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	<title>Grand Écart &#187; La Quinzaine des réalisateurs 2015</title>
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	<description>Étirements cinéphiles</description>
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		<title>Rencontre avec l&#8217;équipe de Les chansons que mes frères m’ont apprises</title>
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		<pubDate>Fri, 22 May 2015 13:01:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Claire Fallou</dc:creator>
				<category><![CDATA[La Quinzaine des réalisateurs 2015]]></category>
		<category><![CDATA[Portraits]]></category>
		<category><![CDATA[Chloe Zhao]]></category>
		<category><![CDATA[drame]]></category>
		<category><![CDATA[Etats-Unis]]></category>
		<category><![CDATA[interview]]></category>

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		<description><![CDATA[Un premier-long métrage proche du documentaire qui montre avec douceur le quotidien des...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2015/05/chansons-mes-freres-apprises-chloe-zhao-3.jpg" alt="Les chansons que mes frères m&#039;ont apprises, de Chloe Zhao" title="Les chansons que mes frères m&#039;ont apprises, de Chloe Zhao" width="280" height="152" class="alignleft size-full wp-image-21781" />Un premier-long métrage proche du documentaire qui montre avec douceur le quotidien des habitants de la réserve amérindienne la plus pauvre des Etats-Unis. Né d’une intense période de recherche, durant laquelle la jeune Sino-Américaine Chloe Zhao s’est immergée dans la communauté, le film propose une fiction réaliste et poétique chargée de la lumière aveuglante des Badlands. </p>
<p>Pine Ridge, réserve indienne du Dakota du Sud. Johnny vit avec sa mère et sa jeune sœur Jashaun. Il monte des trafics d’alcool pour subvenir à leurs besoins, contournant la prohibition qui pèse sur la réserve, rêvant de devenir boxeur ou star du rodéo. Le village compte une vingtaine de ses frères et sœurs nés du même père et de mères différentes. Une opportunité se présente : partir à Los Angeles avec la fille qu’il aime. Ce qui implique de quitter tout ce qu’il connaît.  </p>
<p>Rencontre avec la réalisatrice Chloe Zhao, le directeur de la photographie Joshua James Richards, les acteurs John Reddy et Jashaun St John. </p>
<p>&nbsp;<br />
<strong>Vous avez souhaité vous immerger dans le quotidien de la réserve de Pine Ridge avant de tourner ce film, comment cela s’est-il passé ?</strong></p>
<p><strong>Chloe Zhao :</strong> J’y ai fait plusieurs séjours allant de trois à six mois, et je continue à m’y rendre. Il n’y a rien pour loger les visiteurs, donc j’habite partout où les gens m’accueillent, dans le sous-sol d’une église, dans une petite chambre d’enseignant près d’une école, dans un ranch. C’est comme ça que j’ai pu m’insérer dans la communauté : il y a environ 3000 personnes dans la réserve, étalées sur 12 000 km2 <em>[environ la taille de l’Ile-de-France, ndlr]</em>, tout le monde se connaît, j’ai rencontré les gens petit à petit. Je savais que je voulais faire un film sur eux, mais je suis arrivée avec un script assez mauvais… Je l’ai bien amélioré en trois ans. Le tournage lui-même n’a pris que six semaines. <span id="more-21775"></span></p>
<p><strong>Le film comporte de nombreuses petites scènes qui capturent des instants de vie dans la réserve sans être directement liées à l’action. Les avez-vous conçues au fil de vos découvertes ? </strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2015/05/chansons-mes-freres-apprises-chloe-zhao-2.jpg" alt="Les chansons que mes frères m&#039;ont apprises, de Chloe Zhao" title="Les chansons que mes frères m&#039;ont apprises, de Chloe Zhao" width="280" height="152" class="alignright size-full wp-image-21782" /><strong>C.Z. :</strong> Oui, c’est notamment le cas pour les acteurs… Il y en a que j’ai rencontrés une semaine avant le début du tournage, ou même pendant le tournage, et je me suis dit qu’il fallait absolument les inclure.<br />
<strong>Joshua James Richards :</strong> Ça s’est fait d’une façon très naturelle, très organique. Tous les jours, on filmait une quantité de scènes où l’action était dictée par les personnages, sans script figé, presque comme dans un documentaire. Par exemple, les scènes de rodéo. J’utilisais une lentille grand angle pour capturer le plus possible. Et quand je pouvais poser ma caméra en fin de journée, Chloe devait faire le tri… On a récolté des centaines d’heures de film comme ça. On se disait tout le temps qu’il fallait que le film se crée de l’intérieur vers l’extérieur, le plus naturellement possible.<br />
<strong>C.Z. :</strong> Pour les scènes liées à l’action, je donnais le script à l’acteur avant de tourner, en lui demandant de le dire avec ses propres mots. Je lui donnais le moins d’indications possibles sur l’action, pour le laisser improviser. Et comme je connaissais les acteurs de mieux en mieux, je savais à peu près ce que je pouvais obtenir… Petit à petit, j’ai récolté les moments qu’il nous fallait. On ne faisait jamais plus d’une prise, on ne demandait jamais aux acteurs de répéter exactement les mêmes phrases et les mêmes gestes. </p>
<p><strong>Comment avez-vous trouvé les acteurs ? </strong></p>
<p><strong>C.Z. :</strong> J’ai repéré John sur sa photo de classe&#8230;<br />
<strong>J.R. :</strong> Un jour, j’étais en cours, et quelqu’un est venu me demander d’aller dans le bureau du directeur. Je me suis demandé ce que j’avais encore fait… C’est là que Chloe m’a parlé du film.<br />
<strong>J.J.R. :</strong> Ce sont des jeunes qui n’ont aucune inhibition, je pouvais leur mettre la caméra à trois centimètres sans les déranger, alors que n’importe quel gamin des villes se serait mis à jouer un rôle. Avec John, ça a été particulièrement magnifique, il a lentement intégré la différence entre lui-même et son personnage, ce qui lui a permis de se glisser naturellement dans sa peau quand la caméra tournait… L’acteur le plus naturel que j’aie jamais vu.<br />
<strong>C.Z. :</strong> La jeune fille qui joue Aurelia, la copine de Johnny, est l’une des rares actrices professionnelles présentes dans le film. Elle vient du Canada. Je n’ai pas réussi à trouver de fille dans la réserve, parce que John a une certaine réputation… Les mères ne voulaient pas laisser leurs filles tourner des scènes intimes, et encore moins avec lui. Et puis, la plupart des filles de la réserve sont ses cousines. Mais ça fonctionne assez bien, elle a naturellement l’air un peu différente des autres, ce qui explique qu’elle puisse facilement quitter Pine Ridge alors que John est profondément partagé. </p>
<p><strong>Et pour vous, John et Jashaun, c’était votre première expérience de comédien, ça vous a semblé naturel ?</strong></p>
<p><strong>J.R. :</strong> Oui, les personnages sont vraiment proches de nous… Certaines scènes viennent directement de ma vie de tous les jours, comme celle où je monte à cheval, ou quand je dépèce le daim.</p>
<p><strong>Ah… ok… Pensez-vous que le film permettra d’apporter des améliorations à la vie dans la réserve ? </strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2015/05/chansons-mes-freres-apprises-chloe-zhao-1.jpg" alt="Les chansons que mes frères m&#039;ont apprises, de Chloe Zhao" title="Les chansons que mes frères m&#039;ont apprises, de Chloe Zhao" width="280" height="152" class="alignleft size-full wp-image-21783" /><strong>C.Z. :</strong> Pas vraiment. En termes d’argent et de matériel ? Non. Je ne vois pas comment.<br />
<strong>J.J.R. :</strong> En revanche, Pine Ridge a acquis un peu plus de visibilité maintenant. Ce qui est une bonne chose, car les conditions de vie y sont très difficiles… Notre film montre une version très allégée de la situation. Il y a un festival de film dans le Dakota du Sud qui a invité les jeunes de Pine Ridge à leur envoyer des petits courts-métrages. La communication et la transmission se font par voie orale dans cette communauté, pas par écrit, donc faire des films est un bon moyen d’expression pour eux.<br />
<strong>J.R. :</strong> Tout ce qui rend la jeunesse plus positive est une bonne chose, parce que les drogues et le suicide sont vraiment fréquents là-bas…<br />
<strong>Jashaun St John :</strong> Il faudrait plus d’écoles, aussi, plus d’opportunités. Les gens pensent qu’ils ne sont pas assez intelligents pour changer leur vie.<br />
<strong>J.R. :</strong> Ce qui serait bien, ce serait qu’on nous installe plus de moyens de transport. Un bus, des taxis, je ne sais pas, mais un moyen de sortir facilement de la réserve et d’y revenir le soir. Ça nous permettrait d’être plus libres. </p>
<p>&nbsp;<br />
Les chansons que mes frères m’ont apprises <em>(Songs My Brothers Taught Me) de Chloe Zhao, avec John Reddy, Jashaun St John, Irene Bedard&#8230; Etats-Unis, 2014. Présenté à la Quinzaine des réalisateurs 2015.</em></p>
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		<title>Le Tout Nouveau Testament, de Jaco Van Dormael</title>
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		<pubDate>Fri, 22 May 2015 06:13:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maid Marion</dc:creator>
				<category><![CDATA[La Quinzaine des réalisateurs 2015]]></category>
		<category><![CDATA[absurde]]></category>
		<category><![CDATA[Belgique]]></category>
		<category><![CDATA[critiques Cannes]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
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		<description><![CDATA[Dieu est un fumiste en tatanes En bon Belge qu’il est, Jaco Van Dormael s’inscrit parfaitement dans la tradition de l’absurde. Regarder le monde par un autre angle, en modifier...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h3>Dieu est un fumiste en tatanes</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2015/05/Picto_VanDormael.jpg" alt="Le Tout Nouveau Testament, de Jaco Van Dormael" title="Le Tout Nouveau Testament, de Jaco Van Dormael" width="186" height="280" class="alignleft size-full wp-image-21742" />En bon Belge qu’il est, Jaco Van Dormael s’inscrit parfaitement dans la tradition de l’absurde. Regarder le monde par un autre angle, en modifier une donnée essentielle, et voir ce que ça donne. Ici, le réalisateur découvert à la Quinzaine en 1991 avec <em>Toto le héros</em> &#8211; et une Caméra d’or au passage -, signe le pitch le plus excitant lu depuis longtemps : <em>&#8220;Dieu existe, il habite à Bruxelles, il est odieux avec sa femme et sa fille.&#8221;</em> Benoît Poelvoorde, toujours aussi survolté, incarne donc Dieu, reclus dans un immense bureau où il invente des lois pour emmerder le monde sur un ordinateur (la tartine tombera toujours du côté de la confiture ; la file d’à côté va toujours plus vite ; ou encore quand on tombe amoureux, ce n’est pas avec cette personne que l’on passe sa vie), provoque des crashs d’avion, des déraillements de train ou des inondations, parce que ça l’amuse. Parce qu’il aime le pouvoir, dira plus tard sa fille vengeresse. Il séquestre sa femme &#8211; dont les seules occupations sont la broderie et les équipes de baseball &#8211; et sa fille &#8211; qui, ne supportant plus le pouvoir paternel, suit les traces de son frère JC, en partant en quête de six apôtres supplémentaires. Sans avoir oublié de planter le Grand Ordinateur et de balancer à tout propriétaire d’un téléphone portable l’heure exacte de sa mort. </p>
<p>Jaco Van Dormael s’attaque à un sujet plus philosophique que religieux &#8211; convoquant pêle-mêle Jean-Jacques Rousseau ou Jean-Claude Van Damme &#8211; en interrogeant ce qui fait l’humanité : la conscience de sa propre mort, mais amputée d’une part du mystère. Chacun étant alors renvoyé au bilan de son existence. Certains changent tout, dans l’espoir de grappiller quelques semaines, ou années, c’est selon, de bonheur avant la mort. D’autres, plus rares, en paix avec leurs choix, ne changent rien. Avec des réflexions parfois convenues mais de jolies idées, et parfois les deux en même temps, le cinéaste écoute la musique intérieure de ses personnages et convoque les rêves de tous : parcourir le monde, retrouver la grâce d’une main, devenir une fille pour un petit garçon, trouver l’amour sous les formes les plus inattendues. <span id="more-21739"></span>Oublié <em>Mr Nobody</em>, avec ce <em>Tout Nouveau Testament</em>, Jaco Van Dormael se replace dans la veine de <em>Toto le héros</em> : la présentation de son histoire et de ses personnages par la voix off d’un enfant, un attachement aux petits ennuis du quotidien universellement reconnus, des plans très graphiques, un rythme soutenu. Mais signe un film beaucoup plus drôle et plein d’espoir, de la Genèse grise de l’enfermement de l’appartement divin, au Cantique des cantiques ensoleillé et fleuri. </p>
<p>&nbsp;<br />
Le Tout Nouveau Testament<em> de Jaco Van Dormael, avec Benoît Poelvoorde, Pili Groyne, François Damiens, Catherine Deneuve, Yolande Moreau&#8230; France, Belgique, Luxembourg, 2014. Présenté à la Quinzaine des réalisateurs 2015.</em></p>
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		<title>Les Mille et Une Nuits, de Miguel Gomes</title>
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		<pubDate>Fri, 22 May 2015 06:01:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maid Marion</dc:creator>
				<category><![CDATA[Films]]></category>
		<category><![CDATA[La Quinzaine des réalisateurs 2015]]></category>
		<category><![CDATA[conte]]></category>
		<category><![CDATA[politique]]></category>
		<category><![CDATA[Portugal]]></category>

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		<description><![CDATA[Fantaisie militante Super-film en trois volets &#8211; L’Inquiet, Le Désolé et L’Enchanté -, Les Mille et Une Nuits aura rythmé la semaine, avec ce rendez-vous pris un jour sur deux...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h3>Fantaisie militante</h3>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-20833" alt="Les Mille et une nuits, de Miguel Gomes" title="Les Mille et une nuits, de Miguel Gomes" src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2015/04/Picto_Gomes.jpg" width="280" height="117" />Super-film en trois volets &#8211; <em>L’Inquiet</em>, <em>Le Désolé</em> et <em>L’Enchanté</em> -, <em>Les Mille et Une Nuits</em> aura rythmé la semaine, avec ce rendez-vous pris un jour sur deux pour se laisser emporter par les histoires de Shéhérazade. Miguel Gomes a réussi le pari de retenir le festivalier &#8211; jongleur professionnel d’agenda en cette <a href="http://www.grand-ecart.fr/pense-bete/68e-festival-international-film-cannes-cinema-joel-ethan-coen-2015/" title="13/05-24/05 : Festival de Cannes 2015">quinzaine cannoise</a>, rêvant du don d’ubiquité -, de le faire revenir à intervalle régulier pour prendre &#8211; comme le roi de Bagdad épargnant chaque soir Shéhérazade &#8211; sa dose d’absurdité grinçante. Miguel Gomes a surtout réussi le pari de raconter le Portugal en crise sans misérabilisme, en mêlant le documentaire et la fantaisie, faisant preuve d’une liberté aussi rare que folle. Au début du premier volet, <em>L’Inquiet</em>, le cinéaste, débordé par les événements qu’il veut filmer et par l’ampleur de la tâche, prend la fuite, poursuivi par son équipe. Une première rupture de ton qui en annonce d’autres, un premier contact direct avec le spectateur qui crée une complicité dont on ne se départ pas. Assister aux trois projections des <em>Mille et Une Nuits</em> c’est accepter de se lancer dans une expérience inédite, imparfaite et inégale, mais totalement réjouissante.</p>
<p>Au gré des contes de Shéhérazade, c’est un portrait du Portugal en crise que brosse Miguel Gomes. Le cinéaste a embauché une équipe de journalistes pour glaner les histoires du pays en 2013 et 2014 : le procès d’un coq, un amoureux pyromane, la fermeture des chantiers navals, les locataires d’une tour HLM, des pinsonneurs&#8230; Tout ce que raconte Miguel Gomes est vrai, mais il souligne l’absurdité de ces témoignages en les mettant en scène sous la forme de contes extraordinaires, naviguant sans cesse entre la brutalité de l’accusation et l’humour de la farce, entre la poésie de l’image et l’âpreté de la réalité. <span id="more-20827"></span>Chaque volet débute par la mise à l’index des politiques d’austérité appliquées par “des gouvernements apparemment dépourvus de justice sociale”. Et l’une des premières histoires de Shéhérazade est celle des négociations de la troïka avec le gouvernement portugais. C’est l’histoire la plus folle car c’est aussi par celle-ci que l’attaque se fait la plus forte. Un interprète qui ne traduit pas fidèlement les mots policés de la diplomatie économique mais les pensées les plus directes sur le mépris des gouvernements et des populations. La réponse à la question “<em>Mais pourquoi sont-ils si méchants ?</em>” par l’intervention d’un sorcier aux pouvoirs priapiques. Plus tard, dans le troisième volet, Shéhérazade expliquera au Grand Vizir que les histoires naissent “<em>des désirs et des peurs des hommes</em>”. C’est tout cela que raconte Miguel Gomes, dans des séquences fortes, comme <em>Les Larmes de la juge</em> (un enchaînement implacable de culpabilités, où tous sont victimes et personne n’est responsable, face à l’incapacité de l’institution) ou <em>Les Maîtres de Dixie</em> (la vie des tours HLM, les difficultés qui font qu’on se repasse le chien Dixie de maître en maître, de bâtiment en bâtiment), comme dans des chapitres plus convenus et longuets, comme <em>Le Chant enivrant des pinsons</em> <img class="alignright size-full wp-image-21823" alt="Les 1001 Nuits, de Miguel Gomes" title="Les 1001 Nuits, de Miguel Gomes" src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2015/04/Picto_Gomes2.jpg" width="280" height="117" />(tout est dans le titre) ou la succession de témoignages des <em>Magnifiques</em>, chômeurs par condition. C’est là que le pari du cinéaste est totalement remporté. Pour susciter l’émotion, l’adhésion, voire la révolte, c’est en ayant recours aux mises en scène les plus saugrenues et poétiques qu’il est le plus efficace, pas dans les séquences purement documentaires.</p>
<p><em>L’Inquiet</em>, <em>Le Désolé</em> et <em>L’Enchanté</em> ont chacun leur identité et leur ton. <em>L’Inquiet</em> est le plus fou, celui où l’on accepte de suivre le cinéaste-Shéhérazade dans un délire pertinent. <em>Le Désolé</em>, comme son titre le laisse paraître, est plus désenchanté &#8211; laissant poindre plus frontalement le désespoir concret et quotidien de la crise, avant que <em>L’Enchanté</em> ne vienne clore l’expérience sous forme de ritournelle, avec enfin la rencontre avec une Shéhérazade en chair et en os. Sur l’écran, apparaît la phrase “<em>Et le jour venant à paraître, Shéhérazade se tait.</em>” Pendant ces six heures et quelques, Miguel Gomes aura fait naître toutes les émotions, fait vivre tous les registres du cinéma, passionné, amusé, ennuyé aussi. Mais il aura raconté des histoires intenses et marquantes, bien plus que tous les contes servis pendant cette quinzaine, avant de se taire pour faire place à la réflexion sur tout ce qui nous a traversés.</p>
<p>&nbsp;<br />
Les Mille et Une Nuits (As mil et uma noites)<em> de Miguel Gomes, avec Joana De Verona, Goncalo Waddington, Carloto Cotta&#8230; Portugal, 2015. Présenté à la Quinzaine des réalisateurs 2015.</em></p>
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		<title>Rencontre avec Jeremy Saulnier</title>
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		<pubDate>Thu, 21 May 2015 20:24:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mélanie Carpentier</dc:creator>
				<category><![CDATA[La Quinzaine des réalisateurs 2015]]></category>
		<category><![CDATA[Portraits]]></category>
		<category><![CDATA[interview]]></category>
		<category><![CDATA[nazisme]]></category>

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		<description><![CDATA[Nazi Punks Fuck Off Ca casse du néonazi dans le nouveau film de Jeremy Saulnier. Une trachée déchiquetée, un avant-bras qui pendouille à moitié, un crâne qui explose, un autre...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h3>Nazi Punks Fuck Off</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2015/05/Green-room-de-Jeremy-Saulnier.jpg" alt="Green room, de Jeremy Saulnier" title="Green room, de Jeremy Saulnier" width="280" height="121" class="alignleft size-full wp-image-21708" />Ca casse du néonazi dans le nouveau film de Jeremy Saulnier. Une trachée déchiquetée, un avant-bras qui pendouille à moitié, un crâne qui explose, un autre planté… On n’a pas tout compté. <em><a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/nazi-punks-patrick-stewart-green-room-jeremy-saulnier/" title="Green Room, de Jeremy Saulnier">Green Room</a></em> succède à <em>Blue Ruin</em>. Un huis clos bordélique et violent succède à une course à la vengeance en plein air. Points communs ? La même liberté de jouer avec les genres et les registres, la même utilisation par touches du gore, les mêmes personnages transformés malgré eux en combattants, la même envie de coller à la réalité. Rencontre avec un ancien punk qui rend hommage aux années 1990 dans un film qui envoie du pâté, mais pas que…</p>
<p><strong>Votre film aurait-il pu s’intituler <em>Nazi Punks Fuck Off</em> ? </strong></p>
<p>Oui, ca aurait pu mais « fuck » dans le titre aurait limité l’exploitation commerciale du film&#8230; </p>
<p><strong>Faut-il voir <em>Green Room</em> comme une réponse à la montée des mouvements extrémistes ? </strong></p>
<p>Il y avait une forte présence de skinheads dans le mouvement punk quand j’en faisais partie dans les années 1990. A Washington, on les voyait traîner dans les rues. Il y avait des bastons, de la violence quotidienne. C’est un souvenir très fort pour moi et j’ai voulu revenir placer cela dans le film. D’autant plus quand on sait que depuis l’accession au pouvoir par Obama, il y a un retour des extrêmes, de la suprématie blanche. Notamment dans le nord-ouest, près de Portland où nous avons tourné le film. On y trouve plusieurs groupes néonazis davantage dans l’ombre que dans les années 1990, mais bien là. <span id="more-21707"></span></p>
<p><strong>L’objectif était de fracasser du néonazi ? Est-ce que ça vous a fait du bien ? </strong></p>
<p>Les nazis sont des méchants faciles dans les films. Dans <em>Green Room</em>, il n’y a pas de discussion sur l’idéologie. Il s’agit davantage de montrer qu’il s’agit d’un système à la tête duquel il y a toujours quelqu’un qui dirige et qui a des motivations très claires. Motivations qui sont souvent économiques et non idéologiques. Mais tous ces soldats et mercenaires qui font le sale boulot croient en l’idéologie et commettent des crimes et des actes monstrueux au nom de cette dernière. Contre leur propre intérêt. Je voulais aussi analyser la façon dont le message se dissémine dans la population, alors qu’initialement cela ne sert qu’un individu. Je voulais humaniser ces nazillons, leur enlever leur idéologie, leur filiation et leur symbole. Les ramener à l’état de simples humains. Dans ce film, ne peuvent survivre que ceux qui redeviennent eux-mêmes : cela concerne aussi bien les néonazis que le groupe de musique punk ou que les pitbulls. </p>
<p><strong>Les pitbulls ? </strong></p>
<p>Oui, même les pitbulls. J’ai examiné leur nature profonde. On leur apprend à se battre et à être des monstres mais leur nature première, c’est d’être amicaux. </p>
<p><strong>Vous avez une vision plutôt positive de l’humanité… </strong></p>
<p>Je ne sais où commence et où finit le cycle de la haine, mais c’est réconfortant de penser que tout le monde a un bon noyau. Que tout le monde peut être aussi bon que mauvais, même si c’est difficile de désapprendre la haine. </p>
<p><strong>Vous aimez vraiment réaliser des films barrés, non ?</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2015/05/Jeremy-Saulnier.jpg" alt="Jeremy Saulnier" title="Jeremy Saulnier" width="280" height="158" class="alignright size-full wp-image-21709" />Vous devriez voir mon premier court-métrage. C’est une comédie mélancolique. Un film te définit jusqu’à ce que tu en fasses un autre. Je suis fan des films de genre parce qu’ayant une très belle femme et des filles adorables, je n’ai pas besoin de voir des films sur des Américains célibataires qui boivent de la bière dans leur appartement et ont des problèmes de cœur. J’ai besoin de plus. Je veux des grosses claques dans la figure. Je veux des frissons. Je veux une réponse physique. Je veux aller à l’extrême. Mais je veux aussi que ce soit humain et pas artificiel. C’est pour ça que mes films vont loin, mais toujours avec des personnages très humains auxquels le public peut s’identifier. </p>
<p><strong>Connaissez-vous déjà la couleur de votre prochain film ? </strong></p>
<p>Je ne sais pas. Ce sera très différent. Mais les films de genre sont définitivement la façon la plus facile de se faire connaître aux Etats-Unis. Pas besoin de grands acteurs. On peut juste avoir de la folie, du gore et de l’horreur. Et ça passe très bien. </p>
<p><strong>Il y a beaucoup de gore, le film est très violent. Pourtant vous en usez avec parcimonie. Pourquoi ?</strong></p>
<p>L’usage du gore est très stratégique dans la narration. Il faut qu’il y ait un élément émotionnel qui lui soit associé. Si je ne faisais que du gore sans histoire, ce serait possible de faire des plans de dix secondes sur des plaies béantes. Aujourd’hui, notre regard est habitué à la violence, on a tous vu des choses plus choquantes dans la vraie vie, des vidéos terribles dans les médias. Donc, mes films ne peuvent pas être juste gore. Je voulais que le public puisse partager toutes les souffrances du film, y compris celle des nazis. Il ne faut pas célébrer le gore. Il faut l’utiliser avec parcimonie et lui ajouter des émotions pour rendre le gore dix fois plus extrême en en montrant dix fois moins. </p>
<p><strong>Vos personnages ne sont pas des combattants, ils le deviennent malgré eux… </strong></p>
<p>Oui, c’est un thème que j’explore. J’en ai assez de regarder les bons vieux films d’action avec des héros experts en tout, intelligents, drôles, avec toujours un revolver caché quelque part. Je veux voir des gens qui sont un peu paresseux et intuitifs. Qui ne sont pas stupides, mais juste pas faits pour le combat. Sans expérience de la situation. Quand je vois des situations où les citoyens lambda doivent faire face à la violence, leur réaction me surprend toujours. C’est pas du tout comme dans les films. Même des policiers expérimentés qui arrivent sur une scène de crime pour arrêter une personne… Ils finissent parfois par en buter dix. J’essaie de traquer les petits détails qui n’iraient pas dans un film d’action, même si ça fait des détours dans l’histoire et que mes personnages prennent des chemins débiles. S’ils tentent de sortir et que, pas de chance, c’est verrouillé, ce n’est pas le film qui va leur donner une solution, ils n’ont qu’à se démerder. </p>
<p><strong>Vouliez-vous offrir un futur aux punks dans ce film ? </strong></p>
<p>C’est un film sur la nature flottante du punk. Qui est punk ? Qui ne l’est pas ? Il y a vingt ans, j&#8217;étais un punk. Je portais treillis, bottes, coupe de cheveux de folie. Désormais, je suis là avec une chemise de papa et les cheveux bien coiffés. Je peux plus jouer ce rôle-là. Il y a quelque chose de physique pour incarner un punk. Il faut écouter de la musique un peu merdique. C’est un spectacle, une expérience live. C’est fini pour moi, mais je serai toujours nostalgique de cette période de ma vie, de cette culture… Désormais, je mets toute cette énergie dans mes films de genre pour célébrer cette partie de ma vie. Je ne vais plus à des concerts et quand je le fais je me sens comme un imposteur. Je ne suis pas l’un des leurs même si je les respecte. Je suis content d’avoir archivé cette partie de ma vie dans ce film-là. C’est une partie importante de la vie, mais faut avancer.</p>
<p><strong>Et si comme dans <em>Green Room</em>, je vous demande de sauver un groupe et un album avant de partir sur une île déserte ? </strong></p>
<p><em>Black Sabbath</em>, peut-être… Un album, c’est trop difficile. Celui qu’ils ont fait en hommage aux Talking Heads, <em>Start Making Sense</em> ? Pour trouver l’album, il faudrait que je vous rappelle dans un mois. Je suis un réalisateur, je ne prends pas de décision. En tout cas, ce film m’a donné envie de réécouter de la musique.  </p>
<p><strong>Et un seul film ?</strong><br />
Les films que j’ai le plus vus : <em>Les Aventuriers de l’Arche perdue</em> et <em>No Country For Old Men</em>. Oui, si je dois en garder un, c’est celui-ci.</p>
<p>&nbsp;<br />
Green Room <em>de Jeremy Saulnier, avec Anton Yelchin, Imogen Poots, Patrick Stewart&#8230; Etats-Unis, 2015. Présenté à la Quinzaine des réalisateurs 2015 et au 41e Festival de Deauville.</em></p>
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		<title>A Perfect Day, de Fernando Leon de Aranoa</title>
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		<pubDate>Thu, 21 May 2015 17:21:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maid Marion</dc:creator>
				<category><![CDATA[Films]]></category>
		<category><![CDATA[La Quinzaine des réalisateurs 2015]]></category>
		<category><![CDATA[critiques Cannes]]></category>
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		<description><![CDATA[M.A.S.H. up Un puits. Un homme dans un puits. Un homme mort dans un puits. Tout l’enjeu de cette journée introduite par l’intrigante contre-plongée vue de l’intérieur dudit puits sera...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h3>M.A.S.H. up</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2015/05/Picto_A_Perfect_Day.jpg" alt="A Perfect Day, de Fernando Leon de Aranoa" title="A Perfect Day, de Fernando Leon de Aranoa" width="280" height="187" class="alignleft size-full wp-image-21725" />Un puits. Un homme dans un puits. Un homme mort dans un puits. Tout l’enjeu de cette journée introduite par l’intrigante contre-plongée vue de l’intérieur dudit puits sera donc de l’en retirer avant que l’eau ne soit contaminée. Tâche simple, en apparence, surtout quand on s’appelle Benicio Del Toro et qu’on porte la chemise-bûcheron comme personne. Pas dans les Balkans en 1995. Ayant posé la situation rapidement, dès les premiers plans, Fernando Leon de Aranoa en fait de même avec ses personnages en enchaînant avec une séquence entre Tim Robbins, vieux roublard des conflits internationaux, et Mélanie Thierry, jeune humanitaire naïve capable de réciter les articles des conventions de Genève et les protocoles de sécurité. Chacun des personnages &#8211; nécessairement stéréotypés pour un film collégial se déroulant sur 24 heures &#8211; est ainsi croqué dès sa première scène mais ne cessera d’évoluer au contact les uns des autres et au gré des événements. Adapté du roman de Paula Farias, <em>Dejarse llover</em>, <em>A Perfect Day</em> repose sur un scénario solide et efficace, avec un enchaînement parfait des situations, chaque problème en générant un autre, jusqu’à revenir au point de départ. Sorte de <em>M.A.S.H.</em> revisité, <em>A Perfect Day</em> change sans cesse de ton et de rythme, prenant parfois le spectateur au dépourvu. Avec leur humour parfois très noir, ces humanitaires collectionneurs de conflits semblent tantôt blasés, tantôt trop sensibles pour laisser échapper autre chose que des reparties bien senties, masques efficaces d’un trop-plein d’émotions que la jeune Mélanie Thierry se prend en pleine face. <span id="more-21717"></span>Avant qu’on ne s’interroge une fois de plus sur la représentation des conflits et de l’horreur, Fernando Leon de Aranoa laisse toute sa place aux images de villes dévastées, aux exécutions sommaires, aux moments de tension proches de la bascule, aux innocences brisées. Et évite le pathos en envoyant aussitôt Tim Robbins au front pour déminer tout ça de son œil rieur. On se serait sûrement passé de quelques-uns des nombreux plans aériens &#8211; malgré la beauté des paysages &#8211; mais il est indéniable que le réalisateur-scénariste, lui-même ancien documentariste auprès des humanitaires et au plus près des conflits comme le Rwanda ou la Bosnie, réussit un film à la fois drôle, rythmé et poignant. Aidé de son brillant casting, il épuise son scénario jusqu’à la corde, étudiant sa situation sous chaque angle : une bureaucratie inattendue, l’incapacité des Nations unies à agir sur le conflit, les idéaux des uns, le principe de réalité des autres, les vies oubliées des aidants, les traumatismes des aidés. Un mélange plus subtil qu&#8217;il n&#8217;en a l&#8217;air et une belle alchimie dynamique et enjouée.</p>
<p>&nbsp;<br />
A Perfect Day<em> de Fernando Leon de Aranoa, avec Benicio Del Toro, Tim Robbins, Mélanie Thierry, Olga Kurylenko, Fedja Stukan&#8230; Espagne, 2015. Présenté à la Quinzaine des réalisateurs 2015.</em></p>
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		<title>Le Lendemain, de Magnus von Horn</title>
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		<pubDate>Thu, 21 May 2015 07:49:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Claire Fallou</dc:creator>
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		<category><![CDATA[La Quinzaine des réalisateurs 2015]]></category>
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		<description><![CDATA[Sweet seventeen C’est quand il laisse son héros se faire casser la gueule qu’on comprend le projet de Magnus von Horn. De blondinet distant, le jeune John devient une créature...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<h3>Sweet seventeen</h3>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2015/05/the-here-after-lendemain-magnus-von-horn-1.jpg" alt="Le Lendemain, de Magnus von Horn" title="Le Lendemain, de Magnus von Horn" width="280" height="117" class="alignleft size-full wp-image-21921" />C’est quand il laisse son héros se faire casser la gueule qu’on comprend le projet de Magnus von Horn. De blondinet distant, le jeune John devient une créature ouverte, écarlate et tuméfiée : le vrai visage du monstre que son entourage voit en lui depuis sa sortie de prison. Il a purgé sa peine pour homicide, mais personne ne le laisse oublier. Lui-même peine à identifier son acte et se cherche dans le miroir entre plaies et boursouflures. Quel chemin peut-on prendre après un tel passé ? </p>
<p>Dans un décor épuré de champs infinis et de départementales vides, sous une lumière pâle toute scandinave, le réalisateur suédois Magnus von Horn trace une carte de la colère. Au lycée, on pétitionne pour le renvoi de John. Chez son père, on le surveille de loin en craignant une récidive. Chez sa victime, la famille porte toujours le deuil. Les portes claquent une par une sur son visage poupin, sans qu’il cille, le grondement de sa moto résonnant dans le silence. <span id="more-21918"></span></p>
<p>Si l’atmosphère du film prend du temps à s’installer, quelques scènes maîtrisées convoquent une tension qui se tient jusqu’au bout, jouant sur le vague malaise distillé par Ulrik Munther. Selon Magnus von Horn, le film est <em>« l’histoire d’un garçon émotionnellement déconnecté qui a trouvé dans le meurtre une façon de s’exprimer. Il n’est pas responsable de ce détachement, c’est une maladie qui court dans la société et dans sa famille. Mais personne n’est prêt à accepter sa propre responsabilité dans l’acte du jeune homme. »</em> Un sujet intéressant, mis en images avec élégance et clarté, nourri de choix narratifs intelligents. Le film fait son chemin et laisse des souvenirs. </p>
<p>&nbsp;<br />
Le lendemain <em>(Efterskalv) de Magnus von Horn, avec Ulrik Munther, Mats Blomgren, Loa Ek… Pologne, Suède, 2015. Présenté à la Quinzaine des réalisateurs 2015.</em></p>
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		<title>Mustang, de Deniz Gamze Ergüven</title>
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		<pubDate>Wed, 20 May 2015 14:24:17 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Claire Fallou</dc:creator>
				<category><![CDATA[Films]]></category>
		<category><![CDATA[La Quinzaine des réalisateurs 2015]]></category>
		<category><![CDATA[adolescence]]></category>
		<category><![CDATA[Allemagne]]></category>
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		<category><![CDATA[Sofia Coppola]]></category>
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		<description><![CDATA[Des cascades de cheveux bruns, des sous-vêtements roses et des gloussements étouffés : tout un univers d’adolescence au féminin s’épanouit au premier étage d’une...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2015/05/mustang-deniz-erguven.jpg" alt="Mustang, de Deniz Gamze Erguven" title="Mustang, de Deniz Gamze Erguven" width="206" height="280" class="alignleft size-full wp-image-21678" />Des cascades de cheveux bruns, des sous-vêtements roses et des gloussements étouffés : tout un univers d’adolescence au féminin s’épanouit au premier étage d’une maison de la Turquie rurale, sur les rives de la mer Noire. Cinq jeunes sœurs y vivent en toute complicité, sous l’œil inquiet d’une grand-mère soucieuse du qu’en-dira-t-on. Une remarque d’une voisine conservatrice fait tout basculer, changeant la demeure en prison blanche où les seuls invités sont les familles de fiancés potentiels.  </p>
<p>Le premier long-métrage de la réalisatrice turque Deniz Gamze Ergüven propose l’histoire intelligente d’une lutte entêtée pour la liberté, envers et contre les lourdes contraintes imposées aux femmes par la Turquie traditionnelle. Le récit est simple et clair de bout en bout, soutenu par une caméra souple et un montage précis. En toile de fond, la réalisatrice développe une esthétique touchante et colorée lui permettant de dévoiler sa connaissance intime du rythme domestique turc, des cuisines odorantes aux armoires pleines de linge brodé.</p>
<p>On reconnaît un thème connu. Après la pièce <em>La Maison de Bernarda Alba</em>, par Federico García Lorca (1936), et le film <em>Virgin Suicides</em> de Sophia Coppola (1999), l’enfermement d’une communauté de jeunes femmes par de pervers gardiens pleins de bonnes intentions provoque encore une curiosité pleine de fantasmes. La ressemblance trouve toutefois ses limites : si les héroïnes désincarnées de Lorca et de Coppola portent en elles les germes de leur propre malheur, le gynécée de <em>Mustang</em> respire la santé et l’envie de vivre. Certaines têtes doivent tomber, d’autres se tiendront bien hautes, au prix du sacrifice d’une longue chevelure brune.<span id="more-21677"></span></p>
<p>&nbsp;<br />
Mustang<em> de Deniz Gamze Ergüven, avec Erol Afsin, Güneş Nezihe Şensoy, Doğa Zeynep Doğuşlu&#8230; France, Allemagne, Turquie, 2014. Présenté à la Quinzaine des réalisateurs 2015. Sortie le 17 juin 2015.</em></p>
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		<title>Rencontre avec Quentin Dolmaire</title>
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		<pubDate>Mon, 18 May 2015 14:54:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Claire Fallou</dc:creator>
				<category><![CDATA[Films]]></category>
		<category><![CDATA[La Quinzaine des réalisateurs 2015]]></category>
		<category><![CDATA[festival]]></category>
		<category><![CDATA[interview]]></category>
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		<description><![CDATA[Impossible de l’interviewer, Quentin. C’est lui qui pose toutes les questions, d’une voix grave un peu éraillée. Et ça le rend diantrement sympathique. « Qu’est-ce que tu aimes comme films,...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2015/05/Rencontre-Quentin-Dolmaire-1.jpg" alt="Quentin Dolmaire" title="Quentin Dolmaire" width="250" height="151" class="alignleft size-full wp-image-21566" />Impossible de l’interviewer, Quentin. C’est lui qui pose toutes les questions, d’une voix grave un peu éraillée. Et ça le rend diantrement sympathique. <em>« Qu’est-ce que tu aimes comme films, toi ? Tu as interviewé qui d’autre ? Tu as déjà vu Arnaud, en personne je veux dire ? Il est vraiment gentil.»</em></p>
<p>J’avoue que non. Mais je suis enchantée de passer un moment avec ce curieux jeune homme aux yeux verts qui fait déjà beaucoup parler les médias. Dans <em><a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/trois-souvenirs-jeunesse-arnaud-desplechin/">Trois souvenirs de ma jeunesse</a></em>, d’Arnaud Desplechin, un simili-prequel de <em>Comment je me suis disputé… (ma vie sexuelle)</em>, Quentin Dolmaire nous offre une interprétation fraîche et racée du jeune Paul Dédalus. Un premier rôle au cinéma qui ferait rêver n’importe quel acteur débutant. Du haut de ses 21 ans, il s’en est montré digne. </p>
<p>Il ouvre sa canette, j’en profite pour glisser ma première question.</p>
<p><strong>Alors, comment tu t’es retrouvé là ? </strong></p>
<p>J’ai passé le casting, et j’ai eu le rôle.   </p>
<p><strong>Ah… c’est bien, ça… </strong></p>
<p>Oui. Je suis élève comédien au cours Simon depuis deux ans, c’est mon prof qui m’en a parlé. Il a pensé que je correspondrais bien. Il y a eu quatre tours de casting, dont un monologue de Mathieu Amalric dans <em>Comment je me suis disputé…</em>. Et une scène de drague où ils ont fait entrer une fille qui passait dans le coin. Et j’ai été retenu. Voilà. <span id="more-21564"></span></p>
<p><strong>Tu connaissais l’œuvre de Desplechin ? </strong></p>
<p>Non, pas du tout. Je ne suis pas cinéphile, à l’origine, j’écoute du black metal. Je le suis devenu en travaillant le rôle. Quand j’ai réalisé l’ampleur de ce qui m’attendait, j’ai paniqué. J’ai regardé beaucoup de films d’Arnaud. Pour chopper le jeu d’Amalric, surtout. Mais ce n’est pas Arnaud qui me l’a demandé ; il ne m’en a jamais parlé. J’ai fini par comprendre qu’il m’avait choisi pour moi et pas pour que j’imite quelqu’un d’autre. Donc j’ai fait comme je le sentais. Lou <em>[Roy-Lecollinet, qui lui donne la réplique dans le rôle d’Esther, ndlr]</em>, on ne lui a pas parlé d’Emmanuelle Devos non plus. </p>
<p><strong>Paniqué ? Comment ça ?</strong></p>
<p>Ben, quand même : décrocher un premier rôle, passer après Amalric et Devos, faire du cinéma d’auteur, du Desplechin… Je me suis aussi rendu compte que ça coûte cher, un film, je voulais pas faire le con… Et tu as déjà lu un script ? C’est horrible, c’est hyper froid. On m’avait dit <em>« Tu verras, l’écriture d’Arnaud, c’est très agréable, très littéraire. »</em> Franchement, j’ai pas accroché. Mais ses personnages m’ont beaucoup plu. J’étais curieux de voir comment il allait leur donner vie. Je me suis retrouvé comme ça. </p>
<p><strong>C’est vrai que tu ne ressembles pas beaucoup à Mathieu Amalric. On peut trouver des similitudes entre vos jeux, mais tu apportes une certaine tension en plus.</strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2015/05/Rencontre-Quentin-Dolmaire.jpg" alt="Quentin Dolmaire et Arnaud Desplechin" title="Quentin Dolmaire et Arnaud Desplechin" width="250" height="151" class="alignright size-full wp-image-21567" />Oui, peut-être. Ça doit venir du théâtre. Mathieu ne vient pas de la scène. Moi, on m’avait appris à composer mon personnage et à utiliser tout mon corps ; au cinéma, ça ne marche pas. Arnaud me disait que je bougeais trop et que ça faisait cartoon à l’écran. J’ai dû m’adapter. Par exemple, sur scène, la voix vient du ventre, ça aide à faire monter les émotions. Ce n’est pas possible à la caméra parce que ça te fait parler trop fort. Arnaud m’a expliqué qu’au cinéma, il valait mieux « être » avant de jouer : c’est ce qu’on appelle le jeu désincarné, il vaut mieux être déjà dans le truc. Par exemple, Amalric, il est déjà « quelqu’un » et il fabrique la suite au fur et à mesure, on ne sait pas toujours s’il joue ou s’il improvise. </p>
<p><strong>Une ressemblance avec Amalric, ou plutôt avec le Paul Dédalus de <em>Comment je me suis disputé…</em>, c’est ce vocabulaire de prof de philosophie. Ton personnage emploie des mots et des tournures qui ne sont pas celles d’un ado des années 1980. Comment t’es-tu débrouillé avec ça ? </strong></p>
<p>Oui, il y a pas mal de grandes phrases qui font peur… Mais j’étais justement en train de travailler les poésies au cours de théâtre. Quand tu lis des textes et que tu prends conscience de ce qu’il y a dedans, de l’auteur qu’il y a derrière, tu as l’impression qu’il n’y a plus de place pour le comédien. Pourtant, quand on voit un mec debout réciter un texte, même s’il le fait très bien, on est emmerdé, on a envie qu’il vive le truc, tu vois ? Donc j’étais dans ce paradoxe où je n’avais pas envie de perdre le personnage ni ce que j’étais. Je voulais continuer à vivre derrière. Les répliques de Paul résonnaient beaucoup avec ces interrogations, j’en étais à un point de mon travail où j’avais envie de chercher comment le comédien peut se faire sa place… la mélodie qu’il faut mettre, les temps de pause ou pas… avoir une densité&#8230; Arnaud, après, il a retravaillé ça à sa façon. Un autre problème, c’est que le texte était lourd, il fallait le rendre plus léger, plus sympa. Je ne voulais pas que les répliques passent pour de la prétention, donc j’ai essayé d’y mettre autre chose, de l’ironie ou de l’humilité… Mais une fois que tu as choppé la vérité de ton personnage et que tu vois tout ce qui est possible avec lui, ça ne dépend plus des mots. Tu as adopté tout ce qu’il peut dire, le reste en découle.   </p>
<p><strong>Et ce moment où tu saisis ton personnage, c’est quand ? </strong></p>
<p>Ca c’est pas clair. Arnaud voit des trucs, il a sa propre science, il sait des trucs, mais c’est pas clair. </p>
<p><strong>Mais comment tu l’as appréhendé, ton Paul Dédalus ? Vous êtes proches ?</strong></p>
<p>En fait, j’étais bien emmerdé. Ce mec est insaisissable, tout est possible avec lui. Il te sort des phrases, tu te dis <em>« Ah, mon salaud »</em>… On est proches, peut-être. On a des affinités. Cela dit, même s’il faut se jouer soi-même au cinéma, il ne faut pas faire le raccourci du « personnage qui te ressemble ». Ma personnalité ne jurait pas avec celle de Dédalus, Arnaud a trouvé qu’il y avait un truc à tenter, mais ça ne va pas plus loin. De mon côté, j’ai essayé de comprendre Paul. Je n’ai pas tout démystifié, son mystère fait partie du film. C’est comme ça, le cinéma d’Arnaud. Pour résumer, j’ai pris le scénario comme il était, mon boulot était de piger le personnage, je l’ai pas pigé, ça nous a pas empêché de faire un film. </p>
<p><strong>Avec Lou, le courant est passé tout de suite ? On se souvient d’une scène de drague devant le lycée où votre alchimie fait plaisir à voir… </strong></p>
<p>Elle est bien, cette scène, non ? Je l’aime beaucoup parce qu’elle est drôle, ce qui n’est pas toujours le cas dans le cinéma d’Arnaud. Ca allège. En désespoir de cause, j’invite Lou chez moi à jouer au go. Arnaud est très fort au jeu de go, il nous a explosé en quatre coups. Note bien qu’on en a chié pour tourner cette scène, ça nous a pris la journée. Et pour Lou… Je pense qu’ils cherchaient deux jeunes acteurs pendant les castings, mais qu’ils cherchaient aussi un couple. Ils m’ont fait faire un test avec une autre fille. Arnaud, il y a des trucs qu’il voit très vite, il a vu que ça pouvait fonctionner avec elle. C’est vrai qu’elle est géniale, elle sait être lumineuse et sombre à la fois. On a pas du tout le même jeu ni le même tempérament, j’ai beaucoup appris en la regardant jouer, et en regardant Arnaud la diriger. Mais il ne faut pas exagérer non plus. Il y a tout le temps des mecs avec des théories sur le jeu, du genre « il faut mettre tel costume pour rentrer dans le personnage », ou « attention, il ne faut pas que tes chaussures te fassent mal », faut arrêter avec ça. Une fois que tu es rentré dans le personnage, si la fille est en face de toi, et que tu es dans ta transe, voilà, tu y vas et c’est tout. Et sinon, toi, tu aimes bien Kechiche ?</p>
<p><strong>Euh… oui… enfin j’ai pas tout vu…</strong></p>
<p>Ah. Pour les scènes d’amour, Arnaud nous a demandé de regarder <em><a href="http://www.grand-ecart.fr/cinema/la-vie-adele-abdellatif-kechiche/">La Vie d’Adèle</a></em>. Je crois que c’est un des films qui lui a donné envie de tourner avec des jeunes. Là-dessus, il a été incroyable, il nous a vraiment fait confiance. Nous, on a 20 ans, on ne comprend rien, pourtant il nous a laissés faire en nous accompagnant au lieu de nous donner des ordres. Il est vraiment très ouvert et très humble, il a beaucoup de respect pour les acteurs. Il disait qu’il voulait se nourrir de nous pour pouvoir nous diriger. C’était une chance pour nous. Souvent, je lui demandais de me mimer la scène qu’il voulait ; apparemment c’est comme ça qu’il a appris à jouer à Mathieu, c’est pour ça que Mathieu ressemble à Arnaud. Maintenant, je les imite aussi. Arnaud, on ne sait pas qui il imite. C’est un peu le bordel. J’ai vu que c’était ça, le cinéma d’auteur, on ne sait pas bien où on va, chacun apporte sa pierre et on travaille ensemble.  </p>
<p><strong>Ca pouvait mettre une certaine pression, de s’insérer dans une œuvre aussi personnelle et complexe que celle d’Arnaud Desplechin. Et à Roubaix en plus, sa terre d’origine. </strong></p>
<p>Oui. J’ai vite vu qu’il pouvait y avoir de la pression. Mais avec Lou, on s’est dit <em>« Tant pis, c’est le problème d’Arnaud. »</em> L’équipe a été très bienveillante, ils ont vu que ça pouvait être lourd pour nous, donc ils nous ont mis à deux pour porter le poids. Ils ont vraiment fait en sorte qu’on fonctionne en binôme. Ca a compté. </p>
<p><strong>Est-ce que tu sais d’où vient le nom de Paul Dédalus ? </strong></p>
<p>Oui, de James Joyce. </p>
<p><strong>C’est ça. Et dans <em>Portrait de l’artiste en jeune homme</em>, le héros Stephen Dedalus est amoureux fou d’Emma, une jeune fille qu’il ne connaît pas vraiment. Ça ne ressemblerait pas à l’histoire de Paul et Esther, ça ? Ils ne se connaissent pas vraiment ? </strong></p>
<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2015/05/Rencontre-Quentin-Dolmaire-2.jpg" alt="Quentin Dolmaire et Lou Roy-Lecollinet" title="Quentin Dolmaire et Lou Roy-Lecollinet" width="250" height="151" class="alignleft size-full wp-image-21568" />Oui, peut-être Le sentiment amoureux leur suffit. Ils n’existent que l’un par l’autre, ils sont extrêmement seuls l’un sans l’autre. Paul a besoin d’être fasciné, Esther veut sentir qu’elle est exceptionnelle alors qu’elle ne l’est pas. Quand ils sont ensemble, ça fonctionne, et ça leur suffit. Mais ils s’aiment trop, d’après ce que j’ai compris du film. Ça ne peut pas marcher. </p>
<p><strong>Tu portes souvent des chemises à fleurs, dans le film. C’est laquelle, ta préférée ? </strong></p>
<p>Ouh là. Gros conflit avec le reste de l’équipe. Je leur disais <em>« Les gars, non, les chemises de Paul, c’est pas mon truc&#8230; »</em>  Typique années 1980, il y en avait une, bien rose, ça ressemblait à du papier peint de mémé. Horrible. Mais ce qui est bien avec les films, c’est qu’ils te donnent les fringues à la fin. Je leur ai laissé les chemises. </p>
<p>&nbsp;<br />
Trois souvenirs de ma jeunesse<em> d&#8217;Arnaud Desplechin, avec Quentin Dolmaire, Lou Roy-Lecollinet, Mathieu Amalric, Olivier Rabourdin&#8230; France, 2015. Sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs 2015. Sortie le 20 mai 2015.</em></p>
<p><center><script type="text/javascript" src="//www.ultimedia.com/deliver/generic/js/mdtk/01200383/src/svqsus/zone/2/showtitle/1/"></script></center></p>
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		<title>L&#8217;Ombre des femmes, de Philippe Garrel</title>
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		<pubDate>Sat, 16 May 2015 14:51:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Maid Marion</dc:creator>
				<category><![CDATA[Films]]></category>
		<category><![CDATA[La Quinzaine des réalisateurs 2015]]></category>
		<category><![CDATA[amour]]></category>
		<category><![CDATA[critiques Cannes]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>

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				<content:encoded><![CDATA[<h3>Les maris, les femmes, les maîtresses</h3>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-21455" alt="L'Ombre des femmes, de Philippe Garrel" src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2015/05/Picto_Garrel.jpg" width="280" height="203" />Philippe Garrel souhaiterait que l&#8217;on parle plus du contexte de crise européenne dans laquelle se font les films aujourd&#8217;hui, avec des budgets divisés par deux. Ici, le réalisateur en fait une force, poussé à ne retenir que l&#8217;essentiel. 1h13 de film, des décors cheap et pas de maquillage – le tout camouflé dans un beau noir et blanc. Un cinéma de crise qui impose l&#8217;épure. Voire le pur. Philippe Garrel filme le désir d&#8217;absolu de Clotilde Courau. A sa mère qui lui reproche d&#8217;avoir sacrifié ses études pour assister son mari, réalisateur fauché de documentaires, elle défend un choix conscient et la volonté de tout partager en couple, de tout faire à deux. Au mari volage, elle reproche plus le manque d&#8217;honnêteté que l&#8217;infidélité. Philippe Garrel souligne dès le titre que les femmes sont maintenues dans l&#8217;ombre des hommes, qu&#8217;elles soient amoureuses clandestines ou compagnes dévouées. <span id="more-21453"></span>C&#8217;est pourtant sur elles que le réalisateur met la lumière. En particulier sur Clotilde Courau, rarement si juste et si entière à l&#8217;écran. Elle sait les choix qu&#8217;elle a faits, en assume les conséquences. Dupe de rien, c&#8217;est d&#8217;abord avec le sourire qu&#8217;elle jette au visage de son mari son infidélité, lorsque celui-ci se ridiculise en lui offrant des fleurs, respectant à la lettre le cliché du mari trompeur. C&#8217;est ensuite le souffle coupé qu&#8217;elle le renvoie à sa lâcheté, celle d&#8217;un homme qui se cache derrière des croyances archaïques selon lesquelles la sexualité des hommes est forcément volage et celle des femmes forcément amoureuse. Sous l’œil de Philippe Garrel, les femmes semblent maîtres du jeu. Ce sont elles qui décident et précipitent l&#8217;action, elles qui portent les révélations qu&#8217;un Stanislas Merhar bien naïf et reclus dans ces certitudes ne veut pas voir. Lors de sa projection cannoise, <em>L&#8217;Ombre des femmes</em> est précédé d&#8217;un court-métrage de Philippe Garrel, tourné en mai 1968. Sur la scène du Théâtre Croisette, il a souligné n&#8217;avoir pas renié ses idéaux depuis. Le féminisme en fait manifestement partie.</p>
<p>&nbsp;<br />
L&#8217;Ombre des femmes<em> de Philippe Garrel, avec Clotilde Courau, Lena Paugam, Stanislas Merhar&#8230; France, 2015. Présenté à la Quinzaine des réalisateurs 2015. Sortie le 27 mai 2015.</em></p>
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		<title>Trois souvenirs de ma jeunesse, d&#8217;Arnaud Desplechin</title>
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		<pubDate>Thu, 14 May 2015 20:57:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Claire Fallou</dc:creator>
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		<category><![CDATA[La Quinzaine des réalisateurs 2015]]></category>
		<category><![CDATA[Arnaud Desplechin]]></category>
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		<description><![CDATA[Esther assise sur un banc comme une sirène sur son rocher, les cheveux dénoués lui tombant jusqu’aux reins. Elle porte des jeans serrés et sort avec des vieux de 20...]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.grand-ecart.fr/wp-content/uploads/2015/05/Picto_Desplechin.jpg" alt="Trois souvenirs de ma jeunesse, d&#039;Arnaud Desplechin" width="206" height="280" class="alignleft size-full wp-image-20864" />Esther assise sur un banc comme une sirène sur son rocher, les cheveux dénoués lui tombant jusqu’aux reins. Elle porte des jeans serrés et sort avec des vieux de 20 ans. C’est la reine du lycée. Paul, étudiant beau gosse, yeux verts et pas nonchalant, vient tenter sa chance.<br />
<em>« Attention, je suis exceptionnelle,</em> sourit-elle, l’œil moqueur.<em><br />
- C’est vrai. Je ne sais même pas quoi te dire, tu vois. Moi c’est Paul, Paul Dédalus. Tu ne voudrais pas venir chez moi faire une partie de jeu de go ? »</em></p>
<p>Trois étapes d’une maturation lente sous la peau fraîche d’un jeune homme, dans le cadre austère du Roubaix des années 1980. Numéro un : une inquiétante dispute nocturne entre Paul enfant et la mère qu’il déteste. Numéro deux : une escapade à Minsk en pleine guerre froide, pour une mission risquée d’adolescents tentant la corde raide. Et surtout, numéro trois : Esther et l’amour fou pour sa blondeur, sa vanité, la grâce qu’elle imite si bien. Elle doit passer son bac dans le Nord, il étudie l’anthropologie à Paris. Leurs lettres sont pressantes et démesurées. Il erre de foyer en dortoir, un sac de toile sur l’épaule, attendant la prochaine fois qu’il pourra s’offrir le train. Elle reste avec une bande d’amis qu’elle méprise un peu, en princesse qu’elle n’oublie jamais d’être. </p>
<p>Roubaix leur offre un refuge de brique et de suie où les pièces sont étroites et tapissées de vieilles fleurs. Dehors les rues sont vides, éclairées seulement d’un soleil froid quand les amoureux se lèvent au terme d’une nuit blanche. <span id="more-20863"></span></p>
<p>S’agit-il de trois souvenirs personnels ? Arnaud Desplechin dément, malgré ses origines roubaisiennes et le lien fort entre la ville et sa filmographie (<em>Un conte de Noël</em> notamment). Il s’agirait plutôt d’une nouvelle variation sur ses thèmes habituels, les conflits familiaux, les femmes fatales et les amours compliquées, revigorée par la fraîcheur de deux très jeunes acteurs. </p>
<p>Un prequel, alors ? Vingt ans après <em>Comment je me suis disputée… (ma vie sexuelle)</em>, le film révèle la jeunesse de son héros Paul Dédalus, racontée par Mathieu Amalric qui tenait le rôle en 1994, et jouée par Quentin Dolmaire. Les deux acteurs partagent un teint pâle, des yeux fendus, un jeu mêlant la distance et le don de soi. Mais la ressemblance s’arrête là. Si Amalric rappelait le chat, Dolmaire évoque la panthère, cognant, persiflant, conférant à Dédalus une tension inédite. </p>
<p>C’est à l’image du film. <em>Trois souvenirs de ma jeunesse</em> est un Desplechin plus rapide et rythmé que les précédents, où la fleur du mystère humain chère au réalisateur s’épanouit dans des flaques de jeune sang et des rayons de lumière pâle. </p>
<p>&nbsp;<br />
Trois souvenirs de ma jeunesse<em> d&#8217;Arnaud Desplechin, avec Quentin Dolmaire, Lou Roy-Lecollinet, Mathieu Amalric, Olivier Rabourdin&#8230; France, 2015. Sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs 2015. Sortie le 20 mai 2015.</em></p>
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