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	<title>Grand Écart &#187; bouddhisme</title>
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	<description>Étirements cinéphiles</description>
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		<title>Rencontre avec Srinath C. Samarasinghe</title>
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		<pubDate>Tue, 13 Aug 2013 08:40:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alice Fargier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Portraits]]></category>
		<category><![CDATA[bouddhisme]]></category>
		<category><![CDATA[fantastique]]></category>
		<category><![CDATA[interview]]></category>
		<category><![CDATA[Sri Lanka]]></category>

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		<description><![CDATA[Srinath Christopher Samarasinghe signe <em>Un nuage dans un verre d’eau</em>, un premier film étonnant à l’inventivité folle, empreint de bouddhisme et de soufisme. Rencontre avec un réalisateur protéiforme.]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2013/08/srinath-christopher-samarasinghe-portrait-s.jpg" alt="Srinath Christopher Samarasinghe" title="Srinath Christopher Samarasinghe" width="280" height="195" class="alignleft size-full wp-image-14379" />Srinath Christopher Samarasinghe signe <em>Un nuage dans un verre d’eau</em>, un premier film étonnant à l’inventivité folle, empreint de bouddhisme et de soufisme. Un vieil homme égyptien interprété par Gamil Ratib (<em>Lawrence d’Arabie</em>) et une jeune prostituée roumaine jouée par la très talentueuse Anamaria Marinca (<em>Quatre mois, trois semaines, deux jours</em>) partagent le même immeuble et se lient d’une amitié profonde. Khalil, le petit-fils incarné par Tewfik Jallab (<em>Né quelque part</em>) tourne un documentaire sur son grand-père pour en savoir plus sur ses lâchetés passées. Mais une nuit, brusquement, le vieil homme disparaît. De la forme documentaire, nous basculerons dans un thriller fantastique. Rencontre avec un réalisateur protéiforme.</p>
<p>&nbsp;<br />
<strong>Quelle est la genèse d&#8217;<em>Un nuage dans un verre d’eau</em> ?</strong></p>
<p>J&#8217;avais fait un premier court-métrage, <em>Karma</em>, avec mon grand-père. En 2007, son cancer s&#8217;était accéléré. Il savait qu&#8217;il allait partir. On avait eu la même envie, faire un film. Comme j&#8217;avais senti qu&#8217;un tel projet pouvait le « maintenir » en vie plus longtemps, j&#8217;ai écrit la première version du scénario en trois semaines. Je l&#8217;ai présenté tel quel à l&#8217;avance sur recettes du CNC. A notre grande surprise, nous l&#8217;avons eue. Une production s&#8217;est ensuite engagée. Mon grand-père est parti rejoindre le Grand Tout de l&#8217;univers et cela nous mène, six années plus tard, à la sortie du film. <span id="more-14367"></span></p>
<p><strong>Il y a plusieurs films dans <em>Un nuage dans un verre d’eau</em>, tout comme il y a plusieurs points de vue…</strong></p>
<p>Il y a le point de vue documentaire. Le film commence par les prises de vues du petit-fils de monsieur Noun, un des deux personnages principaux. Petit à petit, la caméra passe à un point de vue de fiction avec une rupture très nette lorsqu’un bloc de glace tombe du ciel. Cette caméra venue du ciel est le stylo filmique du méta-narrateur, celui au-dessus du petit-fils.</p>
<p><strong>Pourquoi cette envie de mélanger les genres ?</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2013/08/anamaria-marinca-nuage-verre-eau-samarasinghe.jpg" alt="Anamaria Marinca dans Un nuage dans un verre d&#039;eau, de Srinath C. Samarasinghe" title="Anamaria Marinca dans Un nuage dans un verre d&#039;eau, de Srinath C. Samarasinghe" width="280" height="186" class="alignright size-full wp-image-14387" />C&#8217;est une métaphore de l&#8217;action de monsieur Noun, il doit voir sa vie dans une autre perspective pour en comprendre le sens et agir. Nous existons grâce aux autres. Les autres nous offrent une autre perspective de nous-mêmes. A partir de sa disparition, monsieur Noun est libéré de son point de vue, il est quasi-omniscient. Il peut alors exprimer ses défauts, son amour et son empathie.</p>
<p><strong>Que signifie la métaphore du titre <em>Un nuage dans un verre d’eau</em> ?</strong></p>
<p>Il s&#8217;agit d&#8217;une métaphore que l&#8217;on évoque dans le bouddhisme. Le nuage est aussi un verre d&#8217;eau. Lorsqu&#8217;une personne meurt, son esprit s&#8217;échappe et le corps, le contenant se détériore. D&#8217;une manière moderne, cette image explique la dispersion d&#8217;une énergie vitale après la mort de quelqu&#8217;un.</p>
<p><strong>Votre grand-père a-t-il été une sorte de muse pour vous ?</strong></p>
<p>Mon grand-père m&#8217;a beaucoup inspiré car j&#8217;ai eu, avec lui, une relation exceptionnelle. On fumait ensemble les mêmes cigarettes quand j&#8217;étais fumeur. Il couvrait mes sorties nocturnes et surtout, il avait beaucoup d&#8217;humour absurde. Il était le genre d&#8217;homme qui pouvait rire de sa propre mort. C&#8217;est le genre de personne qui vous donne envie d&#8217;apprendre à vieillir, ce que la société actuelle essaie de cacher. On vieillit, cela fait partie de la vie.</p>
<p><strong>Quels sont vos films de chevet ? Ceux qui vous ont inspiré ?</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2013/08/gamil-ratib-nuage-verre-eau-samarasinghe.jpg" alt="Gamil Ratib dans Un nuage dans un verre d&#039;eau, de Srinath C. Samarasinghe" width="280" height="158" class="alignleft size-full wp-image-14377" />Il y en a beaucoup, et beaucoup d&#8217;autres que je n&#8217;ai toujours pas vus. Les films qui m&#8217;ont marqué sont <em>Répulsion</em> de Roman Polanski, <em>Sea of Love</em> d&#8217;Harold Becker, <em>Jennifer 8</em> de Bruce Robinson, <em>Shining</em> de Stanley Kubrick, <em>Lemming</em> de Dominik Moll, <em>Sur mes lèvres</em> de Jacques Audiard, <em>Eldorado</em> de Bouli Lanners, <em>Dark City</em> d&#8217;Alex Proyas, <em>Dans la peau de John Malkovich</em> de Spike Jonze, l&#8217;adaptation <em>Le Festin nu</em> par David Cronenberg, <em>Zodiac</em> de David Fincher, récemment <em>Killer Joe</em> de William Friedkin&#8230; Par rapport à <em>Un nuage dans un verre d&#8217;eau</em>, deux films m&#8217;ont vraiment inspiré : <em>Harold et Maude</em> d&#8217;Hal Ashby, une histoire d&#8217;amour entre un jeune homme et une octogénaire, et <em>Vivre</em> d&#8217;Akira Kurosawa, dans lequel un homme décide de vivre sa vie librement le jour où il apprend que son cancer va l&#8217;emporter.</p>
<p><strong>Comment s’est passée votre collaboration avec l’actrice Anamaria Marinca ?</strong></p>
<p>Anamaria Marinca est une personne très sensible et intelligente. Ce qui ne lui enlève pas une spontanéité qui n&#8217;est pas du tout intellectualisée. Avec des questions et le scénario, elle a délimité les contours du personnage. A partir du moment où elle avait tout saisi, quand je disais « action », elle était toujours juste et les prises additionnelles n&#8217;ont été que d&#8217;autres propositions pour la même scène.</p>
<p><strong>Le lien intergénérationnel entre cette jeune femme roumaine et le vieil homme égyptien est très touchant&#8230;</strong></p>
<p>Dans les années 1980, j&#8217;avais 4 ans, nous connaissions bien notre voisin du dessus, un octogénaire. Il était d&#8217;origine italienne, moi d&#8217;origine sri-lankaise. Paris, Londres, New York&#8230; Les grandes villes recèlent d&#8217;amitiés comme celle-ci. Les gens sont ensemble et seuls à la fois, et parfois des amitiés hors normes comme dans mon histoire naissent. C&#8217;est très beau et cela donne un peu d&#8217;espoir en l&#8217;humanité. </p>
<p><strong>L’histoire que vous racontez est-elle autobiographique ?</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2013/08/affiche-nuage-verre-eau-srinath-samarasinghe.jpg" alt="Un nuage dans un verre d&#039;eau, de Srinath Christopher Samarasinghe" title="Un nuage dans un verre d&#039;eau, de Srinath Christopher Samarasinghe" width="210" height="280" class="alignright size-full wp-image-14376" />Elle est en partie autobiographique et biographique. J&#8217;ai pris des fragments du réel pour créer cette histoire, un peu à l&#8217;image de nos vies qui évoluent à la rencontre d&#8217;autres vies.</p>
<p><strong>Quels sentiments, quelles réflexions avez-vous envie de susciter chez le spectateur ?</strong></p>
<p>J&#8217;aimerais que le spectateur puisse comprendre ces personnages, ce sont des gens qui pourraient être des voisins parisiens. Comme beaucoup de réalisateurs, je souhaiterais que de l&#8217;empathie naisse chez le spectateur.</p>
<p><strong>Quelle est la morale de votre histoire ?</strong></p>
<p>Elle est assez simple : n&#8217;attendez pas de mourir pour exprimer vos sentiments à ceux que vous aimez !</p>
<p>&nbsp;<br />
Un nuage dans un verre d&#8217;eau <em>de Srinath Christopher Samarasinghe, avec Anamaria Marinca, Gamil Ratib, Tewfik Jallab&#8230; France, 2012. Sortie le 14 août 2013.</em></p>
<p><center><script type="text/javascript" src="http://www.ultimedia.com/deliver/generic/js/mdtk/01200383/src/x35qkp/zone/2/autoplay/no/"></script></center></p>
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		<title>Samsara, de Ron Fricke</title>
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		<pubDate>Tue, 26 Mar 2013 22:12:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Yvan Pierre-Kaiser</dc:creator>
				<category><![CDATA[Films]]></category>
		<category><![CDATA[bouddhisme]]></category>
		<category><![CDATA[documentaire]]></category>
		<category><![CDATA[nature]]></category>

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				<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2013/03/samsara-ron-fricke.jpg" title="Samsara, de Ron Fricke" alt="Samsara, de Ron Fricke" width="210" height="280" class="alignleft size-full wp-image-11873" />Il est de ces films qui vous transportent dès le premier plan. Des œuvres dont la force est aussitôt évidente. <em>Samsara</em> est un film inclassable, pas un documentaire au sens strict du terme, pas une fiction. C’est une méditation sans paroles, où par la simple force du montage naissent des associations, des oppositions, un « non-récit » très « malickien » basé sur les impressions. En ce sens <em>Samsara</em> a quelque chose d’archaïque. On a l’impression d’être le témoin et le personnage d’une œuvre profondément pensée mais aussi libre et irréductible.</p>
<p>Mais commençons par les faits : tourné sur une période de cinq ans à travers 25 pays, <em>Samsara</em> a de quoi vous couper le souffle, la beauté de certains plans est saisissante, implacable. Selon le site officiel c’est un documentaire non-narratif ; pourquoi pas, on a juste envie d’appeler ça un poème. Le film traite des thèmes liés à son titre, le « Samsara » étant en gros le cycle des vies en souffrance avant d’atteindre le Nirvana. <span id="more-11868"></span>Le voyage inclut donc des sites aussi prestigieux que bien connus (Petra, La Mecque, Monument Valley) mais aussi des univers qui le sont beaucoup moins. Le tout filmé en 70 mm avec une infinie précision. Certains objecteront que tout ça a un côté <em>Des Racines et des Ailes</em>. Sauf qu’ici l’absence de commentaire n’impose pas une et unique lecture des plans. Il ne s’agit pas de « faire beau » mais d’être face à une beauté qui nous dépasse, d&#8217;être mis en situation avec l’incroyable complexité du monde et de la civilisation humaine ; le spectateur est invité à cogiter, à faire son propre chemin. Alors évidemment le film est plutôt orienté vers la « folie » du monde moderne, vers l’opposition entre moments de quiétude et ambiances contemporaines démesurées. C’est la « suite » du précédent film du réalisateur, Ron Fricke, <em>Baraka</em> (1992). Une œuvre dans la même veine, bien que <em>Samsara</em> soit plus focalisée sur les « gens ».</p>
<p>L’autre référence est bien sûr <em>Koyaanisqatsi</em> (1983), de Godfrey Reggio et filmé par Ron Fricke. Premier de son genre, le film bénéficie d’une musique originale de Philip Glass, c’est un chef-d’œuvre absolu, référence ultime en la matière pour ce genre de films. Pour en savoir plus sur les « autres » documentaires non-narratifs, il existe un <a href="http://www.spiritofbaraka.com/" title="Spirit of Baraka" target="_blank" rel="nofollow">site</a> qui répertorie ces films avec la liste (presque) complète des lieux de tournages.</p>
<p><em>Samsara</em> est une expérience hors norme, un voyage fabuleux entre stupeur et incompréhension. Dans un monde aussi aseptisé que le nôtre, c’est un film qui détonne dans le paysage cinématographique : ici, le spectateur est invité à se perdre, à se confronter, à s’oublier, à réfléchir. Chaque visionnage peut s’avérer différent, les sensations changent selon l’humeur qu’on « apporte ». Mais une chose demeure, dans ce cycle éternel et implacable, la sensation que nous vivons dans un monde qui menace de nous échapper à chaque instant, que la présence d’un chacun est infime et pourtant chargée de sens. On ne comprend rien de nouveau en sortant de <em>Samsara</em>, on est juste mis en face de l’écrasante responsabilité d’être là, ici et maintenant. Face au monde et dans le monde, impuissant et omniscient. Seuls avec nos questions, seuls à déterminer les multiples niveaux de lecture d’un film qui en appelle avec une infinie modestie à notre Humanité. <em>Whatever that means</em>…</p>
<p>&nbsp;<br />
Samsara <em>de Ron Fricke. Etats-Unis, 2011. Sortie le 27 mars 2013.</em></p>
<p><center><script type="text/javascript" src="http://www.ultimedia.com/deliver/generic/js/mdtk/01200383/src/zrf8m/zone/2/autoplay/no/"></script></center></p>
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		<title>Lettre d&#8217;un fan à Steven Seagal</title>
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		<pubDate>Fri, 01 Jul 2011 13:31:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>JNB</dc:creator>
				<category><![CDATA[Portraits]]></category>
		<category><![CDATA[arts martiaux]]></category>
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		<description><![CDATA[Cher Steven, c'est avec beaucoup d'émotion que je prends la plume pour t'écrire enfin, nonobstant les moqueries et quolibets de mes compagnons d’armes qui te considèrent péremptoirement comme le...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><font size= "+4">&ldquo;</font><br />
<h3>Cher Steven,</h3>
<p>C&#8217;est avec beaucoup d&#8217;émotion que je prends la plume pour t&#8217;écrire enfin, nonobstant les moqueries et quolibets de mes compagnons d’armes qui te considèrent péremptoirement comme le Jean-Claude Van Damme nippo-américain. Oui, Jean-Claude, celui qui te chercha des noises à plusieurs reprises il y a quelques années, voulant absolument t’affronter en combat singulier. Combat ridicule que tu sus décliner, allant même jusqu’à t’excuser de l’éventuel tort que tu avais pu faire à la star belge. A l’époque, il n’avait fallu qu’un pas à Sylvester Stallone pour déclarer avec une certaine idiotie stéroïdienne que si tu avais refusé le duel, c’est que tu crevais de trouille. C’est d’ailleurs en partie ce qui explique ton absence du casting musclé de la franchise <em>Expendables</em>… Evidemment, toi et moi savons qu’en tant que dieu du combat rapproché, si ta rencontre avec Van Damme avait eu lieu, elle aurait été douloureuse et amère pour le karatéka mal intentionné.</p>
<p>Mais nous nous écartons du sujet. A 12 ans je débute le karaté, parce que j’adore l’Asie &#8211; la notion de zen me semble alors incroyablement plus forte que tout le reste -, parce que balancer un coup de pied dans les airs, ça le fait bien, et parce qu’il n’y a pas d’autres disciplines martiales à côté de chez moi. A cette époque, <em>Nico</em> <a href="#ref">(1)</a> sort à peine et personne n’a encore entendu parler de Steven Seagal. Mes héros s’appellent Bruce Lee, Jackie Chan, Chuck Norris et Jean-Claude Van Damme.<span id="more-3706"></span></p>
<p>Et puis sort au ciné <em>Piège en haute mer</em>, un film d’action signé Andrew Davis  avec Tommy Lee Jones et un certain Steven Seagal. Si le film n’est pas vraiment un chef-d’oeuvre, il me rend curieux. Etrange, ce type imposant à l’humour pince-sans-rire qui manie le couteau à la perfection et se bat… comme personne d’autre. Parce qu’il faut bien dire que l’aïkido, l’art martial que tu nous montres à l’écran, est alors quasi inconnu chez nous. C’est moi-même bien plus tard que je le pratiquerai. Bruce Lee puis Van Damme nous ont habitués aux bourre-pifs et aux coups de latte, vaguement aussi au nunchaku. Mais alors les clés de bras et les saisies, le sabre façon Toshiro Mifune, on n’avait jamais vu ça. </p>
<p>Il faut désormais que j’en sache plus sur toi, ô grand maître. Internet n’existe pas encore, et trouver à la fois des infos et les films relève parfois de l’impossible. Heureusement qu’autour de moi circulent des amateurs de films d’action plus âgés qui possèdent quelques pépites, à commencer par le graal : une VHS à la qualité toute discutable de <em>Nico</em>, ton premier film « nourri de ta propre existence ». C’est par ces termes que naît ta légende : un artiste martial, l’un des plus hauts gradés du monde, qui a pratiqué au Japon, parle japonais, a eu un passé trouble et des liens avec la mafia. <em>Nico</em> devient une bombe, la porte d’entrée à un univers dangereusement violent mais excessivement jouissif. On y est plus proche de <em>La Légende du grand judo</em> de Kurosawa que de <em>Kickboxer</em>. Tout à coup, les bastons ressemblent à des casse-tête impossibles à résoudre, trop compliqués, trop rapides, trop… génial. Les coups de pied et les coups de poing, c’est facile d’en saisir la stratégie pavlovienne ; celui qui gagne, c’est celui qui tape le plus fort. Les réalisateurs ménagent les combats pour faire durer le suspense. Dans leurs films, Van Damme ou Stallone sont incapables de gagner un combat sans s’être fait laminer avant. Il doit y avoir une philosophie là-dedans : tu gagnes si tu en chies d’abord.</p>
<p>Dans tes films, dès le début, c’est complètement différent. Les combats sont soignés mais expéditifs ; ça ne dure jamais longtemps, tu cherches l’efficacité et non le plaisir bestial des jeux du cirque. On a beaucoup reproché à ton cinéma de faire l’apologie de la violence à outrance sans réflexion, mais pour moi, ça a toujours été l’inverse : en tranchant avec la production de l’époque, en étant un combattant quasiment invincible, jamais mis en défaut, tu portes haut les valeurs traditionnelles des arts martiaux et le code d’honneur du Bushido <a href="#ref">(2)</a>. En cela, tu es un héritier de Bruce Lee. L’adjectif « martial » suppose qu’on soit déterminé à aller au bout, à s’engager totalement. Dans son <em>Hagakure</em>, Jocho Yamamoto <a href="#ref">(3)</a> écrivait : « La voie du samouraï, c’est la mort. » La formule a longtemps été mal comprise ; elle ne suppose pas que tout samouraï doive mourir, elle suppose que tout samouraï doive vivre avec la mort. S’y attendre, ne pas en avoir peur pour mieux l’appréhender. <em>Nico</em>, <em>Justice sauvage</em> ou <em>Désigné pour mourir</em> sont des films martiaux qui ne se perdent pas en combats interminables et improbables, le héros de ces films est bien plus authentique que les héros-martyrs bodybuildés qu’on voit à l’époque. Si la morale est douteuse, c’est le cinéma d’action qu’il faut blâmer, pas tes films.</p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2011/07/bandeau-steven-seagal.jpg" alt="Steven Seagal, aïkidoka, comédien, bluesman, bouddhiste" title="Steven Seagal, aïkidoka, comédien, bluesman, bouddhiste" width="640" height="250" class="aligncenter size-full wp-image-3751" /></p>
<p>Ton engagement « martial » sort même du cadre du combat et du cinéma. En 1994, tu réalises <em>Terrain miné</em>, tu t’y affiches en tenue indian-new age pour la première fois et tu fais de ce film un manifeste écolo rempli de messages à ton public. A partir de là, tu t’investiras pleinement dans cette cause, comme dans celle du Tibet, te convertissant au bouddhisme et apprenant le tibétain. Les journalistes sarcastiques critiqueront ces engagements contradictoires avec la violence prônée dans tes films ; ils saisiront aussi la moindre occasion pour te moquer (par exemple cette fois où, interviewé, tu expliques être venu au monde avec le don de clairvoyance – du pain bénit pour tes détracteurs qui écriront « Steven Seagal se prend pour Dieu »). Honte à eux.</p>
<p>A l’exception de quelques films « <em>direct to video</em> » de piètre qualité (même si j’admets avec bonheur que tu es bien loin des pathétiques productions tournées sans le sou dans les pays de l’Est il y a une dizaine d’années), tu te fais désormais rare au cinéma, mais je te regarde avec délectation dans l’émission <em>Au service de la loi</em> <a href="#ref">(4)</a> dispenser tes sages conseils et tes clés de bras, brouillant encore un peu plus les pistes sur ton identité, nourrissant tes contradictions. Rien que pour te voir tenir un flingue dans la vraie vie exactement de la même manière nonchalante que dans tes films, ça vaut le coup. Ton travail/rôle dans l’émission me fait penser au personnage d’Arnold Schwarzenegger dans <em>Last Action Hero</em> : le héros de cinéma franchit la toile pour se retrouver justicier dans la vraie vie, avec tout ce que cela implique de situations étonnantes. Respect, man.</p>
<p>Récemment, ton apparition dans <em>Machete</em> laissait aussi présager un retour au cinéma. Le bandit mystique que tu joues est bien la meilleure raison (la seule ?) d’aller voir ce film. C’est fou comme les gens passent à côté de ton humour et de ton autodérision ; certains dialogues de tes films sont pourtant bien trop testostéronés pour être pris au premier degré <a href="#ref">(5)</a> ! C’est évidemment de la blague, une façon de faire dans la légèreté tout en pétant des jambes. Du reste, tes apparitions dans des shows télé montrent un homme charmant et drôle, toujours prêt à se moquer de son image. En 1998, ton <em>cameo</em> face à Billy Crystal dans <em>Le Géant et moi</em> <a href="#ref">(6)</a> était à mourir de rire.</p>
<p>Mais la cerise sur le gâteau, je crois que c’est ton rôle terrible de Cockpuncher dans le film à sketches <em>The Onion Movie</em> <a href="#ref">(7)</a> ! Il n’y a pas : tous ces passages te rendent monstrueusement fascinant. D’ailleurs, pourquoi il n’existe pas en France une interview digne de ce nom à ton égard ? Toutes celles qu’on trouve filent au ras des pâquerettes en se moquant de ce que tu incarnes, ou sont exclusivement concentrées sur le sport <a href="#ref">(8)</a>, ou encore sur tes albums de blues <a href="#ref">(9)</a>, plutôt bien foutus au demeurant. Il faudrait écrire un papier complet qui te rende justice – une longue entrevue, divisée en thématiques, sur le Japon, l’aïkido, le cinéma, la musique, le bouddhisme et la spiritualité, ton image, même tes déboires juridiques… T’ai-je dit que j’étais journaliste ? </p>
<p>Cher Steven, roi du <em>kote gaeshi</em>, j’aimerais, un jour, m’entretenir avec toi.</p>
<p>Bien à toi,</p>
<p align="right">ジヤン　ニコラ</p>
<p><a href="#ref" name="ref" id="ref"></a></p>
<p align="right"><font size= "+4">&rdquo;</font></p>
<p><em><strong>Notes à l&#8217;intention des curieux :</strong><br />
(1) </em>Nico<em> (Above the Law) de Andrew Davis, 1988. L’acteur y impose déjà son style, et il joue – quand même – aux côtés de Pam Grier et Sharon Stone.</p>
<p>(2) Le bushido (littéralement « la voie du guerrier ») est le code d’honneur que les samouraïs japonais devaient observer.</p>
<p>(3) Le </em>Hagakure<em> est l’ensemble des enseignements de Jocho Yamamoto, écrit vers 1710 et qui prêche le respect du bushido.</p>
<p>(4) </em>Au service de la loi<em> montre Steven Seagal en tant qu’adjoint du shérif en Louisiane. Il met les malfrats en tôle, fait la leçon aux drogués, entraîne les recrues à se défendre et participe à des soirées de charité. La série commence comme ça : « Depuis 20 ans, Steven Seagal participe au travail du bureau du shérif pour le comté de Jefferson en Louisiane. Cette seconde vie, il l’avait gardée secrète… jusqu’à maintenant. » 100 % testostérone.</p>
<p>(5) Un extrait des répliques à savourer de </em>Terrain miné<em> :<br />
<center><iframe frameborder="0" width="480" height="264" src="http://www.dailymotion.com/embed/video/x6db69?hideInfos=1"></iframe></center><br />
<br />
(6) Dans </em>Le Géant et moi<em> (My Giant), Steven Seagal joue son propre rôle : il se fait remettre à sa place par un gamin de 10 ans et tourne en dérision sa réputation d’acteur incontrôlable sur les plateaux de tournage.</p>
<p>(7) Dans la lignée du </em>Hamburger Film Sandwich<em> de John Landis, </em>The Onion Movie<em> a été tourné en 2003, c&#8217;est une suite de sketches, parmi lesquels la fausse bande-annonce de </em>The Cockpuncher<em>, avec Steven Seagal. La voici :<br />
<center><iframe width="480" height="360" src="//www.youtube.com/embed/mMByDfFMPcE" frameborder="0" allowfullscreen></iframe></center><br />
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(8) 7e dan d’aïkido, un grade que peu de gens ont dans le monde, et aussi gradé dans d’autres disciplines martiales. Steven Seagal est également coach pour des sportifs de MMA (mixed martial arts, l’équivalent de l’ultimate fighting) et a participé à de nombreuses démonstrations publiques de son savoir-faire inégalé en la matière.<br />
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(9) Passionné de blues, il sort en 2005 l’album </em>Songs From the Crystal Cave<em>, un mélange de ses influences world-country-blues, dans lequel il défend notamment ses positions en faveur du bouddhisme et de la spiritualité. En 2006 il enregistre </em>Mojo Priest<em>, un second album beaucoup plus blues, auquel participe entre autres Bo Diddley. Il y reprend plusieurs grands standards américains et est salué par la presse musicale.</em></p>
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