme des bonbons. Alors, le pourceau s&#8217;exécute et tue des gamins à coups de pierre avant de les découper façon puzzle. Il met les morceaux dans des valises à roulettes format cabine qu&#8217;il enterre dans son jardin. Et puis, pour son maître, il joue aussi de la guitare très très très fort en pleine nuit. Sa mère n&#8217;en peut plus alors elle l&#8217;engueule. D&#8217;abord docile et obéissant, il finit par lui mettre un coup de Flying V (la même guitare que Kirk Hammett de Metallica !) sur le carafon. Bye bye la matrone ! La maison est à vendre et le gros boucher en survet’ se retrouve à la rue. Et là, une petite famille à la cool rachète le pavillon. <span id="more-22970"></span>Le père metalleux super-sexy avec une tête de Jésus rouquin est artiste peintre, la fille, fan absolue de Metallica comme son père, va au lycée et la mère est juste rock et sympa. A peine installé, le père entend lui aussi la voix du cornu qui l&#8217;oblige à peindre des choses bizarres : une croix inversée (<em>so creepy</em> !!) et une fresque effrayante où des enfants, dont sa fille, se font rôtir dans les flammes de l&#8217;enfer. A partir de là, ça sent le roussi pour la famille en or. D&#8217;autant que le gros cochon a gardé les clés de la maison et qu&#8217;il a l&#8217;air d&#8217;en pincer pour la jeune metalleuse…</p>
<p><em>1h19 + 20 minutes de pubs plus tard… Metallica bastonne – enfin – sur le générique de fin.</em></p>
<p>- Je crois qu&#8217;il y a comme un léger problème : j&#8217;ai préféré ton pitch à deux balles à cet horreur de film à deux de tension. Le scénario et les dialogues sont écrits à la truelle ; la réalisation est en respiration artificielle ; l&#8217;interprétation ectoplasmique (mention spéciale WTF à F. Murray Abraham certainement passé prendre une enveloppe sur le plateau) ; la bande originale est toute rabougrie : on pensait prendre une dose de metal, au final on a eu que des posters (Slayer, Ghost…), des t-shirts de Metallica… et de la musique au mètre… Stop ou encore ? Et puis, on se demande comment le gros cochon vicelard arrive à…</p>
<p>- STOP !!!</p>
<p>- Mais au fait, ils sont au courant Metallica de…</p>
<p>- STOP !!!</p>
<p>- Et qu&#8217;est-ce qui leur a pris de mettre un mauvais téléfilm en compétition ?</p>
<p>- STOP ! Change de chaîne… sur NTN1, ils passent <em>Pay the Ghost</em> avec Nicolas Cage !</p>
<p>- Décidément, t&#8217;as vraiment des goûts de… Celui-là je l&#8217;ai vu et pour la faire courte, je peux te dire que c&#8217;est <em><a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/insidious-james-wan/" title="Insidious, de James Wan">Insidious</a></em> version Franprix !</p>
<p>- Alors, une tisane et au lit ?</p>
<p>- Oui, c&#8217;est mieux comme ça…</p>
<p>- Sinon, tu connais <em>Jeruzalem</em>, le film d&#8217;horreur « dans l&#8217;air du temps » entièrement tourné en Gogol glass ?</p>
<p>- J&#8217;ai dit, c&#8217;est mieux comme ça !</p>
<p>&nbsp;<br />
The Devil&#8217;s Candy <em>de Sean Byrne, avec Ethan Embry, Shiri Appleby&#8230; Etats-Unis, 2015.</em><br />
Pay the Ghost <em>de Uli Edel, avec Nicolas Cage, Sarah Wayne Callies&#8230; Canada, 2015. Prix de la meilleure musique du 23e Festival du film fantastique de Gérardmer.</em></p>
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		<title>Rencontre avec Guy Maddin</title>
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		<pubDate>Tue, 15 Dec 2015 07:33:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>JNB</dc:creator>
				<category><![CDATA[Portraits]]></category>
		<category><![CDATA[Apichatpong Weerasethakul]]></category>
		<category><![CDATA[Canada]]></category>
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		<category><![CDATA[Star Wars]]></category>
		<category><![CDATA[surréalisme]]></category>

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		<description><![CDATA[Ce 16 décembre, vous êtes plutôt <em>Star Wars VII</em> ou <em>La Chambre interdite</em> ? On va vous aider à choisir en compagnie de Guy Maddin, cinéaste génial.]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: right;font-size:90%;"><em>Merci à <a href="http://www.grand-ecart.fr/auteur/yvan/" target="_blank">Yvan</a> pour sa collaboration et sa traduction</em></p>
<h3>Le collage fou, fou, fou</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2015/12/guy-maddin.jpg" alt="Guy Maddin" title="Guy Maddin" width="194" height="280" class="alignleft size-full wp-image-22682" /><strong>Tout le monde le sait, <em><a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/star-wars-episode-7-reveil-force-jj-abrams/" title="Star Wars VII : le réveil de la Force, de J.J. Abrams" target="_blank">Star Wars VII</a></em> sort le 16 décembre et va littéralement envahir la planète cinéma.</strong> <em>« Génial »</em>, diront les (nombreux) uns, <em>« Oh non, qu&#8217;est-ce que je vais bien pouvoir aller voir au cinéma »</em>, souffleront les (quelques) autres. Pas d&#8217;inquiétude ! Ce même 16 décembre de l&#8217;an 15 sort <em><a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/chambre-interdite-guy-maddin-evan-johnson/" title="La Chambre interdite, de Guy Maddin et Evan Johnson" target="_blank">La Chambre interdite</a></em>, qui va (évidemment) détrôner <em>Star Wars</em> au box-office.</p>
<p>D&#8217;un côté, une grosse machine hollywoodienne attendue depuis dix ans, pleine d&#8217;acteurs trop payés et de fonds verts. De l&#8217;autre, la plus belle poésie qui soit et un pari totalement fou : reprendre les films « perdus » (parce que disparus dans les affres du temps ou jamais réalisés) d&#8217;une multitude de réalisateurs classiques, tourner une séquence pour chacun de ces films, et ensuite coller le tout. Les fragments de chaque film ont été tournés en public et en deux temps lors de l&#8217;installation <em>Séances</em> (parfois appelée <em>Spiritismes</em>), au Centre Pompidou en 2012 puis au Centre Phi de Montréal en 2013. Résultat &#8211; en deux temps aussi : d&#8217;abord ce long-métrage, <em>La Chambre interdite</em><a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/chambre-interdite-guy-maddin-evan-johnson/" title="La Chambre interdite, de Guy Maddin et Evan Johnson" target="_blank"></a>, collage hallucinant et fascinant, puis, tout au long de l&#8217;année 2016, un site Web qui permettra de visionner des courts-métrages aléatoires et éphémères. <span id="more-22649"></span></p>
<p>Au centre de ce projet pharaonique et fantasque, Guy Maddin, cinéaste canadien de l&#8217;étrange, riche d&#8217;une œuvre unique (<em><a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/ulysse-souviens-toi-keyhole-guy-maddin/" title="Ulysse, souviens-toi !, de Guy Maddin" target="_blank">Ulysse, souviens-toi !</a></em>, <em>The Saddest Music in the World</em>, <em>Des trous dans la tête</em>&#8230;), dont l&#8217;imagination et le désir de se renouveler semblent sans limite. Impatients de le rencontrer, on l&#8217;était. On s&#8217;imaginait quelqu&#8217;un de très sérieux quand il s&#8217;agit de parler d&#8217;art et de cinéma, d&#8217;un peu sombre &#8211; à l&#8217;image de ses films &#8211; et de distant, et on a eu tout l&#8217;inverse : Guy Maddin est pétri d&#8217;humilité et d&#8217;autodérision, drôle, volubile, passionnant&#8230; et un peu fou. Rencontre dans une galaxie très lointaine.</p>
<p>&nbsp;<br />
<strong>Saviez-vous déjà au moment du tournage au Centre Pompidou que le projet deviendrait un long-métrage ?</strong></p>
<p>Non. Je l’ai compris avant de tourner au Centre Phi. En fait, le seul moyen d’obtenir des financements pour ce projet Internet était d’en faire aussi un long-métrage. On a donc continué de travailler sur <em>Séances</em>, le projet Web, tout en amassant du matériau supplémentaire pour en faire <em>La Chambre interdite</em>. </p>
<p><strong>Vous croyez vraiment au spiritisme ou c’est juste de la performance ?</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2015/12/chambre-interdite-maddin-spiritisme.jpg" alt="La Chambre interdite, de Guy Maddin" width="280" height="140" class="alignright size-full wp-image-22696" />Si je me trouvais en pleine nuit dans une maison hantée avec des bruits inquiétants, une tempête à l’extérieur, que je sentais la main de quelqu’un sur mon épaule, je serais mort de peur, mais je n’imaginerais pas une seconde qu’il s’agirait d’un fantôme ! En revanche à partir du moment où j’ai une caméra entre les mains, d’une certaine manière, je crois aux fantômes… Les fantômes sont un procédé littéraire et filmique idéal pour parler des souvenirs, de la mémoire, la culpabilité, l’envie, l’amour qu’on a pour ses proches décédés, des lieux importants pour soi… Quand on tient une caméra, c’est bien de croire à ça. Dire que l’on croit aux fantômes, c’est la même chose que dire que l’on croit au cinéma. Quand on va dans une salle, les lumières s’éteignent et on a envie d’être enchanté par le film. On est dans le noir, on a envie de prendre plaisir ; parfois c’est le cas, les lumières se rallument et alors, on décide de croire ou non aux fantômes qu’on vient de voir.</p>
<p><strong>Tourner en public, c’est comment ?</strong></p>
<p>C’est fabuleux. J’avais déjà fait quelques shows en live avec mes films : Des trous dans la tête par exemple, où il y avait un orchestre et des effets spéciaux live, et il y avait un narrateur sur Winnipeg mon amour. Je me sentais comme un showman, ça me donnait l’impression de pouvoir contrôler le niveau d’implication du public, de pouvoir garantir que tout le monde s’amuse et que personne ne s’ennuie et ne sorte. Avec La Chambre interdite, ça a commencé comme ça : j’essayais de créer une ambiance de show sur le plateau pendant le tournage, pour que tout le monde se sente bien et pas sur quelque chose de pro et sérieux. Et à un moment donné ça marche : le public oublie la présence des caméras, les acteurs et le réalisateur oublient la présence du public, c’était génial. Seuls quelques petits incidents nous rappelaient qu’on était en présence du public : des quintes de toux, le regard d’un type me fixant sans arrêt pendant trois jours, même de la nourriture tombant d’un étage sur Charlotte Rampling ! Charlotte a d’ailleurs participé pendant quatre jours, elle a fait quatre films perdus mais n’apparaît que brièvement dans <em>La Chambre interdite</em>. On en garde pas mal pour le Web !</p>
<p><strong>Comment s’est passé le casting des acteurs à Pompidou ?</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2015/12/tournage-chambre-interdite-guy-maddin.jpg" alt="Guy Maddin lors des séances de Spiritismes" title="Guy Maddin lors des séances de Spiritismes" width="280" height="187" class="alignleft size-full wp-image-22685" />J’avais un agent qui connaissait bien mon univers et le milieu des acteurs parisiens. Il a su qui pouvait convenir à mon style de films et au côté assez fou du projet. Il a organisé plusieurs rencontres, et j’ai tenté d’expliquer à chacun la nature du projet. Tout le monde a dit oui. Le seul qui n’a pas pu, et que je n’ai pas rencontré, c’est Frederick Wiseman, qui vivait alors à Paris. C’est très drôle d’ailleurs, parce que j’ai maintenant un poste d’enseignant à Harvard à Boston, où il vit également… Je le vois parfois. Peut-être que je vais l’attendre la prochaine fois, j’aurai ma caméra et je le filmerai en train de sortir ses poubelles !</p>
<p><strong>Comment avez-vous présenté le projet aux acteurs ?</strong></p>
<p>Ça prenait à chaque fois beaucoup de temps&#8230; Il n’y a pas d’explication en une phrase ! Je n’ai jamais trouvé la meilleure façon de le présenter. J’ai toujours entamé de manière différente, en finissant quand même par retomber sur mes pieds. J’étais plus loquace et plus vif à l’époque, je devais donner l’impression que je savais ce que je faisais ! En tout cas, ils ont accepté, mais ça date d’il y a tellement longtemps maintenant, je suis sûr qu’ils ont oublié entre-temps ! Ils ne s’en souviendront plus en le revoyant, surtout que l’image elle-même a été altérée.</p>
<p><strong>Chaque séquence est construite à partir d’un film perdu : d’où vient ce pari totalement fou ?</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2015/12/affiche-originale-chambre-interdite-forbidden-room.jpg" alt="The Forbidden Room aka La Chambre interdite" title="The Forbidden Room aka La Chambre interdite" width="189" height="280" class="alignright size-full wp-image-22678" />Ça a commencé il y a plusieurs années. Je lisais beaucoup d’ouvrages au sujet de mes réalisateurs préférés, et à la fin des livres on trouve souvent une section sur les films qu’ils n’ont jamais terminés ou qui ont été perdus. Parallèlement, au début des années 1990, pour une raison qui m’échappe encore aujourd’hui, je refaisais ces films perdus. Et puis en 2010, je me suis rendu compte que le Web était le support parfait pour parler des films perdus : on peut facilement y diffuser des courts-métrages, faire interagir des fragments, comme si on convoquait des esprits pendant une séance de spiritisme… Les fragments vont se combiner encore et encore pour former de nouveaux films. </p>
<p><strong>C’est le principe du site à venir, dédié au projet…</strong></p>
<p>Oui, il va coller des fragments de manière aléatoire les uns avec les autres et modifier la musique, les couleurs. Le premier film généré par le programme s’appelait <em>Wise Trumpets of the Milky Milk Night</em> ; il durait environ 10 minutes. Je l’ai regardé, puis le programme l’a détruit à jamais ! C’est un programme qui crée un nouveau film à partir de matière perdue et le reperd ensuite. Il y aura une liste exhaustive de tous les titres ainsi créés et perdus. Ça sera comme un Père-Lachaise des films Internet… </p>
<p><strong>Comment avez-vous choisi les films perdus qu’on trouve dans <em>La Chambre interdite</em> ?</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2015/12/udo-kier-guy-maddin-chambre-interdite-strength-of-moustache.jpg" alt="Udo Kier dans La Chambre interdite" title="Udo Kier dans La Chambre interdite" width="280" height="158" class="alignleft size-full wp-image-22686" />J’ai choisi ceux qui semblaient faisables avec notre budget <a href="#ref">(1)</a>. Il y avait beaucoup de kammerspiel <em>[films intimistes allemands des années 1920, ndlr]</em>. On a appris à faire avec pas grand-chose et en public, donc on a choisi des histoires avec peu d’acteurs, qui pouvaient être tournées en intérieur. En arrivant à Montréal, on avait trouvé un moyen pour que les intérieurs ressemblent à des extérieurs… Enfin, à peu près… On avait prévu de tourner également dans d’autres villes, mais le projet s’est effondré, ça demandait trop d’argent, c’était trop fou ! Il devait y avoir un tournage au MOMA à New York, un autre à Winnipeg, ma ville natale, ou encore à la Biennale de Sao Paulo. Quoique ce dernier, c’est moi qui l’aie fait capoter ! Au moment où on devait tourner, il y a eu une montée énorme des meurtres dans la ville, du jamais vu. J’y avais déjà été auparavant et j’avais été témoin de deux kidnappings… Bref, je n’avais plus du tout envie d’y aller ! Et les autres tournages à Winnipeg et New York, ce sont mes producteurs qui les ont laissé filer… Ils n’étaient pas très bons… Mais, soit ! J’ai un film et un site, c’est assez… Mais j’écris tout de même un essai sur tous les titres perdus que je n’ai pas pu réaliser. Je vais peut-être prétendre les avoir tournés, c’est plus facile que de les tourner pour de vrai !</p>
<p><strong>Certaines séquences sont tellement folles que c’est dur d’imaginer qu’il s’agit de vrais films, par exemple avec <em>The Strength of a Moustache</em>, de Mikio Naruse…</strong></p>
<p>Oui, c’est pourtant le cas ! Mais on ne sait pas grand-chose sur ce film… Il y a aussi <em>Fist of A Cripple</em> et <em>Dream Woman</em>, qui sont des films que j’avais vraiment envie de voir, il a donc fallu que je les tourne !  </p>
<p><strong>Vous pensez que, d’où ils sont, les réalisateurs vous voient et vous sont reconnaissants d’avoir sorti leurs films de l’oubli ?</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2015/12/la-chambre-interdite-mathieu-amalric-dream-woman-alice-guy.jpg" alt="Mathieu Amalric et Ariane Labed dans La Chambre interdite" title="Mathieu Amalric et Ariane Labed dans La Chambre interdite" width="280" height="158" class="alignright size-full wp-image-22683" />Il existe un proverbe anglais qui dit que l’imitation est la plus sincère forme de flatterie. J’espère qu’ils voient ça comme un hommage, un geste d’amour. Je devrais peut-être faire un pèlerinage sur leurs tombes maintenant, et y déverser des pixels, pour faire un geste et m’assurer de la bienveillance de leurs esprits ! Quoique se rapprocher trop de leur corps est peut-être une mauvaise idée, si une main jaillit soudain du sol et m’agrippe. Imaginez l&#8217;esprit furieux d’un réalisateur japonais ! Non, je vais les laisser en paix, au pire j’attendrai que leurs avocats morts viennent me chercher des noises…</p>
<p><strong>On a souvent l’impression que vos films parlent de vous ; pourtant avec <em>La Chambre interdite</em>, on dirait plutôt que vous parlez des autres…</strong></p>
<p>Souvent on avait une vague idée de la trame, parfois une affiche, voire juste le titre… Parfois je rêvais de mes angoisses la nuit avant d’écrire un scénario, donc j’y ajoutais cette part de moi ; parfois encore, il s’agit d’histoires qui me sont arrivées. Les deux segments avec Mathieu Almaric – l’un basé sur le film d’Alice Guy-Blaché, <em>Dream Woman</em>, et l’autre sur <em>Blue Mountain Mystery</em> de Lotty Liel – sont en fait réalisés à partir d’événements de ma propre vie… C’est comme pour le film de Mikio Naruse, <em>The Strength of a Moustache</em> : j&#8217;étais jeune quand mon père est mort, je rêvais tout le temps qu’il revenait pour récupérer des choses… A chaque fois j’oubliais son enterrement, et j’étais content de le voir réapparaître, de le savoir en vie, et je me disais que j’avais une minute à peine pour le persuader de rester. Mais il repartait toujours avec son autre famille, c’était une visite très brève. Ce souvenir se retrouve dans le film. Dans tous ces fragments il y a des obsessions comme la peur du vagin, c’est beaucoup lié au courage masculin, comme la plupart de mes rêves… </p>
<p><strong>Que répondez-vous à ceux qui considèrent que <em>La Chambre interdite</em> est un film en bordel ?</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2015/12/chambre-interdite-guy-maddin-brain.jpg" alt="La Chambre interdite, de Guy Maddin" title="La Chambre interdite, de Guy Maddin" width="280" height="156" class="alignleft size-full wp-image-22680" />Je dirais que c’est très bien vu ! Je suis complètement d’accord. Après avoir vu le film, je voudrais que les gens se sentent comme s’ils avaient été rejetés par les flots sur le rivage, ayant à peine survécu à la noyade dans le tourbillon de la narration. Je voulais qu’il y ait une impression de « trop-plein ». Un film qui se replonge dans des œuvres perdues ne pouvait pas être mignon ni court… Il fallait que les gens aient l’impression d’être passés par beaucoup de choses. Il fallait qu’il soit trop long. J’ai toujours lutté pour réduire la durée de mes films, et souvent j’ai échoué. J’aimerais que mes films soient plus concis, qu’ils aient un rythme plus soutenus, qu’ils soient plus courts. Et celui-ci donnera fatalement l’impression d’être trop long… Mais c’est ainsi ! J’aurais été encore plus déçu si après tout ce travail, le film m’avait paru trop court !</p>
<p><strong>D’après vous, qu’est-ce qu’on doit trouver dans un bon film ?</strong></p>
<p>C’est très compliqué, ça ! J’aime les films très populaires – l’un de mes films préférés de ce siècle est <em>Mission : Impossible 4</em> – mais j’aime aussi <em>Cuadecuc, Vampir</em>, un documentaire d’avant-garde sur le tournage du <em>Dracula</em> de Jess Franco. Le réalisateur, Pere Portabella, a placé sa caméra à côté de celle de Franco et a fait en douce son propre film ! Puis il a enlevé tous les dialogues, ça donne quelque chose de très étrange. J’aime aussi l&#8217;installation de Martin Arnold, <em>Deanimated</em>. Il a pris un film avec Bela Lugosi, <em>The Invisible Ghost</em>, et a enlevé numériquement les acteurs et les dialogues pour qu’il ne reste que la caméra qui avance dans des couloirs sombres et vides avec la musique qui va crescendo, sans aucune interaction à l’écran. Ca ne dure que 48 minutes, mais on a l’impression que ça dure deux heures, j’adore ce film. J’aime aussi les films oscarisés des années 1930. Bon, vous avez remarqué que j’ai des goûts très éclectiques, mais ça ne répond pas du tout à votre question…</p>
<p><strong>Oui, mais c’est intéressant.</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2015/12/roy-dupuis-chambre-interdite-sous-marin-guy-maddin.jpg" alt="Roy Dupuis dans La Chambre interdite" title="Roy Dupuis dans La Chambre interdite" width="280" height="151" class="alignright size-full wp-image-22684" />Je pense qu’un metteur en scène doit savoir exactement ce qu’il fait et le faire très bien, ou ne rien savoir et faire un film complètement fou, ou même un mélange des deux ! J’aime qu’un film soit excentrique, surprenant par sa sophistication ou son étrangeté, j’aime être enchanté par ce que j’ai en face de moi. Voilà, la version concise, c’est ça : j’ai envie d’être pris ! Et dans ce cas, je veux bien faire des efforts pour rester éveillé et concentré. Je me rends bien compte que ma réponse est un vrai bordel, mais c’est la première fois qu’on me pose cette question…</p>
<p><strong>Donc vous aimez les films qui vont jusqu’au bout ?</strong></p>
<p>Oui… Bien sûr, un film qui n’est que fou, c’est très déprimant au bout d’un moment… Il y a ce film japonais, <em>Hausu</em>, de Nobuhiko Obayashi ; j’étais à Harvard quand il l’a présenté. C’est un film qui va au bout de sa folie, qui invente des règles pour les briser deux secondes après. A la fin, le spectateur est épuisé, et face à une pile de règles brisées encore fumantes… Jean Vigo fait un peu la même chose à sa manière. C’est un peu ce que j’ai envie de faire dans mes films, mais ensuite je réalise à quel point un film est un organisme complexe, que je risque de déséquilibrer totalement en faisant ça. Parfois je m’attache plus à l’ambiance, à la musique, la logique ou même au jeu des acteurs, et j’oublie d’autres aspects… C’est compliqué ! Mais j’apprends doucement, je suis déterminé – c’est déjà ça. Si jamais je pouvais atteindre l’âge de 120 ans, je pense qu’en l’an 2075 je ferais de supers films ! Du côté de mon père, les gens meurent jeunes : aujourd’hui <em>[ndlr : le 27 novembre 2015]</em>, j’ai 117 jours de plus que mon père à sa mort. Du côté de ma mère les gens meurent vieux, mais dans des fusillades ou des choses comme ça, des triangles amoureux… Si jamais je me fais vieux, j’essaierai d’éviter les triangles amoureux, ou si je trompe quelqu’un je vérifierai qu’elle ne possède pas un gros arsenal.</p>
<p><strong>En France, <em>La Chambre interdite</em> sort le même jour que <em>Star Wars VII</em> : c’est un hasard ? </strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2015/12/chambre-interdite-clara-furey-guy-maddin.jpg" alt="Clara Furey dans La Chambre interdite" title="Clara Furey dans La Chambre interdite" width="280" height="158" class="alignleft size-full wp-image-22679" />Non, c’est fait exprès, on va faire quoi ? Se coucher ? Moi je dis <em>« Vas-y </em>Star Wars<em>, montre ce que tu as dans le ventre ! »</em> Plus sérieusement, aux Etats-Unis il y a ces saisons formatées pour la sorties des blockbusters, en été et à Noël. Ce sont des périodes vraiment surchargées. Les autres films, les petits films d’art et essai comme le mien, sortent toujours en dehors de cette période-là. C’est donc un grand moment de ma carrière ! J’adore ! Imaginez juste une seconde que tout le monde se trompe et qu’on s’aperçoive que <em>La Chambre interdite</em> a battu <em>Star Wars</em> au box-office ? C’est le début d’une nouvelle Révolution française…</p>
<p><strong>Apichatpong Weerasethakul a déclaré qu’il adorerait réaliser un jour un gros film avec plein d’explosions, comme il les aime parfois en tant que spectateur. Et vous ?</strong></p>
<p>Je ne sais pas&#8230; Je n’ai toujours pas rencontré Apichatpong, mais de temps à autre il envoie un tweet à mon sujet, c’est très gentil et j’aime beaucoup ses films. On se rencontrera un de ces jours ; d’ailleurs on a déjà été dans le même bâtiment une fois, c’était un magasin de DVD à Chicago, et il m’a fait passer un mot par un vendeur. J’ai répondu mais on n’a pas eu l’occasion de se voir. Et quand j’ai présenté <em>La Chambre interdite</em> au TIFF, il a tweeté qu’il avait hâte de le voir. Peut-être que si je fais un gros film à explosion un jour, il pourra venir sur le tournage et on fera exploser les bombes ensemble !</p>
<p><strong>Quel type de spectateur êtes-vous ?</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2015/12/chambre-interdite-volcan-guy-maddin.jpg" alt="La Chambre interdite, de Guy Maddin" title="La Chambre interdite, de Guy Maddin" width="280" height="158" class="alignright size-full wp-image-22697" />Je ne vais pas souvent seul au cinéma. Un peu plus, récemment, parce que j’enseigne à Harvard et qu’ils ont une très bonne cinémathèque, donc je m’habitue à y aller seul, mais avant j’avais toujours besoin d’être accompagné. Ce qui fait que je vais parfois au cinéma tous les jours, puis des mois entiers passent sans que j’y aille. J’ai donc des lacunes bizarres dans ma cinéphilie. Par exemple je n’ai pas vu les cinq derniers épisodes de <em>Star Wars</em>, il faut que je rattrape tout ça ! J’aime bien aller dans de bonnes salles, des vraies salles art et essai. A Winnipeg, il n’y en a pas. C’est pour ça que j’adore Paris : quand on tournait ici, j’allais tous les soirs au cinéma. Mon éducation cinématographique s’est fait beaucoup par la VHS, c’est donc super de voir ensuite ces films au cinéma. Enfant, j’y allais le matin et j’y passais la journée entière. Je me souviens d’une fois où je suis allé au cinéma en maillot de bain ! J’avais froid avec l’air climatisé, mais en sortant le soir il faisait chaud, alors je me suis réchauffé sur le chemin du retour. C’était une période étrange et enchantée, parfois je voyais six fois le même film…</p>
<p><strong>Quel est votre plus vieux souvenir de cinéma ?</strong></p>
<p>C’était dans un drive-in où mon frère m’avait emmené avec sa copine. Ils étaient à l’avant et moi à l’arrière, et il n’a fait que l’embrasser pendant tout le film. On regardait <em>Les Mille et Une Nuits</em>, avec Maria Montez. C’était sublime, mais on était en hiver et toute cette embrassade provoquait de la buée sur le pare-brise qui gelait… A la fin, je voyais Maria Montez à travers un halo de gel brumeux !</p>
<p>&nbsp;<br />
La Chambre interdite<em> (The Forbidden Room) de Guy Maddin et Evan Johnson, avec Amira Casar, Maria de Medeiros, Udo Kier, Mathieu Amalric, Charlotte Rampling, Jean-François Stévenin, Jacques Nolot, Géraldine Chaplin, Adèle Haenel, Louis Negin&#8230; Canada, 2015. Sortie le 16 décembre 2015.</em></p>
<p><a href="#ref" name="ref"></a><br />
<em>(1) Liste des films tournés à Paris et Montréal :<br />
<strong>A Paris :</strong></p>
<ul>
<li>Dream Woman (Alice Guy-Blaché, 1914, Etats-Unis)</li>
<li>Thérèse Raquin (Jacques Feyder, 1928, Allemagne)</li>
<li>Gardener Boy Sought (George Schnéevoigt, 1913, Danemark)</li>
<li>Poto-Poto (Erich von Stroheim, non-réalisé)</li>
<li>Rausch [Intoxication] (Ernst Lubitsch, 1919, Allemagne)</li>
<li>The Strength of a Moustache (Mikio Naruse, 1931, Japon)</li>
<li>Lines of the Hand (Jean Vigo, non-réalisé)</li>
<li>Over Barbed Wire (Aleksandr Dovzhenko, URSS, non-réalisé)</li>
<li>Fist of a Cripple (Tetos Dimitriadis, 1930, Grèce)</li>
<li>Blue Mountains Mystery (Lottie Lyell, 1921, Australie)</li>
<li>Idle Wives (Lois Weber, 1916, Etats-Unis)</li>
<li>Resurrection of Love (Kenji Mizoguchi, 1923, Japon)</li>
<li>Tararira (lost Benjamin Fondane, 1936, Argentine)</li>
<li>Bits of Life (Lon Chaney, Sr. &#038; Anna May Wong, 1921, Etats-Unis)</li>
<li>Ladies of the Mob (William Wellman, 1928, Etats-Unis)</li>
<li>Hello Pop! (Jack Cummings, 1933, USA)</li>
<li>Sperduto nel buio [Lost in the Dark] (lost Nino Martoglio, 1914, Italie)</li>
<li>The Blind Man (Alfred Hitchcock, non-réalisé)</li>
<li>How to Take a Bath (Dwain Esper sexploitation film, 1937, Etats-Unis)</li>
</ul>
<p><strong>A Montréal :</strong></p>
<ul>
<li>Saint, Devil and Woman (Frederick Sullivan, 1916)</li>
<li>Tokyo’s Ginza District (Tsunekichi Shibata, 1898, Japon)</li>
<li>Gabriele, the Lamplighter of the Harbour (Elvira Notari, 1919, Italie)</li>
<li>Der Janus-kopf (F.W. Murnau, 1920, Allemagne)</li>
<li>Women Skeletons (Guan Heifeng, 1922, Chine)</li>
<li>Scout Day (Albert Tessier, 1929, Canada)</li>
<li>The Scorching Flame (1918, Armand Robin, Canada)</li>
<li>The Red Wolves (Joseph Roth)</li>
<li>Trumpet Island (1920, Tom Terriss, Etats-Unis)</li>
<li>Drakula Halala (1921, Károly Lajthay, Hongrie)</li>
<li>Dalagang Bukid (1919, José Nepomuceno, Philippines)</li>
</ul>
<p></em></p>
<p><center><script type="text/javascript" src="//www.ultimedia.com/deliver/generic/js/mdtk/01200383/src/5vq383/zone/2/showtitle/1/"></script></center></p>
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